Lacs morainiques
conservés, les autres ont été comblés ou se comblent sous nos yeux, par l'apport continuel des matières charriées par les torrents. A l'embouchure de ces torrents dans les lacs, il se forme un cône de déjection, un delta. Ce delta augmente incessamment, surtout à l'époque des crues, émerge en amont et finit par combler le lac jusqu'à sonexutoire. Nous signalons un grand nombre de ces lacs comblés dans les vallées qui entourent le Mont Blanc, lesquelles ne possèdent plus que le lacCombal, dans le Yal Yeni, et encore peut-on prévoir le comblement définitif de ce lac qui, depuis un siècle, a perdu plus d'un tiers de la surface.
Mais, indépendamment des lacs produits par les niveaux af fais-
ses des vallées et qui n'ont pu être encore comblés par les apports torrentiels, tels que la plupart des lacs de la Suisse (1), il en est qui sont la conséquence d'une retenue produite par une digue morainique. Le lac Combat que nous venons de citer n'existe que parce que la grande moraine de droite du glacier de Miage Italien a barré la vallée. Mais là le phénomène est simple, il se manifeste souvent d'après des conditions plus compliquées.
Un glacier latéral descendant en B, sa moraine médiane C, figure 95, joignait un glacier troncal T. Celui-ci s'étant retiré, le glacier latéral B dépose une moraine frontale A qui se confond avec la moraine latérale gauche du glacier troncal dont nous trouvons les vestiges en a. En fondant, le glacier B forme un lac, une retenue efghi. Ce lac se creuse un exutoire au point E, le plus faible de sa digue, celui où les matériaux d'apport ont dû être, de par la disposition même du glacier, le, moins abondamment déposés, tandis qu'en A F, la digue a une grande puissance. C'est donc latéralement et non suivant sa direction naturelle B T que le courant s'écoule. Mais il reste toujours un ou plusieurs réservoirs IK, car le lit du lac efghi^^ trouvait en contre-bas de l'exutoire E.
Les pluies, le torrent lui-même, ont, à la longue, apporté des sables et cailloux qui ont en partie comblé ce lit, pendant que le courant d'eau pure creusait de plus en plus son lit E sans y déposer des matières. Les derniers vestiges IK du grand lac efghi sont donc destinés à disparaître. Cette observation est faite dans la vallée du Yorder-Rhein au-dessous de Flims et en amont de Trins. Là, des cours d'eau nombreux, coulant sur le lit d'un ancien glacier, viennent se heurter contre l'ancienne moraine frontale de ce glacier, latérale du glacier troncal du Yorder-Rhein ; un de ces cours d'eau forme encore deux petits lacs.
Mais cette vallée du Yorder-Rhein présente, sur beaucoup de points de son parcours, des sujets d'observation du plus haut intérêt quant aux phénomènes d'écoulement des torrents.
A l'embouchure du Hinter-Rhein dans le Yorder-Rhein au-
(1) Lacs de Genève, de Neufchàtel, de Thiinn, de Brienz, des Quatre-Cantons, etc.
dessous des villages de Trins et de Tamins, la vallée, large, laisse voir les traces d'énormes remblais de boues glaciaires et de moraines, puis des terrains d'alluvions épais, déposés parles eaux torrentielles chargées de matières, puis encore des érosions successives très-régulières de ces remblais par les torrents d'une époque relativement récente, figure 96. En M sont les témoins de boues morainiques qui atteignaient un niveau supérieur au