MATHURINE, THÉRÈSE, LA MARQUISE, JEUNES FILLES
LA MARQUISE, venue en seènc. *
La maison de madame Mathurine, s’il vous plaît?
Vous y êtes, madame la marquise de Femelles.
LA MARQUISE, ôtant son masque.
Vous m’avez reconnue, bonne Mathurine ?
MATHURINE
Eh ! jarni ! je ne vous reconnais jamais si bien que quand votre visage est masqué! Mais par quel heureux hasard...
LA MARQUISE
Ce n’est point un hasard ; j’ai acheté récemment le château de Sarliac, situé dans les environs ; je suis venue le visiter, et tout naturellement je devais chercher à vous voir, ainsi que ma sœur de lait... Mais où est-elle donc?
THÉRÈSE, timidement.
Madame la marquise...
MATHURINE
La voilà toute émue, toute tremblante... et qui n’ose avancer... Allons donc, Thérèse !
LA MARQUISE
Comment, Thérèse, tu ne viens pas m’embrasser?
' THÉRÈSE
Oh! c’est avec bien de la joie, madame la marquise!
LA MARQUISE, l’embrassant. **
Veux-tu bien m’appeler ta sœur, comme autrefois ! Est-ce que tu ne te souviens plus de nos jeux, de nos insoucieuses parties de plaisir, de nos courses sous les grands peupliers, de nos escapades dans les bois?... Ah ! il s’est écoulé bien des années depuis cette époque !... Il
* La marquise, Mathurine, Thérèse, jeunes filles au fond.
** La marquise, Thérèse, Mathurine.
est vrai que je n’ai pas perdu mon temps : je me suis mariée, je suis devenue veuve... tandis que toi, Thérèse.”
THÉRÈSE
Au village nous n’allons pas si vite ! je suis encore fille, moi.
LA MARQUISE
Mais j’espère que ça ne durera pas longtemps.
MATH URINE
Nous aussi, nous l’espérons ; son fiancé, qui est mon neveu, vient d’arriver... Dis donc, Thérèse, voilà une bonne journée!
THÉRÈSE
Oh ! oui ! revoir celui que j’aime ! pouvoir témoigner à madame la marquise toute ma reconnaissance !
LA MARQUISE
Qu’est-ce que c’est que ce mot-là? Qu’il ne soit pas question de pareille chose entre nous!... de la bonne et franche amitié... toujours comme autrefois !
Ara : Ne grandis pas.
Vers les beaux jours de notre douce enfance Ici mon Ame aime à se replier...
Et mon blason, mon rang, mon opulence Auprès de toi je veux tout oublier!
Mais cependant s’il est, en ce village,
Quelque malheur qu’on puisse prévenir,
Qu’on puisse secourir.
Ah! c’est alors que de mon apanage,
Thérèse, il faut me faire souvenir !
Oui, si quelqu’un souffre dans ce village,
Sœur, fais-m’en souvenir !
THÉRÈSE
Que vous êtes bonne !
LA MARQUISE
Ah çà ! j’ai décidé que je passerais avec vous une grande partie de cette journée.
MATHURINE
C’est une excellente idée qu’a eue là madame la marquise.
LA MARQUISE
Et je commence par vous demander à déjeuner.
THÉRÈSE
Comment! vous ôtes encore à jeun?
LA MARQUISE
Oui, et le grand air, la course que j’ai faite, m’ont donné un appétit... tout à fait campagnard.
* Mathurine, la marquise, Thérèse.