‹ Le massage vibratoire et électrique des muqueusesChapitre 6 sur 20 · TROUBLES NERVEUX DU NEZ · texte numérisé non relu

TROUBLES NERVEUX DU NEZ

Les affections de cet ordre qui peuvent être le plus sûrement influencées par le massage vibratoire, sont : l'hyperesthésie de la muqueuse nasale, pouvant se développer au point de prendre les caractères d'une véritable névralgie, les névropathies réflexes d'origine nasale, et l'affection connue vulgairement sous le nom de fièvre des foins. Dans tous ces cas, la technique est la même. Les

1« J'ai subi moi-même, avec courage et résignation des cautérisations par le nitrate d'argent et le galvano-cautère. Je me suis insufflé dans le nez des poudres astringentes ; j'ai abominablement souffert et n'ai constaté aucune amélioration, bien au contraire. J'ai usé pendant longtemps de la douche nasale, et si elle me procurait un certain soulagement momentané, je suis cependant convaincu que cette méthode n'a pas été étrangère à l 'exacerbation de mon état qui, en tout cas, est toujours allé en empirant, malgré l'usage des douches. »

vibrations doivent être faites avec un tampon très mince, imprégné de cocaïne à 10 ou à 20 % '■> elles doivent être d'une extrême finesse et d'une extrême ténuité. Je crois que, dans ces cas, mon vibrateur pourra donner de très bons résultats. Ses vibrations sont rapides et d'uneabsolue régularité; elles sont, de plus, dépouillées deraideur et de brusquerie, puisque ce sont des ondes et non des chocs ; dans l'hyperesthésie et les névralgies de la muqueuse nasale, on peut, avec avantage, combiner les courants induits, de fil fin, à interruptions très fréquentes, au massage vibratoire. Je ne suis pas encore en mesure de rien dire de très précis, quant à l'emploi de l'électricité et surtout des diverses formes de l'électricité dans les autres affections nerveuses delà muqueuse nasale; les résultats obtenus sont encore trop incertains et semblent même, parfois, contradictoires. Mais l'efficacité des vibrations dans le traitement des névralgies ne pourrait être contestée ; les faits cités par Kellgren ne sont plus discutés. Braun (communication personnelle) a guéri une névralgie sous-orbitaire, par un très petit nombre de séances de vibrations faites sur la muqueuse qui recouvre la face antérieure du maxillaire supérieur, au niveau du cul-de-sac gingival. Dans la préface de ce livre, le D1' Braun nous dit avoir guéri par le massage vibratoire soixante-dix-huit cas de névralgie du trijumeau ; moimême, en ai déjà guéri seize. Quant à l'électricité, que l'on applique, comme je l'ai indiqué précédemment, il faut l'employer avec les précautions ordinaires. Les malades ressentent le goût métallique, dans la bouche, et les nerfs dentaires sont fortement excités, surtout lorsque la sonde touche le plancher du nez ; souvent même, Je simple massage vibratoire du plancher du nez, sans la combinaison de l'électricité, produit cet effet, mais ce sont là des phénomènes passagers et sans importance.

Lorsque la migraine, la toux spasmodique, le spasme bronchique dépendent de réflexes dont le point de départ est dans le nez, on peut souvent arrêter nettement les accès par de simples badigeonnages avec une solution forte de cocaïne1, et le Professeur François

iMais les résultats obtenus par la cocaïne ne sont jamais durables.

Franck a démontré que l'on pouvait reproduire tous ces phénomènes par l'excitation expérimentale de la muqueuse nasale.

Les polypes du nez ont pu, dans certains cas, être considérés comme la cause permanente de ces réflexes; et, en réalité, après leur ablation, les phénomènes nerveux ont parfois disparu ; d'autres fois, ils ont persisté, soit que, bien que les polypes eussent été la cause première, la muqueuse fût encore restée irritable d'une façon permanente, soit que l'irritabilité delà muqueuse fût due à d'autres causes. En effet, l'hypertrophie de la muqueuse, même isolée, ou plus souvent en se combinant avec des déviations ou des crêtes de la cloison, qui déterminent des contacts irritants, doit être considérée comme l'une des causes les plus fréquentes de ces réflexes. D'autres fois, souvent même, la muqueuse ne présente que peu ou point d'altérations permanentes; elle est seulement susceptible de se gonfler plus ou moins sous l'influence de causes d'irritation, de l'air froid ou chaud, de la poussière, d'actions réflexes dont l'œil peut être le point de départ (lumière), ou qui peuvent venir de divers points du corps ; certaines excitations cérébrales, l'excès de travail intellectuel, et surtout les idées erotiques, peuvent amener également la turgescence de la muqueuse des cornets. Hack, il y a une dizaine d'années, s'est emparé de ces notions justes pour en conclure que les réflexes nerveux d'origine nasale étaient déterminés par la compression des filets logés dans la muqueuse, compression due à la turgescence des vaisseaux ou plutôt des lacunes vasculaires de la muqueuse du cornet inférieure, qui y constituent un véritable tissu érectile.

Guidé par cette vue simple, qu'il fallait détruire la cause de l'irritation nerveuse, c'est-à-dire le tissu érectile, il conseilla sa destruction complète par le galvano-cautère, sans se préoccuper le moins du monde des autres conséquences possibles de cette destruction. L'application facile de cette médication radicale, au moyen du galvano-cautère, plaisait trop aux médecins et même aux spécialistes, pour que cette théorie, par trop simpliste, ne fût acceptée avec le plus grand enthousiasme.

Ces opérations intra-nasales furent pratiquées pendant dix ans,

sur une immense échelle. Durant cette période, médecins et malades furent, les uns et les autres, absolument suggestionnés. Les conditions de la suggestion étaient d'autant plus favorables, que le malade entretenu dans cette idée courante qu'il faut souffrir pour guérir, était prévenu qu'il devait souffrir après l'application, qu'il aurait une réaction plus ou moins durable. Sa maladie, il est vrai, empirait à chaque séance, mais malade et médecin le constataient presque avec joie, pensant y voir un symptôme favorable; et enfin, lorsque le traitement était fini, le malade attendait avec patience le résultat promis qui, dans l'immense majorité des cas, n'arrivait jamais. Le plus souvent, ou ce résultat était nul, ou bien, le plus souvent même, l'état du malade empirait; les filets nerveux trouvaient dans la cicatrice rétractile. fille de cette chirurgie intempestive, qui les enveloppait et les serrait étroitement, un ennemi autrement actif et pressant que dans le tissu caverneux érectile, simple fils de la nature. L'asthme redoublait, la migraine ne cessait plus ; et dans quelques cas, des crises épileptiformes, dont la cause incontestable résidait dans les cicatrices nasales, rappelèrent aux médecins trop enthousiastes que la théorie de Hack n'était pas l'expression complète et absolue de la vérité.

Une réaction très sérieuse s'est déjà produite depuis plusieurs années ; les médecins ont aujourd'hui reconnu, presque unanimement, que cette méthode donne lieu le plus souvent à des mécomptes, qu'elle est presque toujours inefficace et très souvent dangereuse. Cependant, elle était trop commode pour être abandonnée si vite ; et, encore aujourd'hui, elle est employée sur une très grande échelle par les spécialistes entraînés par la force d'inertie de l'esprit de routine. Les malades ont beau souffrir de l'application de la réaction, ne constater aucun effet utile, ils viennent tous, même ces femmes nerveuses qui redouteraient une piqûre d'aiguille, et qui cependant recourent à la chirurgie avec un enthousiasme contagieux, offrir leur muqueuse nasale au platine rougi du galvano.

Tous les malades qui présentent les symptômes dont nous avons parlé, sont des nerveux et doivent recevoir un traitement général

convenable ; mais, dans ces cas, le massage vibratoire fait de véritables merveilles, sans jamais présenter aucun des inconvénients, ou exposer à aucun des dangers du galvano. L'effet de la cocaïne n'est pas durable, et au bout de peu de temps son action s'épuise ; il n'en est pas de même du massage vibratoire.

Les migraines continues et l'incapacité au travail produites par les maux de tête persistants, sont généralement calmées d'une façon très durable par quelques applications de massage vibratoire. Si les phénomènes se reproduisent au bout d'un temps plus ou moins long, deux ou trois séances nouvelles suffiront, en général, pour les faire disparaître. Le soulagement est si rapide, le passage au bien-être est si subit, si exempt d'inconvénients, que les malades peuvent contracter l'habitude de cette opération, et il se produit une véritable massagomanie, dont le D1' Braun a observé plusieurs cas bien marqués (communication personnelle). Plusieurs de ses anciens malades, entièrement guéris, avaient pris du massage vibratoire nasal une telle habitude, qu'ils prétendaient ne plus pouvoir s'en passer.

Quant à l'asthme d'origine nasale, on le guérira merveilleusement, s'il n'est pas compliqué de lésions pulmonaires irrémédiables. Il ne faut pas entreprendre le traitement d'un malade et lui rien promettre, tant qu'on ne l'aura pas vu et traité pendant un accès. Si son asthme est véritablement et uniquement d'origine nasale, l'accès sera coupé radicalement et on ne s'engagera pas trop en promettant une guérison complète, après que l'on aura fait un minutieux examen du poumon. Si l'accès n'est pas influencé par le massage, si les lésions pulmonaires sont bien marquées, il faut dire sincèrement au malade qu'on ne peut rien pour lui, ou tout au moins que les résultats sont très aléatoires.

Il arrive souvent, nous l'avons déjà dit, que l'irritation nasale est causée en partie par l'hypertrophie de la muqueuse, en partie par des crêtes et des déviations de la cloison : il se forme ainsi par cette double cause des contacts irritants. Lorsque ces déviations sont, d'une façon très nette, assez développées pour qu'on ne puisse conserver aucun espoir de voir le contact cesser, par suite du dégon-

flement de la muqueuse que peut faire espérer le massage vibratoire, il faut opérer le plus tôt possible ces déviations. C'est seulement alors que le traitement de la muqueuse peut être efficace.

On sait qu'il peut exister à la surface de la muqueuse nasale des zones hystérogènes ; je n'en ai jamais rencontré, mais il faut explorer la muqueuse des personnes nerveuses avec beaucoup de précautions; il est possible, peut-être, que par le massage vibratoire très prudemment appliqué, soit à la main, soit au moyen du vibrateur, on puisse arriver à modifier l'état de ces zones.

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