‹ Le massacre de Vassy d'après un manuscrit tiré d'un couvent de VassyChapitre 1 sur 3 · GUILLAUME MONOD · texte numérisé non relu

GUILLAUME MONOD

ANCISM PASTSUIl fif^^INT-QUINtlH.

ifomteur et irès-homrë Frère,

L'hommage ^e je mens vous faire de cet Opiacvilê esl un faibie témoignage d$ la recmMMmm e< du respectueux oilUiàimM WOÊC Uiquthfai V honneur de me dire,

ManHeuTy

Votre tréi-humbU el trés^toué servileurf

Horace GOURION.

Ce n'est point dans un esprit de vengeance, ni pour réveiller

des souffrances de nos pères, et retracer une effroyable scène de la tragédie qui eut pour dénouement la sc^ne plus effroyable

de la Saint-Barthélemy. Nous voulons seulement prouver, dans l'intérêt de la vérité et dans relui de la charité, que TKglise qui a commis ce forfait n'est pas l'i^glise de Jésus- Christ.

Quand un homme est amené devant les tribunaux sous une

imputation de meurtre, les juges n'ont qu'une chose à faire : c'est (ie constater le fait qui leur est dénoncé. Ils recueillent, en présence du jiiri, toutes les dépositions qui tendent à confirmer ou à ébranler l'accusation; ils soumettent au juri une (jucstion unique: «Le meurtre a-t-il été commis? » et si la réponse est affirmative, ils prononcent la sentence de mort.

C'est cette méthode simple et facile que nous proposons ici aux catholiques qui cherchent à éclairer leur conscience» et (|ui veulent savoir ce qu'il faut ])cnser de l'Eglise où ils sont nés. Nous la traduisons cette Ej^lisc devant le tribunal de la justice divine, sous l'imputation d'avoir versé le sang innocent. Nous soumettons à tous les catholiques amis de la vérité, comme à un juri, cette question : « Le s«iiig iimocent a-t-il é^ versé? » S'ils sont obligés de dire : « Oui, » ce ïi'est pas nous qui prononçons, c'est Dieu lui-môme qui a prononcé dans ÏEcriture : « Elle d mérité la mort. »

La ({uestion que nous venons de poser renferme deux points à éclaircir :

40 L'Eglise romaine a-t-elte versé le sang?

^ Si elle l'a fait, le sang qu'elle a versé était-il innocent?

1" De ces deux points, le premier a déjà été décidé par un juri compose de tous les historiens catholiques. Nous n'en connaissons poird qui nient que les hommes considérés par l'Eglise romaine comme dépositaires de l'autorité spirilucLlc aient fait répandre le sang des hérétiques.

Mais quand ce fait ne serait pas attesté par le témoignage

des haines religi

ppeler le souvenir

unanime des historiens, il le serait par le témoignage môme du clergé romain. Des conciles et des papes ont érige en principe qu il faat exterminer les hérétiqaes.

Voici comment s*est exprimé le quatrième concile de Latran (le douzième des conciles œcuméDi(]ues), tenu à Rome, l'an 1215, sous Innocent III, et approuvé pnr re pape :

« Que tous pouvoirs séculiers, sans tiistinclion, soient engagés, et, au besoin, contraints par censure ecclésiastique à jurer qu'ils s'eflTorceront, avec un zèle véritable et de toute leur puissance, à exterminer de dessus les terres soumises à lear juridiction tous hérétiques dénoncés par TEelise {exterminare univeraos hœreticoa) : qu'un chacun, dés qu il aura été revêtu de quelque pouvoir spirituel ou temporel, soit tenu de prêter ce serment.

» Si le seigiieur temporel, requis et averti par l'Eglise, néglige de purger ses terres de cette souillure hérétique, qu'il soit excommunié par le métropolitain et les autres évéques provinciaux ; et si, après le laps d'une année, il se trouve qu'il a dédaigné de fournir salislactioi!, le cas soit mandé au souverain pontife, afin qne celui-ci tiélie ses vassaux de leurs devoirs de lidélité envers lui, et donne ses terres à des catholiques qui, après avoir exterminé tes hérétiques {exterminatis hœreticis), soient possesseurs de ces terres sans aucune contradiction» et les maintiennent dans la pureté de la foi. Les catholiques qui amont pris la croix pour exln ininer les hérétiques [ad hœrelicorum extenninium), jouiront des mômes indulgences et du même saint privilège que ceux qui vont au secours de la terre sainte. * »

Et aGn qu'on ne puisse pas croire que« dans la pratique, les papes soient restés aii-dessoos de ce qu'ont été leur théorie et leurs projets, nous citerons encore un fait qui suffirait tout seul pour prouver que l'Eglise romaine a approuvé le meurtre commis en son nom. C'est le suivant :

« A la nouvelle de la Saint-Barthélemy , le pape Grégoire XIII Ût chanter un solennel Je Ikum dans tontes les églises de Rome ; il se rendit lui-môme à Saint-Marc avec tout le sacré collège pour remercier Dieu solennellement de la grâce singulière qu'il venait de faire au Saint-Siège et à toute la chrètienlé. l'n jubilé universel fut publié |)ar son autorité; le canon du cbûleau Saint-Ange retentit au milieu de la fôte du peuple, et on alluma des feux de joie dans toutes les rues. Un cardinal (Fabio Orsini) fut dépôclié ou roi de France pour le remercier de cette action héroïque. Ce n'est pas tout : (irégoire XUI, dans sa jubilation, îil frapper une médaille, qu'on

* Tr«duit do Sacrorum concUionmCoU9^io, WïlM OU Màiui, 4 Ve*.

■iM, en 1718» ToL XXU, p. M7.

voit encore anjciard'hui. D'un côté est la tète da pape, et de

l'autre nn ange qui extermine les huguenots; et pour exergue: Uugonotorum strages, 1572.' »

2" Mais ces protestants qui furent massacrés par Charles IX* et Grégoire XIII, et ceux qu'a torturés le tribunal de l'Inquisition, et les illustres Réformateurs, condamnés par le concile de Constance, et, avant eux, les infortunés Albigeois,* étaient peut-^'lre des criminels, ainsi (jne Home l'a prétendu.

Pour nous assurer s'il en est ainsi, interrogeons, non le clergé, mais les cailioliques sincères. Ils prononceront si tout ce saug versé était criminel ou innocent.

Ils Vont prononcé. C'est le témoignagne de tous les historiens dignes de foi que l'on ne peut reprocher aux Albigeois, ù Huss, à Jérôme, aux martyrs de la réformation, d'autre crime que d'avoir préféré l'autorité de T)ieu et de sa parole à celle des hommes et de leurs traditions. Il n'y a point de difTérence entre le témoignage que l'histoire rend aux chrétiens

3 ne Qt mourir Rome païenne et celui qu'elle rend aux prétenus hérétiques que fit mourir Rome papale. *

> Voy, de Thon, I, 53, p. 632. Histoire de France pendant les gugmë de religion; par Charles Lacretelle. Paris, 1814 , tom, II, p. 370.

* Charles IX moiirat aa châteaa de Yincennes, le 30 mai 1874. Deux

jours avant qu'il expirât, les médecins avaient fait retirer toutes les peraonnes de sa chambre, « hormis trois, savoir : Latour, Saint-Pris et sa nourrice, aae Sa Mi^esté aimait lieaucoup, encore qa*eUe rat huguenote. Comme elle se fut mise sur un eolïre, elle commentait à sommeiller ; ayant entendu le Hoi se plaindre, pleurer et soupirer, s'approclie tout dovoement du Uct, et, tirant sa cnstode, le Roi commença à lui dire, icttant un ;;rand soupir ei larmoyant si fort que les sanglots lui coupaient la parole : « Ah ! ma nourrice! ma niic, ma nourrice, «luede san^ et que de meurtres! Ah! que f ai suivi un méchant conseil ! O mon Dieu ! pardonne-les moi, s^il te plaist... Que femi-jel je suis perdu, je le vois bien!» Alors la nourrice lui dit: Sire, les meurtres soieutsurceux qui vous les ont Ikitfilire. Mais de tous, Sire, toqs n'en pouvez mais; et pntsqne tous n'y

Ctez pas consentement et en ave/ regret, croyez que Dîeu ne tous les . Dtcra jamais, cl les couvrira du manteau de la justice de son fils, auquel seul faut qu'ayez vostrc recours; mais pour Thonneur de Dieu, çiue Yostre Majesté cesse de larmoyer. El, sur cela, lui ayant esté quérir un mouchoir, pource que le sien estait mouillé de larmes, après que Sa Majesté l'eut prins dé sa main, lui fit si^ qu'elle s'en allast et le laissast reposer. »

Ce roi qui tirait par les fenêtres de son palais sur ses sujets huffttenotSr ce luoiiannu' ratholiquc, so reprochant ses mœurs, rendant l'Ami' jui milieu des remords, en vomissant son sang, en poussant des sanglots, en versant des torrents de larmes, àbandnnnéde toutlê mondé, seolement secouru et console par une nourrice huguenote!!! {Chàfeanbriand, œuvres complètes. Panthéon littérairCf Paris, 1837, tome I, p. 623, 623.}

* VtghM romaine a fiut périr ennron un million d*Allngeois dans le midi de la France, au commencement du XIII* siècle, dans îa erodadê d'Innocent III.

* On peut étudier ce parallël(e d'une manière fort simple, 4ans un petit écrit intitulé : Époques de l'Eglise de Lyon, et publie, il y a environ vingt ans, à Gsuévc. On y verra que le langage des martyrs de Lyon, au deuidnie, au duuiiéne et au leiiièiiie nèâei était abioliiiiMDt mup

Les ODS et les autres mouraient en glorifiant Diea et en

primt pour leurs bourreaux.

Aucun Français n'a reproché au poète d'avoir manqué à la vérité ou au moins la vraisemblance historique, quand lia mis daus la bouche de lamiral Coligu) « pariant a beà assassins, ce beau vers :

Frappez, ne craignez rien, Cohgny vous pardonne. ^

Ce n'est point, avons-nous dit, le clergé romain qu'il faut interroger pour savoir si les hommes qu'il a condamnés étaient cou||abTes. Mais nous aurions pu nous dispenser de cette précaution; car il surfit de son propre témoignage pour constater leur innocence : il suffit de lire le récit des procès intentés, et rénoncé des sentences prononcées; il suffit d'puvrir les statuts de l'inquisition et d'y chercher le catalogue c/cs crmiej» qu'il évoque à son tribunal. On y verra qu'on peut être adorateur sincère de Jésus-Clirist, citoyen fidèle, père de famille exemplaire, homme de bien dans tous les sens du terme, et, cependant, se trouver au nombre do ceux que Kome appelle «lignes de mort. Aussi les inquisiteurs ont-iU quelquefois parié tréshonorablenient de leurs victimes. *^

Il est donc avéré, par les témoignages réunis non-seulement des historiens protestants, mais des catholiques et du clergé romain lui-même, que TÉglise romaine a versé le sang innocent.

Nous nous bornons à ce seul fnit. Nous laissons pour le mo-^ meut de coté toutes les questions de doclrme qui ont été agitées

bUblc. Qu'importe, disait un protestant dans les chaînes, à la veille de •on supplice, qu'importe que les pieds soient dans les fers quand la tête

est dans les cieux.

Voici le rapport de deux {personnages que Louis XII avait charges de faire one enquête sur la sccic des Vaudois ou Albigeok : Nous n'avons trouvé aucuiip trare des rrinies dont on les accuse; le dimanche est religieusement observe; les entants t.uni baptises «elon l'usage do rÉgliae primitive, et instruits dans la foi chrétienne et dans les commandements de Dieu... I.e Roi, apn's avoir piis connaissance de ce rapport, s'écria : « (^e sont du plus honnêtes gens que moi et que le reste As mes sojetg » {Histoirêdês emUaéu contre te* Aibif/eoiSt per J.-J. Barreau et T)ara<,'on, 18i0).

* Nous n'approuvons pas les protestants français d'avoir pris les armes poor se défendre: l'Ecriture n'autorisait point cela; mais aucune loi humaine n'a le droit de les condamner pour avoir repoussé par i'épée des concitoyens et des princeis qui les assassinaient.

* On peut re( oiuiahre les hérétiques à leurs manières, dit un célèbre inquisiteur : leur conduite est sage et retenue; aucun orgueil ne se montre dans leur habillement. Ce qui fait la force des Yaadois, c*est qtif, à l'exception *le leur hérésie, \\> mènent une vie jilus sainte que les autres chrétiens ; ils imitent la vie et professent la doctrine des apôtres (IBittoiHén eroliwiweoiifre les àlbigeoU).

et qui le sont encore entre elle et nous. !l n'est pas besoin, lorsqu'un homme est convaincu de meurtre, de prouver qu'il est menteur ou impudique . ou qu'il a commis d'autres délits moins graves; ce crime seul sollit pour que la société soit obligée de le rejeter de son sein. Il n'est pas besoin, si Rome est coupable de sanfç, de débattre avec elle des sujets de théologie, de la convaincre de mensonge ou d'hérésie : la piemière de toutes les hérésies , c'est le meurtre.

Elle se gloriûe de son unité. Elle a raison, car jamais elle n*a désaTOtté ni désapi)roiivé le sang versé par elle et ponr elle. Il appartient donc ce sang à tons les évéques, à tons les prêtres, à tous les religieux, à tous les laïques, qui proclament l'infaillibilité des papes ou des conciles; en la proclamant, ils sanctionnent ce qu'ils ont fait, ils s'associent à l'unité du sang.

Pourquoi l'Eglise de Rome n'a-t-elle pas le courage de renier son passé, de condamner ouvertement ce qui sera éternellement conîdamnable? ^ Elle ne le peut pas, parce que l'article de foi le pins fondamental dans cette ^lise porte qu'un concile œcuméniquo. d'accord avec le pape, ne saurait rendre, en matière de do^me et de morale, (|ne des décisions infaillibles. Or, des conciles réunissant ce caractère ont décrété que c'est un devoir pour les autorités civiles d'exterminer les hérétiques. Etrange et funeste position que cette Eglise s'est faite à elle-même, on plutôt Juste elterrible Jugement de Dieu sur elle, puisqu'elle ne peut avouer que le meurtre et la perfidie sont contraires à l'esprit de l'Evangile, sans renoncer au fondement de sa foi. Ul lui faut adopter, justiHer les oppressions, les violences, les spoliations, les persécutions, les meurtres, les incarcérations, les tortures, les empoisonnements, les bûchers, les proscriptions et les massacres, qu'un y)Ouvoir toujours cruel et toujours plus implacable a suscités, soutenus et canonisés, depuis Wiclef et Jean Huss, jusiiu'ii la révocation de VéAii de Nantes, et à ses suites, pendant plus de trois cents années, en Bohême, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse et eu Irlande, en Hollande, en Portugal, en Espagne, en Italie et en France, et dans lesquels, jKmrrat»dre sermee à Dku, comme avait prophétisé le Seîçnkir Jésuu

^ La position de FEglise protestante est bien différente. £ile croit que la parole de Dieu possède «ni/e. ici-bas Vinfaillibilité. I)*où il résulte ^ue, lors même que les plus illustrés docteurs do rette ('^'lisp pourraient être atteints et convaincus de tous ces crimes, du toutes ces lierésies dont les papes sont accusés par les conciles, la foi protestante n'en souffrirait aucun échec; elle serait aussi pure, aussi intacte que jamais; car les saintes Ecritures sont au-dessus de toute attcinio, au-dessus de toute violation. Les opinions d'un homme, quoi (|u'il soit, n'ont au( une autorité dans l'Eglise protestante, à moins qu'elles ne paissent s'appujer sur la parole infaillible de Dieu (Uartlej, lêâ ConoUêâ, ou ce qu'il pwt pmar dêVi9ifiiumMéu Pûpêi, page éêettaiwiea).

iJean XVI, 2), ia béte féroce ( ainsi la nomme l'Ecriture Apoc, XIII, XXK, XXIII} s'emvradusangdes saints^ et les it périr par milliers de ipilliers, de tout rang, de tout seie et de toat i^e 1 1 1 ^

Nous savons, cependant, qu'il y a un peuple de dikd dans l'Eglise romaine. Comme les abeilles vont prendre du miel dans le calice même des fleurs empoiso nnées, il y a des âmes qui, par le secours du Père tout p uissanl et tout bon , parviennent à choisir la vérité sanctifiante an milieu des erreurs funestes de cette église. Elles trouvent Jésus-Christ, èt eUes n'ont d'espérance qu'en son sang. 2 C'est ainsi que, dans une maison pleine de pestiférés et de cholériques, il pourrait se trouver quelques hommes t{ui auraient échappé à la mort mal-

fré le choléra et la peste. Qu'est-ce que cela nous prouverait? l'innocence du choléra ou de la peste? Non; mais b puissance de Dieu et la bonté de Dieu.

* Malan, Droits divins du protestantisme, page 33 à 31.

' De là vient que dôjà inairiicnant tant d'àmes sérieuses, i leur insu» •t souvent nulgré elles, sont venues à nous et se sont trouvées protes~ fonfe*, font en disant et en croyant Qu'elles ne l'étaient fias. Aussi, après avoir rejeté ce reste de crainte deshoinines, qui ne veut pas convenir na'on a changé de religion, elles ont été beureuses de &e Joindre à des Mret, MHts la eondmte du seul berger qui est Christ. — Tojrei dans VEsjpirance, numéro du l octobre ItiiS, un article intitulé : 6$ êaH» action catholique et de l avenir du Protestantieme en France*

LE

b'apbès

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