I. Leçons sur la menstruation, p. 278, Taris
H2 LE MASSAGE DE L'OTÉiUJS
L'expulsion du sang cl le retour de la membrane à l'état normal, sont des phénomènes de restauration organique. Il est difficile d'admettre que tout sera régulier, que les extrémités nerveuses ne seront impressionnées en quoi que ce soit, lorsqu'il existe des zones alternatives de congestion, de dénudation, de sclérose. Nous retrouvons la même idée les mêmes considérations reviennent, car nous avons affaire à un processus évoluant avec une grande simplicité et dont les conséquences seules varient.
Laissons les sténoses au second plan. Le mécanisme de la dysménorrhée s'explique par :
La congestion menstruelle ;
Les poussées subaiguës dans un organe atteint d'inflammation chronique ;
L'irritation et la compression des terminaisons nerveuses ;
La réaction irrégalière et incomplète des plans musculaires.
Nous allons voir quelques observations dans lesquelles la douleur fut le principal symptôme.
LE MASSAGE DE i/ UTÉRUS
Obs. XXVI
Métrite parenchymateuse. — Dysménorrhée. — Douleurs réflexes éloignées. — Massage. — Guérison.
Mme M..., 28 ans, se présente à moi, au mois d'avril 1880.
Mère de 2 enfants, dont le plus jeune a 3 ans. Réglée pour la première fois à 13 ans, sans accidents ; menstruation toujours régulière. Le dernier accouchement a été très pénible. Depuis lors, traitée par différents spécialistes pour un catarrhe utérin avec ulcération étendue. Cautérisation au nitrate d'argent; injections intra-utérines d'une solution de nitrate d'argent. Hydrothérapie ; bains de mer dans le cours de l'été dernier. Alimentation fortifiante, vin de quinquina, viande crue sous plusieurs formes. Toutes les fois qu'elle est revenue des bains de mer, sa santé générale était satisfaisante ; elle souffrait peu. L'hydrothérapie produisait également une amélioration; mais, comme dans le premier cas, celle-ci était passagère. Depuis l'année dernière, elle porte une ceinture hypogastrique. Cet appareil lui est très utile, et, grâce à lui, la marche est devenue possible. Pourtant, elle éprouve de temps à autre, surtout au moment des règles, des douleurs dans la région des reins, qui s'irradient du côté des cuisses. Il existe en outre, vers les ovaires, des deux <JÔtés, des douleurs sourdes, habituelles, qui prennent de temps en temps le caractère aigu et paroxystique. Elle éprouverait une sensation analogue dans la région précordiale. La leucorrhée, profuse autrefois, est insignifiante aujourd'hui ; elle n'a guère qu'un écoulement muco-purulent léger cependant un peu plus abondant que d'habitude, à l'époque des règles; celles-ci sont normales; pas de ménorrhagies. La
dysménorrhée n'a fait qu'augmenter. La malade est obligée de garder complètement le repos 24 heures avant. Les douleurs cessent aussitôt que l'écoulement sanguin s'établit; elles reviennent un peu après et ne disparaissent complètement qu'au bout de 3 jours. Digestion pénible et capricieuse. Toujours un peu de constipation. A la fin de la journée, le ventre est si ballonné, que la malade, par suite de la gêne de la respiration, est, de temps à autre, obligée de desserrer ses habits pour se procurer quelque soulagement. Elle est tourmentée par une céphalée continue et très pénible. Pas de dyspareunie. Au toucher : utérus volumineux, très mobile en tous sens. Par l'orifice cervical, sort du mucus glaireux assez épais, mais en petite quantité. Métérorisme intestinal rendant le massage assez difficile. L'utérus est peu sensible au toucher, mais les manipulations provoquent une douleur hypogastrique que la malade compare à la compression qu'exercerait une barre. Cette pression est accompagnée d'une poussée de névralgie intercostale. Après 3 semaines de traitement, la douleur a changé momentanément de siège ; elle paraît occuper exclusivement l'utérus. Après 4 à 5 séances, elle cesse. Plus de dysménorrhée; contrairement à ce qui se passait depuis longtemps, cette malade fut absolument surprise par l'arrivée de l'écoulement menstruel. A l'époquesuivante, tout se passa pour le mieux. Plus de douleurs dans la région des ovaires ou des reins ; la malade peut faire de courses à pied, rester longtemps debout. Le traitement a duré 5 semaines ; il y a eu 38 séances. La malade a repris de l'embonpoint; je l'ai revue à plusieurs reprises depuis ce temps; la guérison s'est maintenue.
Ors. XXVII
Métrite chronique. — Douleur ovarienne violente. — Dysménorrhée. — Massage utérin. — Guérison.
Mrao M..., 23 ans, brodeuse, vient réclamer pour la première fais mes soins au mois de février 1877, pour une violente douleur dans les deux aines, plus marquée du côté droit. Deux accouchements; le dernier, il y a 4 ans ; c'est à celui-ci qu'elle fait" remonter l'origine de son mal. Il aurait été assez laborieux, aurait nécessité l'application du forceps et l'introduction de la main dans la cavité utérine pour la délivrance ; malgré tout, il n'y a pas eu d'accidents puerpéraux graves. La malade s'en est rétablie très vite. Elle a commencé à souffrir à l'apparition des premières époques, deux mois après l'accoument. La douleur, le plus souvent sourde, prend de temps en temps un caractère aigu, la région ovarienne est devenue sensible à la pression. Dans l'intervalle des époques, il existe toujours de la douleur ; mais son intensité est sensiblement moindre que pendant les quelques jours correspondant à chaque menstruation. Au même moment, sensation de prurit sur le ventre, mictions fréquentes et accompagnées d'une douleur cuisante. Leucorrhée glaireuse, parfois purulente, déterminant une violente irritation de la vulve et du sillon génito-crural ; douleur fixe en un point de l'hypochondre gauche. Dysménorrhée. Tendance au météorismè, sommeil agité, parfois difficile, peu réparateur. Cette malade, qui possède, malgré tout, une bonne constitution, a conservé de l'embonpoint; mais les tissus sont flasques, sans résistance. Depuis son dernier accouchement, tous les accidents n'ont fait qu'augmenter: céphalalgie sourde, mais assez vive et
presque continue, affaiblissement plus marqué qu'auparavant. Marche avec peine ; les cahots d'une voiture lui causent des douleurs presque insupportables dans les aines, de telle sorte qu'elle hésite à sortir. Caractère déprimé; cette personne fond en larmes à la moindre cause. Pour tout traitement, elle a fait des injections vaginales de décoction d'écorce de chêne ; purgatifs, tisanes de différente nature. Un médecin a électrisé la région ovarienne. Aucun traitement n'a donné la moindre amélioration. Longueur utérine dépassant 7 cent. Sa consistance et la situation de l'organe sont à peu près normales.Il est très mobile: on peut le déplacer dans n'importequelle direction, par la plus légère impulsion. Rien d'anormal dans la région péri-utérine. Notons qu'à l'époque des règles, au moment où la douleur ovarienne présente son maximum, les explorations de la région par le palper ne provoquent pas d'attaques d'hystérie. L'épaisseur des téguments est telle que, malgré toutes les tentatives, on ne parvient pas à saisir les ovaires.
Sous l'influence du massage, il se produit une amélioration notable des symptômes éprouvés par la malade. C'est la douleur ovarienne qui présente le plus de ténacité et résiste avec le plus d'énergie au traitement. Celui-ci finit par en avoir raison ; mais pour que la malade ait pu constater un mieux sensible dans la région, il a fallu six semaines. On a facilement guéri un peu de catarrhe vaginal survenu pendant la durée du traitement avec un petit tampon d'alun. Après 9 semaines de traitement (42 séances), la malade est presque guérie. La douleur inguinale s'est montrée encore au moment de la dernière période menstruelle ; mais elle ne présente pas une intensité comparable à celle qu'elle présentait auparavant ; les autres phénomènes, également moins pronon-
Llî MASSAGE DE L'UTÉRUS 117
ces, sont encore menaçants ; je donne à cette personne le conseil de passer quelque temps à la campagne. Elle reste 5 mois chez un de ses parents, dans le Midi. Elle a éprouvé oncore un peu de douleur inguinale lors des premières menstruations qui ont suivi la fin du traitement; mais cette douleur a tout à fait cessé depuis.
Obs. XXVIII
Métrite chronique. — Douleur menstruelle préovarienne. — Douleurs réflexes de différents sièges. — Leucorrhée.
Mme C. E..., 30 ans, a eu des sa jeunesse, de la leucorrhée et des douleurs sourdes dans les deux aînés au moment des époques. Depuis son mariage, datant de 3 ans, ces accidents ont en partie disparu et la menstruation, jusqu'alors irrégulière, s'est régularisée. Malgré tout, elle eut un avortement dans les premiers mois qui suivirent son mariage. Au bout de quelque temps, nouvelle grossesse terminée de la même manière. A l'époque menstruelle suivante, douleurs inguinales prémonitoires violentes plus accusées à gauche. Ces douleurs persistent pendant toute la durée de l'écoulement sanguin. En même temps la leucorrhée reparaît assez abondante ; le liquide est jaunâtre et provoque un prurit ano-vulvaire que des bains de siège fréquents ne réussissent pas à calmer. Besoins fréquents d'uriner pendant la marche et les promenades en voiture. Ne rend à chaque miction que quelques gouttes d'une urine incolore. Une douleur fixe et persistante en arrière, entre les deux omoplates, lui permet à peine de s'incliner en avant. Dégoût pour toute nourriture substantielle. Dans la digestion, coliques et météorisme. Malgré tout, continue, grâce à une grande énergie morale, à vaquer à ses allai-
118 LE MASSAGE DE l'uTÉHUS
res courantes. Les douleurs préovariennes la quittent dans les huit.jours qui suivent la terminaison de l'époque menstruelle et reparaissent une semaine plus tard. Elles deviennent violentes dans la marche sur un sol raboteux ou accidenté ; parfois elles arrachent des cris à la malade. Les pressions sur la région ovarienne ne sont pas pénibles ; je ne suis même pas parvenu, après des manipulations répétées, à saisir les ovaires. Pendant les derniers temps, la leucorrhée est devenue moins abondante et de consistance plus visqueuse. Pour tout traitement elle avait fait des injections vaginales d'une solution d'alun ; sur la région inguinale on avait fait des badigeonnages iodés, des applications de vésicatoires morphinés. Tous ces moyens n'ont amené qu'une amélioration peu prononcée et passagère.
Utérus long de 7.5, mobile; les culs-de-sac sont souples, indolents à la pression.
Massage. A la première époque qui suit le début du traitement, la malade déclare que les accidents sont moins pénibles. La douleur a été loin d'être aussi vive et la malade n'a pas été obligée, comme elle l'avait toujours été jusque là, de garder le lit pendant la durée de la période menstruelle. Gesse le traitement au bout de sept semaines (septembre 1877), dans le cours desquelles on a fait 34 séances de massage. Les paroxysmes inguinaux menstruels n'existent plus ; elle éprouve à ce moment une douleur sourde très supportable. La douleur interscapulaire a également disparu. L'appétit est revenu, la malade présente l'aspect de la santé ; elle peut marcher, faire son travail, vaquer à ses affaires sans souffrir et sans se fatiguer. J'eus "de ses nouvelles par sa sœur dans le cours de l'année suivante ; j'appris que non seulement la guérison s'était mainte
nue, mais encore que la malade se trouvait notablement mieux que vers la fin du traitement.
Obs. XXIX
Métrite parenchymateuse. — Ulcération du col. — Leucorrhée. — Constipation opiniâtre. — Massage. — Guérison.
Mme S..., 26 ans, femme de ménage, d'une bonne constitution ; un avortement et deux accouchements qui se sont succédé à peu d'intervalle. Après le dernier, en 1876, leucorrhée laissant sur le linge des taches verdâtres ou jaunâtres. Douleur inguinale sourde avec sensation de constriction hypogastrique. Palpitations à la marche et à la moindre fatigue. Difficulté de monter les escaliers ; éprouve, en outre, différents symptômes, dont le plus accusé et le plus pénible est une constipation opiniâtre : aujourd'hui, elle ne peut aller au cabinet sans lavements, que tous les 5 à 6 jours. Selles dures, défécation difficile, suivie de l'expulsion par l'anus d'une matière glaireuse et purulente. Digestion laborieuse accompagnée de coliques ; amaigrissement, teinte jaune sale de la peau. Le seul traitement suivi jusqu'ici a consisté dans le repos, l'usage d'une ceinture hypogastrique et les injections vaginales d'une décoction d'écorce de chêne.
Lors démon premier examen local, je trouve que l'utérus, qui occupe sa situation normale, est volumineux (longueur 7.5 à l'hystéromètre) ; l'orifice externe du col, entrouvert, laisse couler un liquide muco-purulent abondant. Sur la lèvre postérieure ulcération profonde, granuleuse, qui pénètre jusque dans la cavité du col.
Massage. Au bout d'un mois, l'amélioration est manifeste ; elle peut aller à la selle tous les 2 ou 3 jours, sans lavements.
La consistance de matières fécales a diminué ; la défécation a lieu sans écoulement de pus ultérieur.
Les autres symptômes se sont également atténués. L'ulcère du col présente un meilleur aspect qu'au début du traitement, mais il persiste. On réussit à le guérir complètement au bout d'un mois avec des cautérisations au nitrate d'argent.
Le traitement a duré 2 mois, 36 séances.
Obs. XXX
Métrite parenchymateuse. — Massage. — Guérison.
MmoR..., 26 ans, couturière, chloro-anémique. Trois accouchements dont le dernier au mois de décembre 1874.
Même avant son mariage, pertes blanches; celles-ci deviennent plus abondantes à chaque époque menstruelle. Douleurs de reins ; leucorrhée purulente irritante ayant amené un érythème prononcé de la vulve et du voisinage. Etat général peu satisfaisant, devient de jour en jour plus mauvais. Constipation habituelle. Pâle, amaigrie, se plaint surtout d'une douleur violente dans la région coccygienne ; la position assise est très pénible ; ne peut s'appuyer sur une de ses fesses sans éprouver de violentes douleurs. La douleur coccygienne s'irradie aux régions voisines, aux reins, aux aines, à l'articulation sacro-iliaque. Habituellement sourde et continue, elle prend de temps en temps un caractère aigu, surtout sous l'influence des pressions même légères. Défécation extrêmement pénible, la malade la retarde le plus qu'elle peut. Le contenu de l'intestin ne saurait, du reste, être complètement évacué sans lavements émollients. Tous les calmants qu'elle a employés n'ont eu d'autre résultat que de produire une amélioration passagère.
LE MASSAGE DE i/UTÉRUS 121
Cette personne s'est adressée à une sage-femme; celle-ci, rapportant tout cà un abaissement de l'utérus, a appliqué un pessaire ; un médecin, consulté un peu plus tard, porta le diagnostic antéflexion utérine et prescrivit une ceinture hypogastrique et des cautérisations du col au nitrate d'argent.
Aujourd'hui, je constate que l'utérus est -volumineux, mobile, mais qu'il ne présente aucun changement de position. Ecoulement séro-purulent, visqueux par le col. Pour examiner l'état du coccyx, j'introduis un des index dans le rectum, la face palmaire tournée du côté de la face antérieure de l'os, en môme temps que j'exerce avec le pouce de la même main une pression à l'extérieur sur une surface correspondant à toute l'étendue du coccyx. Impossible de découvrir une luxation ou une lésion osseuse.
Le massage utérin exerce une influence extrêmement favorable sur les phénomènes généraux et même sur la douleur coccygienne. Celle-ci présentait cependant au début du traitement une telle intensité, que j'espérais à peine en avoir raison. Après quelques semaines de traitement il y eut une amélioration notable; la malade fut complètement tranquille plusieurs jours de suite.
A la fin de l'année, au moment où le traitement cessa, elle ne souffrait plus que si elle s'asseyait trop brusquement ou pendant la défécation. Même dans ces conditions, la souffrance éprouvée n'était en aucune manière comparable à ce qu'elle était auparavant.
Le traitement a duré deux mois pendant lesquels il y a eu quarante séances.
LE MASSAGE DE l'uTÉKUS
Obs. XXXI
Métrite parenchy materne. — Gastralgie réflexe. — Massage
utérin. — Guérison
Mme N..., 27 ans, blanchisseuse, s'adresse à moi pour Ja première fois au mois de juin 1878, lymphatique chloro-anémique, aurait toujours été souffrante depuis 4 à 5 ans. Les accidents qui l'ont surtout tourmentée sont des troubles gastriques et différents phénomènes qu'on peut rattacher aux organes génitaux internes. Traitée par un spécialiste qui avait rapporté tout à l'utérus, cette personne éprouva une amélioration manifeste à la suite de son intervention. Les douleurs des reins très vives, les mictions fréquentes jusqu'alors, la leucorrhée très abondante antérieurement, tout cela diminue dans des proportions notables ; au contraire, les accidents gastriques restèrent ce qu'ils avaient été. Le traitement a consisté en cautérisations intra-utérines à l'acide chromique et en applications de l'électricité continuées pendant 4 mois. Elle a pris à l'intérieur, du fer, des antispasmodiques, bromure de potassium, valériane, etc.
L'appétit a toujours été bon.
Les attaques de gastralgie sont relativement fréquentes , en faisant appel à ses souvenirs, la malade finit par dire qu'elle en a eu d'analogues dans sa jeunesse ; elles étaient beaucoup plus légères, et ne duraient pas plus de 2 ou 3 minutes. Elle s'est mariée, il y a quelques mois, et depuis son mariage, les crises prennent le caractère violent qu'elles présentent maintenant, sous l'influence d'une cause accidentelle légère, d'une simple contrariété, parfois, sans cause appréciable, les accès apparaissent; alors il semble à la malade
LE MASSAGE DE l'l'TÈRUS 423
qu'on lui serre l'estomac dans un étau. Elle pousse des cris, se comprime l'épigastre avec les mains, ou le presse violemment sur le premier objet résistant qui se trouve à sa portée; ce procédé la soulage toujours. L'attaque dure 8 à 10 minutes, lorsqu'elle est terminée, il ne reste rien d'anormal. Depuis quelques mois, elle a jusqu'à 2 ou 3 crises par jour, ces crises sont toujours diurnes ; presque pas de leucorrhée; à l'examen local on constate simplement une rétroflexion. Utérus un peu volumineux, col virginal. Le massage est fa- •cile, grâce à la flaccidité des parois abdominales. 'Après 2 mois et 1/2 de traitement on a obtenu une amélioration sensible, les crises sont moins fréquentes et moins pénibles ; l'état local est excellent. J'ai eu des nouvelles de celte personne à la fin de 1879 ; il y avait 4 mois qu'elle n'avait eu de crises.
Obs. XXXII
Métrite parenchymateuse. — Douleurs de différents sièges. —
Massage. — Guérison
MmeD..., 27 ans, marchande devin. Grossesse après quelques mois de mariage, au mois de septembre 1874, avortement au 3e mois. Depuis lors, n'a cessé d'éprouver de violentes douleurs entre les épaules, plus tard s'y sont ajoutées des douleurs inguinales plus prononcées du côté gauche. Au moment des règles, pesanteur hypogastrique empêchant la malade de marcher et presque de se tenir debout; leucorrhée, devientenceinte et sa grossesse se termine par un accouchement normal, au mois de juillet 1876. Aucun des symptômes antérieurs n'a diminué, au contraire ; de plus, un autre, plus inquiétant qu'eux tous est venu s'y ajouter. C'est une douleur violente
124 LE MASSAGE DE LV'iÉltL'S
dans la région de l'épigastre « si vive, dit elle, qu'il lui semble qu'on lui arrache l'estomac. » Elle est obligée pour calmer cette douleur de se jeter par terre et de se comprimer énergiquement l'épigastre avec les deux mains ; pendant toute la durée de la crise, elle pousse des cris déchirants ; au bout de 10 à 1 5 minutes ; la tourmente passe, sans laisser d'autres traces qu'une certaine fatigue. Depuis quelques mois, les attaques sont devenues extrêmement fréquentes; il y en a trois à quatre dans la journée, et de temps à autre, la malade est réveillée la nuit par une attaque de même nature mais un peu moins intense que le jour. Digestion satisfaisante, météorisme. Etat général satisfaisant. Les médecins consultés par cette personne ont porté différents diagnostics; l'un a parlé d'accès de coliques hépatiques; un autre, d'une affection intra-thoracique dont il n'a pas précisé la nature ; un troisième de gastrite chronique.
Par l'exploration des organes génitaux, je trouve qu'il n'existe pas de déviation utérine. Utérus complètement mobile ; longueur 7 cent. Je commence aussitôt le massage (août 1879). Après un traitement de A semaines, les crises sont déjà moins violentes, elles ne durent plus aussi longtemps qu'auparavant. Après 7 semaines de traitement les accès douloureux n'avaient pas reparu, plus de phénomènes d'aucune sorte du côté de l'utérus.
J'ai revu cette malade au mois de décembre de la même année, la guérison s'était maintenue.
Obs. XXXIII
Métrite parenchymateuse. — Leucorrhée muco-purulente. — Migraines violentes, aux époques menstruelles. — Massage. — Guérison.
Madame B., 27 ans, a été traitée par moi, pendant un premier séjour à Ragatz, en 1886. Cette personne a deux enfants, dont le dernier est aujourd'hui âgé de 3 ans. A la suite de son deuxième accouchement, elle a eu des accidents puerpéraux graves, suivis d'une longue convalescence. Déjà souffrante, à la suite de son premier accouchement, elle le devient beaucoup plus après le second, les douleurs sont même devenues telles, qu'elle a cessé de vaquer à ses occupations, d'autant mieux que son métier l'oblige à rester debout la plus grande partie de journées. Cette personne a été successivement traitée par une sage-femme, et plusieurs médecins; tampons vaginaux d'alun, cautérisation du col, ceinture hypogastrique, pessaire de Hodge. Ce dernier seulement a amené quelque soulagement. Cette personne est faible, anémique, son visage présente une coloration terreuse, écoulement muco-purulent continu ; rougeur et prurit vulvaires. Menstruation irrégulière, les règles manquent quelquefois pendant 2 périodes consécutives; elles sont immédiatement précédées de douleurs sourdes dans l'aîne, celle-ci cessentaussitôt après que l'écoulement du sang a eu lieu. Cette malade a également souffert d'envies fréquentes d'uriner. Appétit satisfaisant, mais les digestions sont laborieuses. Ballonnement du ventre, pendant les 2 à 5 heures qui suivent le repas. Caractère habituellement triste, tendance aux syncopes; ce qui la tourmente le plus, c'est une migraine, ayant son siège du côté gauche, elle coïncide avec l'apparition des règles ; accès de migraine classique, qui ne se termine qu'après des
126 LE MASSAGE DE l'iJTKRUS
vomissements répétés et oblige la malade à garder pendant 2 jours le repos absolu. Différents traitements ont été essayés. Aconitine, pilules de caféine et d'éther; aucune de ces médications n'a produit de soulagement notable et permanent.
■ A l'exploration locale, on reconnaît que l'utérus est molasse,, dans le cul-de-sac gauche se trouve une bride résistante, douloureuse seulement aux pressions énergiques. Malgré cela l'utérus est très mobile, la bride empêche simplement le déplacement du côté droit. Celui-ci ne présente ni excoriations ni ulcérations. Par son orifice externe entr'ouvert, on peut introduire la pulpe de l'index dans le canal, sur une certaine longueur. Par le massage il est facile de saisir le corps de l'utérus par l'extérieur à cause de la faible épaisseur et de la flaccidité des parois de l'abdomen. Menstruation, après 3 semaines de traitement.
Les accidents notés précédemment ont été notablement pluslégers qu'à la dernière époque. La malade déclare qu'ils n'ont jamais été aussi tolérables, depuis leur première apparition. Les phénomènes prémonitoires habituels ont complètement manqué. Quant aux crises migraineuses, elles présentent un caractère moins violent qu'autrefois. A la fin du traitement la leucorrhée a complètement cessé, la malade est alerte et ne se fatigue pas comme auparavant. La digestion se fait bien, le ballonnement du ventre a diminué, l'embonpoint et les forces augmentent, l'utérus a repris une consistance satisfaisante. Le traitementaduré pendant 2 mois, durant lesquels on a fait 36 séances de massage. J'ai vu cette personne, à la fin de l'année, les accès ne sont pas revenus, l'état général est toujours satisfaisant.
LE MASSAGE Dli l'uTÉRUS
Obs. XXXIV (Asp.)' Métrite parenchymateuse. — Accès menstruels hystériformes. — Massage utérin. — Guérison.
Mm° N.., 28 ans, de constitution assez faible, cette personne qui a eu d g j à plusieurs enfants souffre, depuis quelques années d'une métrite avec prolapsus et accidents nerveux assez graves.
Chaque époque menstruelle est accompagnée de phénomènes convulsifs violents qui le sont devenus plus encore dans ces dernières années, de telle sorte qu'ils reviennent souvent, même pendant l'intervalle menstruel, surtout à la suite d'émotions morales vives, mais souvent aussi sans causes occasionelles connues. Cette malade a été longtemps traitée par un spécialiste, pour son affection utérine, elle déclare — et la chose est évidente — que le traitement n'a eu aucun résultat. Elle vient à l'Institut, au commencement de l'automne de l'année 1875. Bientôt après l'emploi de la gymnastique les crampes cessèrent, le traitement dura 4 mois. Les accidents ne se produisirent qu'une fois, à la suite d'une émotion morale vive déterminée par la nouvelle de la mort imprévue d'un parent. Après la fin du traitement l'utérus avait repris son état normal. L'année suivante elle revint à l'Institut pour commencer un traitement général hygiénique et gymnastique. Elle était tout à fait bien, et n'avait pas eu de nouveaux accès. La consistance, la forme, la situation de l'utérus semblaient absolument normales.
Obs. XXXIV
Métrite parenchymateuse: — Accidents nerveux divers. — Dys~ pareunie — Ilémiparaplégie incomplète du côté gauche. — Massage utérin. — Guérison.
Mmo D..., 34 ans, femme d'un musicien de la garde républi-
428 LE MASSAGE DE l'l'TÉRUS
caine, vient à la clinique au mois de juin 1877, en s'appuyant sur son mari. Elle présente une telle faiblesse de la jambe gaucbe qu'elle ne peut marcher sans appui. Cet accident remonterait à quatre ans, la malade le rattacbe à son unique accouchement qui a eu lieu vers celte époque. Il fut accompagné d'une hémorragie abondante et suivi d'un écoulement sanguin qui dura un mois environ. Ces accidents amenèrent un affaiblissement extrême de telle sorte que la malade ne put quitter le lit qu'au bout de deux mois et demi. Quand on lui demande si elle a ressenti quelque chose du côté gauchedu bas-ventre, elle répond par la négative. En même temps, elle éprouve une violente douleur de reins, accompagnée d'une sensation hypogastrique et d'une leucorrhée parfois sanglante. Au début des accidents elle n'éprouvait qu'un peu de faiblesse de la jambe, accusée surtout à l'époque des règles; peu à peu celle-ci a augmenté et est arrivée au degré qu'elle présente actuellement et qui persiste sans modifications appréciables, depuis 3 mois. La sensibilité est intacte, elle paraît plutôt augmentée que diminuée. Rien du côté des membres inférieurs ; menstruation irrégulière. Dyspareunie. Douleurs irrégulières de caractère névralgique, en différents points du corps, nervosisme. Sensation de boule à la moindre contrariété. Attaques hystériformes. Le médecin qui traité la malade au début, a prescrit le repos absolu, lui a fait prendre des purgatifs tous les jours pendant la dernière semaine, et tous les deuxjours, pendantla quinzaine suivante. Contre la leucorrhée, il a prescrit des injections vaginales de tannin, A la suite de ce traitement, l'écoulement s'arrêta presque, mais les autres accidents parurent s'aggraver au lieu de s'atténuer. Un autre médecin qui la traita, depuis le mois de janvier 1876, cauté- .risa une ulcération du col utérin et prescrivit l'hydrothérapie.
Depuis quelques mois, courants continus. Ce mode de traitement n'a produit, malgré tout qu'une amélioration passagère. La faiblesse de la jambe a persisté aussi prononcée qu'avant le traitement. Au moment où je vois cette malade, je trouve l'utérus agrandi dans sa situation normale, mais mobile, pas de douleurs dans les culs-de-sac, col lisse ; son orifice entr'ouvert laisse écouler un liquide visqueux et peu abondant.
Massage utérin. Après six semaines de ce traitement, il y a encore un peu de faiblesse du membre ; mais elle peut marcher seule, des heures entières et venir à la clinique. Les autres phénomènes ont en grande partie disparu. Il ne reste plus qu'un peu d'excitation nerveuse calmée, au bout de quelque temps, après un séjour à la campagne.