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Formation d'un lac morainique

vallée troncale, les boues glaciaires, provenant du val latéral, l'auraient coupé transversalement en deux; c'est-à-dire d'un lac en auraient fait deux, séparés par un remblai. C'est ce qu'on peut observer à Interlaken. Les boues glaciaires, provenant des vallées de Lauterbrunnen et de Grindelwald, ont séparé les lacs de Thunn et de Brienz, qui primitivement n'en faisaient qu'un. Les alluvions torrentielles ont complété et nivelé le remblai.

Les boues morainiques sont dues souvent, indépendamment des débâcles causées par l'abondance des pluies pendant les saisons chaudes, à un fait qui s'est produit à la base des glaciers et qui se produit encore de nos jours dans des proportions moindres.

Pendant l'époque glaciaire, il y eut, comme aujourd'hui, des périodes de décroissance et de croissance relative des glaciers. Si donc, figure 7J, un glacier ayant déposé une moraine frontale

A venait à croître et dépassait cette moraine A, conformément au profil BC, puis, s'il décroissait de nouveau, il déposait des débris morainiques EF. Quand il était arrivé par ablation à la moraine A, celle-ci préservait de la fonte la glace terminale G. il se déposait des débris morainiques en H, sur cette glace, et l'ablation se produisait en I, en amont, de telle sorte qu'il restait sous les apports frontaux H une masse de glace G qui contribuait encore à retenir les eaux de fonte descendant du glacier, lesquelles formaient un réservoir K. L'action de ces eaux tendait à faire fondre rapidement la masse de glace G, et, les pluies aidant, il arrivait un moment où la charge sur l'anncienne moraine A était si puissante que tout était emporté plus bas, sous forme de boue plus ou moins épaisse mêlée à des quartiers de la glace G.

On observe souvent, ainsi que nous l'avons dit, dans ces rem-

71 bis. — Cônes dans les boues glaciaires.

biais considérables formés par les boues morainiques et qui ont grossièrement nivelé le fond des vallées ou adouci des pentes, certaines cavités coniques assez profondes. Ces cavités sont dues aux blocs de glace que les boues entraînaient avec elles, notammment dans le cas présenté figure 71. Les blocs entraînés, noyés dans la boue et y tenant leur place , ont fondu lentement pendant que l'amas boueux s'asséchait, et leur fonte a produit ces cuvettes. Soit, 71 *'*, un amas boueux AB dans lequel est immergé un morceau de glace C. Ce bloc en fondant a laissé naturellement un trou conique abc, encore visible si les apports torrentiels ne l'ont pas comblé. Ces boues glaciaires qui remplissaient certaines parties des vallées et qui avaient glissé sur les rampes, fournirent en grande partie, plus tard, les cailloux et les sables que les torrents eurent à charrier. C'était une première trituration des matériaux morainiques.

Formation des torrents.

Nous n'avons présenté, sur les glaciers, que des aperçus généraux ; il est nécessaire d'y revenir et d'examiner comment ils débitent les eaux avec régularité, sauf en certains cas exceptionnels.

Lorsque la chaleur est grande ou que les pluies chaudes sont abondantes, on constate que les torrents augmentent de volume, mais cependant leur débit ne correspond pas à la fonte apparente ou au volume d'eau tombé du ciel. La nuit, lorsque le temps est clair, au-dessus de 2,000 mètres, toutes les eaux qui sillonnent la surface des glaciers, sous forme de petits ruisseaux, se regèlent, et, au murmure de ces rigoles, succède le silence le plus absolu; les torrents qui sortent des glaciers, ne continuent pas moins à débiter une quantité d'eau à peu près équivalente à celle qu'ils débitent le soir d'une belle journée de chaleur. Le glacier remplit donc l'office d'une éponge qui, au besoin, retient l'excès d'eau jusqu'à une certaine limite, ou en fournit sur sa réserve. L'hiver, les torrents cessent presque complètement de couler ou diminuent sensiblement ; mais cependant, ceux qui sortent des grands glaciers et lorsque la température descend à — 20° émettent encore une certaine quantité de liquide qui provient d'une réserve cachée, puisque la fonte sur la surface du glacier est nulle et que la glace, de souple et plastique qu'elle est pendant la saison chaude, devient cassante, fière, et s'abaisse de 0° à — 5" et plus jusqu'à une certaine profondeur.

Ayant eu la fortune de tomber dans une crevasse de fond et

d'en être sorti, grâce au dévouement de mon guide Baptiste, de Macugnaga, et des secours apportés par quatre montagnards qui furent trouvés par lui à Mattmark, mais après être resté plus de trois heures dans cette crevasse sur un bloc de glace qui m'avait retenu dans ma chute (1), j'ai eu tout le loisir d'étudier le phénomène de la regélation et du suintement de la masse glaciaire.

Cette crevasse, comme presque toutes les crevasses de fond (2) qui traversent un glacier descendant sur une pente douce, était plus large à sa base qu'à son orifice supérieur, et l'ensemble de

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