‹ Le masque de velours vaudeville en deux actesChapitre 20 sur 60 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

marquis ne laissait pas à sa jeune femme ; j’aime à courir les rues, les magasins, les promenades, seule, ou accompagnée de ma fille de chambre... et l’usage de ce masque discret enlève une grande partie de leurs inconvénients à ces excursions vagabondes. Plusieurs fois déjà, ma camériste avait remarqué, en m’accompagnant, que j’étais suivie par un jeune paysan dont la tournure, l’expression, les regards, n’annonçaient aucun mauvais dessein... et qui, je ne sais comment, parvenait toujours à se trouver sur mon passage. Si j’entrais dans une boutique, il s’arrêtait devant les carreaux, l’œil plongé à travers la vitre, l’air suppliant, la main sur le cœur et abîmé dans une muette contemplation.

Le pauvre garçon !

LA MARQUISE

Un soir, dans les environs de la place Royale, je traversais une rue étroite et sombre ; des hommes ivres se rencontrent sur ma route... l’un d’eux veut s’emparer de mon bras, je résiste, je m’échappe, mais ils m’entourent... ils me pressent... mon effroi ne fait qu’ajouter à leur insolence, et je ne sais pas vraiment ce qui serait arrivé si mon champêtre adorateur, celui qui s’était fait mon ombre, n’avait paru tout à coup et ne s’était élancé sur mes persécuteurs avec une énergie et un courage qui les déconcertèrent et les contraignirent bientôt à prendre la fuite.

THÉRÈSE

Oh ! cela méritait une récompense !

LA MARQUISE

Elle ne se fit pas attendre : j’allai à lui, je le remerciai, je pris son bras et lui permis de me conduire jusqu à une chaise de louage, où j’entrai... Après avoir donné aux porteurs l’adresse d’une de mes amies... (Souriant.) Car je ne voulais pas que mon opiniâtre poursuivant apprît ma demeure et mon nom.

”• ‘ THÉRÈSE

Ah ! c’est là tout ce qu’obtint son dévouement ?

LA MARQUISE

Non pas. Avant qu’il me quittât, je lui avais indiqué un moyen de me revoir.

, THÉRÈSE

Ah ! un rendez-vous ?

LA MARQUISE

Auquel tu penses bien qu’il ne manqua pas. Je consentis à multiplier ces rencontres solitaires qui le rendaient si heureux. Encouragé par mes bontés, il me fit lire dans son cœur... et me découvrit toute la passion que je lui avais inspirée..

TflÉRÈSE.

Mais vous lui fites comprendre, vous, que c’était une folie ?

LA MARQUISE

Pourquoi donc? c’était si amusant! cela ressemblait si peu aux amours de nos grands seigneurs, que, transportée dans un monde tout nouveau, je prenais quelque plaisir, je l’avoue, à m’y égarer avec lui.

THÉRÈSE

Et vous vous divertissiez à tourner la tête au pauvre villageois?

LA MARQUISE

Ça me faisait passer le temps, et je t’assure que c’était bien drôle ! Notre jeune paysan a de l’ambition et je ne sais nas, en vérité, quelles idées, quelles espérances il s’est mises dans 1 esprit.

THÉRÈSE

Mais s’il y a dans son village quelque jeune fille qui l’aime?

LA MARQUISE

Ah! ma foi!...

THÉRÈSE

Air de Julie.

Si vous saviez que, seule en sa demeure,

Oii son amour le regrette et l’attend,

La pauvre fille et s’inquiète et pleure Quand vous riez de l’inconstant...

Ce jeu-là perdrait tout son charme Et sans doute vous penseriez Que des plaisirs sont trop payés S’ils doivent coûter une larme !

Vous n’aviez pas songé à cela !

LA MARQUISE

On ne peut songer à tout.

THÉRÈSE

Ah! si une dame de la ville s’amusait à m’en faire autant à moi...

LA MARQUISE

Tu n’as rien à craindre, puisque ton amoureux est revenu.

THÉRÈSE

Et je réponds bien que je ne le laisserai pas repartir !

LA MARQUISE

Tu auras raison.

THÉRÈSE

Mais votre adorateur doit être désolé de ne plus vous voir à Paris ? LA MARQUISE.

Oh ! je lui ai appris mon départ.

Vous voulez donc qu’il vous suive?

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