Soudure des glaciers latéraux k un glacier troncal
soudure se rétablit par des avalanches successives et persistantes, c'est-à-dire qui ne sont pas fondues en été, alors l'alimentation glaciaire latérale se reproduit, et, si le fait se répète sur un grand nombre de points, le glacier peut éprouver un rapide accroissement de ces apports latéraux. Or, la plupart des courants glaciaires du massif du Mont Blanc étant bordés d'un grand nombre de ces sortes de couloirs, issues des glaciers latéraux; si, à la suite de plusieurs hivers neigeux, ces glaciers latéraux se ressoudent au courant principal, l'accroissement sera rapide, relativement brusque même. Tels sont les glaciers de l'Argentière, de la Mer de glace, du Miage, de la Brenva. La plupart des glaciers du Mont Blanc sont donc soumis à des oscillations très-sensibles,
plus rapides que ne peuvent l'être celles des grands glaciers du mont Rose et des alpes Bernoises.
Comment se fait cette soudure? Soit, figure 97, un glacier troncal A, et B un glacier latéral : si les neiges, à la suite d'avalanches considérables se sont accumulées en C de manière à former un talus assez puissant pour résister aux fontes d'été, si ce talus persiste, les séracs S du glacier supérieur B, au lieu de tomber et de se briser le long de l'escarpement rocheux D, descendant sur ce talus C comme sur un lit, s'y soudent, et le glacier B, qui lui-même s'est accru par une plus grande abondance de névés, ne fait plus qu'un avec le glacier A. Le soleil ne frappant plus la paroi D, celle-ci redevient le lit véritable et ne peut plus être une cause d'ablation pour les séracs S.
Les interruptions qui se produisent à la suite d'étés chauds et d'hivers peu neigeux, entre les glaciers troncaux et les glaciers latéraux sont une des causes de décroissance rapide pour les premiers ; car il arrive que ces glaciers latéraux ne font même plus tomber leurs séracs sur ces glaciers latéraux, vivent isolés et ne fournissent plus qu'une alimentation liquide. Mais il ne faut pas oublier que les glaciers marchent et que leur vitesse, à l'axe longitudinal, est, par an, de 90 mètres en moyenne : cette vitesse étant d'ailleurs plus active dans les parties moyennes supérieures que près du point terminal, plus prononcée au milieu que sur ses bords (1). Si donc un glacier latéral est remonté, a cessé d'être
(1) La cabane que Hugi avait fait construire sur le glacier inférieur de l'Aar en 1827, près du promontoire de rAbschwung , était descendue de 100 mètres en 1830, de 714 mètres en 1836; et, en 1840, M. Agassiz la trouva à 1,428 mètres de sa place primitive. Elle était donc descendue d'environ 100 mètres par an. Ce fut en 1840 que MM. Agassiz et Desor s'établirent sur le glacier de l'Aar et construisirent, sur un rocher erratique porté par la glace, la cabane connue sous le nom d'Hôtel des Neufchâtelois, où ils demeurèrent pendant tout un été. Pour étudier les lois de vitesse du glacier qu'ils cherchaient à définir, ces observateurs plantèrent une série de piquets en ligne droite, correspondant à deux points fixes. Le déplacement de ces jalons devait indiquer le mouvement, et la distance entre les positions relatives des piquets devait accuser la quantité dont le glacier était descendu, dans le temps laissé entre deux observations. Mais quand Agassiz revint l'année suivante, pour vérifier l'état des piquets, il les trouva tous couchés sur la glace. Cette première expérience lui apprit donc seulement que la surface du glacier s'était abaissée de lm,50, au moins : longueur des piquets. Le persistant géologue fit donc enfoncer des perches de 5 mètres environ dans la glace, piquets qu'il recepa à la surface. En 1841, l'une de ces perches
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soudé au glacier troncal, et qu'à la suite d'un hiver neigeux un cône puissant d'avalanches se soit produit en A B G, figure 98, ce cône, à la fin de la saison chaude, par suite de la marche du glacier, occupera la surface ah c. S'il y a nouvel apport d'avalanches, la base du nouveau cône seraD E F, laquelle se déformera encore l'été suivant, et ainsi, la soudure entre les deux glaciers se fera obliquement, dans le sens du courant. Mais la vitesse I K, axe du glacier, étant de 100 mètres annuellement, et celle LM de 30 mètres seulement, la vitesse 0 P de l'axe du courant latéral plus élevé sera de 110 mètres. Ce glacier latéral formera bientôt un courant spécial qui ne se mêlera pas à celui du glacier troncal ; et la preuve, c'est que ce courant aura sa moraine médiane R S, ses crevasses spéciales jusqu'au point d'ablation. Ce courant fera sa place et forcera le glacier troncal à relever sa surface pour débiter, ne serait-ce que la même quantité de glace, dans un lit rétréci par l'intervention du courant latéral. On comprend donc comment une série de quelques hivers neigeux et d'étés humides peut amener une crue assez rapide dans les glaciers qui, comme ceux
ressortait de 2 mètres et, au commencement de septembre, elle dépassait la surface de 3 mètres. L'ablation à la surface était donc de 3 mètres. Dès lors, le savant observateur traça une nouvelle ligne de six balises , espacées entre elles et par rapport aux bords du glacier à des distances vérifiées. Lorsqu'il revint. Tannée suivante, les balises avaient considérablement avancé leur ligne, qui de droite était devenuje courbe, convexe vers l'aval. Ce résultat prouvait à la fois le mouvement et la vitesse plus g-rande au milieu. Mais ces expériences tendirent de plus à démontrer que la vitesse diminue à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité du glacier; c'est-à-dire qu'elle est moindre dans les régions inférieures que dans les régions supérieures (voyez, dans V Atlantic-Mo7ithlî/, ja.n\ier 1764, l'article de M. Agassiz). M. Tyndall a donné à ce fait l'exactitude d'une observation scientifique, sur le glacier du Géant. Il a planté trois piquets , A B C sur l'axe. A était à l'amont , B au milieu distant de 544 mètres de A ; C, à l'aval, était à 487 mètres de B. Les vitesses diurnes, mesurées au théodolite, accusèrent :
Pour A, 52m, 19
Les parties supérieures se rapprochent donc constamment des inférieures, et cette différence dans les vitesses peut raccourcir de 20 centimètres par jour pour une longueur de 1 kilomètre du glacier.
(Voyez les Glaciers, par William Hiiber, major du génie de la Confédération suisse; l'auteur a recueilli toutes ces observations suivant une méthode excellente ; voyez aussi : la Chaleur, Tyndall, trad. de Tabbé Moigno.)
du massif du Mont Blanc, reçoivent beaucoup d'affluents, dès l'instant que ces affluents sont ressoudés au glacier troncal, ou plutôt font leur place à côté d'eux.
De plus, les chutes abondantes de neiges remplissent les crevasses, non comme le ferait du sable jeté à pelletées dans une cavité, mais par blocs. N'oublions pas que la neige, sur les parties élevées, tombe toujours, poussée par un courant d'air plus ou moins violent, mais ne descend jamais verticalement.