ACTE I
MATHURINE
Et moi qui ne pensais pas... Oh! pardonnez-moi !... Ah! dame! vous ne serez pas servie comme dans votre hôtel ou dans votre château.
LA MARQUISE
Je l’espère bien!
MATHURINE
Si madame la marquise veut entrer dans ma maison?
LA MARQUISE
Non, laissez-moi jouir de l’aspect de ces lieux qui me rappellent de si lointains souvenirs ! De la crème, du laitage, un morceau de pain bis, là, sous ce berceau, voilà tout ce que je désire.
THÉRÈSE
Oh ! tout de suite, tout de suite !
LA MARQUISE
Reste avec moi, Thérèse; dame Mathurine voudra bien tout préparer pendant que nous causerons.
MATHURINE
Certainement, madame la marquise; soyez tranquille, ça va être bientôt prêt.
LA MARQUISE
C’est cela ! ma sœur de lait me tiendra compagnie.
MATHURINE, aux jeunes tilles.
Allons, vous autres, aidez-moi ! (Mathurine et les jeunes tilles, pendant ce qui suit, entrent dans la maison-et en sortent tour à tour, portant sous le berceau de verdure une table et des chaises.)
LA MARQUISE, sur le devant. ***
Ainsi, Thérèse, tu es contente de ton sort?
THÉRÈSE
A présent que je vous vois et que mon fiancé est revenu, il ne me manque plus rien.
LA MARQUISE
Il était donc absent?
THÉRÈSE
Oui, depuis sept longues années, et j’avais grand’peur pour... parce qu’en sept ans...
LA MARQUISE
On peut perdre sept amoureux !
THÉRÈSE
Et moi qui n’en ai qu’un !
* La marquise, Mathurine, Thérèse.
** Thérèse, la marquise, Mathurine.
*** Thérèse, la marquise.
LA MARQUISE
Vraiment? On manque de précaution au village.
THÉRÈSE
On est donc plus prudent que ça à la ville ?
LA MARQUISE
Je le crois bien ! moi qui te parle, j’en ai trois en ce moment. THÉRÈSE.
Trois?
LA MARQUISE
Tout autant, ma chère !
THÉRÈSE
Et tous des grands seigneurs?
LA MARQUISE
Non, pas tous... ce serait monotone; il y a pourtant un vicomte et un baron.
THÉRÈSE
Oh ! contez-moi ça !