FIEVRE DES FOINS
Le retour périodique de la fièvre des foins peut être complètement empêché par le massage vibratoire, appliqué un peu avant l'époque où elle revient, c'est-à-dire avant le moment de la floraison des graminées. On fera subir au patient un traitement par le massage vibratoire, la cocaïne et le menthol; ou même le massage vibratoire appliqué seul, comme l'a fait Freudenthal (38).
J'ai actuellement sept observations absolument concluantes : Deux malades traités en 1892 ont passé le printemps à la campagne sans avoir aucune atteinte de leur affection périodique, à laquelle ils étaient régulièrement sujets, l'un depuis sept ans, l'autre depuis treize ans. Cette année, au mois d'avril, quelques applications ont été faites par précaution, et les malades sont restés complètement indemnes. Cinq malades ont été traités préventivement cette année et n'ont pas eu leurs attaques ordinaires. Un sixième les a eues, mais beaucoup moins fortes que les années précédentes ; il n'avait été massé que douze fois. Il est extrêmement probable que l'année prochaine, s'il s'y prend à temps, il sera absolument préservé. Je fais généralement les applications avec la cocaïne 10 °/o et 'a pommade mentholée, mais je crois que ces médicaments jouent ici un rôle à peu près nul. Il faudra faire, la première année, une trentaine de séances pour obtenir un résultat certain ; et pour les années suivantes une dizaine, faites à titre préventif, suffiront.
Avant d'employer le massage vibratoire, j'ai appliqué contre la
fièvre des foins et i'hydrorrhée nasale, toutes les méthodes connues, sans aucun résultat. J'ai beaucoup appliqué les cautérisations au galvano, et, dans aucun cas, elles ne m'ont donné aucun résultat sérieux.
Les résultats obtenus par Freudenthal concordent en tous points avec les miens ; s'ils sont moins complets, cela tient à ce qu'il n'a pas vibré ses malades avant l'époque critique. Je suis certain que l'année prochaine, en les vibrant préventivement, comme il dit, lui-même, avoir l'intention de le faire, et en employant un nombre de séances suffisant, il aura des résultats parfaits.
Braun et Laker ont obtenu exactement les mêmes résultats que moi. Je dois à leur obligeance la communication de plusieurs observations, et, l'un comme l'autre, ils ont vu la guérison se maintenir pendant plusieurs années après le traitement.
Le Dr Laker a bien voulu m'envoyer, tout récemment, les deux observations suivantes, fort intéressantes, et que, indépendamment de leur valeur, la courtoisie seule me ferait un devoir de publier, bien que, à mon avis, les récits détaillés d'expériences et d'observations ne doivent figurer, in extenso, qu'à titre exceptionnel, dans un travail scientifique.
1er cas. « La baronne T..., 20 ans, souffre depuis quatorze ans d'une affection catarrhale du nez, dont l'intensité va toujours en augmentant. Le nez est constamment fermé, par suite de l'hypertrophie et d'un gonflement plus ou moins fort de la muqueuse nasale. Pharyngite granuleuse très accentuée; bourrelets latéraux fortement développés, rhumes très fréquents, accompagnés de conjonctivites. La malade est tourmentée par un asthme très pénible et un catarrhe bronchique. Depuis longtemps, à tout cela venait encore s'ajouter, de mai à juillet, une fièvre des foins très intense. Toujours, lorsque arrivait la saison chaude, le nez commençait à se fermer. La malade éprouvait des chatouillements dans le nez, il se produisait des crises d'éternuements, et bientôt apparaissaient de fortes attaques de fièvre des foins (surtout lorsque la malade s'exposait auxrayons du soleil), et qui revenaient plusieurs fois par jour. Ces crises, très pénibles, étaient accompagnées d'un perpétuel
larmoiement. La sécrétion était souvent si abondante, que la malade mouillait jusqu'à cinq mouchoirs par heure. Elle était obligée de passer la journée dans une chambre fraîche et obscure. L'odeur de foin lui était extrêmement désagréable et déterminait même régulièrement chez elle une attaque. La malade avait suivi tous les traitements possibles, sans aucun résultat. Laker entreprit, sur elle, une cure trèsrigoureuse de massage de la muqueuse des voies respiratoires, d'avril à juillet 1892, et ce traitement amena la guérison complète de tous les symptômes. Bien que la malade s'exposât beaucoup au soleil, elle n'éprouva que dans les derniers jours de mai de légers symptômes de fièvre des foins, qui étaient loin de ressembler à de véritables crises. Le 9 juin, se produisit la première crise assez forte et qui dura toute la journée. Le 11 juin, nouvelle crise, pendant laquelle fut appliqué le massage vibratoire ; elle fut coupée immédiatement, bien que la malade ait été obligée de rester encore une heure exposée à la chaleur. La malade ressent encore une légère sensibilité dans le nez et dans les yeux. Ce fut la dernière manifestation qui se produisit. Le nez resta tout à fait normal pendant tout le mois de juin, et la chaleur du mois de juillet ne détermina aucune manifestation pathologique.
L'année suivante, le 30 mai, il se produit un léger malaise, le 13 juin, un coryza, et le 26 juin, une véritable crise de fièvre des foins qui me ramena la malade. Le massage vibratoire arrêta immédiatement cette manifestation, et depuis cette époque il ne s'en est plus produit une seule.
2e cas. « LeDrS..., 33 ans, souffrait depuis dix ans d'une fièvre des foins très grave, particulièrement pénible pendant la saison chaude, jusqu'au milieu de juin. Il se produisait aussi quelques crises en automne. En été, le malade devait souvent passer toute la journée dans une chambre obscure, lorsqu'il voulait être à même de travailler. L'entrée subite de la lumière et de la chaleur déterminait immédiatement une crise. Dans la même journée, il se produisait souvent cinq ou six de ces attaques ; il souffrait en même temps beaucoup des yeux. Le traitement par le massage vibratoire des muqueuses fut appliqué en juillet 1892. Déjà, dès la seconde
séance, le malade constata une grande amélioration. Entre la cinquième et la sixième séance, le traitement dut être suspendu pendant une semaine, et dans cet intervalle le malade ne ressentit aucune crise nouvelle. Au bout de huit séances, le malade fut obligé d'arrêter son traitement. Il se considéra cependant comme guéri, car il n'éprouva plus que de légers malaises, mais pas une seule véritable crise. Au début, il croyait devoir éviter la chaleur du soleil, plus tard il ne s'en préoccupa plus. La rapidité de la guérison par le massage vibratoire, est très remarquable dans ce cas. »