Le massage vibratoire et électrique des muqueuses
Pendant mon récent séjour à Paris, j'ai eu, à diverses reprises, l'occasion de faire, en présence de plusieurs confrères de notre spécialité, la démonstration sur des malades de la méthode du massage vibratoire que j'ai introduite dans la thérapeutique.
J'ai constaté que cette méthode était appliquée depuis longtemps à la clinique de mon confrère le Dr Garnault, non seulement d'une façon suivie, mais avec une rigoureuse exactitude. L'étude de la technique, dont la parfaite possession est nécessaire pour obtenir des résultats favorables, bien que difficile, ne présente pas de difficultés insurmontables ; avec du temps et de la patience, on peut s'en rendre maître. Il s'agit de produire à la surface de la muqueuse des voies respiratoires, de petits chocs très réguliers, au moyen d'une sonde de cuivre rouge, dont l'extrémité est enveloppée de ouate fortement enroulée. Ces petits chocs sont déterminés par la contraction de la musculature du bras; les mouvements
doivent se produire seulement dans l'articulation du coude; la main et les articulations de la main doivent rester complètement immobiles. On peut se rendre compte que les vibrations sont bien exécutées, en appliquant les extrémités des doigts sur une table où l'on a placé un verre plein d'eau, et en observant les ondulations qui se produisent à la surface du liquide. J'ai décrit cette méthode avec détails, dans ma communication au Congrès international de Berlin, il y a trois ans. Ce procédé doit être particulièrement recommandé pour faire disparaître la raideur de la musculature du bras ; et ce n'est que lorsqu'on aura déjà acquis une très sérieuse dextérité, que l'on pourra s'exercer à vibrer, avec des sondes de cuivre, les muqueuses du nez, de la cavité naso-pharyngienne,de la gorge, du larynx et de la trachée, dans toutes leurs parties accessibles, en combinant les vibrations à l'effleurage. On pourra imprégner la ouate des sondes, des médicaments que l'on jugera convenables, et l'on combinera ainsi les deux actions : mécanique et médicamenteuse.
Mes propres travaux et ceux qui ont été publiés par d'autres médecins, montrent avec une telle évidence les résultats surprenants obtenus par cette méthode, non seulement dans la guérison des affections catarrhales les plus variées, mais aussi de maladies réputées jusqu'ici inguérissables, telles que l'ozène, que je crois superflu d'insister ici sur ce point. Mais je désire attirer l'attention de nos confrères sur les brillants résultats que donne le massage vibratoire dans le traitement des névroses réflexes, et des inflammations aiguës de la muqueuse des voies respiratoires supérieures.
J'ai pu, jusqu'à ce jour, obtenir la guérison complète et définitive de quarante-deux cas d'asthme d'origine nasale et de soixante-dix-huit cas de névralgie du trijumeau. Dans ces deux sortes d'affections, je fais la première application du massage vibratoire sur la muqueuse nasale, avec une sonde mbibée d'une solution de cocaïne à 20 °/0, pendant l'attaque, et je ne consens à instituer un traitement régulier, que lorsque j'ai vu se produire l'arrêt complet, ou tout au moins une sédation évidente des manifestations pathologiques, à la suite de cette première application. Dans ces affections, le massage vibratoire constitue, en même temps qu'une médication active, un excellent moyen de diagnostic.
Dans cent trois cas de catarrhe des trompes, j'ai pu, ou faire disparaître complètement les bourdonnements pénibles, ou tout au moins les diminuer notablement. Dans le coryza aigu, non seulement le massage vibratoire débarrasse le malade de plusieurs symptômes très désagréables, car il rend la respiration nasale plus facile, et diminue beaucoup la céphalalgie, mais encore il raccourcit notablement la durée de l'affection. Dans l'amygdalite aiguë, même pour les cas les plus graves, il amène une sédation très notable des douleurs des malades, leur permet de prendre de la nourriture ; et, lorsqu'il est pratiqué dès le début de la maladie, souvent il coupe l'accès, ou tout au moins en réduit notablement la durée. Je ne saurais, on le comprend, rentrer ici dans les détails d'une statistique étendue; je me bornerai à citer un cas caractéristique :
Le lo avril 1892, je fus appelé, d'urgence, avec mon confrère le Dr Escher, chirurgien en chef de l'hôpital de Trieste,
près deMme G. C. Cette dame, âgée de quarante-six ans, était au lit ; elle présentait une dyspnée et une cyanose très accentuées, son pouls était très irrégulier, elle ne pouvait ni parler, ni avaler. On nous dit que la malade était très sujette au catarrhe aigu du larynx, surtout à la suite des refroidissements ; cette attaque, plus forte qu'aucune des précédentes, était due à la même cause.
A l'examen laryngoscopique, on constatait un œdème très considérable des parties qui limitent Yaditas laryngis. à tel point que le diamètre de Yaditits n'était pas supérieur à celui d'un tuyau de plume. La trachéotomie ou le tubage immédiats étaient indiqués. Le Dr Escher me pria d'essayer d'abord l'application des vibrations sur les parties malades. Je les appliquai immédiatement, à cinq reprises différentes, se suivant toutes de très près. La malade put aussitôt respirer plus librement, la cyanose diminua et le pouls devint plus régulier ; elle fut tenue en observation constante. On lui fit des applications continues de glace ; dès que la dyspnée réapparaissait, on la vibrait immédiatement. Gela se passait le soir; à minuit elle fut encore vibrée, avec le même résultat décisif. Le 16 et le 17, elle fut vibrée, chaque jour deux fois; le 18 et le 19, une fois ; le gonflement avait disparu, à tel point, que la malade fut considérée comme guérie, et que son traitement fut suspendu.
Je ne m'arrêterai pas aux cas extrêmement nombreux de maladies catarrhales chroniques des voies respiratoires supérieures que j'ai traités avec succès, ni aux détails des soixantedeux cas d'ozène que j'ai complètement et définitivement
guéris, et pour lesquels la durée du traitement n'a jamais dépassé deux cent cinquante séances. Je ne m'étendrai pas davantage sur la supériorité que cette méthode présente par rapport aux autres, telles que : cautérisations, insufflations, inhalations, douches, etc., etc. Tout médecin, tout homme même, capable de réflexion, s'en convaincra rapidement, après l'avoir vue appliquer correctement, même pendant peu de temps. Mais je ne puis m'empêcher d'exprimer ma surprise qu'une méthode, si prêche dans sa technique, si sûre dans ses résultats, ne soit encore appliquée que par un nombre relativement restreint de spécialistes et que son emploi ne se soit pas généralisé. Ce sont justement ces maîtres, dont la mission est de vérifier par l'expérience la valeur des procédés nouveaux, de les propager ensuite par leur enseignement, lorsqu'ils le méritent, qui sont restés indifférents, à l'exception d'un professeur de l'Université de Vienne, bien connu par ses travaux théoriques, qui, à la suite d'applications insuffisantes., a cru pouvoir ravaler les résultats obtenus par les vibrations locales, au niveau de ceux que donne le vulgaire badigeonnage.
Parmi tous nos confrères en spécialité, qui sont venus travailler chez moi, ou qui m'ont demandé des conseils, ne se trouve pas un seul professeur des universités. Pas un, jusqu'à ce jour, n'a voulu prendre la peine de se renseigner sur les minutieux détails de la technique du massage vibratoire, ou de se faire, par ses propres recherches, une opinion personnelle sur les résultats qu'il peut donner. Lorsque le Professeur Koch, le grand et illustre maître, publia sa mémorable découverte, les médecins se transportèrent par centaines, pour
étudier et voir de leurs propres yeux appliquer ce procédé, pourtant assez simple. Mais le massage vibratoire ne fait espérer aucun résultat grandiose et les affections catarrhales chroniques ne peuvent être placées sur le même rang que les affections tuberculeuses, bien qu'elles soient, elles aussi, capables d'attrister profondément la vie de ceux qui en sont atteints. N'existe-t-il pas en effet, une affection qui, jusqu'à ce jour, a été considérée comme inguérissable, dont les symptômes et les conséquences ne sont guère moins terribles que ceux de la phtisie, l'ozène, dont le tableau est aussi sombre, et qui peut être guérie d'une façon complète et définitive. Et cependant, à l'exception du maître dont j'ai parlé, pas un de ces illustres savants n'a daigné abandonner les hauteurs où il se cantonne, pour essayer de se couvaincre de l'exactitude des résultats annoncés.
J'espère pourtant que cette remarquable publication démon très distingué confrère le Dr Garnaultqui, seul en France, jusqu'à présent, a fait une application méthodique du massage vibratoire, et qui a déjà fortement contribué, par ses écrits et ses travaux, au perfectionnement et à la diffusion de cette méthode, réussira à triompher de l'apathie des médecins, à intéresserlepublic à ceprogrès scientifique, thérapeutique ethumanitaire,à montrer combien il mérite d'être étudié et observé, et à en généraliser les applications.
Michael BRAUN.
Trieste, le 10 octobre 1893.