Plans de retrait du cirque de Talèfre
des cirques supérieurs et intérieurs du massif les mieux caractérisés. On a vu, figure 4, que le soulèvement de protogyne donnait un affaissement au centre dans sa partie la plus large.
Les grandes masses cristallines présentaient donc une surface inclinée du nord et du sud sur ce milieu affaissé. Voici, figure 37, la position des sommets et des arêtes qui entourent le glacier de Talèfre dont l'exutoire est creusé entre K et I tourné vers le milieu du plateau.
A est raiguille Vorte Altitude. 4,127'»
B le sommet des Droites — 4,030
C le sommet des Courtes — 3,813
D autre sommet des Courtes — 3,855
a la tour des Courtes — 3,692
K l'aiguille du Triolet — 3,879
F la petite aiguille de ïalètVe — 3,C47
G la grande aiguille de Talèfre — 3,745
Il — 3,350
I l'aiguille de Bérangcr — 2,940
K l'aiguille du Moine — 3,418
M l'aiguille du Dru -- 3,815
0 Le jardin (partie supérieure).. . . — 2,997
On voit que ces sommets s'abaissent vers le sud et se relèvent vers le nord. Ils sont posés sur une même ligne ou réunis par des arêtes qui atteignent h peu de chose près leur altitude. Il est à croire que ce grand polygone était divisé par un plan de retrait réunissant le point B au point II, car on remarque une arête trèsprononcée qui émerge du névé, descendant du sommet B vers le sommet II ; de plus, Tangle p r s forme terrasse, et le point o émerge du milieu des glaces.
La ligne du jdan de jonction Kl étant celle qui était au niveau le plus bas, et la surface de protogyne R étant très-afTaissée, c'est par là que les glaces ont pris leur cours pour aller joindre par un long détour la mer de glace (1).
Il est clair donc que le glacier intérieur de Talèfre n'a pu commencer son travail et s'écouler qu'après que le lit de la mer de glace a été tracé h travers les ruines des parties afiaissées du massif, que quand la surface du polygone R a été ruinée par le glacier de Leschaux et que le plan de retrait K I s'est trouvé à son tour exposé aux intempéries.
Voici j actuellement, l'aspect que présente ce glacier de Talèfre du sommet du Mont Blanc, figure 38; la visée étant suivant la ligne Y X de la figure précédente, c'e8t-à-«dii*e presque perpendiculairement à la ligne K I. Il faut dire que la protogyne fait défaut sur une partie de cette ligne Kl, et que^ au-dessous du sommet I
(i) Voir la carte génél-ale^
de l'aiguille de Béranger apparaissent des roches feuilletées d'une nature mixte (1). Il y avait donc, indépendamment d'un abaissement entre ces deux sommets K I, faiblesse de matière et cause de rupture.
Ces modifications dans la forme de la masse de protogyne qui compose les parties dominantes du Mont Blanc se retrouvent sur toute l'étendue de ce massif, et se manifestent aussi bien dans les détails que sur l'ensemble, ou plutôt chaque partie de la roche se décompose et est détruite suivant les lois qui s'appliquent en grand.
En effet, si on examine une de ces roches, on voit qu'elle est fendillée par plans de retrait, que ces plans sont plus résistants que ne sont les milieux, et que les petits polyèdres se ruinent de la même manière que les grands, lesquels après tout ne sont composés que d'une réunion de petits.
On observe, en outre, que ces polyèdres ne sont pas tous d'égale dureté, bien qu'étant juxtaposés. Les uns résistent beaucoup mieux aux agents atmosphériques que les autres, présentent une cristallisation plus feldspathique ou plus quartzeuse, contiennent du corindon hyalin, du titane, du fer, du talc, des lamelles de serpentine, du mica noir, et résistent ou se ruinent en raison de la consistance ou de la faiblesse résultant de la présence de matières (2).
(1) Protogyne schisteuse avec molybdène sulfuré (Payot, Catalogue dès roches du Mont Blanc). '
(2) Voicij d'après M. V; Payotj les diverses natures de protogyne observées sur le haut massif du Mont Blanc : Protogyne blanche avec paillettes dorées de titane dans les cavités de la roche; contenant aussi des aiguilles de titane anatascj de l'épidote d'un blanc verdâtre^ du feldspath orthose gris; texture grossière et caverneuse (trèsrésistante j aig. de Charmoz).
Protogyiie verddtre : quartz et feldspath d'Un vert pâle, talc d'un vert foncé (médiocrement résistante; voisinage des sommités du Mont Blanc).
Protogyne rouge dont le feldspath orthose a une teinte ééarlate pâle (très- résistante; se trouve à l'envers de Blaitière et vers le fond de la mer de Glace);
Protogyne coriiidonitique ; à'xm bel aspect, enchevêtrée de nortibretlx cristaux de corindon hyalin, saphir ou télésie, ainsi que d'épidote verdâtre où thallite (très-résistante, se retrouve presque sur toute l'étendue du massif).
Protogyne ferrugineuse , altérée, granuleuse; les cristaux, d'olicoglase nacré , sont
go LES GLACIERS,
Il y a donc eu, au moment de la cristallisation, affinité par groupes, si bien qu'à côté d'un polyèdre de protogyne rouge, on en trouve un ou plusieurs de protogyne grise ou verdâtre. Généralement, les protogynes les plus résistantes constituent les sommets et les arêtes, et les moins résistantes, les milieux, d'où, d'après ce qui a été dit plus haut, on pourrait conclure que les parties de la masse les plus homogènes se sont cristaUisées le long des plans de retrait avec énergie, laissant au milieu d'elles la matière cristalHser à son tour, mais dans des conditions de mélange qui la rendait moins solide.
Si, par exemple, nous examinons le sommet de l'aiguille du Chardonnet, figure 39 (1), on voit comment la ruine s'est faite, comment il s'est formé, en petit, des creux résultant d'éboulis entre les parties les plus résistantes, ainsi que le fait s'est produit en
jaunes, blanchâtres (peu résistante, se décompose facilement, se trouve sur les rampes de l'aiguille Verte, versant oriental).
Protogyne grise, talc blanc jaunâtre, feldspath brun, quartz teinte sale (s'altère facilement, se trouve sur beaucoup de points).
Protogyne jaune verdâtre^ feldspath orthose jaunâtre^ quartz enfumé, talc chloriteux verdâtre (médiocrement résistante ; de la base de l'aiguille du Drù, de l'aiguille de l'Argentière, des rampes des petites Jorasses).
Protogyne gneissique, avec nombreuses taches de chlorite et mélangée de serpentine stratiforme (se décomposant par couches ; se trouve fréquemment sur le versant italien).
Protogyne talqueuse, à grands cristaux hémitropes de feldspath orthose, blanc jaunâtre (médiocrement résistante, forme une zone le long des schistes cristallins depuis l'aiguille du Midi jusqu'à celle de l'Argentière).
Protogy?ie à, qviSivtz et feldspath jaune rosé, avec quelques rares paillettes de mica noir (résistante, des aiguilles du Midi, du Plan, de Blaitière, de l'Argentière et du Tour).
Protogyne gris olivâtre, ou d'un jaune vert livide (s'altère facilement, contient du fer ; des aiguilles qui dominent la rive droite du glacier de l'Argentière).
Protogyne talqueuse ; le talc, abondant, y est noirâtre et compacte (médiocrement résistante, de la base du mont Maudit).
Protogyne jaune talqueuse de la Griaz (médiocrement résistante, de l'aiguille du Drù et de l'Argentière).
Protogyne grenue, à grains très-fins, passant à la leptynite avec talc vert et feldspath blanc (très-résistante, des grandes Jorasses).
Protogyne du Géant, avec talc verdâtre, quartz et feldspath jaunes à très-petits grains (très-résistante).
Nous nous plaisons à reconnaître ici l'exactitude des observations du consciencieux géologue de Chamonix.
(1) Prise à l'aide du téléiconographe (grandissement six fois) au-dessous de la dernière des aiguilles Rouges, au-dessus du col des Montets.