‹ Le massage vibratoire et électrique des muqueusesChapitre 2 sur 20 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Un confrère me reprochait récemment, dans un article que je ne relèverai pas autrement, mon titre de docteur es sciences. Loin de songer à m'en excuser, je me féliciterais plutôt d avoir passé, avant d'aborder la pratique médicale, de nombreuses années dans un laboratoire d'une faculté des sciences. Je croisbien que c'est là, surtout, que j'ai appris, et j'en rends grâce à mes anciens maîtres, à critiquer sans passion, comme sans parti pris, les méthodes nouvelles, et à en essayer l'application, dès que leur emploi me paraissait logique. Le massage vibratoire m'avait séduit dès l'époque de la première communication du Dr Braun en 1890 ; et dès que j'en ai eu la possibilité, j'ai fait de ce procédé une étude continue, qui n'a pas été interrompue, pour ainsi dire, un seul jour, pendant ces deux dernières années.

Jusqu'à l'époque moderne, les médecins oubliant les saines traditions hippocratiques, affectaient le plus profond mépris pour toutes les interventions manuelles ou mécaniques et

dédaignaient fort les chirurgiens ; ils réservaient toute leur admiration pour ceux-là seuls qui introduisaient dans l'organisme les substances les plus diverses, parfois les plus étranges, soit par suite de conceptions bizarres, soit pour obéir aux indications des maîtres anciens, soit, plus simplement, sans idées arrêtées, sans plan, sans méthode, suivant les aveugles impulsions d'un empirisme banal et discutaient ensuite sur les résultats obtenus et surtout sur ceux qui devaient se produire. Les chirurgiens qui, anciennement, étaient des barbiers, ont sensiblement monté en grade depuis ; mais, pendant longtemps, ils ont prétendu maintenir à leur tour, au-dessous d'eux, sur un dernier échelon, d'autres chirurgiens (si je m'en rapporte à l'étymologie, ce mot désigne les opérateurs qui traitent avec leurs mains, par opposition au médecin qui prétendait traiter uniquement avec des conceptions spirituelles), les masseurs, autrefois gens d'éducation simple et de position modeste, exerçant des interventions manuelles dont on ne s'abaissait même pas à discuter la valeur ou l'importance.

Jusque dans ces tout derniers temps, le massage est resté, en France, dans cette situation inférieure ; c'est surtout à M. le Dr Lucas-Championnière que revient le mérite, et il n'est pas petit, d'avoir réhabilité dans notre pays, ce procédé, hier encore si humble et qui donne dans le présent et promet dans l'avenir tant de résultats. Et déjà, sans parler des savants professeurs qui, comme Von Mosengeil, exercent et enseignent officiellement à l'étranger le massage, la France compte parmi ses médecins masseurs quelques hommes qui,

sans avoir de situation officielle, n'en ont pas moins une très réelle valeur scientifique.

Dans certains pays, en Suède surtout, l'étude du massage avait depuis longtemps été systématisée ; il constitue une des branches de cette admirable gymnastique de Ling, qui fera plus pour la régénération de la race que tous les fonds de bocaux des officines. Ling a eu le très grand mérite de remettre en honneur, en laperfectionnant, la thérapeutique et l'hygiène cinétique, si employées par les Grecs et les Romains, et que leurs descendants avaient oubliées. En Suède, on consacre trois ans à l'étude du massage ; et des hommes tels que Norstrom et Kellgren, qui l'appliquent depuis tant d'années, nous apprennent qu'ils se perfectionnent encore chaque jour. Le massage vibratoire externe, qui est un perfectionnement récent et qui, depuis un certain temps, est déjà appliqué en Suède d'une façon courante, s'est montré très supérieur au massage ordinaire, dans le traitement de certaines affections. Braun, ayant eu la bonne fortune de voir Kellgren pratiquer le massage vibratoire externe, conçut l'idée d'appliquer ce procédé au traitement des affections des muqueuses.

Lorsque je lus pour la première fois la communication de Braun, je fus frappé de la simplicité et de la logique de sa théorie; et les résultats obtenus impressionnèrent fortement mon esprit. N'est il pas évident que le massage, et le massage vibratoire en particulier, agissant sur la peau, doivent, à fortiori, produire une action sur les muqueuses ; que l'application judicieuse des médicaments, impossible sur la peau, doit s'ajouter sur les muqueuses, et pour leur plus grand profit, à

l'action propre des vibrations ? J'ai pensé également que l'électricité pourrait être combinée au massage, et dès l'année dernière je proposais cette combinaison. Les résultats obtenus me montrèrent que cette idée était féconde et que la valeur thérapeutique du massage vibratoire des muqueuses était fortement accrue, surtout dans le traitement de certaines affections, par son union à l'électricité.

Lorsque, dans le cours de cet ouvrage, nous comparerons le massage vibratoire interne, aux méthodes encore employées dans le traitement des affections chroniques des muqueuses des voies respiratoires supérieures, nous ne pourrons nous expliquer comment elles peuvent lui être encore préférées; elles sont toutes passibles des plus graves reproches et quelquesunes, comme la douche nasale; constituent presque une injure au bon sens. Ainsi que le reconnaît lui-même le Professeur Chiari. qui a été jusqu'ici Tunique adversaire du massage vibratoire, ces procédés sont presque impuissants, et leurs résultats à peu près nuls, et j'ajouterai sans crainte d'être taxé d'exagération que ces méthodes sont souvent dangereuses, et que leur application est le plus souvent très douloureuse; les médecins n'ont donc plus le droit de priver volontairement leurs malades des bienfaits d'une méthode si supérieure, aussi bien dans la conception théorique qui lui sert de base, que dans ses résultats.

On a fait, d'abord, autour de la nouvelle méthode, la conspiration du silence, puis on a essayé de la raillerie, comme autrefois, d'ailleurs, pour le massage externe. Aujourd'hui, que la vérité est devenue évidente, on vient nous dire main-

tenant, que cette idée n'est pas nouvelle, que le massage de Braun est identique aux simples frictions appliquées autrefois sur le cou, par divers observateurs. Ilseraitplus simple et plus loyal de se mettre, sans phrases, à l'élude longue et pénible de la technique du massage vibratoire, pour faire profiter les malades des avantages de cette méthode.

Certes, il est plus commode pour le médecin d'ordonner simplement la douche nasale ou la pulvérisation; il est même bien plus facile de porter dans la gorge et dans le nez le galvano-cautère, en persuadant au malade que les résultats qu'il obtiendra seront proportionnels aux souffrances qu'il devra endurer; il est surtout plus avantageux d'ordonner en abondance ces excitants dangereux, dont la coca est le plus perfide, que de passer sept à huit heures, chaque jour, à vibrer les malades, au prix de la plus grande fatigue. Mais le médecin sera amplement récompensé de ses peines, par la reconnaissance des patients et par le témoignage de sa conscience, qui lui ordonne impérieusement d'appliquer à ses malades, quoi qu'il puisse lui en coûter de travail et de soins, parfois de dangers, les procédés les meilleurs et les plus sûrs.

Ne compense-t-elle pas bien des heures de pénibles exercices, cette satisfaction de pouvoir dire à un malheureux ozéneux qui traîne lamentablement une existence déplorable, et emploie depuis dix, vingt ou trente ans toutes les méthodes connues, sans obtenir le moindre résultat : « Au bout d'une semaine de traitement, vous n'aurez plus d'odeur ; et cette odeur ne reviendra jamais, si vous subissez avec assiduité les applications du massage vibratoire ; dans quatre mois, proba-

blement, dans six mois tout au plus, vous serez complètement et définitivement, guéri. »

Actuellement, le triomphe de cetteméthode est définitivement assuré; des spécialistes distingués, les Drs Laker et Bogdan Font appliquée sur eux-mêmes avec le plus grand succès; un maître éminent, le Professeur Lucse, de Berlin, a été guéri par le massage vibratoire et proclame lui-même sa guérison ; et, du monde entier, les malades accourent demander au Dr Braun la guérison qu'ils n'espèrent plus avec les au très méthodes. Les travaux scientifiques se multiplient, et chacun d'eux apporte une constatation nouvelle de l'éclatante supériorité de la méthode.

Le massage vibratoire n'a pas la prétention d'être une panacée absolue de toutes les maladies de la muqueuse des voies respiratoires supérieures, et surtout de dispenser le spécialiste des qualités cliniques qu'il doit posséder, et tout traitement doit être précédé d'un diagnostic plus minutieux qu'avec les autres méthodes et que le massage lui-même facilite. Mais il permet cependant d'éviter de nombreuses opérations et une grande somme de douleurs inutiles, et de garantir la guérison dans bien des cas où, avec les anciennes méthodes, on ne peut même pas promettre une amélioration. Le massage vibratoire interne ne supprime pas les difficultés du traitement ; loin de là, il exige du spécialiste une grande dextérité, des exercices préalables, longs et fastidieux et un travail quotidien des plus pénibles. Mais les résultats, et c'est là ce qui doit nous préoccuper avant tout, sont tels, qu'on doit le considérer comme représentant une véritable rénovation

thérapeutique dans le traitement des maladies chroniques des muqueuses des voies respiratoires supérieures.

Je remercie M. le Dr Braun de sa savante et bienveillante préface, je le remercie surtout d'avoir bien voulu faire le voyage de Paris, pour m'initier aux plus minutieux détails de sa technique ; je remercie mon savant confrère le Dr Laker, docent à l'Université de Graz, de son précieux concours; et enlin, je remercie M. Gaifïe des soins et de l'ingéniosité qu'il a apportés à construire un vibrateur électrique répondant entièrement aux exigences que je lui avais indiquées.

Dr Paul GARNAULT.

Paris, te 31 octobre 1893.

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