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Glacier troucal et glacier latéral; ablation

glacier latéral G. Ce glacier C contribue à alimenter le glacier troncal. Mais si, à cause de son peu d'importance et d'une chute de séracs en a^ ce glacier latéral vient à remonter, c'est-à-dire à cesser d'être en communication avec le glacier troncal, celui-ci éprouve de son côté une diminution d'alimentation qui le fait fondre rapidement de B en E. Mais, s'il est alimenté assez puissamment d amont pour maintenir sa limite longtemps en E, il apporte en ^A une moraine frontale qui peut faire le barrage d'un lac

futur en A. Les digues naturelles rocheuses, ou les glaciers latéraux, déterminent donc les limites des étapes de retrait des grands glaciers troncaux. Les torrents se chargent de déblayer le terrain, de le niveler, en laissant toutefois la trace visible de ces digues naturelles, ou d'apport.

La nature ne détruit jamais tous les témoins de son travail, c'est à l'observateur à les découvrir et à les signaler. Parfois, comme au-dessus de Sierre, par exemple, les deux phénomènes que nous venons de décrire se produisent simultanément. Digue rocheuse, apport de moraine par des glaciers latéraux, dépôt d'une moraine frontale d'une étape de grand glacier troncal, travail de torrents énormes qui se sont fait jour à travers ces obstacles, et qui ont entraîné la plus grande partie de ces débris pour remblayer la vallée en aval.

Indépendamment des causes climatériques qui ont été peut-être la cause première de l'ablation successive des grands glaciers primitifs, il n'est pas douteux, quand on observe le terrain et les phénomènes qui se produisent sous nos yeux, aujourd'hui encore : 1° Que les glaciers, par suite de leur travail sur les soulèvements, ont contribué pour une bonne part à leur propre fonte en se donnant des écoulements et en élargissant les parois qui les encaissaient;

2° Que les glaciers ont opéré d'abord dans leurs parties terminales, en laissant relativement pleins, sur les hauts plateaux, les névés d'alimentation ;

3° Qu'au fur et à mesure de leur ablation inférieure, ablation provoquée en partie, ainsi que nous venons de le faire voir, par leur propre travail, ils se retiraient sur les hauteurs, abaissaient leur niveau, laissaient à découvert des parois primitivement masquées par leur masse, et abandonnaient ainsi ces parois à toutes les causes de destruction atmosphérique;

4° Qu'alors, et après le rôle principal pris par les grands glaciers troncaux abaissés, commençait le rôle des glaciers latéraux (1).

(1) Aujourd'hui, il n'existe plus que des glaciers latéraux, ou les récipients supérieurs très-réduits des glaciers troncaux: glacier du Rhône, glacier du Rhin, qui n'ont même pas l'importance de certains glaciers latéraux ou d'aftluents.

Tant que l'épaisseur des grands glaciers troncaux atteignait la hauteur des névés latéraux, ceux-ci alimentèrent puissamment ces glaciers troncaux par voie d'avalanches et de coulées; puis, quand les grands courants principaux eurent abaissé leur niveau, les névés latéraux furent, à leur tour, l'origine de glaciers, qui, procédant comme le courant principal, firent peu à peu leur voie, leur lit, en tendant de plus en plus à se rendre indépendants les uns des autres, à se fractionner et à augmenter ainsi les causes de leur fonte.

Si les soulèvements eussent été composés d'une matière homogène, amorphe, également résistante dans toutes ses parties, il n'y avait pas de raisons pour que l'époque glaciaire ne se prolongeât indéfiniment, car l'effort de la glace sur une matière homogène, dure, polit très-lentement sa surface, mais ne saurait la ruiner.

La plasticité de la glace lui permet de franchir les obstacles sans trop de difficultés ; elle se prête à tous les ressauts, horizontaux ou verticaux, avec une merveilleuse souplesse, sans que ces digues ou contre-forts ralentissent sa marche indépendante des conditions de pente ou de parallélisme des parois; et c'est en cela que l'écoulement du glacier diffère essentiellement de l'écoulement du fleuve dont le courant acquiert d'autant plus de vitesse que la pente est plus forte et les parois plus unies, rectilignes et parallèles.

Les soulèvements sont composés de matières dont la dureté est très-inégale ; de plus, quand même ils sont formés d'une même matière, ils présentent^ non une masse amorphe, mais une juxtaposition de corps séparés par les strates, ou par des fissures nombreuses : plans de retrait causés par la cristallisation, le refroidissement ou la dessiccation, suivant leur origine. De telle sorte que certaines matières dont chaque partie est d'une dureté telle que l'acier ne saurait la rayer, ne présentent, en masse, qu'une sorte de construction toute composée de fragments, mais qui ne serait liée par aucun ciment. Telle est la protogyne, tels sont les gneiss, les schistes cristallins, les granits et toutes les roches cristallines. Quant aux roches stratifiées, c'est-à-dire, déposées par couches, à l'origine des temps, sous la pression de l'eau, tels que les lias,

les terrains jurassiques, les grès anciens, les craies, etc., indépendamment de leurs strates qui sont autant de lits faiblement liés, il s'est produit dans ces matières, par suite de la dessiccation et du refroidissement, des fissures, des plans de retraits, obliques habituellement, qui forment ainsi une quantité de rhomboèdres juxtaposés.

Il arrive aussi que dans des roches cristallines qui ont une apparence stratifiée, comme les schistes cristallins et des gneiss, certaines strates sont plus tendres que d'autres, ou plus fissurées, ou mélangées de matières étrangères qui rendent leur masse plus facilement attaquable.

Gelées perpétuellement sous les épaisses couches de névés, ces matières demeuraient inertes et ne pouvaient subir que des dégradations insignifiantes; mais, du moment que leur surface était en contact avec l'air, les conditions de ruine devenaient sérieuses. Alors l'eau provenant de la fonte des névés, sous une température supérieure à zéro, s'introduit dans ces fissures, élargies par la dilatation que l'action solaire exerce sur leurs surfaces externes (1), et les pénètre plus ou moins profondément. Survient la nuit et une température très-basse, cette eau gèle et écarte les parois. Ce fait, répété des milliers de fois, finit par ouvrir ces fissures largement , et alors les neiges qui s'y logent , fondant et regélant, remplissent exactement l'office d'un coin. C'est ainsi qu'on voit des roches énormes, composées d'une matière inattaquable à l'outil, se détacher d'une paroi et rouler un jour sur les rampes des montagnes ou sur la surface du glacier qui les transporte jusqu'à sa moraine frontale ou les dépose doucement sur l'une de ses moraines latérales. C'est ce qui fait que ces sommets, ces aiguilles de protogyne, qui de loin semblent inaltérables, tant leurs arêtes sont vives et leurs pointes aiguës, ne montrent de

(1) Étant au Grand-Plateau, au lever du soleil, les roches apparentes du dôme du Goûté , frappées par les rayons solaires après une nuit où le thermomètre était descendu à — 7°, jetaient des notes aiguës et prolongées, comme le fait une table de résine que Ton soumet brusquement à la chaleur. J'ai entendu à la Maladetta, dans les Pyrénées, les mêmes sons produits par les roches sous l'action solaire après une nuit froide.

près qu'un amas de blocs séparés par des joints béants et qui semblent prêts à s'ébouler (1).

Les neiges, qui avaient si longtemps protégé ces hauts plateaux des soulèvements, allaient, du moment qu'elles se convertissaient en glaciers, être une des causes les plus actives de leur ruine. Mais il est d'un haut intérêt d'examiner comment se sont faites ces ruines, comment elles devaient successivement déterminer les apparences actuelles et former les nombreuses vallées secondaires, tertiaires, les cirques, les ouïes et certains ravins glaciaires.

Ce qui vient d'être dit explique assez déjà comment les roches se ruinent en raison de leur formation. Si la masse d'un soulèvement est composée de protogyne ou de granit, elle présente à la surface une apparence primitivement mamelonnée. (Voir figures 2 et 4.)

Si cette masse consiste en schistes cristallins, en gneiss, la surface externe présente de grandes failles, des réunions de rhom-

34, — Décomposition des schistes cristallins.

boèdres, des déchirures, parce que cette masse a été soulevée, brisée, mais n'est pas éruptive comme le sont les granits, syénites, protogynes, porphyres.

Voyons d'abord comment se ruinent sur certains points les schistes cristallins et gneiss qui entourent le plateau dominant du Mont Blanc.

(1) Aussi cela arrive-t-il. La moindre commotion terrestre, un tremblement de terre à peine appréciable , font parfois ébouler des masses prodigieuses de ces rampes. Et ce phénomène a dû se produire très-fréquemment jadis, alors que les pentes étaient plus exposées et que les commotions terrestres étaient répétées.

Soit, figure 34, le profil d'un soulèvement de gneiss ; les lignes se rapprochant de la verticale, donnant la stratification, et les lignes coupant celle-ci obliquement, les plans de retrait formant des rhomboèdres.

Successivement, les rhomboèdres a se ruinent, puis les rhomboèdres ^, et la pente AD est réduite au profil A G. De distance en distance, en raison de l'altitude des sommets A et du plus ou moins de dureté de la roche, il se forme des cuvettes g A, lits de glaciers latéraux. La ruine, sur la rampe AD, du soulèvement, ne

Mbis. — La chaîne du Brévent.

peut procéder de la même manière ; elle est nécessairement plus accidentée, les strates de duretés inégales sont corrodées plus ou moins profondément. Alors en i sont creusées des sortes de cuvettes dans le sens des strates, longues et étroites, qui, lorsque les glaciers auront disparu, formeront les lits de petits lacs supérieurs. Cette figure donne la coupe de la chaîne du Brévent, dont la figure 34 bis présente l'aspect, pris du sommet des Grands- Mulets (1). Gette vue laisse apparaître les faces des grands rhomboèdres ruinés et les lits D des glaciers latéraux anciens, tracés

(1) A est le village de Chamonix, B le sommet du Brévent, C les aiguilles Rouges.

en profil dans la figure 34. En E, on voit la base du grand cône de déjection produit par les ruines des rampes supérieures du Brévent et par les avalanches de chaque printemps. Ce n'est, en effet, qu'en se plaçant à des points élevés à grande distance, qu'on peut apprécier la configuration générale de ces massifs cristallins. De près, les détails prennent une importance telle qu'ils empêchent d'apprécier les masses. Ainsi, qu'est ce sommet du Brévent B, pris à plus de 1000 mètres au-dessus de son niveau et à cette distance ? Un relief à peine sensible, et cependant, quand on aborde cette pointe, elle présente aux regards un escarpement formidable.

Examinons maintenant comment se sont détruits les soulèvements éruptifs de la protogyne du Mont Blanc.

Longtemps protégée par l'encaissement des schistes cristallins, la protogyne du Mont Blanc n'a pu être sérieusement entamée que quand ces schistes eux-mêmes ont subi les altérations dont on vient de voir un exemple.

Ce soulèvement de protogyne, parla hauteur où il sortait de son encaissement, ne pouvait subir que l'effort des névés, et ceux-ci ne pouvaient avoir d'action sur ce plateau mamelonné. C'est donc par sa base que ce plateau a pu être entamé et lorsque les schistes cristallins ruinés en ont mis à nu le pied de la protogyne.

Mais la protogyne, beaucoup plus homogène que ne sont les schistes cristallins, malgré les nombreuses fissures de retrait qui la traversent, ne présentait pas ces strates tendres ou défectueuses, ces parties argileuses et micacées des gneiss. Chacune de ses parties possède une dureté égale ou peu s'en faut, une cristallisation identique ; seulement, comme il a été dit ci-dessus, les grandes surfaces de retrait forment une croûte plus dure que ne sont les milieux, et les cristaux de quartz qui les tapissent augmentent cette dureté."

Lorsque les schistes cristallins encaissants furent assez ruinés, comme il vient d'être démontré, pour mettre à nu les parois latérales du plateau mamelonné de la protogyne, les bords de ce plateau se montraient ainsi qu'on le voit en A, figure 35. Les névés laissèrent alors apparaître les surfaces se rapprochant de

la verticale, et les parties saillantes des lobes se trouvaient plus exposées aux intempéries que ne pouvaient l'être les plans de retrait plus creux et les parois se rapprochant de l'horizontale.

35 a et 35 b. — Action de l'atmosphère et des glaces sur la protogyne.

Alors, profitant des fissures qui coupaient ces grandes réunions de cristaux, fissures plus nombreuses au centre des masses séparées par les grands plans de retrait que le long de ces plans,

l'eau gelée commença son œuvre de destruction, et ces parois se ruinèrent ainsi qu'on le voit en B (1). A la longue, ces mamelons étaient rongés ainsi plus profondément vers leur centre que sur les parois de retrait, et laissaient saillir les beaux cristaux voisins de ces parois, si bien que celles-ci formèrent des arêtes ; leur réunion, des sommets, figure 36 (2), et les milieux, des combes, des ouïes dans lesquelles s'amassèrent les névés qui, descendant plus rapidement dans les parties basses, composèrent des glaciers

36. — Résultat de l'action de l'atmosphère et des glaces sur la protogyue,

partiels ; ceux-ci continuèrent à ruiner les pentes inférieures, élargirent leurs lits, renversèrent les obstacles abrupts qui s'opposaient à leur écoulement et fournirent longtemps des affluents au glacier troncal.

Quand, faute d'aliments suffisants ou par des causes atmosphériques, l'ablation du glacier troncal fut complète ; pendant bien des siècles encore ces glaciers secondaires continuèrent leur

(1) Ce phénomène se produit encore de nos jours le long des rochers de la Côte, appelés aussi Mur de la Côte, sous le sommet du Mont Blanc. La surface supérieure, recouverte par le névé, présente une convexité mamelonnée, et la paroi verticale continue à se ruiner tous les jours, ,sous l'action de la gelée (voir la fig. 42).

(2) Les lignes ponctuées indiquent les anciennes rencontres des grands polygones tracés sur la figure précédente.

œuvre, creusant l'un après l'autre chacun de ces larges polygones jusqu'à ce que tout le plateau n'offrît plus qu'une surface composée d'arêtes séparant des concavités , à la place de convexités réunies par des sillons (plans de retrait).

Pour rendre plus sensible encore le mode de destruction de ces roches cristallines, nous donnons, figure 36 bis, quatre états successifs de la ruine d'un soulèvement cristallin A, qui fait saisir d'un coup d'œil comment les massifs soulevés ont changé bien plus d'aspect que de hauteur, comment et par quelle cause les sommets extrêmes se sont pour ainsi dire aiguisés par la destruction et le déblai des plans droits ou convexes qui les réunissaient ; comment les gelées ont désagrégé ces cristaux, comment les glaces se sont chargées de porter au loin les débris, comment elles ont creusé, limé des lits pour trouver leur place, et comment, après ce long travail , au-dessus de ces glaces et névés, percent des sommets aigus , des arêtes dentelées , des contre-forts saillants.

Aujourd'hui, on voit quantité de sommets qui présentent un aspect semblable au tracé B. Les glaciers et même les névés persistants ont disparu; mais ils ont fait leur œuvre, et ces squelettes permettent de reconstituer le soulèvement primitif.

Ainsi, le large plateau de protogyne du Mont Blanc n'offre plus aux regards que des prismes, des pyramides, des aiguilles réunies entre elles par des arêtes plus ou moins ruinées, émergeant de vallées^ de combes remplies de névés et de glaces.

Ce n'est pas sans une sorte d'épouvante que l'on suppute le nombre de siècles qu'il a fallu accumuler pour obtenir ces résultats. Mais la nature ne compte pas, elle a pour elle l'éternité.

Il ne suffit pas d'expliquer ce mode de ruine des roches, il faut apporter des preuves; or, comme la nature emploie toujours les mêmes moyens, qu'elle suit perpétuellement les mêmes voies, nous pouvons encore apprécier aujourd'hui, sur une échelle réduite, ses procédés.

La glace a été le principal ouvrier dans le grand travail de règlement des pentes sur les massifs montagneux. La glace a régularisé ce chaos, a rompu les digues, érosé les pentes trop

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