‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 9 sur 121 · J2 LE MASQUE DE POIX · texte numérisé non relu

J2 LE MASQUE DE POIX

PAUTHIOÏ.

Cepcndtiiil tu nous as dit : Questionnez-moi?

Sans doute; aussi je ne demande pas mieux (|ue de répondre. Eii bien! la vérité est que j'ignore^ ou à*|)euprès, d^’oii j^arrive; (jue Sautriot meure ù l’instant si je le sais !

SAUTRIOï.

Grand merci du souhait.

LUCIEN

Mais enfin quel chemin as-tu pris?...

LOUISE

Avant tout, dans quel but ce voyage?...

MARIOL.

Ga se case... (.a se case... nous finirons par nous entendre!... (a Loniîc.) Primo, d’abord... tu demandes dans quel but je t’ai quittée... ingrate que tu es!...

Ingrate!... moi?...

. MARIOL.

Eh ! sans doute !... Pourquoi donc que j^aurais abandonné ma lionne rue que r’ià, où c' que passent tant d^originaux laisses?... pourquoi donc que j’aurais quitté ma flâne sur les quais de la iNéva et ta maison, et enfin ton aimable compagnie, si ce n’est pour toi-inème, pour toi, notie amie, notie sœur d’adoption?

LOUISE

Poiu’ moi?

MARIOL.

Eh oui!.. Est-cc qu’il ne fallait pas essayer encore une fois de trouver le secret du mystère de ta naissance? ce qui a fait qu’on t’a laissée à Paris tonte petite fille et orpheline, abandonnée dans une pauvre maison où par un hasard providentiel demeuraient, en même temps que toi, trois braves enfants de Paris... ^

SAUTRIOT.

Trois ouvriers.

LUCIEN

Trois amis, vivant de leur travail au jour le jour.

MARIOL.

Pas moi... je ne travaillais pas... je flânais.

LUCIEN

Hall! ta flânerie rapportait tout de même quelque chose à la coiinniniauté... nous partagions le plaisir et la peine...

SAUTRIOT.

Et naturellement nous nous sommes partagé le soin de veiller sur la pauvre orpheline et de lui tenir lieu de faiiiille.

ACTh: I.

LOTJISE.

Mes amis, mes bons amis!... Ali ! je n’ouhliorai jamais ce qui s’est passé... C’élait un soif d’hiver... dans une petite diamhrc bien nue, bien délabrée... une jeune fille, une enfant pleinait devant un lit de mort. ., Sur ce lit venait de s^éteindre une sainte femme, sa mère, qui avait bien souffert ici-bas et que Dieu dans sa miséricorde avait appelée à lui... Elle avait été forte et courageuse contre Tadversité, la pauvre mère ! elle avait noblcrnen t soutenu la lutte jusqifau jour où, brisée par les chagrins, elle s’étendit sur son lit de douleui-, ferma les yeux et s^endoimit pour toujours!... (eUi; essuie. s*ïs yeux, ) Je pleurais,‘moi pauvre orpheline, car je n’avais que ma mère au monde, et je demandais a Dieu ce que j’allais devenir!... ‘ '

AMASDA, emue.

Pauvre demoiselle !

LOUISE

Tout à coup des sanglots étouffés vinrent frapper mon oreille. .. c’était une douleur qui semblait répondre à la mienne. . . Je me retourne, et sur le seuil de ma porte entr’ouvertc je vois trois jeunes garçons agenouillés comme moi... et comme moi pleurant aussi... De ces trois amis que Dieu m'envoyait, l’un était ce bon Mariolj l’autre, c’était vous Lucien Bernard, et le troisième...

SAUTIUOT, plciiiaiil.

C’était moi.

LOUISE, à Ainandu.

Tous les trois, nos voisins de mansarde, étaient entrés attirés par mes gémissements, et tous les trois, après s’ètre consullés du regard, étaient venus à moi : Vous êtes seule, me dit Lucien, Dieu vous a pris et votre appui et votre unique amour ici-bas... nous sommes tous les trois sans famille... Orpheline, voulezvous associer votre sort à celui de trois orphelins?... sœur, voulez-vous accueillir l’amitié de trois frères?...

AJUNDA.

-\h! les braves cœurs!...

LOUISE

Je leur seirai la main et je pleurai, et je devins leur sœur en effet. Un jour... c’était quelques années après... je mis en ordre des papiers laissés par ma mère et que je n’avais pu e\aminer encore, car je ne savais pas lire et je ne voulais les conlier à personne avant de les avoir lus moi-même... Après eu avoir pris connaissance, nous tînmes conseil tous les quatre. Le sens de ces papiers était un peu obscur, mais il nous sembla qu'il y avait là, peut-être, im grand avenir pour moi. 11 fallait ijuitter Paris, entreprendre un long voyage pour recueillir des lenscigucnieiits que je ne pouvais avoir quen Russie... Bref,

mon départ fut résolu... Les fonds indispensables... les prépatifs obligés... (à Amanda) ils S6 ctiai'gèrent de tout.

AMANDA

Ce sont des hommes, ça !

SAUTRIOT, trés-cmu.*

Oh! oui, nous sommes des hommes!

HARIOL, bas à Sautiiot.

Veux-tu bien te sécher !

LOUISE, à Amanda.

Le jour du départ , je me levai bien triste en songeant aux adieux, à la séparation !... J ugc de mon étonnement, de ma joie, en les voyant tous les trois, le sourire aux lèvres, attendant à ma porte eu habits de voyage. Lldée ne leiu était même pas venue que je pusse partir seule... et voilà pom-quoi ces trois amis, cesü’ois frères, ont abandonné avec moi et poiu moi notre chère et regrettée patrie.

AMANDA

Les bonnes âmes ! (routes les petites ouvrières, Nltcbinka en tête, ont dcontc et ont entr'ouvert la porte. A la Gn elles se laissent entraîner à s’écrier :)

NITCHINKA.

Les braves garçons ! (Elles les embrassent avec élan.)

TOUTES

Oui, oui !

MARIOL.

Oh! les curieuses!... Quand je vous le disais... Eh bien, ma foi, puisque vous y êtes, vous resterez. Dérangez pas le tas! i

TOUTES

Oui, oui.

Arrivés ici, c'est encore eux qui, avec le produit de leur travail, m’ont aidée à ouiuir ce magasin, que la grande société a bientôt pris sous son patronage, et qui est notre propriété, notre fortune à tous les quatre.

SAUTRIOT.

Oh ! oui, une fortune ! Louise est si adroite !

LUCIEN

Elle a tant de goût!

MARIOL.

Et ces demoiselles sont si gracieuses, si jolies et si curieuses!...

Faut due aussi qu’elles ont un bien gentil trottin... Toutes les femmes veulent que je leur apporte leurs chapeaux... et puis je clliffonne, je chiffonne à ravil' !... (ll prend U talUe des Demoiselles.)

LUCIEN

Ah ça ! il me semble que nous nous écartons beaucoup du voyage de Mariol !

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