L'aiguille du Châtelet (val Veni). (P
sépara, il descendit suivant la ligne HI; s'abaissant encore, il traça la ligne LK. On voit en R la grande moraine récente de droite des glaciers de Miage et du Brouillard réunis. Kn T les moraines antérieures, et en S les traces de la moraine plus ancienne encore, recouverte par celle T.
Ces ruines des rampes du massif, dans le val Yeni, absolument dépourvues de végétation, permettent ainsi d'observer les phases glaciaires successives, leur décroissance avec périodes d'arrêt. L'aiguille de protogyne du Châtelet montre à nu son système cristallin, usé, limé par les glaces avec quelques parties arrachées, la plupart émoussées, arrondies, cavées ; tandis que le premier sommet des monts du Brouillard X (3,350 mètres), ayant émergé du courant glaciaire, dès les premiers déblais de neiges, montre ces ruines anguleuses, disloquées par places, qui caractérisent les sommets des arêtes altérées, non par le passage des glaces, mais par les variations brusques de température.
Mais longtemps le glacier de Miage italien barra complètement le val Yeni, encombré en aval par les glaces descendant des glaciers du Brouillard, du Fresnay et de la Brenva, et même, alors que déjà ces trois glaciers réunis s'écoulaient par Cormayeur dans le val d'Aoste, le glacier de Miage était forcé de franchir la digue de la chaîne opposée, au sud-ouest du mont Chétif, par le col de Chécouri, descendant ainsi directement à Cormayeur par Dollone (1). Le défilé entre Cormayeur et Entrêves dut être encombré fort tard par les glaces, et le glacier de Miage conserva longtemps ce lit relevé sans suivre le val Yeni, car les traces profondes de son passage sont très-visibles, et l'érosion produite par la glace, des plus énergiques.
L'ablation des grands glaciers fut évidemment plus rapide sur ce versant du massif du Mont Blanc que sur l'autre ; mais on peut mieux constater et classer peut-être de ce côté les périodes de décroissance suivies de périodes de niveaux constants, qu'on ne saurait le faire sur le versant de Chamonix.
Les bords supérieurs des glaciers, entraînant le long des escar-
(1) Voir la carte générale.
pements des pierres en grande quantité, ont marqué leur niveau sur les roches les plus dures par une série d'érosions profondes, et aussi en laissant dans les cavités des débris qui semblent y être maçonnés, et c'est ainsi que, sur les parois des glaciers descendant dans le val Yeni, on peut reconnaître les affaissements successifs de ces glaciers. Toutefois, — et nous croyons devoir insister sur ce point, — il y a eu décroissance plus ou moins lente, mais non interrompue, puis un état qui s'est maintenu sans diminution ni augmentation durable, puisqu'il a fallu un grand nombre d'années pour creuser les traces telles que celles si visibles en HI, par exemple, de la figure 102, ou encore celles D E /. Il y a donc eu, après l'apogée de la seconde époque glaciaire, de grandes fontes pendant un certain laps de temps, puis arrêt; deuxième période, pendant laquelle les glaces se sont maintenues à un niveau constant; puis troisième période, nouvel arrêt, et ainsi jusqu'aux époques historiques. Nous admettons que ces observations ne sont pas de nature à faciliter l'explication du phénomène glaciaire sur notre globe , mais elles résultent de faits que chacun peut constater. Sur aucun point du massif on ne peut mieux signaler l'action des glaces sur les soulèvements que dans ces vais Yeni et Ferret. Les entraînements et ruptures qu'elles ont produits sont d'une évidence terrible. Agissant comme un bélier par leur poids ou leur choc, ou comme une lime, elles ont enlevé des morceaux entiers de la montagne et ont façonné leur lit. En face de l'auberge d'Avizaille, le glacier du Fresnay et le petit glacier du Châtelet présentent un amas de ruines dont on peut difficilement se faire une idée, des escarpements inusités résultant de ruptures violentes. La figure 103 montre ce glacier aujourd'hui très-réduit. En A sont les rampes du mont Rouge (1), en R le palier qui réunissait les glaciers du Fresnay et du Rrouillard. Alors émergeaient les aiguilles R C D. En E sont les rampes rocheuses du Mont Rlanc, qui, dénudées de ce côté, se dégradent chaque jour. Lorsqu'enfm les glaces furent limitées dans l'affaissement qui forme aujourd'hui les vais Yeni et
(1) Cette vue fait suite à la précédente (voir la carte générale).
CHAPITRH XI.