Scène de la vie privée, entre mère — et fille, dans les deux sens
« — Eh ben ! ma p'tite, as-tu bien dormi ?
« — Pas trop... je sais pas... je suis comme in- « quiète... Il me semble qu'il va m'arriver quelque « chose.
« — Veux-tu Tjeu de cartes ? »
Qui croirait que Grévin a des points de ressemblance avec Gustave Flaubert? Pourtant, comme Flaubert travaillait son style, recherchant la perfection de la phrase, les sonorités et les harmonies, ainsi le caricaturiste travaille ses légendes, les corrige, les sertit jusqu'à ce qu'elles soient complètes et précises, avec le moins de mots possible.
Dans les coulisses d'un théâtre, une actrice interpellait le régisseur, parce qu'une camarade l'avait in* sultée :
— Monsieur, elle m'a appelée chameau devant mon monsieur.
Cela n'était pas euphonique ; Grévin a préféré changer un tantinet l'idée de sa légende et a mis définitivement :
— Monsieur, elle m'a appelée chameau devant ma mère.
Toutes les légendes sont ainsi ouvrées ; avant de les écrire, il se les dit à haute voix. Flaubert avait pareillement la passion de la musique du style. Grévin lime beaucoup ses légendes. On en est venu à reconnaître le profond sens philosophique des livres du maître romancier et des caricatures de Gavarni. Ainsi, on rend hommage au génie observateur de Grévin, en parcourant son œuvre, seulement amusante pour la foule.
Les légendes de Grévin ont été tronquées plus
d'une fois. 11 a bien voulu, sur une collection que j'ai, en rétablir au crayon un certain nombre. Il y a plaisir à montrer combien la censure est spirituelle.
De pauvres bockeuses sont attablées devant un café. Une heure du matin peut-être. Deux passants :
< — Eh bieni là! vrai ! elles me font réellement de la peine; voyons, offrons-leur à souper.
Celui-là ajoutait :
« — Nous n'en mourrons pas. »
L'autre répondait :
« — On n'a jamais pic savoir. »
Dans l'eau :
« — Tu l'connais?
« — Si je le connais !... J'voudrais avoir gardé tous les louis d' vingt francs que j'ai soupe d'fois avec. « — Poseuse^ va ! »
Grévin avait écrit :
« — Oh mais, tu sais, moi j'appelle pas ça connaître. »
Deux élégantes jasent au coin du feu :
« — Tu ne t'imagines pas combien ça me coûte de me donner à lui!
« — Et à lui, combien? »
La censure n'a admis que cette banalité :
« — Je ne sais vraiment pas auquel donner la préfé- « rence. »
Madame est à son balcon, une lorgnette aux yeux, elle regarde là-bas, dans la rue, dans un fiacre peutêtre :
« — Tiens, tiens, tiens ! cette chère petite madame < Pigeoiseau!... Elle est en grand deuil, son mari lui « aurait-il fait le plaisir de la rendre veuve? »
Voici ce qu'on avait présenté à la censure, facilement effarouchée :
« — Tiens, tiens, tiens ! cette chère madame Pi- « geoiseau!... Monsieur Pigeoiseau qui voulait toujours « être quelque chose. >
Explications :
« — Où as-tu passé ta soirée, dimanche? « — Moi!... on en a menti !!!
Une légende corrigée — volontairement cette foisci. C'est entre concierge et visiteur : « __ Mad'moiselle Euphémie, s'il vous plaît? « — A l'entre-sol, polisson.
Grévin a raturé les deux lignes et m'a écrit : ^ — Madame la baronne de Hauteroche, s'il vous plaît? « — A l'entre-sol, polisson. »
Si les légendes sont ravissantes, les dessins sont merveilleux. J'ai encore dans les yeux une fantaisie exquise où le coup de crayon fait tout. Une gentille femme, par une porte entre-bâillée, apparaît en visite, la tête mignonne, les cheveux sur le front, la prunelle parisienne, le sourcil arqué, le nez dessiné d'une ligne droite. C'est moderne, c'est gracieux, ça demanderait pour être décrit la plume de Gautier, et ça dit . Vous dérangez pas ; c'est personne.
Grévin apportait, un jour, à feu M. Philippon, les épreuves de quelques-uns de ses dessins. Le directeur du /oî(rna/amwsa?i^ les considéra attentivement et sourit:
— Je vous fais mes compliments. Les dessins sont très chic, mais les légendes sont « benoition. »
Un moment, Grévin réfléchit, hésitant à comprendre que M. Philippon trouvait mauvaises ses légendes. Au bout d'une minute et demie, il saisit. Le clicheur n'avait reproduit que les dessins, sans le texte. Les légendes étaient sorties — comme M™^ Benoîton.
Les statuettes de Grévin, mignonnes œuvres de parisienne imagination, qui, à l'occasion du premier de Fan sont courues comme de jolies cocottes, ont aussi des légendes. Mais elles sont Benoîton. Leur esprit est dans leur allure parisienne. Il y a comme ça des Parisiennes charmantes par le costume, par Tondulation de leur ligne depuis la pointe du nez jusqu'à la bottine, et qui sont malignement iines — tant qu'elles ne parlent pas.
Les statuettes grévinesques sont particulièrement des Vénus modernes. Frêles et délicates, elles ont le piment. Elles sont désirables. Par exemple, ces Parisiennes ne sont guère habillées ; elles le sont assez pour paraître plus nues.
Il est gentil, cet ange déchu à qui ne reste qu'un manchon pour musser ses frileuses menottes, qu'une ombrelle pour abriter son front couvert de cheveux à la chien, des ailes dans le dos et un lambeau de gaze pour laisser transparaître le reste.
La femme antique se mettait superbement nue, au grand soleil, clans l'orgueil de sa puissante beauté et le dédain des pénombres favorables. L'ange déchu synthétise, sans prétention, toute Tintelligence féminine acquise par des siècles de coquetterie. Il a les afféteries et les mignardises qui font cortège au joli moderne. Lorsqu'on s'arrête, devant lui, on se met à penser, si on est bien dispose.
Victor Hugo, parlait à table, de ce dessinateur original et le plaçait même au-dessus de Gavarni parce qu'il a eu une réelle influence sur les femmes de son temps. Gavarni avait pour axiome qu'il faut tout peindre d'après nature, et il a représenté les lorettes telles qu'elles étaient. Son œuvre est comme la photographie satirique d'une époque. L'œuvre de Grévin, qui donne aussi la caractéristique d'une période, fourmille de mignonnes femmes idéales; sur elles se sont modelées les Parisiennes. Victor Hugo terminait :
— Nous avons maintenant des femmes d'après Grévin.
Chez lui, à Saint-Mandé, le caricaturiste causait, avec quelques amis, sur la femme. Il voulut en raconter Fhistoire depuis les temps les plus reculés. Après un moment de silence et de réflexion pour trouver Texorde de cette épopée féminine, levant le doigt, il l'abaissa verticalement et dit :
— Toujours comme ça.
Puis traçant dans l'air une ligne horizontale, il tira aussitôt la conclusion :
— Et jamais comme ça.
Je recommande ce monologue sur la femme, qui doit être prononcé lentement, avec une gravité solennelle.
Grévin est un philosophe aimable. Chez lui pas de ton doctrinaire. Il ne réforme pas les mœurs, il les observe, et il a plaisir à les observer. On n'est pas Bourguignon pour des prunes. En quelques traits il fait se camper un être avec un tas de petits défauts, mais captivant, vivant, et il le déshabille.
Il sait habiller aussi. Rien de plus joli que les costumes qu'il invente pour les ballets, les féeries, les revues. Il faut le voir tripoter la soie, l'essayer sur ces dames et sur lui, car parfois il se pose devant une glace, et cherche des arrangements. Grévin a fait, avec ses costumes, le succès de plus d'une pièce et les succès de plus d'une actrice — adorable d'ailleurs. II me souvient, par exemple, d'un costume de femme en préface de Zola. C'est une marchande de la halle, vendant sur sa planche des maquereaux et le poing sur les côtés. Ses maquereaux sont les seuls frais, et malheur à qui ne les trouve pas jolis. Grévin prend ses croquis un peu partout, d'ici, de là, au théâtre; mais il n'en prend guère.
De goiits tranquilles, robuste et doux, il habite à Saint-Mandé, comme autrefois Gavarni à Auteuil, une
coquette maison, au bout d'un jarJiii plein de verdure, même Thiver, et il y vit près d'une femme qui, je demande pardon pour ce bavardage, a presque autant d'esprit que lui. De son cabinet il voit, au bout de l'allée, arriver les visiteurs. Si c'est u:i importun, Grévin n'y est jamais. Il n'aime pas se livrer au premier venu, il n'a pas de l'esprit pour tout le monde. C'est un millionnaire qui n'a pas de menue monnaie. J'ai passé souvent de bonnes heures, chez lui, dans cette villa tranquille, cachée dans les feuillages, ouverte seulement aux amis, demeure charmante d'où se sont envolées à Paris et sur toute la terre tant de légendes spirituelles, de dessins pimpants, de toilettes merveilleuses. Je ne sais si Grévin, casanier par délices, a beaucoup étudié la femme ; mais les femmes ont étudié Grévin. Elles s'inspirent de son œuvre ; c'est pourquoi elle est ressemblante.
Dans cette maison calme et reposée de Saint-Mandé, rue de BéruUe, presque en province, il fait toutes ces fantaisies tant parisiennes, dessins, costumes, statuettes façonnées par Béer, culs-de-lampe. Oui, culsde-lampe. J'en sais qui sont de petits chefs-d'œuvre. Je citerai une femme vue de dos qui caresse un serpent en forme d S, et lui prend une pomme.
Grand, gaillardement campé, la figure sereine, le veston bleu, collet relevé par derrière, le béret rouge sur l'oreille, les cheveux neigeux, la pipe aux lèvres ou à la main, c'est Grévin venant, chez lui, au-devant
de ses amis. C'est un travailleur. II a tant à faire — bien qu'il ne soit plus conseiller municipal de Saint- Mandé.
Levé dès l'aube, il reste au labeur jusqu'à midi, trouvant la légende, comme je l'ai dit, puis cherchant le dessin, avec des lunettes. Vers une heure, il part pour Paris, va à ses journaux, à ses affaires, le soir, souvent, aux répétitions générales ou aux premières, rentre le plus tôt qu'il est possible, se relève dès l'aube. Grévin s'amuse et bûche.
Ah! je n'ai pas encore parlé de ses peintures à l'huile. Il en a fait trois ou quatre qui sont disséminées à Cernay, à Dives. dans des hôtelleries, mais il trouve que c'est trop long. Il a. par exemple, de gentilles aquarelles, des aquarelles à deux ou trois teintes vagues, œuvres délicieuses.
C'est tout, Madame.
28 mars 1884.
Ce soir, chez M. Arsène Houssaye, grande redoute. L'invitation aux dames dit que « la beauté sous le masque est de rigueur. » La fête d'aujourd'hui aurat-elle le succès, la célébrité des anciennes fêtes données par ce charmant poète des bleuets et des roses qui n'en ont jamais rien su ? De tout temps, les invitations chez Houssaye ont été fort recherchées et difficiles à obtenir. Trois semaines avant, les visites succèdent aux visites; c'est un perpétuel froufrou. Sur une table de travail, un tas de lettres d'inconnues, papiers aux parfums subtils. Un des billets est audacieux : « Une jolie femme vous parle par ma bouche. »
Il est audacieux parce qu'Augustine Brohan a jadis accusé Arsène Houssaye d'un faible pour les jolies bouches.
Les redoutes d'antan furent délicieuses ; cette nuit encore, le maître donne à danser, à causer, à souper, à aimer. La beauté est de rigueur. Comment ne pas être amoureux? Plutôt six fois qu'une.
Pas de concert. Chacun prendra son plaisir où il le fera naître ; comme autrefois, Houssaye, au haut de l'escalier, recevra les coquettes, les curieuses, les chercheuses, soulevant à demi le masque, s'il ne devine pas, conquêtant.
Dans les longues galeries du pavillon des Champs- Elysées ne pourra pas flirter la multitude chatoyante et frissonnante qui emplissait, en 69, les deux hôtels réunis de l'avenue de Friedland. Dominos roses, bleus, noirs, blancs, manteaux vénitiens, épaules harmonieuses, attirantes chevelures, foule légère, spirituelle, élégante, raffinée, œillades incendiaires, mots furtifs, langues verveuses, acérées, dentelles déchirées, baisers galants, frais sourires, tailles qui craquent, toute cette gaieté va ressusciter pour une nuit. C'est toujours le même amphitryon.
Maison est maintenant l'adorable folle qui, avant la guerre, avant le déluge, dans la même soirée, eut trois incarnations ? Ayant pris tous les cœurs en diable, maillot et justaucorps noirs, manteau à l'intérieur de satin feu avec animaux fantastiques brodés en velours, comme masque une cagoule, elle disparut pour triompher en veuve indoue, puis en merveilleuse
du Directoire. Où sont les jambes parfaites de 69?
Arts, diplomatie, politique, armée, finance, magistrature, barreau, médecine, vrai monde, journalisme, théâtre, il y eut des promiscuités amusantes ; ce fut un entassement de toutes les beautés, de toutes les élégances, de tous les talents, de toutes les noblesses. De Feau, depuis, a passé sous le pont du Rhin. Dans l'immense escalier en spirale, s'enroulant autour de quatre étages comme un serpent féerique, (tellement il y avait de cohue dans les salons, les boudoirs, les recoins), on s'asseyait sur les marches ; on avait les mots de l'escalier.
Les personnages des tableaux regardaient cette joie. Dans son cadre, ce soir de nouveau, Diane de Poitiers sera bonne conseillère; c'est peut-être un portrait, mais c'est aussi une personnification de la femme tout entière, car elle est nue et fait semblant de dormir.
Voir une redoute d'Arsène Houssaye c'est encore lire ce délicat, primesautier et maniéré. Paul de Saint- Victor, parlant des exquises monographies du dixhuitième siècle, que le seigneur de lettres, son ami, a rassemblées en volumes sous des titres différents à chaque édition, disait dans un feuilleton : « On se représente le livre de M. Houssaye sous la forme d'un labyrinthe rempli d'une foule masquée et parée, semé de boudoirs, de théâtres, de salles de banquets, retentissant du bruit des causeries, des déclamations et des
rires. » C'est bien cela. Souvent on a imprimé ce jugement sur Houssaye qu'il est spirituel comme Rivarol, poète comme Bernis, avec une pointe de mélancolie élégiaque; qu'il était conquérant comme Richelieu. On pourra plus tard, s'inspirant pour lui de la jolie oraison funèbre qu'un poète latin fit d'une danseuse, varier ainsi : « Il écrivit et sut plaire. »
Arsène Houssaye, qui cite peu ses ancêtres, dont l'un était, sous Louis XIV, titré marquis de Trychasteau, porte au doigt une grosse chevalière, sur laquelle sont gravées les armoiries des comtes de Valbon- Montbérault : de gueules à deux fasces d'or^ avec trois têtes de dragon d'argent languées d'or^ rangées et parées entre les deux fasces. Pourquoi d'autres ont-ils prétendu qu'il est le fils d'un meunier? A cette supposition, il a toujours répondu oui et non, négligeant de prendre la lance de Don Quichotte pour combattre les moulins de ses biographes. Au reste, Rabelais dit : « Je pense que plusieurs sont aujourd'huy empereurs, roys, du(is, princes, et papes en la terre, lesquels sont descendus de quelques porteurs de rogatons et de cotrets. Comme au rebours... » Mais sa farine n'empêcherait point sa noblesse, ce qui nous est bien indifférent.
Arrivé pauvre à Paris, du pays de La Fontaine, il est, avec Hugo, un des rares survivants de la grande époque romantique. 11 a eu pour amis : Delacroix, Dumas père, Musset, Gautier, Gérard de Nerval, Balzac.
Un soir, récemment, le maître des maîtres très fatigué, des larmes de vieillard dans les yeux, embrassa soudainement Houssaye, son convive, et quitta la table pour remonter chez lui. Personne n'entendit rien à cette émotion subite ; mais Houssaye comprit. Victor Hugo, sentant l'âge peser sur sa gloire, en serrant entre ses bras Houssaye, le seul qui survécût du passé de lutte, embrassait sa jeunesse.
Hernani avait tort de plaisanter Ruy Gomez de Silva.
Le Roi Voltaire^ le 41e fauteuil, le XVIII^ siècle philo^ sophique et littéraire, les Cent et un sonnets^ les Grandes Dames, les Parisiennes, les Courtisanes du Mmde, et le reste^ un public nombreux connaît l'œuvre légère où errent les ombres parfumées des femmes les plus charmantes de deux siècles.
Ayant tout de suite atteint le succès, tour à tour inspecteur des musées, directeur de la Comédie- Française, construisant des hôtels, les démolissant, mettant à la mode des quartiers, écrivant on ne sait à quelles heures, ou, plus exactement, dictant à de gentilles femmes, ses secrétaires, viveur, artiste, homme d'affaires, travaillant dans un continuel orage, aujourd'hui, la taille toujours élé gante, les yeux bleus, un peu las d'avoir beaucoup vu, le haut du nez barré par la trace des lunettes, le teint un peu jaune parfois, la main fine, ce gandin de Gavarni a la barbe blanche des burgraves.
Est-il riche? Est-il pauvre? Qui le sait? Pas même lui. Sa ruine, si elle était, serait, comme celle de son héros, le duc de Pari sis, égale des plus hautes fortunes. Son hôtel des Champs-Elysées a Pair vicieux, ce qui est exquis. Les tentures ont retenu des senteurs de poudre de riz; il 5^ a partout comme un désordre fastueux et bohème. Aux murs, tapissés de rouge, des toiles des maîtres flamands, vénitiens, français du dix-huitième et du dix-neuvième siècle ; çà et là des divans qui ont l'odeur de femme, des bustes de Coysevox, de Coustou, des étagères chargées de bibelots, des statuettes, des portraits de M""^ Tallien, de Diderot, de marquises, de duchesses. L'une d'elles est là peinte^ couchée sur un lit ; elle est vêtue dun loup et de ses cheveux blonds. Comme elle viendra, je lui fais ma déclaration d'amour.
Dans une vitrine est une main moulée, celle de Rachel, avec une alliance à l'annulaire. (Elle pouvait mettre une alliance ; elle s'est mariée tant de fois.)
Houssaje est un fantaisiste d'imagination primesautière et vagabonde ; il a tout effleuré, roman, critique d'art, histoire, poésie. Saint- Victor dit : « Ce qui distingue sa manière, très reconnaissable entre toutes, c'est une grâce molle et voilée. » Eloge certainement.
Le livre typique a pour titre : les Grandes Dames. Houssaye nous renseigne sur la signification de cette épithète : « On naît grande dame comme on
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naît poète; mais, pour cela, il ne faut pas toujours naître d'une patricienne. » Le duc de Parisis, qui tient d'Aicibiade, de Lauzun, de Richelieu, du comte d"Orsaj, est un voluptueux, par curiosité de sens, paresse, désœuvrement ; ses équipées galantes sont faciles ; il n'a pas la majesté indifférente de don Juan, ni l'orgueilleux besoin de vaincre. Mme d'Entraygues, M""^ de Révilly, la duchesse de Campagnac, pieuse et fière, Geneviève de la Chastaigneraye, la jeune fille, tombent à qui mieux mieux. Rien des longues machinations de Lovelace autour de Clarisse Harlowe, des ruses du vicomte de Valmont contre la présidente de Tourvel.
Tel quel, Octave de Parisis charmera longtemps. Pourquoi pas toujours ? Qui peut le prétendre? Je ne possède pas la trompette du jugement. Chateaubriand disait à Arsène Houssaye devant M™® Récamier : « Je suis un homme qui s'en va. » Il s'en est allé plus qu'il ne pensait.
La conversation de Houssaye est attachante, pleine de souvenirs. Le siècle y défile.
Quoi qu'il en soit, c'est le premier qui ait eu le goût de l'art charmant du siècle passé. Si quelque chose d'immatériel subsiste de nous, les esprits de Watteau, de Lancret, de Boucher, de Fragonard, de Grétry animeront, ce soir, la fête du maître ; et viendront aussi le cardinal de Bernis, Gentil-Bernard, Claudine sa mie,
Dont Jes cbeveax, bouclés à ravenlure.
Flottaient au vent sous un chapeau de fleurs.
Avec eux le comte d'Artois, M""® de Châteauroux, M""^ de laTournelle, M""® de Pompadour, les belles de jadis. Houssaye invite ses amis et ses amies aux Champs-Elysées.
Sûrement accourront les vivants, les hommes les plus distingués entre les artistes, les porteurs d'épée, de toge, les mondains, et, parmi les femmes, à la faveur du loup (je demande qu'on organise le baisepieds cérémonieux de 69), quelques reines de théâtre, de boudoir, et, pour les sauver ou se perdre, les charmeresses aux masques impénétrables, les belles les plus aristocratiques. Faut voir. N'est-ce point une jolie devise ?