UN MANUSCRIT TIRÉ D'UN GOUYËNT DË VASSY
Vassy est une ville du domaine du roi de France , des plus anciennes du comté de Champagne, située sur les limites du duché de Hur, dans une situation agréable et commode. Il y n prévôté et siège, (lu ressort desquels sont plusieurs villes, bourgs et villages; et même de toute ancienneté, la ville de Joinville et plusieurs villages qui en dépendent ont été justiciables de la prévôté de
Fmnçois de Lorraine, doc de Guise, el Charles, cardinal de Lorraine, son frère, - profitant dn crédit qu'ils avaient à la oour, firent ériger en principauté, par lettres-patentes du roi Henri II » du mois d'avril 1551, la terre de Joinville, qui n'était alors qu'une
1 Avant la révolution de 89, il y avait à Vassy un couvent de (Capucins irlandais. Lors de la suppression de ce couvent, le capucin Mac-.NuUy, connu suus le nom do i)orc ('asimir, se retira d'iiboi d rhoz M. Delaunoy, fabricant à Vassy, puis il alla à Paris où il est luort ; mais il avait laïaié, en partant de Vassy, un vieux coffre qni resta fermé jusqu'en 1835. A. cette épotfue, l'iiériiipr du détenteur du coffre le fit ouvrir en présence de M. le juge de paix de cette juridiction, et l'on trouva parmi beaucoup d*tiitre8 papiers le manuscrit que nous publious. Le sceau du couvent {tigil pruv-iix capucinorum pro-ae hyberniae) était aussi dans le vieux coffre. M. Pissot, juge de paix à Yassy.ea est le possesseur aujourd'hui. Ce mamisoTit est presque mo^-à-mot ocnforaie au récit de ce féroee mat'sacre commandé et présidé par le duc et par le cardinal de Guise, qui se trouve dans les Actes des Martyrs, par Jean Crespin. Genève, lâ7i, pp. fois * 10S3.
Deux gravures semblables à celle (fu'on trouvo à la fin de cet opuscule sont, l'une à la Bibliothèque Royale de Paris et l'autre à Florence, dans le quatorzième cabinet de la Galerie deMédids.
Sur les murs de la grange où eut lieu le massacre se lisent encore ces mots : Passage du prêche. Grange uù eut lien le massacre, le 1" mars 1562. {Note de l'éditeur.)
' Ils étaient fils de Claude dw Lorraine et d'Antoinette de Bourbon. Claude de Lorraine, baron de Joinville, sut mériter les faveurs de FratK. ûis qui érigea pour loi la terre de Goise en dnehé-pairie, Tan IftS». {Note dé l'Mitleur.)
simple baronnie, terre en fief du roi ; et pour former cette principauté, firent distraire de la prévôté de Vassy plusieurs bourgs et villages qui furent joints à Joinvilie. Ces lettres-patentes ne furent emr^istrées au PaflenvîQt (ma le 7 âeptei^bre ^558, ^vec xics corrcGliops et cbangementB.
Le 12 octobre 1561, après le colloque de Poissy , un ministre de la ville de Troyes ayant été nommé pour précber i Tassy, et j étant arrivé, fut averti par les principaux de la ville qu*il trouve* rait beaucoup de difficultésd*y exercer ses fonctions, par la crainte qu'on avait des seigneurs de Guise qui s'assemblaient à Joinvilie, au retour do ce colloque. En effet, le duc d'Aumalc y arriva dans ce temps-là, et y lut suivi de près par ses frères ; mais cela n'empécha pas le ministre de prêcher. A la première exhortation qu'il fit dans la maison d'un marchand drapier, il se trouva environ cent vingt personnes, tant hommes que femmes. Le sermon fini, On nomma quatre surveillants et deux diacres; le join* suivant, qui était le 16 octobre, i) se trouva six cents personnes ù la prédication ; l'assemi^Iée croissait de jour en jour , de maqièire qu'oi^ Mtol)Ug^ de préchisr dima la cour de l'Hôlel-Diett. Le 30, le ministr9 partit 4e Vassy pour s'en retourner à Troyes , après avoi^ ftirmé une espèce d'église calviniste.
Le Ift décemlm»! «fint appris qu'il y avait qndques btptêfiies à Yassy, il sortit de Troy^s, «t aussitét qu'il fut arrivé lieii dosa |lps t i n a t i 0 n il contipua ses serm ons.
le jlo du même mois, l'évéque de Châlons, nommé Jérôn^e ^urgensis, fut envoyé à Vassy par le duc de Guise , suivant le conseil du cardinal do Lorraine, son frère, accompagné d'un moine estimé bon théologien, dapslo dessein de rameoer à la foi c^ux qui s'en étaient écartés.
V étant arrivé avec ?a suite, armée de fusils et de pistolets, sur 1^8 trois heures après midi , il fit venir les principaux des calvinistes, et les pria d'engager le peuple à venir le lendemain au sermon que le religieux qu'il avait amené devait faire. Ils li|l répondirent que, pour eui, ils ne voulaient ni ne pouvaient, en pqnsciçnpp» enti^ndre ce semiott, et qu'à Fégard du peuple ils ne pensaient pas qu'on pût le déterminer à s*y rendre; que, silévé^ que jugetfit i propos d'entendre prêcher leur ministre , ils l'assuraient qu'ils auraient pour lui et les siens tous les égards posst> bles,et qu'il trouverait que la doctrine qu'il leur annongait n'était autre chose que celle des prophètes et des apôtres.
L'évèqne, choqué de cette réponse, leur conseilla de suivre le chemin de leurs pères sans s'enjbarrasser des nouvelles opinions, et de rentrer dans le sein de l'église, dont ils ne s'étaient séparé^
qa'en se laissant sédoiro par des hérétiques de Genève, ajoutant qu'il était bien fôché de ne savoir pas préclier; mais que lereligieaK qu'il avait amené suppléerail i son définit Les Torytift obe^ Cinés dADs-toor première répeme, il leur promit éc ae frôiiver It lendemain an Germon de leur miaiaire.
Etant aorti» de la manoD où était révéqne, ils allèrent, vers toi eMif heares do selr, avertir le ministre de ee fui s'était passé, et notamment de la promesse que révéque a^ait ftûtt' de Tenir entendre le aermon. Le miniairo loua le Seigneur, espérant que l'évéque serait suiti de beaucoup de catholiques de Vassy, auxquels l'exposition de sa foi pourrait profiter. Le lendcTT'^in, le peuple étant agsemt)lé, on Tint chercher le ministre, lequel ne voulut point partir du logis avant d'avoir prié le Seigneur de lui donner de quoi répondre à ce moine qui accomrpagnait l'évoque. Après Id prière il s'achemina vers le f>euplc, s'assurant de l'assistance de celai qui a promis aux siens une bouche à laquelle leurs ennemis ne pourratent résister.
Gommé ism efaantait les co m m a ndements de Dieu , l'évéque y mhm, élBDt snivi du prévôt ^ avait été imlm det mnivellei opsnionit mais ipii s^ed était détaehé; du prœnreui^ du mi , dn pHeor de Vnsay, du reHgieuz et de donsé ou «piime ptfTioMMB de aa-snite ordinaire. Après avoir dlanté les eommandemente de Dien, on commença à prier Dieu; mais l'évèqfUe interrompît là prière en disant : « Messieurs, je viens ici en quaKIé d^éréque de Chàlons, et par conséquent de ce lieu. » Le ministre lui dit qu'étant le proniier en cbairo, il était juste qu'il parlât le premier ; que, s'il trouvait (juelque chose à redire à sa doctrine, il serait libre de parler, ainsi qu il le jugerait à propos, dès que son discours serait fini. L'évéque. usant des mêmes termes que dessus, dit : « Messieurs, je viens ici comme évéque de Cbâloiis, et par conséquent de ce lieu, o Mais le ministre, l'interrompant de nouvean« dit : • Monsieur, je aula très-étonné de de que vous voule» naos enipèeber d'invoquer Dieu en oe lieu , tandie que le roi noua le permet, ainsi que M. le gouverneur de la province. .*
L'évéque, sans lui répondre, contimin de parler, sur quoi le mi* ttisirelui dit que. puisqu'il voulait absolument parler, il y consed* tait , pourvu qde ce fût comme «simple particulier, et non en qualité d'évêque, parce (lu'on ne le reconoattrait point pour tel.
— Pourquoi? répondit l'évéque n'ai-jepas l'imposition des mains?
— H faut , rép1iq?[a !e ministre, il faut que l'évéque prêche la Parole de Dieu, qu'il administre les sacrements et veille jour et nuit à la garde du troupeau du Seigneur : mais vous , qui vous dites pasteur, quand ayez*vous nourri votre troupeau du pain de vie ?
^fÊÊÊÊà avei^TOUs admioisiré les MAfemenlt ou fiit la moiMbe chose qu'exige votre minigtère? ^Comnenl savex-voos que je ne prédie point, reprit révéque? — Vous dttes vous-même hier, répondit le ministre, que vous ne saviez pas prêcher. — Et où trouvez-vous, dit-il, qu'un évéqiiesoit obligé de prêcher ? ^ Je le trouve, répondit le ministre, an sixième chapitre des Actes des Apôtres, verset 4, et au quatrième chapitre de la deuxième épître de saint Paul à Timothèe, verset ii. I/évéque se trouva fort embarrassé; il lui dit qu il prêchait par ses vicaires. A quoi le ministre lui repartit : « Les apôtres et les anciens prêchaient^ils par vicaires?» — Mais vous, reprit l'évéque, étes-vous ministre, et avez-vous reçu l'imposition des mains? — Je le suis, dit le minis> tre, et j'ai tout ce qu'il faut pour Tétre ; pour vous , vous avez l'imposition des hm prophètes. Nous sommes, répondit Yéy^ que, les vrais bergers de l'Eglise, éttnt les suceesseursdes apôtres. — Et comment le seifiez*vous, dit le ministre, puisque vous êtes excommunié ptr vos canons mêmes, étant entré dans la bergerie par k Ibnêtra, vous y étant introduit de vous-même , le peuple n'ayant point approuvé votre élection. Alors l'évéque, se tournant vers le prévôt, lui dit : Monsieur, je vous demande acte de ce qui vient d'être dit. — Cela est juste, répondit le ministre, et ajoutez que j'offre de prouver, par les canons d»i pape, que celui qui se dit évêque de Châlons est excommunié et indigne d'être évêque; puis s'adrcssant au peuple: «On. veut vous faire croire, dit-il, que celui-là est berger qui se contente d'avoir une panetière et une houlette, sans se mettre en peine de mener son troupeau aux champs pour le faire paître. » L'évêque, outré de ce discours . lui dit : « Sortez d'ici ! o Le ministre lui répondit : a Je prêcherai l'Evangile du Seigneur ; si vous le vonlex entendre tranquillement, vous en ^ètes le mattre , sinon ne me troublez pas 1 » — Je crois hiio, lui dit l'évêque, que tout se gouverne ici par foreur. — * Non, non, répondit le ministre, tout se conduit de notre côté par un saint zèle qui a autrefois porté les apôtres i dire à vos semblables: « Qm^U vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommiu, »
Alors l'évêque s'en retourna, moins accompagné que quand il était entré; car le prévôt et les autres, qui devaient «Iresscr le procès-verbal que l'évêque voulnit faire faire, s'étaient déjà retirés par crainte, sans coucher un seul mot par écrit de tout ce qui avait été dit. Le peuple voyant que l'évêque se retirait avec le religieux, qui n avait pas osé dire un seul mot pour appuyer les raisons de son évêque, commença à louer Dieu, levant les mains au ciel. Quelques-uns se mirent à crier : au loup! au rmarit à fdns /
L^évêque alla dire prêcher le religieux à l'église des catboU-
ques , n'étant suivi que de son train; car les catholiques de Yassy, qui étaient Tenus^aTOC lui dans la grange pour voir le déimt da ministre et du moine, ayant oui l'offre que le ministre de première arrivée avait faite de satislaire, apr^ le sermon, à tout ce qu'on voudrait amener contre la doctrine qu'il annonçait ; ayant ouï aussi comment il avait répondu à l'évéque, etquerien n'avait été répliqué qui fût pertinent, demeurèrent au sermon du ministre et rouirent depuis le commencement jusqu'à la fin, non sans fruit. — Entre ceux qui furent gagnés au Seigneur, il y eut un vieillard tout gris auquel, à l'issue du sermon, on dit ; « Eh bien ! père, que vous en semble ? - Oh ! mon enfant, répondit-il, Je vois bien que nous avons été abusés. »
Le moine prêchait encore, -comme les calvinistes sortaient du temple et se retiraient chez eux. Mais ayant entendu quelque bruit que biaaient quelques-uns d'entre eux en s'entretenantde ce qui s'était passé, le moine en fut saisi de frayeur, pensant qu'on eç voulait à lui, et quitta la cbaire si précipitamment qu'il y laissa une de ses pantoufles. L'évéque, daosla même crainte, se sauva par une porte > de la maison du prieur, qui est à côté de l'Eglise; mais ils reconnurent bientôt que leurs craintes étaient sans fondement.
Le lendemain matin, l'évéque alla à JoinvîUe annoncer des nouvelles de son voyage. Le duc d'Âumale (comme on le sut depuis des domestiques de la maison) le plaisanta vivement sur ce qui lui était arrivé à Yassy, et, sur sa relation, on dressa un procès-verbal qui fut envoyé à la cour, par lequel on se plaignait de l'injure faite à l'évéque, et l'on demandait que commission fût donnée au duc de Guise pour punir les calvinistes de Vassy. .Mais ils en furent avertis, et envoyèrent, de leur côté, à la cour quelques-uns d'entre eux avec un procès-verbal qu'ils dressèrent. Ce procès- verbal empêcha VeM de celui de l'évéque, et le conseil du roi ne voulut jamais permettre qu'on usât de voies de fait contre ceux de Yassy, en sorte que les calvinistes y continuèrent librement rexereice de . leur religion. On administra même la cène le â5 du mois de décembre, jour de Noël, quoiqu'on eût été averti par un exprès de Bar-le-Duc, que le ducde Guise devait venir ce jour-li fondre sur Yassy. De trois mille personnes qui y pouvaient f^tre , tant de la ville que do la campagne, il y en eut environ neuf cents qui la reçurent après avoir rendu raison de leur foi.
Le lendemain, le ministre retourna à Troyes, le temps qu il devait rester étant expiré. On envoya à Genève et à Paris, pour avoir
* Cette porte est aajourd'hai routée, mais on peut Déanmoins lavoir dans la ruelle qui est au nord de Tégltie; elle donne dans la chapelle
dite de VEnfant Jésus.
des ministres qui résidassent à Vassy. Celni qui fut envoyéà Paris n'en amena point ; mais celui qui était allé à Genève en amena un, nommé Léonard Morel. Comme il tardait à y arriver et qu'il y mit bttit ou neuf baptêmes à fliire, le ministre de Troyes ftit prié penr la trowième Ibis de revenir à Tassy ; il y arriTa le 95 janvier, ét ayant foitœ <|ue son ministère exigeait, il aHaàBar-soriSeine, âtnsi que le lui avaient recommandé les religionnaires de TroyM; pour y fiiire la même chose qu'A Vassy. Après quTil y eut piHsd quelques jours, deux ministres arrivèmt, l'an peoi^ Bar-ior- Seine et Tautrc pour Vassy.
Dans ce m^me temps arrivèrent aussi quelques calvinistes de Vassy, avee des lettres pour ceux do Troyes, qui mandaient à leur ministre de retourner à Yassy avec les porteurs des lettres pour y demeurer le temps du car<*me, à cause du moine que l'évêque de Châlons devait envoyer pour y prêcher pendant ce temps. Ceux de Bar-sur-Seine s'y opposèrent, parce qu'on leur avait promis ce ministre pour un certain temps qui n'était pas encore expiré, consentant néanmoins qu'il y allât quatre ou einq Jours seiHemenl;' iSn d'y introdoirt le nonvem ministre. Ainsi il retourna pour U qttstridme t<Ak A Vaasy , et y arriva le 90 février.
Gepettdanf Antoinette de Bourbon, douairière de Gotse, lilère dil' duc et' An cardinal, voyait avee peine ce qiù se foisait A Vassy/ qui n'est éloigné que de trois lieues de Joinville où elle avait sa ré^ sidence, et elle cherchait tous les moyens possibles ^ empêcher l'exercice delà religion calviniste, y étant vivement engagée par le prévAt * et le prieur de Vassy. E lie fitfaire défense, sous grandes peines, à tous ses sujets et à ceux de ses enfants, d'aller aux prêches qui se faisaient à Vassy et ailleurs, et de parler contre l'Fglise catholique romaine, leur enjoignant d'aller à la messe et de vivre comme leurs prédécesseurs Elîe érrivit des lettres menaçantes au gouverneur et aux principaux de Vassy, les avertissant que Marie, reine d'Ecosse, fille de sa fille, était usufruitière de Vassy et que tout ce qui s'y faisait touchant l'exercice de la religion lui déplaisait ; que ses enlbnts, qui étaient alors en Alleniagne , àlenr retour en seraient très-mécontents, et en pourraient bien faire repentir les habitants de Vassy s*i1s ne cessaient leurs assemblées. L'effet suivit de près ces menaces : le duc de Guise, revenant des frontières d'Allemagne, étant A Joinville an mois de fSvrier, d^
manda A ses plus familiers si ceux de Vassy avaient toujours des
* Le fils du prévùi était curé de Vas«y. {yotecle l'Editeur.
' Mario de Lorraine, sœur du dur François de riiiis<* et du rardinnl. épousa Jacques V, roi d'Erosse, et fut la nière de Marie Stuart. On sait que celte dernière épousa François II. roi de France, mais jamais eliâ ne fot ntufraitiéro de Vaicy. (iVota dé rBdUmir,)
proches et des ministres. On lui rêpoji^ii quti oui, et que le aopibre en augmentait de jour en jour.
Le duc fut très-irritù, et pour exécuter plus secrètement la vengeance qu il avait conçue contre les religionoaires de Yassy, il partit de loioTille le aamedi , dernier jour de février accoinpih gué du cardioal de Guise, aoà firère, et de sa suite , et alla loger au ▼iUage de DommartiQ-le-Fraoc, * éloigné de loioTille de deux lieues et demie.
Le leudefflaÎD y qui était le dimanehe premier jour* de n^ars, après qu'il eut entendu la messe de grand matin, accompagné d'environ deux cents hommes de sa suite , armés de fusils et de pistolets, il partit de Dommartin et prit le chemin de Yassy. En passant à Drousseval, village éloigné d'un quart d«^ lieue de Vassy, coiiiine on sonnait en cette ville pour aller au prêche, * le duc demanda ce que c'était: — « Pour aller à la prédicaliuii du mmistrc. » Alors Lamontagne. matlre d'hôtel du duc d Aumale , qui uiartiiait à côté du duc de Guise avec Labrosse l'aîné, dit que c'était pour assembler les huguenots , qu'il y en avait beaucoup à Breusseval quj Aréquentaieni les prêches de Vassy, et qu'il serait à propos de leur donner uoe cbarge ; mais le due de Guise répondit : c Marchons 1 il les faut aller voir pendant qu'ils sont assemblés. » 1} 7 avait pux environs de Vassy un certain nombre d'^Kmimes d'armes etd'ardiers de la compagnie du duc de Guise « qui, peu 4e temps auparavant , avaient fait montre d'aller à Moutier-en- Der. Au lieu de retourner chez eux, comme ils avaient coutume défaire après les montres, ils se retirèrent à Vassy et logèrent la plupart chez les catholiques. Le samedi , veillt» du massacre, on . îles vit préparer leurs armes ; ' cependant les religionnaires ne se doutèrent pmnt de la conjuration , dans l'opinion où ils étaient qu'étant sujet du roi, le duc ne leur ferait aucune violence , d'autant plus que, deux moins auparavant, lui et ses frères étaient passés assez près de Yassy sans leur marquer a^cunmecoutentement.
' La maison où le duc de Guise logea existe encore ; elle apparUeni à
M. de (Ihàteauvienx . .Mote de i Editeur )
' D'après la tradition, le second coup de la messe était le signal pour les protestants de se rendre au prêche. [Note de l'Editeur.)
^ On Toit que cette corijniation était tramée <1<' loiv^no main : Davila dit fonUcllcnicni que les chef!! du parti cailiolkqiic, iiuligués de Pédit de IfeBTier 1563 (cet édit permettait aux religionnaircs d'exercer publiquement leur cuite dans les faubourgs et dans les raïupagnes), se retirèrent de la cour : Macliinandn ^ià di disturbaie Veditto et U'opporsi per oyni modo alla fatti ne uyonotta. liv. ii, p, 79 — Plus loin, liv. m, p 86, lorsque Toodeur, capiiaioe du château de Yassy. s'appuyait de l'édit de janvier, nous lisons t il duea sde^ato non mena aella riposta chedel faftOy messula mono suUa spada. rtpliro, pii^nodi colera. che l'editto.cosi strettûmunU WgatOy »i troncartbbt con U filo 4i quella. » i^JSotf de l Editeur.)
Comme le duc de Guise arrivait à Vas^y, un jeune cordonnier sortait de sa maison, près de la porte de la ville; Lamontagne, le montrant au doigt, dit que c'était Tun des ministres. Le duc appela ce oordoonier, lai demanda s'il était ministre et où il avait étudié, n lai répondit qu'il a*était pas ministre et qu*il n'avait jamais été aux écoles; par ce moyen, il échappa de la troupe qui l'avait envirooné, et qui hii dit que soii affaire était bien mauvaise s'il eût été ministre.
De là donc, le duc passa dans la ville avec sa troupe, comme s'il eût voulu prendre le chemin pour aller à Eclaron, où l'on disait qu'il allait dîner ; mais passant devant la halle, qui était proche de réglise, au lieu de suivre le chemin d'Eclaroii, il se détourna et alla descendre sous la halle. De là, il entra à l'église ; ayant fait appeler le nommé Dessales, prieur, et Claude-le-Nain, prévôt de Vassy, dont le fils, pourvu de la cure de Vassy et du prieuré des Hermites, près de celte ville, il leur parla un moment ; et, sortant subitement de l'église, il fut suivi de beaucoup de gens de sa troupe. Ou ordonna aux catholiques de demeurer à l'église, en les avertissant que, s'ils sortaient dans les rues, ils courraient risque de leur vie.
Le duc étant sorti de l'église aperçut d'abord d'autres personnes de sa troupe qui se promenaient sous la halle et autour du cimetière, en l'attendant. 11 leur ordonna de marcher droit où le prêche se fiiisait : c'était dans une grange éloignée de l'église d'environ cent pas, à la pointe de la rue et du chemin que le duc devait prendre pour aller à Kclaron. Aussitôt ceux de la compagnie qui étaient à pied s'avancèrent vers la grange, le guidon de cette compagnie, nommé Labrosse, marchant le premier, et à côté ceux de la compagnie qui étaient à pied. Après les cavaliers, marchait le duc de Guise accompagné de plusieurs, tant de sa suite que de celle du cardinal, son frère. Le ministre, nommé Léonard Morel, avait déjà fait les premières prières et commencé la prédication i laquelle assistaient environ douze cents personnes, tant hommes que femmes et enbnts. Dès que les cavaliers se furent approchés de la grange d'environ vingt-cinq pas, ils tirèrent deux coups de flisil sur ceux qui étaient sur les é<^fauds, près des fènétres.
Ceux qui étaient dans la grange, près de la porte, voulurent la fermer; mais ils en furent empêchés par.Ies gens du duc de Cruise qui sur-le-champ tirèrent leurs épées, criant : « Ttie, tue, mortdieu, tue ces htiguenots ! » Le premier qu'ils rencontrèrent fut u» crieur de vin qui était devant la [H)rte de la grange : ils lui demandèrent s'il n'était pas huguenot, et en qui il croyait; et ayant répondu qu'il croyait en Jésus-Christ, ils lui donnèrent deux grands coups d'épée à travers le corps. S'étaot relevé pour se sauver, ils
lui donnèrent encore d'autres coups dont il mourut sur la place. , Deux autres furent tués près de la porte comme ils voulaient sortir de la gran;j;c pour s'échapper. Alors le duc et ses gens entrèrent en foule dans celte grange, frappant à coups d épée sur tous ceux qu'Us rencoDtraîeDi, sans égard pour leur sexe ni pour leur âge.
Plusieurs tiraient sur ceux qui étaient sur les échafiiuds ; d'autres flEtucbaient à grand coups de sabre à travers le corps de ceux qui leur tombaient sous la main ; d'autres enfin leur fendaient la téte> leur coupaient les bras et les mains, et tftcbaient de les mettre en pièces. Les murailles et les édhafauds do la grange étaient teints de sang : la fureur des meurtriers était si grande, que ceux qui étaient dans la grange furent contraints de rompre et de percer les toits pour se sauver; et craignant de retomber entre les mains de leurs ennemis, ils sautaient par-dessus les murailles de la ville, qui étaient assez hautes, et s'enfuyaient aux bois et aux vijines, les uns blessés au bras, les autres à la tète etaux autres parties du corps.
Le duc était lui-n»ême dans la grange, l'épéc nue à la main, ordonnant à ses gens de tuer, notamment les jeunes gens. Mais à la fin il dit d épargner les femmes enceintes; et, poursuivant ceux qui étaient sur les écbafauds et s'efTorçaient de se sauver par le toit, il criait! « A bas, canailles ! » leur foisantdes menaces épouYantables. H ne se porta à ménageries femmes grosses, que parce que la duchesse sa femme, passant près des murs de la ville, et entendant le bruit des coups de fusils et de pistolets, et les cris des malheureux qu'on traitait si cruellement, envoya en diligence vers le duc son mari, le supplier de fiiire cesser la persécution des femmes grosses.
Pendant ce massacre, le cardinal de Guise était devant l'église de Yassy, appuyé sur les murs du cimetière, regardant vers la grange où étaient ceux qui tuaient et massacraient *
> Ce fut le cardinal de Guiso qui proposa d'établir en France l'odieui tribanal de l'inquiaition, pour empêcher, disait-il, les progrès du calvi- Bisme. Il conçat le premier Mdée d'one ligue dont il proopsa le plan au Concile de Trente, ligue funeste k la France, et qui mit VÈtàt à deux doista de sa perte. (Fériel, Histoire de JoinviUe.)
II fit compter mille éciis d'or an gentilhomme da duc d'Avmala, son frère, qui lui apporta la première nouvelle dn massacre de la Saint- Barthélemy. (De Thon, 1, 53, p. 638.}
Le M décembre 1574, se trouvant à Avignon, dans la procession dite des Battus, avec CathorinodoMédiciset Henri III, il fut saisi d'un violent mal de téie qui le força de se retirer avant la fin de cotte cérémonie ridicule. Une grosse fièvre survint qui l'emporta presque aussitôt. Nul n'avait soufflé plus que lui le feu des guerres civiles, et ne s'était montré plus cruel. Médicis jparut respirer en apprenant sa mort; mais la nuit •vivante on l'entendit pousser des cris de terreur ; ses femmes accoururent, et la trouvèrent tlans le d lire. « I)(''Hvrez-moi de cette vue» dit-elle, TOilà le cardinal qui ma poui &uit, il m'eatraine en enfer ! »
(OalKunaeioie, HUtoinde France, tome 1, p. 87i-375.)
Plusieurs des reltgionnaiies 86 flàiivèfeot d'abord par-dessos les
toits; mais à la fin quelques-uns des meurtriers les aperçurent sur le toit, et tirèrent sur eux avec de grandes arquebuses» et en tuèrent plusieurs.
Les domestiques de Dessales, prieur de Vassy, tirant sur ces malheureux, les faisaient tomber à bas comme des pigeons sur un toit. L'un de ces domestiques s'est vanté depuis le massacre, en présence de plusieurs personnes, d'en avoir, pour sa part, fait tomber à bas une demi-douzaine, et que si les autres en eussent fkit autant il s'en serait moins échappé. Le ministre, au commenoement du massacre, ne cessa de préeber, et tint ferme jusqu'à ce qu'on tirftt on coup de fusil droit à la obaire où il était ; alors II se mil à genoux, priant le Seigneur d'avoir pitié de lui, et surtout de son troupeau. Après sa prière, pensant à se saoTer, H laissa sa robe pour n'être pas reconnu; mais, passant par la porte, il tomba sur un bomme mort, et reçut un coup d'épée à l'épaule droite. S'étant relevé poil r se sauver, il fut arrêté et frappé de plusieurs coups sur la léte, dont il tomba à terre, et se sentant mortellement navré, il s'écria: «0 Seigneur! mon âme en tes bras je viens rendre; car tu m'as racheté, ô Dieu de vérité ! » Dans ce moment, un des meurtriers accourut pour lui couper les jarrets; mais son épée se rompit à la garde. 11 fut délivré par deux gentilshommes qui dirent : a C'est le ministre, il faut le mener à AI. de Guise, b ils le prirent alors par-dessous les bras, et le menèrent jusqu'au devant de la porte de l'église. Le duc, qui en sortait avee le cardinal son frère, lui dit : « Es-tu le ministre? Tu es bien bardi de séduira ce peuple ! »—« Monsieur, lui répondit le ministre, je ne suis point un séducteur, car j'ai précfaé l'Evangile de lésns^brist. Le duc sentant que cette simple et briève réponse condamnait son entre* prise, commença à jurer en disant : « Mortdieu t ,rEvangile préche-t-il la sédurtion ?Tu es cause de la mort de tous ces gens» (u seras pendu tout à l'heure. Çà, prévôt, faites dresser une potence pour qu'on pende cet homme-là. » Aussitôt le ministre f»it mis entre les mains des laquais qui l'accablèrent d'outrages. Les femmes de la ville, qui étaient catholiques, lui jetèrent do la boue au visage, criant: «Tuez, tuez-le, ce méchant, qui est cause de la mort de tant de gens, » et on eut bien de la peine à le garantir de la fureur de ces femmes. Pendant que les domestiques le tenaient, le duc rentra dans la grange : on lui apporta une Bible dont ou se servait aui prédications. Le duc, la tenant à la main, appelle son frère le cardinal, et lui dit : « Tenez, mon frère, voyez le titre des livres des huguenots. » Le cardinal, le voyant, dit : < Il n*y a rien de mauvais dans ce livre, car c'est la BiUeet laStiate-Ecriton.»
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Le dae, Adié de ce qtt'il ne kif répondait pM lelon ion désir» entra en une plus grande rage qu'auparavant, et dît : « Gomment,
sanjîfiieu! la Sainte-Ecriture? il y a quinze cents ans qiie Jésus* Christ a souffert la mort et la passion, et il n'y en a qu'un que ces livres sont faits. Comment dites-vous que c'est l'Evanîïile? Par la mortdieu tout n'en vaut rien. » Cette fureur déplut tellement au cardinal (}u'on lui entendit dire par derrière : « Mon frère a tort. »
Pour revenir aux persécutés, ceux qui ne pouvaient monter et gagner le toit de la grange, étaient poursuivis i'épée dans les reins, et fuyant de la grange, étaient forcés de passer entre deux rangs d'ennemis tant à pied qu'à cheval, qui les poursuivaient avec la dernière fureur. Cependant, par la grâce de Dieu, plusieurs s'échappèrent tant par-dessus tes toits qu'autrement sans être blessés. Ce massacre dura une grande heure, et pendant ce temps les trompettes du duc sonnèrent par deui diverses fois. Quand les fidèles demandèrent miséricorde au nom do Jésus-Christ, les meurtriers se moquant d'eux disaient : « Vous appelés votre Christ, où est-il maintenant? qu'il vous sauve ! »
Il mourut dans ce massacre une soixantaine de religionnaires, et deux cent cinquante environ furent fort navrés et mutilés. Plusieurs eurent les bras, les jarrets et les doigts coupés. Au nombre de ceux qui restèrent sur la place, sont : M. .Tarques Desmongeot, recteur des écoles à Vassy; Jean Lepcix, procureur-syndic des habitants de cette ville ; Antoine de Horde, sergent royal en la prévôté ; Claude Lefèvre, drapier, au(iuel après sa mort on prit une bour.se qui contenait une soirune considérable que les meurtriers emportcriMit ; Nicolas Caillot, Qut^ntin Jacquard, Guillaume Drouot, Nicolas Menissier, Daniel Thomas, Jacques Joly, tous drapiers ; Jean Vanciennes, Clément Maillard, Clément Richard, Nicolas Robin, Clément Rrachot, Nicolas Couverpuls, Didier Jacquemard, Claude Lejeune, Simon Jeoflt'oy, Jean Desmougeot, Jean de Moizy, Simon Chiquet, Guillaume Briel, Jean Jacquot, Deuis de Morizot, Nicolas Brissonnet, Jean de Colesson, Claude Simon, Jean de la Loge,t Pierre Deschets, Jean Dubois, Girard Dauzamillier, Benjamin son (ils, Jean I-ef^vre, Pierre Arnoult, Didier le Madeleine, Nicolas Maillard, Didier Jobart, Marguerite, femme de Girard Lucot; Nicole de Borde, veuve de Jean Robin, demeurant à Yassy ; Jean Pataut, marcband à Trois-Fontaines, près Va^sy; Robert de Porteilles do llauteville, et antres dont on n'a pas encore connaissance.
Jeanne, leninie de Nicolas Thiellemeu, fut tuée sous la balle, par deux laquais, pour lui prendre son agrafe d'argent; son fils voulut la secourir et reçut un grand coup d'épée dans le ventre ; les autres morts qui restèrent dans la grange et dans la rue furent
pillés de souliers, gibecières, manteaux, bonnets, chapeaux, coiffes de filles et de femmes. On emporta douze livres tournois du tronc des pauvres qui était attaché à la porte, qui fut brisé. La chaire brisée, la Bible emportée , la maison du nommé Changniot, boucher, fut pillée jusqu'à la dernière serviette. On ne voyait que femmes déooiflées, échevelées et couTerfees de sang, toutes en pleon et jetant de grands cris.
Le prévôt» nommé Glaude-le-Nain, qui avait engagé an massacre la douairière de Guise, sachant que quinze ou seize domestiques du duc logeaient à l'aubeige du Signe, alla vite les chercher, leur disant qu'ils perdaient leur temps, tandis que les autres repassaient si hien les huguenots. Âussi ils prirent de longues arquebuses et commirent beaucoup de meurtres et d'excès.
Le ministre, blessé de plnsiours coups sur la tAte ot ailleurs, ainsi qu'Etienne Gallois et Nicolas Thiellemen, échevins de Vassy, furent liés et garott(''S par ordn» du duc, qui demanda au prévôt s'jl n'y avait point d'exéculfur déliantes œuvres; il lui répondit que non, mais qu'il en procurerait s'il le sotiliailait.
Au mémo instant , le duc envoya chercher Claude Tondeur , * capitaine de Vassy , qui était dans sa maison , au château de cette ville, et qui vint aussitôt. Le duc , après lui avoir bit de vifs reproches dé ce qu'il avait souffert des assemblées à Yassy , et que l'on préchftt,lui enjoignitde le suivre jusqu'au village d'Âttancourt, éloigné de Vassy d'une demi>lieoe, et dit à ses gens de le suivre avec le prisonnier , qui ftit attaché avec deux cordes de charrue et traîné dans la boue jusqu'à Attancourt, sur la chaussée d'Eclaron, où allait lo duc. Quant à Nicolas Thiellemen, il fut élargi pour Hure inhumer sa femme et panser son fils , qui avait été blessé en voulant secourir sa mère, qui fut tuéo sous la halle, et moyennant la promesse qu'il fit de se représenter le lendemain au duc, à Eclaron.
Le duc monta à cheval et partit de Vassy avee le cardinal son frère, la duchesse sa femme , et plusieurs autres de leurs familiers, dîner à Attancourt, dans la maison du nommé .Facques Colesson. Après le dîner, le duc fit venir devint lui le capitauie de Vassy avec Gallois, leur fit de vives romoiilrances , avec menace de perdre et de ruiner Vassy, s'il arrivait qu'on Ht des assemblées et qu'on se servit de ministres comme on avait fait et leur or^ donna de vivre comme leurs ancêtres, ^ et d'aller à la messe, ce
> Claude Tondeur allégua l'édit deJanvier qui perjucttai;.aui, religiounaires d*exercer pabliquetnent leur culte dam les faubourgs et dans les campagnes. Détestable édit, s'écria le duc en iiit-ttant 1a ninin sur la garde de son épée; c'estavec cette arme que je saurai en Caire la resri ssion.
Fofrld naUiêlapage iS
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qu'ils promirent. Cependant, à l'instigation du prùv^t et de Lnmoutagne, leiirs plus grands ennemis , il ne laissa pas de les faire conduire à Eclaron, où il alla coucher avec tonte sa suite; le mi nistre y fut apporté sur une échelle par trois on quatre hommes, depuis Attancourt , et le long du chemin il fui uiallraité et outragé par les gens du d«s. Le ministre» Gallois et le capitaine tarent gardés tonte la nuit comme des criminels.
Le lendemain, lundis mars, Gallois, le capitaine, et Thiellemen, qui s'était venu représenter selon l'ordre du duc, furent menés dans unegalerie du cbâleau d'Çclaron , où le duc devait passer. T étant arrivé, il les fit mettre à genoux pour demander grâce au duc; et comme il passait par cette galerie, quelques-uns do ses gens lui dirent que ceux de Vassy avaient envoyé vers le roi. — « Qu'ils y aillent, ils n'y trouveront pas leur amiral ni le chancelier. — Le lendemin, le capitaine, Gallois et Thiellemen, après avoir donné caution. Turent mis en liberté et renvoyés à Vassy. Mais lo
foi qui unit le protestant à T)iru l'unit, en m^mc toraps cl m .Trstij;, à un Abel, à an £noch, à un Noé, à un Abraham, à un Josué, à un Dayid, comme à un taint Pierre, à un Polycarpe, à an Cyprien, et à tons lés antres croyants de tous les temps et do tous les lieux.
Kous croyons que le salut du pécheur est un don spratuit de la charité dtJHeu, et que l'ànie de l'homme est entièrement et a jamais justifiée par ta seule foi en Jésus-Christ, époux, prince et chef unique de lV'f;lise qu'il aime et dont il est aimé; et ainsi nom protestons contre toute rehgion qui attribue quelque mérite au pécheur, et qui dit que les venat on les œuvres de l'homme on rachètent les fautes
Mais si nous vouions être sauvés gratuitement sans les œuvres de la loi (Rom. III, 20-27, titre III, 4-7), noni voulons amtit^oigner notre reconnaissance pour ce salut gratuit, " en offrant nos corps en sacriflce virant, saint et agréable à Dieu. » îSous voulons nous souvenir que nous avons été rachetés à ^Tund prix et ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour celui qui nousa rachetés; nous voulons glorifier Dieu en nos corps et en nos esprits qui Ini appartiennent; nous voulons annoncer, par la sainteté de notre condniie, les vertus de celui qui nous a appelés «les K-iirbres à ta merveilleuse lumière. Nous voulons aimer Dieu parce qu'ilnous a aimés le premier; nous youlons bénir ceux qui nous maudissentet faire du hion à ceux qui nous haïssent, soulager les nécessiteux en nous souvenant de celui qui, étant riche, s'est fait nauvre pour nous, afin que par sa pau- Treié nous Hissions rendus riches. Mais de tout cela nous ne nous ^glorifierons point ,nous ne regarderons point ces bonnes œuvres coin me des titres au salut, conune devant nous mériter le ciel; mais bien comme les fruits de notre foi ; et comme celle-ci est un don de Dieu, nous rapporterons à INeu et la gloire de notre foi, et la gloire de nos œuvres. Tout à Dicrr, tout pour Dieu. Voilà la maxime du yvdXwrotestant. « Non point À nous, Seigneur, mais à ton nom donne gloire. » Oui, gloire, éternellement gloire à oeini qui, i)arsa grAce, conimenroen nous la bonne œuvre et qui, par sa grâce, l'achève ; mais à nous, créatures indignes, confusion de face et éternelle reconnaIssMicel
Telle est notre croyance ferme et immuable : c'est pour elle que nos
Eères ont préféré dire adieu à leur patrie, à leurs biens, mourir sur les ùchefS etsnrles échalinds, plutôt que de renier leur foi , — et c'est ponr elle (|ue nous espérons recevoir de Dieu, dans les mêmes circonstanoeSf la même iorco de souffrir et de mourir.
[Uttn é r JrsAevéfiie de IbuionM, p. 117, 1T6.)
ministre fut conduit le même jour , par ordre du duc, au château de $aint-Dizier , attaché à la maison de Guise , sous la garde de François Desboros, capitaiDe de Tendroit. Depuis ce jour, Desbores, ou Domesoil, tint le mioistre dans uae prûon 'si étroite, que personne n*osait lui dooner les choses les plus nécessaires. On ne sou0k«it pas même que ceux de la Tille, qui lui apportaient à manger et à boire, entrassent dans le château pour le Toir ; en sorte qu'il fut plusieurs fois ]dus de viogt^atre heures sans boire ni manger ; il fut même souvent menacé, par les gens de Dûmes* ni!, d'être jeté dans un sac à la rivière. On voulut le contraindre de faire ses pâques à la manière des catholiques, sous promesse de le mettre en liberté, mais il refusa. Il resta dans cette prison jusqu'au 8 mai 1563. Ce fut par l'entremise du prince de Porcien qu'il en sortit.
Pendant que le duc était à Eclaron, on envoya à Vassy un vieux légiste nommé Alexandre Le Gruges, avocat du roi à Chaumonten-Bassigny, pensionnaire de la maison de Guise , y étant arrivé, il fit avec Claude>Ie-Nain une information à la décharge du duc, au sujet de ce massacre, dans laquelle furent entendus tous témoins qui avaient assisté et participé au massacre. Lamontagne même, dont le fils était pourvu d'un prieuré de mille à douie cents francs de rente, à une lieue de Vassy , y fut entendu, quoiqu'il eût aidé à tuer Jean Pataut, de l'église des calvmistes; de même que Digoioe Claude, maréchal-dcs-Iogis du duc , Labrosse et autres catholiques. Les domestiques du duc et plusieurs autres de sa suite mirent en vente, à Ëclaron, les manteaux, chapeaux, ceintures , coiffes et autres objets pris lors du massacre. Huit jours après l'événement, la douairière de Guise envoya à Vassy le seigneur de Tliou, nommé du Châtelet, pour empêcher que le reste des religionnaires ne s'assemblât à Vassy. Par le conseil du prévôt, il fit dresser deux potences faites avec du bois des sièges de la grange où l'on prêchait, et menaça de faire pendre ceux qui s'assembleraient. 11 fit faire perquisition des armes dans les maisons, et ordonna, sous peine de vie, d'aller à la messe ; obligeant quelques religionnaires de foire enterrer, à la manière des cathoques, leurs parents qui étaient morts.
Huit jours après l'arrivée du seigneur de 'Shou, vint le seigneur Despots, qui disait être envoyé pour informer de la vérité du mas-
* Nous avont vu à Rome le cachot des prisons Mamertines où fut jeté l'apôtre saint Paul, par ordre de l'empereur Néron ; nous avons vtt à Saini'Dizier ic cachot où fut jeté le ministre Léonard Morcl, par ordre du duc de Guise. Nous trouvons que ces deux prlflOntSOVlMTaîllMSeN** semblent psrfatiemftat. i^oie dâ l' £4*^^*1
sacre, ce qu'il ne fit pas. Au contraire, ayant fait venir un nommé Gondruvart , lieutenant particulier du bailliage de Chaumont, et quelques autres officiers, pensionnaires de la maison de Guise de ses frères, pour faire cette information, ce lieutenant entendit seulement la déposition des premiers téniuius interrogés par Claudp-Io->iain, avec quelques autres qui avaient participé au massacre, quoiqu'on lui en offrit qui n'y «valent point ptrlieipéel qui n'étalent pas protestants, t Avant le massacre, les halittants de Taasf allaient vendre leurs denrées à loinville, Saint-Dizier et autres lieux ; mais deimis il fut défipndu de les laisser eniver, surtout ceozde lardigion.
Sitôt q^e le duc fut arrivé à la cour , Damesail obtint une commission pour lever des gens en grand nombre dans les villageii voisins de Saint^Dizier, à l'effet d'empéeber ceux de la religion de faire leurs exercices.
Le dimanche 1" août, il lit sonner le tocsin dans les villages voisins, et assembla par ce moyen un grand nombre de gens tant à pied qu'achevai, de Saint-Oizier, Eclaron, Valecourt, Humbécourt. Allichamp, Louvemont et autres lieux. Il les obligea de le suivre avec menaces et coups de bàlon; il les (il marcher au Buisson, à une petite lieue de Vassy, comptant y prendre uu gentilhomme nommé La Ciiapelle , qui y faisait sa demeure, et fréquentait les assemblées des prêches qui se disaient àTassy; mais il ne l'y trouva pas. n entra dans sa maison avec le prévôt, qui, avec ses gens, le pria d'aller à Vassy, ainsi qu'il en était convenu avec Dumesnil. Le piévôt le mena à un endroit nommé la Grange-CoUart, en la maissn d'un nommé Jean Horizot, dans laquelle ceux de sa suite prirent une grande somme d'argent dans un coflk'e, et autres, meubles appartenant à Morizot. En sortant de ce hameau, Dumesnil fit marcher ses hommes à Voileconte , à une lieue de Vassy, comptant y rencontrer Montbeillard et son gendre de Montier-en- Der, qui avaient pareillement fait assembler nombre de gens des villages voisins au son du tocsin, comme de Kozièic, Sommevoire , Uobert-Massy et autres, avec intention d'accompagner Dumesnil à Vassy, pour surprendre et massacrer le surplus de ceux de Vassy qui avaient recommencé des assemblées et faisaient leurs prières les dimanches et les fêtes. Cependant Dumesnil, NontbeiUard et leurs gens ne purent le joindre, parce que, environ à quatre heures du soir du même jour, survint une grêle et un orage si impétueux, que les paysans qui les suivaient hueni obligés de se mettre le visage à terre; et cet orage Ait si violent, que
* Ceci rtMemble à ce qui te pute maintenant à 0-Taïti.
(JVottd^rMaMr.)
les blés et autres grains furent entièrement perdus et coupés ras déterre. Dumesnil fut obligé de regagner Saint-Dizier, et de renvoyer ses paysans. Il fit prisonnier le nommé Nobis, parce qu'il était étroitement lié avec La Chapelle; mais après Tavoir retenu quelques jours, il le renvoya
Ce même jour août, le prévôt et le procureur du roi de Tassy firent monter au clocher les sonneurs, et leur ordonnèrent de sonner le tocsin sur les qaatre heures do soir lorsqu'on serait aux prières, pour assembler les habitants des villages Voisins , auxquels ils avaient enjoint de se rendre en cette ville aussitôt qu'ils auraient entendu sonner la cloche, pour tomber sur ceux qui étaient à la prière à cette heure-li; mais l'orage* empêcha Texécution de ce projet.
Dans ce même temps, sur les informations dont il a été ci-devant question, intervint un arrôt du parlement par lequel, entre autro?, la ville de Vassy serait démantelée, que les anciens, diacres et surveillants de l'Eglise réformée seraient pris au corps, si non ajournés à trois briefs joii rs, avec saisie et annotation de leurs biens. En exécution de cet arrêt, les murs de la ville ont été depuis abattus et rasés, et les aiieieos, diacres et surveillants de l'église calviniste ajournés à trois briefs jours.
Denis de Roynel, natif de Joinville, l'un des diacres de cette église, fut pris et pendu, à la poursuite de la douairière de GuSse, sous prétexte d'avoir porté les armes sous le prince de Condé. Gallois, marchand de Vassy, fut pris et mené prisonnier i Saint- OIsier, où Dumesnil le retint plus de sçe semaines comme un criminel et dans une prison humide; et après lui avoir Ciit payer une somme considérable pour sa rançon , il le renvoya à Vassy.
Depuis le mois de septembre 1562 jusqu'au mois d'avril suivant, la ville de Vassy eut toujours garnison. Ceux de la religion furent pillés, battus, outragés, leurs maisons brisées et démolies, jusqu'à fenêtres, portes fermées et barreaux de fer qui ont été pris et emportés par les soldats, tant de la compagnie d'un nommé Renepont, que de celle d'un nommé Àsprcnou, sous la conduite de Claude-le-Nain, prévôt de Vassy.
Nota. Cette retaUon a été Urh d'un Kvre imprM peu d» Umipi mffè* U moiMcrede Fany. On n*a Hm dumgi a» tHifiê, nuri» on a MuUmeninmplaeilettirmei antiempar étmUm qvd lonf oeliieflemenl en fuage.
tanui. M c«-B. LAvmT, ans iassr-n^ibmvaht, M.
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IIBRAIRIE DE l.-R. DEIAY,