ACTE II
PAUL
Oui, j’essayais de me distraire... car, depuis une semaine que nous sommes mariés, je ne suis guère heureux?
THÉRÈSE
N’avez-vous pas un rang, un titre, une grande fortune, de beaux habits ? qu’est-ce qui vous manque ?
PAUL
C’est vous qui me le demandez!... voyons, ai-je lieu d’être satisfait, quand je vois perpétuellement rôder autour de vous tous ces grands seigneurs, ces vicomtes, ces barons, et que moi, votre mari...
Est-ce que vous êtes jaloux?
PAUL
Il n’y a pas de quoi peut-être? quand je pense que ce pavillon où vous habitez et dont vous avez seule la cief, est toujours fermé pour moi !... Oh ! allez, c’est une vie pénible que la mienne, madame la comtesse.
THÉRÈSE
Vous vous y accoutumerez.
PAUL
Jamais! quoi, voir ces yeux enchanteurs, cette bouche ravissante, cette taille de fée, me dire: tout cela est à moi, et pourtant...
THÉRÈSE
Et pourtant?
PAUL
C’est sur d’autres que ces beaux yeux laissent tomber de doux regards ! c’est à d’autres que cette bouche adresse de gràcieux sourires ! et cette taille qui tiendrait dans mes dix doigts...
THÉRÈSE, lui donnant uu coup (l’éventail sur la main.
Personne n’y touche.
PAUL, s’approchant.
Mais... votre mari...
THÉRÈSE, le repoussant.
Allons donc.... reculez-vous, monsieur.... Qu’est-ce que c’est que de pareilles manières?
Madame la comtesse... .
THÉRÈSE
Eh bien, oui, comtesse, c’est ce titre qui vous a charmé, ébloui, qui vous a fait vous attacher à mes pas et me rendre un service dont * je vous ai noblement récompensé, j’espère?
PAUL
Oh! plus que cela ne le méritait!... mais moins cependant que je n’avais osé prétendre.
THÉRÈSE
Ah çà! croyez-vous, par hasard, que j’étais dupe de vos belles protestations? est-ce que vous pouviez m’aimer? vous n’aviez jamais vu mon visage! Non, c’était la vanité qui vous guidait!... vous étiez fier, orgueilleux, d’intéresser une grande dame!... Eh bien! votre vanité est satisfaite; la grande dame vous a fait sortir de votre condition; qu’avez-vous à lui deinauder de plus?
PAUL
L’amour qu’elle me refuse, car c’est là seulement ce qui peut seul faire mon bonheur!... Oui, j’en conviens, avant d’avoir vu vos traits, j’ai peut-être été entraîné par l’ambition, par l’orgueil, parla vanité ; mais, depuisque j’ai pu admirer cette figure charmante, toutes ces idées- là ont disparu.
Vraiment?
PAUL
C’est l’amour, un amour profond, jaloux, qui me tourmente, me brûle... et me fera perdre la tête si vous n’en avez pas pitié.
THÉRÈSE, à part.
C’est pourtant bien gentil d’entendre ça !
PAUL
Vous ne me répondez pas?
THÉRÈSE
Ainsi, c’est mon visage, c’est moi, ce n’est pas mon titre, ma fortune, mon rang, ce n’est pas la comtesse enfin que vous aimez?
PAUL
Mon Dieu, ce que j’aime, c’est tout ce que je vois!... si vous saviez comme ça me rend heureux d’être là, près de vous, seul, de vous parler, de vous regarder....
THÉRÈSE
Ma figure vous plaît donc, bien vrai?
PAUL
Si elle me plaît! ah! c’est que je ne vous ai pas dit... vous ne vous doutez pas de ce qui se passe dans mon cœur! Tenez, il me semble quelquefois que tout ce qui in’est arrivé n’est qu’un songe!... que je suis encore au village, et que je revois...
THÉRÈSE
Qui donc?