Barrages morainiques et glaciaires
raine latérale e f sur cette surface , une autre moraine latérale en hg. Survienne l'ablation complète du glacier AB, au-dessous de g h; le glacier CD barre la vallée troncale, et la moraine, anciennement médiane e/, devenue moraine latérale, se confond avec la moraine frontale du glacier A B. Si les deux glaciers, plus tard, fondent à leur point terminal et remontent ce point plus haut, on comprend dans quel désordre est laissée la moraine ef, quels amoncellements elle a déposés en zK. Ce fait se présente
fréquemment et peut être observé sur la rive droite du glacier des Bois, dont l'immense moraine barre presque entièrement la vallée de Chamonix, au-dessous de Lavancher, de médiane devenue latérale, puis frontale du glacier qui descendait de l'Argentière. On peut encore voir ce fait se produire au-dessous de Mattmark (partie supérieure du val de Saas). Là, le glacier d'Attalin barre la vallée, le glacier de Schwarzemberg (troncal) est venu longtemps heurter son point terminal contre ce barrage et y a déposé d'énormes débris.
S'étant retiré plus haut, la moraine latérale droite du glacier d'Attalin, et à la fois frontale du glacier de Schwarzemberg, forme une digue qui retient un lac. Le torrent est obligé de se faire jour par un tunnel qu'il s'est creusé, sous l'extrémité du glacier d'Attalin. Primitivement, ces deux glaciers descendaient le val de Saas et la moraine latérale droite du glacier d'Attalin était moraine médiane dont on trouve les débris en aval.
On voit aussi , dans le val Yeni , le grand glacier de Miage qui présente la même disposition, barre la vallée et retient un lac. Mais, dans le val Yeni, le glacier troncal, qui descendait du col de la Seigne, a complètement disparu, comme la plupart des glaciers des grands Cols, dans les Alpes.
Touchant la disposition générale des glaciers, il nous reste à parler des glaciers de ces Cols. Tous ces cols larges, praticables aujourd'hui, ne sont que les lits d'anciens glaciers qui, au lieu de s'écouler sur une pente, s'écoulaient sur deux pentes opposées. Les cols de la Seigne, de Balme, Ferret, du Bonhomme, autour du Mont Blanc; du Spliigen, du Saint-Théodule, du Saint-Gothard, de la Furka, de l'Ober-Alp, etc., sont des lits d'immenses glaciers se divisant en deux branches descendant en sens inverse.
Seul, de tous ceux que nous venons de citer, le col du Saint- Théodule est encore occupé par deux glaciers en activité ; l'un qui descend au Breuil dans le val Tornanche , l'autre qui descend dans la vallée de Zermatt. Nous ne parlons pas ici des cols très-élevés, tels que ceux du Géant sur le Mont Blanc, du Weissthor sur le mont Rose, qui ne sont que des échancrures
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dans une crête à une altitude de 3 à 4,000 mètres. Ce sont là des accidents, non de larges dispositions données par la nature des soulèvements. Les grands cols sont les restes d'une ligne de jonction entre deux massifs montagneux. Si nous recourons à la figure 12, on voit, par exemple, que le massif du Mont Blanc était originairement bordé par deux longs affaissements qui étaient interrompus, au sud et au nord, par des exhaussements réunissant ce massif aux massifs voisins. Du côté du sud-ouest, l'exhaussement n'avait pas assez de puissance pour que les grands glaciers primitifs n'aient pu le franchir et le détruire en partie. Mais vers le sud-est (1), vers le nord-ouest (2) et le nordest (3), les soulèvements de jonction atteignaient presque la hauteur du massif (4), composaient de véritables digues que les courants glaciaires ne purent franchir, mais sur le dos desquelles ils s'établirent pour descendre sur les deux rives opposées. Toutefois ces digues formaient une dépression réunissant des points plus élevés. Les névés s'amoncelèrent sur leur dos, suivant certaines conditions particulières, déterminées par les sommets voisins, les pentes et l'orientation. Prenons un de ces cols : le col de Balme, situé à l'extrémité nord de la vallée de Chamonix et qui divise les eaux se rendant d'une part en Suisse, d'autre part en France.
Le col de Balme, figure 64, pendant la période glaciaire, atteignait, à quelques centaines de mètres près, les deux sommets B de la Croix de Fer (2,340") et des Grands C (2,683'").
Aujourd'hui, le col, proprement dit, est en A (2,204""), mais il était alors plus élevé et sur la ligne de jonction des deux sommets B C, arête qui a été fort entamée du côté de l'est, et donne, par suite, la courbure BAC. Il faut dire que la ligne séparative des schistes micacés et des terrains jurassiques inférieurs est en I K, les terrains jurassiques étant situés au nord-ouest et les schistes au sud-est et une bande de cargneule se voyant en M.
(1) Col de la Seigne.
(2) Col de Balme.
(3) Col Ferret.
(4) Voir la carte générale.
Il y avait donc au milieu de l'arête déprimée de jonction B C une partie faible, attaquable.
Nous avons dit que tout portait à faire admettre que les vents dominants et chargés de neiges, pendant la période glaciaire, soufflaient de l'ouest-sud-ouest; si donc nous faisons une section
— Le col de Balme, époque glaciaire.
sur l'arête déprimée qui formait le col de Balme primitif de l'ouest à l'est, figure 65, la pente AB, opposée à l'ouest, est moins inclinée que celle B C, opposée à l'est, et la différence était plus marquée primitivement , ainsi que de nombreux témoins
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l'indiquent. La direction du vent étant suivant 0 Y, les neiges ont dû se déposer sur l'arête, ainsi qu'on le voit en abc, de telle sorte que par la disposition inclinée de la paroi B C et par la section même du névé, les avalanches ont dû principalement se produire sur cette pente BC, à l'opposite du vent. Par suite, cette paroi B C a été la première exposée à la ruine, et le point inférieur de l'arête, le col, s'est reculé en D. Aussi, voit-on aujourd'hui, sur cette pente DE, des érosions profondes dans les roches, de petits lacs et des arrachements considérables quand on se rapproche des sommets voisins laissés en arrière de la courbure BAC, de la figure 64.
Le col de Balme, qui atteint l'altitude de 2,204", s'est donc abaissé delà différence entre les points B et D, et donne, comme
65, — Ruine du col de Balme.
tous les grands cols, en projection verticale, une courbure sensible.
Mais les cols ne présentaient pas toujours en section transversale une arête, comme les cols de Balme, Ferret, de la Seigne ; parfois cette section donnait une sorte de plateau déprimé entre deux plateaux plus élevés, dépression plus ou moins large et irrégulière. Tel était, primitivement, le col du Saint-Gothard. Dans ce cas, deux glaciers formés sur les bras, descendent en sens inverse, se rencontrent, s'accumulent prodigieusement et prennent leur cours sur les deux revers de la dépression ; mais leurs efforts contraires ont occasionné sur le dos de ces sortes de repos, des ruines considérables , des érosions qui indiquent combien la glace agit avec puissance. Là, pas de berges escarpées qui
encaissent le glacier et l'empêchent d'agir sur son lit. Les dépressions étaient peu sensibles, mais l'altitude et les vents accumulaient sur ces points des. masses énormes de névés pendant la période glaciaire, et les lits sont profondément sillonnés, toutes les parties les plus tendres ayant été labourées, limées sans laisser beaucoup de débris. Alors, dans les creux, de petits lacs montrent leur surface d'un bleu sombre (1), et les points saillants de la roche sont polis, striés, moutonnés. Ces cols ont un aspect de désolation tout particulier et on se demande comment, à ces altitudes qui semblent dominées de si peu par les sommets voisins, la glace a pu produire des érosions si profondes, une action de polissage aussi puissant.
C'est que, par la disposition même du soulèvement, la partie déprimée était propre à recevoir une épaisseur prodigieuse de neige occasionnant une pression énorme.
Aujourd'hui, quand le même phénomène se produit en petit, on voit que, sur ces sortes de dépressions, la neige s'accumule en masses compactes, par suite des courants d'air qui tourbillonnent entre les deux sommités voisines. Il se fit donc, sur ces cols, des approvisionnements très-puissants de neiges encore augmentés par les avalanches qui se précipitaient de ces deux sommités voisines plus rapprochées alors qu'elles ne sont actuellement.
Le défaut de pente autour de ces dépressions était de plus une cause d'accumulation. Il n'y a donc pas à s'étonner si, pendant la période glaciaire, ces cols furent le point de départ de grands glaciers troncaux, et si la glace, avant de quitter ces plateaux et de trouver sa marche, y produisit des ruines désordonnées et telles qu'on n'en voit nulle part ailleurs.
Si, placé sur le col du Saint-Gothard, nous regardons les sommets granitiques qui le bornent vers l'est, nous n'apercevons, en
(1) Ces petits lacs sont caractéristiques des cols, et toujours creusés dans la roche ; ce qui prouve l'énergique travail des glaces sur ces passages généralement peu dominés, et par conséquent l'épaisseur des glaciers primitifs. Il faut dire aussi que plusieurs de ces cols ont été, pendant l'époque glaciaire, des digues par-dessus lesquelles passaient d'énormes courants de glace. Tel était, par exemple, le col de Voza et peut-être même celui de Balme. Mais nous avons l'occasion de donner la direction des courants glaciaires, à l'apogée de l'époque glaciaire, dans la description du massif.
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effet, qu'une sorte de squelette de l'ancien glacier, squelette qui laisse assez voir avec quelle puissance la glace ruine, dénude;
figure 66.
Ainsi donc, à son point de départ même, la glacier agit aussi énergiquement, sinon avec une vitesse aussi prononcée, que pendant son parcours. Dès sa formation, il brise, lime les aspérités et enlève les débris. Il creuse les parties tendres par le frottement, sous une pression très-considérable ; il recueille les frag-
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