‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 73 sur 121 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

LOUISE

Avec l’aide d^Oulita. Lucien est mince, délicat, assez jeune pour qu’on pût songer à l’habiller en femme sans altner les regards.

LE PRINCE

Eh bien*^

LOUISE

Oulita avait tout disposé... les vêtements, l’heure, le signal... les détours de la prison, les détails de la fuite, elle avait tout expliqué, tout prévu! Hier, un peu avant l’heure convenue, je pénétrai, suivant mon habitude, et grâce à Oulita, dans la prison de Lucien, je m’aperçus qu’Oulita pleurait... Qu’as-tu donc? lui dis-je avec inquiétude... Vous allez le savoir, répond-elle, et elle continue à marcher ; au détour d’un conidor, elle m’arrête brusquement devant une affiche récemment posée, et élevant sa lanterne à la hauteur du papier : Lisez, dit-elle!... Je lus tandis ^’Oulihi surveillait du regard les profondeurs du corridor désert....

Eh bien?

LOUISE

C’était un avertissement publié la veille, et menaçant de mort quiconque favoriserait une évasion. J’étais attérée, je supposais qu’Oulita nous aliandonnait; elle devina ma pensée. C’est lui, mademoiselle, qui ne veut plus fuir, me dit-elle à voLx basse et d’un ton de reproche ; c’est pour ne point exposer ma vie qu’il perd sa liberté, son bonheur! Venez et tâchons de vaincre sa resolution.

LE PRINCE

Voilà une noble fille !

LOUISE

N’est-ce pas, monseigneur? vous allez voir que Lucien ne fut pas moins noble! Sacrifier Oulita pour me sauver! s’écria-t-il avec indignation. Oh! c’est impossible! Louise! c’est toi! toi, qui viens me demander cela! J’insistai... c’était mal, c’était bien mal! Mais je n’avais qu’nn but, qu’une pensée... sauver Lucien... Rien lie put vaincre sa résolution. Deux femmes à genoux, l’amie suppliante et folle, l’étrangère généreuse et dévouée jusqu’à la mort, tout fut inutile! Le sentiment de l’honneur et du devoir parlait en lui plus haut que l’amour de la liberté, de la vie peut-être, plus haut que notre amour.

LE PRINCE

Louise, demeurez, je reviens. Cette lettre au maréchal du

f »alais sollicite une audience de sa majesté... Je ne suis pas en aveur, mais c’est peut-être pour cela que je réussirai... Les souverains ont parfois autant de coquetterie que vous, mesdames. A bientôt, )Louise, à bientôt !

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