Coupe du val Ferret italien
chey, donnait la section longitudinale AC et déposa une haute moraine frontale en C. Le torrent venant du col Ferret, du Dolent et des glaciers de Fréboutzie et du Triolet^ dut donc se frayer un passage en P sous la glace, non sans laisser un lac au droit des chalets de Fréboutzie.
Au-dessus de ce lac, les deux glaciers réunis du Triolet et du Dolent, à la partie supérieure du val, déposèrent une épaisse moraine frontale en travers du val qui forma un petit lac. Ce ne fut que très-tard que ces deux glaciers se séparèrent.
Quand on a passé le col Ferret, on descend dans le val Ferret suisse qui se trouve dans l'axe du val Ferret italien, se prolon-
géant au nord jusqu'à Sembrancher. A partir du col Ferret, la protogyne cesse d'apparaître et les rampes du massif ne se com^ posent que de gneiss sur une base renversée de terrains liasiques. Ce val, indépendamment des glaciers latéraux du massif, recevait celui qui descendait du Grand-Golliaz. Cette réunion produisit au droit du village de la Folly, en face le glacier de Laneuvaz descendant du massif, un élargissement considérable dans la vallée, qui, après l'époque glaciaire, contenait un lac bientôt comblé par les boues des rampes, composées, sur le versant opposé au massif, de terrain liasique, de schistes gris argileux et calcaires.
Quant aux glaciers du massif, n'ayant, sauf celui de Saleinoz, que des névés supérieurs peu étendus, leur point terminal est situé très-haut et ils n'ont qu'un développement peu considérable (1). Les rampes du massif, par contre, présentent un escarpement abrupt, sous forme de grands plans pyramidaux, d'une venue, sans ressauts et d'un aspect des plus sévères.
Les grands courants glaciaires troncaux qui descendaient du col Ferret, du grand Golliaz, rencontraient à Orsières un autre courant glaciaire qui descendait du Yélan et du grand Combin, puis ces trois troncs rencontraient à Sembrancher un quatrième courant qui descendait aussi du grand Combin, du mont Colon et du Mont Blanc de Cheillon (2). Ce quatrième tronc était d'une puissance considérable et venait barrer à angle droit le glacier troncal qui suivait les rampes orientales du massif du Mont Blanc. De plus, au-dessous de Sembrancher, la pointe du massif, réunie à la Pierre-à-Yoir, barrait absolument le passage. L'amoncellement des glaces dut être énorme dans le val Ferret suisse, par suite de ces circonstances, car on observera que, sur aucune autre paroi du massif, ne se présentent des affluents glaciaires ayant cette puissance. Aussi, toutes les arêtes du soulèvement, entre le
(1) Les points terminaux des glaciers de Laneuvaz, de Truzbue et de Planereuse ne sont guère au-dessous de 2,400 mètres; tandis que le point terminal du glacier de Saleinoz était à environ 1,500 mètres d'altitude, il y a quinze ans. Aujourd'hui, il est beaucoup plus haut, 1,800 mètres.
(2) Les principaux restes de ce courant sont : les magnifiques glaciers d'Otemma, de Breney et de Getroz , sur la rive droite ; ceux du mont Durand, de Zessetta et de Corbassière, sur la rive gauche.
massif du Mont Blanc et le val de Bagne, qui aboutit à Sembrancher, remontant vers le sud-est, furent-elles immergées sous les glaces, et leur nature peu résistante fit qu'elles furent profondément limées et adoucies.
Tout porte à croire que ces courants, réunis à Sembrancher, sans trouver d'issue, passèrent à l'ouest de la Pierre-à-Yoir pour se jeter dans la vallée du Bhône par le pas du Lens, sur le prolongement des schistes argileux, soulevés sur ce point. Ce qui n'est pas douteux, c'est l'accumulation prodigieuse des glaces au confluent des vais d'Orsières et de Bagne, accumulation qui, en ruinant les parois, par frottement, forma un immense cirque. Mais, au-dessous de Sembrancher, la pointe nord du massif du Mont Blanc s'abaisse, la protogyne cesse de paraître et les gneiss et les terrains liasiques percent. Les glaces profitèrent de cette déclivité et de cette solution de continuité des roches pour se frayer un nouveau passage dans le prolongement du courant descendant du val de Bagne, et venir tomber au-dessus de Martigny. Dans cet étranglement, les ruines ont un aspect formidable. Toutefois la digue n'était pas abaissée au point de laisser couler un torrent. Au moment des premières débâcles, il se forma donc un lac audessus de Sembrancher ; lac dont le niveau s'éleva jusqu'au village de Yerségère et qui avait ainsi sept kilomètres de longueur. Alors seulement, il pouvait franchir la digue liasique de la pointe du Catogne déjà abaissé par le passage du courant glaciaire. Les débâcles de tous ces affluents glaciaires accumulèrent des masses énormes de boues dans ce réservoir, et celles-ci rompirent définitivement la digue jusqu'au niveau de la vallée actuelle de Sembrancher, ce qui permit aux torrents de s'écouler. Ce lac se vida vCt laissa seulement un dépôt d'alluvion.
L'eff'ort des glaces, en raison des circonstances locales que nous signalons, produisit entre les soulèvements du Catogne, de la Pierre-à-Yoir et des Six-Blancs, des effets qu'il est bon d'étudier; car ils font assez ressortir l'importance des agents glaciaires auxquels certains géologues contestent la puissance. Mais ces courants glaciaires, au moment de leur apogée ne pouvaient se contenter de l'écoulement pénible qu'ils trouvaient à l'ouest de la Pierre-à-
Voir, à une altitude de 1,660 mètres (Pas du Lens) et sur la digue que leur opposait le soulèvement liasique entre le Gatogne et ce Pas. D'ailleurs, seul, le courant formidable du val de Bagne profitait de cet exutoire, et le courant oriental du massif du Mont Blanc, refoulé, ne pouvant s'écouler, se fraya un passage dans le prolongement de son affluent du val d'Entremont en coupant la pointe du massif et en séparant ainsi le Gatogne de ce massif, à travers la protogyne, les schistes porphyritiques et les gneiss. Une faille ou une dépression dans le soulèvement facilitèrent évidemment ce passage que les glaces élargirent avec une puissance prodigieuse pourvenir tomber au-dessus de Martigny et joindre ainsi le glacier troncal du Rhône. Toutefois la résistance qu'opposait au passage de ce bras le soulèvement du massif ne permit à la glace de s'écouler qu'en glissant sur un dos d'âne dont le point culminant atteint 1,500 mètres d'altitude, de telle sorte que d'Orsières (850 mètres) le courant remontait pour redescendre jusqu'au Borgeau (600 mètres). Nous avons vu que la plasticité de la glace lui permet de s'avancer, malgré ces différences de niveau, dans le lit qui lui sert d'assiette.
Gependant, quand l'ablation commença, le courant oriental du massif laissa émerger le point culminant de son lit au-dessous du Gatogne et fut contraint de se joindre au courant du val de Bagne, en déposant des moraines latérales énormes sur la rampe orientale du Gatogne et sur la rampe occidentale des Six-Blancs. Plus tard, la disjonction étant opérée, le glacier du val Ferret suisse et le glacier du val d'Entremont, unis encore, déposèrent une puissante moraine frontale à Orsières. Quand la disjonction entre ces deux glaciers fut consommée , celui du val Ferret suisse remonta son point terminal à sa jonction avec le glacier latéral de Saleînoz, en déposant une moraine frontale à Praz-le-fort oii il se forma un petit lac.
Sur le lit de l'ancien glacier qui passait entre le Gatogne et le massif, lit à deux pentes, comme il vient d'être dit, plus tard, de petits glaciers latéraux, établis sur les deux rampes et notamment sur celle exposée au nord, où il en reste encore des lambeaux, formèrent des moraines qui vinrent barrer ce val étroit et retinrent
un petit lac, au-dessus d'Orsières : le lac Ghampey, qui existe encore (1,468 mètres), mais qui se comble chaque jour par les apports de sable et de cailloux.
Le Catogne est une des montagnes les plus intéressantes à étudier, à tous les points de vue. Elle forme une pyramide à base triangulaire régulière, avec trois plans bien accusés dont le sommet isolé s'élève à 2,600 mètres. Sa base orientale présente un soulèvement de lias, puis de gneiss porphyritiques au sommet; puis, vers le nord-ouest, une bande deprotogyne orientée comme le massif, du nord-nord-est au sud-sud-ouest, puis une bande de gneiss.
Les jonctions de ces roches, non-seulement se distinguent nettement, mais ont produit des ruines d'un aspect différent, bien que l'ensemble présente un caractère général de plans et d'arêtes. Sur quelques points, au contact des gneiss porphyritiques, les lias ont acquis une plus grande dureté, et ont même mieux résisté que ces gneiss aux agents atmosphériques et au passage des glaces. C'est ce qu'on observe très-bien à l'arête (1) qui de Sembrancher se dirige vers le sommet, dans la direction du nord-nord-est au sudsud-ouest. Cette arête résistante ne se retrouve plus sur l'autre versant du val de Sembrancher oii la couche des lias prend beaucoup plus de largeur.
Le sommet du Catogne d'où on enfile dans sa longueur tout le massif du Mont Blanc est un excellent observatoire pour vérifier la position de tous les sommets de ce massif (partie nord-nordest) et pour étudier les sommités du Grand-Combin, du Mont Blanc de Cheillon et du Yélan, qui n'en sont éloignés que de 19 à 20 kilomètres.
On a vu, figure 12, que le massif du Mont Blanc présentait originairement un plateau s'élargissant vers son extrémité nord-nordest, et que la protogyne, vers cette extrémité, comprimée, formait un bourrelet qu'encaissaient les schistes cristallins à une altitude moyenne de 3,000 mètres ; que la protogyne cependant paraissait encore le long de ces schistes cristallins.
Il résulte, de cette formation première, que le massif vers cette
(1) Voir la carte générale.
extrémité, au lieu de présenter des névés encaissés, des cirques, comme dans sa partie moyenne, forme des plateaux très-élevés d'où descendent trois glaciers principaux, qui sont : vers l'est, le glacier de Seleinoz, dans le val Ferret suisse ; le glacier du Trient, dans le val du même nom, et le glacier du Tour dans le haut val de Chamonix.
Bien que le glacier du Trient ne soit pas alimenté par un névé d'une très-grande étendue, ce névé, étant aune grande altitude et n'ayant que des pentes faibles, permet à ce glacier, orienté vers le nord, de descendre assez bas (1,580"'). Quant au glacier de Saleinoz qui se trouve dans des conditions analogues, au-dessous de ses névés assez plats et dont l'altitude est de 3,000 mètres en moyenne, il trouve une gorge étroite qui le protège contre l'orientation du sud.
Pour le glacier du Tour, son point terminal est aujourd'hui très-élevé, ses névés, bien qu'à une grande altitude et plats, n'occupant pas une très-vaste surface.
Mais ces trois glaciers principaux, et ceux intermédiaires plus faibles, partent tous, comme il vient d'être dit, d'un plateau d'une altitude moyenne de 3,200 mètres, percé seulement par des arêtes et sommets qui ne s'élèvent guère au-dessus de leur surface que de deux à trois cents mètres. Seule, l'aiguille de l'Argentière, la reine de cette partie du massif, atteint 3,912 mètres.
Mais, précisément parce que cette extrémité du massif se présente sous la forme d'un plateau dans sa partie supérieure, la période glaciaire a eu sur cette surface une action très-puissante. Les neiges la recouvraient en totalité, ne laissant émerger que de rares sommités. Aussi, l'action érosive des glaces se fait-elle voir très-haut et sur de vastes espaces.
Pour se rendre compte de cette action puissante, il faut visiter les glaciers, à peu près éteints aujourd'hui, d'Orny, des Ecandies, dont les lits ravagés montrent la roche à nu, limée, polie, puis des amas morainiques abandonnés, comme le serait un travail de déblai brusquement suspendu.
L'altitude des glaces au droit de la plus haute déclivité du glacier de Saleinoz était de près de 3,000 mètres, c'est-à-dire à plus
de 400 mètres du niveau actuel du glacier sur ce point. Le plateau s'étendait aussi au-delà de ses limites actuelles; il a réduit sa surface en ruinant peu à peu ses pentes et élargissant les exutoires dont les glaciers, à l'origine, profitèrent pour commencer leur marche. Les ravinages produits par le cours réglé des glaces descendant de ce plateau ont peu à peu empiété sur sa surface et, figure 106 (1), d'un profil que donne le tracé A B ont fait la section abcdef (\\i des glaciers actuels) en laissant subsister des témoins C D qui forment les berges de ces glaciers, berges profondément ruinées. Mais, si sur le plateau de A en B, à 3,500 mètres d'altitude, l'approvisionnement des neiges était très-considérable, il est beaucoup moindre sur le plateau réduit bd et les
Nixfeau, de- Uvmer^
I âcoo^
Section sur les placiers du Tour et de Saleinoz.
cours glaciaires qui descendent de b ena et de d en f réchauffés par la réverbération des témoins C D sont soumis à des causes d'ablation d'autant plus rapide que leur masse décroît. En supposant que, dans la suite des temps, le creusement des lits atteignît les deux lignes ca, c f, l'approvisionnement des névés, malgré l'altitude, serait trop minime pour alimenter des glaciers. Aussi, pendant que les grands cirques de la partie centrale du massif, bien qu'à une altitude moyenne moindre, donneront encore des approvisionnements de névés assez puissants pour alimenter des glaciers, les parties formant plateau, de ce massif, tendront sans cesse à réduire l'alimentation par l'érosion même des bords de ce plateau.
Nous avons dit que le glacier du Trient, gêné dans son écou-
(1) Profil fait suivant le Trient et le glacier de Saleinoz.
lement par le grand courant glaciaire qui, descendant de l'Argentière et du Tour, passait parle col des Montets, suivait le val de Yalorsine en se jetant dans la vallée du Rhône par Salvan, avait dû, pendant l'apogée de l'époque glaciaire, déborder le col de la Forclaz et descendre à Marti gny en droite ligne. Mais, lorsque le grand glacier du val de Yalorsine réduit eut son point terminal vers Barberine, de son côté, le glacier du Trient laissait émerger le col de la Forclaz et se frayait un passage dans la gorge étroite qui, du val du Trient, descend à la Tête-Noire. L'étroitesse de cette gorge que le glacier ne put déblayer au niveau de son lit, produisit un lac à l'emplacement actuel du hameau du Trient, lac aujourd'hui rempli de cailloux et de sables.
Dès lors, le torrent du Trient creusa profondément son lit jusqu'à Yernayaz, en joignant à son cours le Nant du val de Yalorsine.
Lorsque le glacier du Trient passait par le col de la Forclaz, il creusa son lit aux dépens d'une bande de terrain liasique étroite, enclavée entre des bandes de gneiss sur sa rive gauche et de schistes micacés sur sa rive droite. Quant au torrent qui se jetait à Yernayaz, il passait dans une fêlure produite entre les gneiss et schistes micacés, laquelle se trouvait le long de la rive droite de l'ancien glacier dont le courant glissait sur les roches anthracifères de Salvan, profondément sillonnées par son passage : le cours de la glace étant parallèle aux strates.
La masse glaciaire qui descendait du col de Balme et se réunissait au Trient au-dessous de la Croix-de-Fer avait profité de la jonction des terrains jurassiques inférieurs avec les schistes micacés séparés par quelques bandes de cargneule pour creuser un lit très-encaissé à sa base.
Cette extrémité nord-nord-est du massif du Mont Blanc, ainsi que l'extrémité sud-sud-ouest, présente une grande variété de roches et des déchirures violentes qui montrent assez l'effort de la protogyne soulevée pour se faire jour entre les strates des terrains subsistants avant ce soulèvement. De là ces fêlures, ces solutions de continuité qui ont formé ces gorges très-étroites et profondes dans lesquelles les torrents ont trouvé un passage.
Le point termiaal du grand courant glaciaire troncal de la vallée
du Rhône était depuis longtemps déjà remonté vers les parties hautes de cette vallée, que le courant glaciaire de Yalorsine et de Salvan descendait encore en face de Yernayaz, ainsi que le prouvent les roches moutonnées de son lit au-dessus de ce village et jusqu'au niveau de l'alluvion.
Mais la moraine frontale de ce glacier fut balayée par les apports torrentiels du Rhône , et on ne voit plus que les restes de ses moraines latérales qui s'ensevelissent sous ce remblai.
Cette revue générale des rampes du massif du Mont Rlanc serait incomplète si nous ne pénétrions pas dans le cœur même du soulèvement, afin de faire apprécier quelques-uns des phénomènes qui accusent les ruines partielles qu'il a dû subir.
En examinant la carte générale du massif, tout observateur attentif sera frappé de la disposition polygonale des arêtes qui réunissent les sommets.
Au centre même du massif, le plus grand des glaciers du Mont Blanc, la Mer de glace, est alimenté par les névés de trois cirques vastes, qui sont : au nord-est, le glacier de Talèfre ; au sud-est, le glacier de Leschaux; au sud-ouest, le glacier du Géant et de r Allée-Blanche, séparés par le rocher du Rognon. Ces trois cirques ont longtemps, pendant la période glaciaire, formé un large plateau qui ne s'est ruiné que successivement sur les points les plus faibles et a donné un écoulement régulier aux courants gla claires.
Ainsi, l'aiguille du Moine se réunissait à l'arête qui, de l'aiguille de Talèfre, descend jusqu'à la grande moraine de Béranger. On voit, en montant le long de cette moraine, les ruines gigantesques qui accusent la rupture de cette arête et comment les rampes orientales de raiguille du Moine ont été profondément limées par les glaces lorsque la ligne de jonction a été rompue. De même, du pic du Tacul, on observe encore, au-dessus des névés de Leschaux, un contre-fort qui, se dirigeant vers le nordest, établissait une ligne de jonction entre ce pic et l'aiguille de Talèfre, de sorte que ce glacier de Leschaux formait un grand palier couvert de névés, à une altitude de 3,500 mètres environ. De l'aiguille du Géant, les restes d'une arête se dirigent vers la
seconde aiguille du Plan. Cette arête a été rompue au droit des séracs actuels du Géant, pour laisser écouler les névés du grand glacier qui est borné au sud-ouest par le mont Maudit et au nord par l'aiguille du Midi.
De même aussi, le soulèvement présentait un plan de jonction entre l'aiguille de Tré-la-Porte et l'aiguille du Moine , puis un second entre l'aiguille Yerte et celle de Greppont.
Nous avons fait ressortir Fimportance de ces arêtes résistantes (1) qui ne sont que les parties plus dures des masses cristallines le long des plans de retrait, et on observera que les arêtes ou plans de retrait de ces masses cristallines se présentent suivant certaines directions sur toute l'étendue du massif.
Ainsi, perpendiculairement au grand axe, en commençant par le nord, est une première arête qui, de la pointe d'Orny, se dirige vers le col de Balme. En s'avançant vers le sud-ouest, une seconde arête réunit le Tour Noir à l'aiguille du Chardonnet, se prolongeant jusqu'au-dessus de l'Argentière ; puis une troisième arête se prononce de la grande aiguille de Triolet à Taiguille Yerte La quatrième arête réunissait les Grandes Jorasses, le pic du Tacul et l'aiguille de Charmoz ; la cinquième , l'aiguille du Géant à l'aiguille du Plan ; la sixième comprend : le mont Blanc de Cormayeur, le Mont Blanc, le dôme du Goûté, l'aiguille du Goûté, se prolongeant jusqu'au Prarion; la septième, l'aiguille de Sarsadorège, l'aiguille de Tré-la-Tête et les crêtes qui dominent les glaciers de la Frasse et de Miage français. A la pointe sud-ouest du massif, le parallélisme disparait.
Ces arêtes, situées à des distances à peu près égales, c'est-à-dire variant entre 3,500 et 4,500 mètres, se dirigent toutes du nordnord-ouest au sud-sud-est. Il est une deuxième série d'arêtes caractérisées, quoique d'une moins grande importance, qui se dirigent du nord au sud. Ce sont celles, — toujours en commençant par l'extrémité nord du massif, — de la pointe d'Orny au Catogne ; de l'aiguille du Tour à ses voisines ; de l'aiguille Yerte à l'extrémité des Bâchasses ; de Taiguille de Talèfre à l'aiguille
(1) Chapitre premier.
de Leschaux ; du pic du Tacul à l'aiguille du Géant ; de l'aiguille de Blaitière à celle de Greppont et à la Filiaz.
Du sommet du Mont Blanc vers le nord, trois de ces arêtes sont très-rapprochées. Celle des Grands Mulets émerge des névés et est dans le prolongement des monts du Brouillard, situés sur le versant du sud. On retrouve encore une de ces arêtes qui, de l'aiguille du Goûté se fait sentir jusqu'à l'aiguille Grise. Ces arêtes forment^ en projection horizontale avec les premières, un angle de 35 degrés environ.
Le troisième système d'arêtes est à peu près perpendiculaire au premier, c'est-à-dire à peu près parallèle au grand axe, se dirigeant de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest, et forme avec le premier système un angle de 7o degrés environ. Peu prononcé au centre même du massif, il se manifeste, au contraire, énergiquement à ses deux extrémités.
Ainsi, une longue arête de 9,000 mètres part de l'aiguille du Chardonnet pour s'arrêter au-dessus du lac Champey .Une deuxième part du Darrey pour former la rive droite du glacier de Saleinoz. Des arêtes courtes, suivant cette direction, réunissent le mont Dolent à l'aiguille du Triolet; l'aiguille de Talèfre au sommet voisin, vers l'est-nord-est (3,647 met.); le pic du Tacul à l'aiguille de Talèfre, avec rupture au droit de passage du glacier de Leschaux; la Tour-Ronde, aux Flambeaux; les rampes du mont Blanc du Tacul au Rognon, etc., et à l'extrémité : l'aiguille de Bellaval à la Croix du Bonhomme.
En examinant la carte, on voit que quantité d'arêtes de troisième ordre sont dans cette direction.
Il est enfin un quatrième système de direction d'arêtes trèslimitées comme étendue, qui courent de l'est à l'ouest. On voit ces arêtes se prononcer de la Pointe d'Orny au Châtelet, au-dessus de la ville d'Issert; au nord du glacier du Tour ; entre les glaciers de Saleinoz et de Laneuvaz ; de l'aiguille de Talèfre aux séracs du glacier de Talèfre ; du sommet des Bâchasses au sommet du Bochard; de l'aiguille de Leschaux au mont Grenetta; aux grandes Jorasses (crête) ; au mont Maudit (versant oriental) ; à la Tête Carrée (versant oriental) ; à l'aiguille de Tré-la-Tête (ver-
sant occidental) ; des deux côtés du glacier de la Frasse ; à la crête sud du versant du glacier de Tré-la-Tête, etc.
Les masses cristallines, décomposées partiellement, montrent habituellement leurs plans suivant les quatre directions que nous venons d'indiquer. Et le fait peut être surtout observé le long des rampes nord et sud de l'aiguille Yerte, des Courtes et tout à l'entour du sommet du Mont Blanc.
La figure 106 bis donne ces quatre principales directions. Les sommets se montrent toujours à la jonction de deux, de trois
106 bis. — Direction des arêtes principales du massif.
et même de quatre de ces directions. Du sommet du Mont Blanc, la direction n° 1 se prononce depuis la rive droite du glacier de la Brenva, versant sud (aiguille de Peuteret), jusqu'au Prarion, versant nord ; la direction n'' 2, depuis les monts du Brouillard, versant sud, jusqu'à la montagne de la Côte, versant nord ; la direction n° 3, depuis l'angle des séracs duGéant (Envers de Blaitière), versant nord-est, jusqu'au glacier de Miage italien, versant sudouest ; la direction n*" 4 ne se montre que par les contre-forts qui descendent dans les névés du glacier de la Brenva, mais reparaît au sommet des monts de la Brenva et jusqu'au mont Fréty.
Du sommet de l'aiguille Verte partent également des arêtes prononcées suivant les quatre directions; de même des Grandes- Jorasses.
Il résulte nécessairement, de la direction des arêtes, la direction dés glaciers dont les cours se sont fait jour entre elles.
Ainsi on remarquera que le glacier de l'Argentière, versant nord, et le glacier du mont Dolent, versant sud, sont dans le prolongement l'un de l'autre, suivant une direction moyenne entre la première et la deuxième des arêtes. Il en est de même du grand glacier de Miage italien. Quant à la Mer de Glace qui s'est fait jour entre plusieurs polygones, en sortant du glacier du Géant, elle prend une direction moyenne entre la deuxième et la troisième arête, puis entre la première et la deuxième, puis, suivant la deuxième pour se détourner entre la première et la quatrième.
En sortant des névés du Leschaux, le glacier qui se réunit à la Mer de Glace suit une ligne intermédiaire entre la première et la quatrième arête, puis entre la première et la deuxième.
Mais, comme chacun peut faire sur la carte même ces observations, il n'est pas nécessaire d'insister.
On doit seulement en conclure que le désordre qui frappe les yeux dans cet énorme soulèvement n'est qu'apparent, et, qu'au contraire, des lois ont ordonné ces formes , ont déterminé le grand système cristallin, de telle sorte que sa ruine s'effectuât suivant certaines conditions qui se manifestent uniformément sur toute la surface plissée et soulevée.
Ainsi ont pu se façonner ces vais intérieurs qui pénètrent jusqu'aux arêtes culminantes du massif et qui se terminent par ces beaux cirques de névés protégés par des rampes polygonales ; vais séparés par des contre-forts et crêtes régulièrement espacés, qui semblent laissés pour fournir aux courants glaciaires des affluents destinés à les entretenir.
Mais, quand on suppute par la pensée le temps qu'il a fallu pour régler ainsi ce soulèvement, pour le ruiner d'après certaines lois dont l'application ne cesse de se produire, on demeure épouvanté. Quand on voit avec quelle lenteur la glace procède pour limer les roches, pour briser certains obstacles , on se demande quel nom-
bre de siècles il a fallu aux périodes glaciaires pour produire les ruines des parties culminantes, aiguiser ces aiguilles, élargir ces vais, pour éroser ces pentes et trouver des écoulements réguliers! Et ce premier labeur n'était qu'une ébauche. A leur tour, les eaux ont commencé leur travail de colmatage dans les grandes vallées. Divisées d'abord en une quantité de lacs superposés, de marais séparés par des moraines ou des digues rocheuses, elles ont peu à peu asséché ces marais par l'apport des graviers, comblé les lacs et formé le lit des torrents par un sol remblayé savamment.
En se livrant à ce labeur immense, la nature a su rester belle, surprenante par sa variété, malgré l'uniformité perpétuelle des mêmes moyens, la répétition à l'infini des mêmes phénomènes.
Influence des travaux de l'homme sur l'économie
des cours d'eau.
L'étude des soulèvements ne doit pas se borner à un résultat purement spéculatif, et le caractère particulier aux sciences naturelles, aujourd'hui, est d'entrer forcément dans le domaine de la pratique.
Les observations scientifiques ne sont plus seulement une satisfaction pour l'esprit ; si elles font faire à l'intelligence humaine des conquêtes qui l'intéressent puissamment et lui ouvrent de nouveaux horizons , elles lui permettent d'utiliser les phénomènes naturels au profit de la sécurité et du bien-être de l'espèce.
Mais combien a-t-il fallu de siècles pour que les peuples civilisés en vinssent à soupçonner l'utilité pratique de certaines connaissances ! Et qui donc, parmi les savants du dernier siècle, auxquels on doit tant de découvertes, voyait dans ces antiques bouleversements de la croûte terrestre autre chose qu'un accident désordonné ?
De Saussure, le premier peut-être, observa les montagnes suivant une méthode scientifique, et, si certains phénomènes géologiques avaient déjà été entrevus par les Léonard de Yinci, par les Bernard-Palissy, ces observations ingénieuses, et délicates même, n'entraient pas dans la voie méthodique de la science moderne.
Sobre dans ses déductions, Saussure amassa des matériaux, sut voir et bien voir; ce qui n'est pas si aisé qu'on le croit. Ses observations sont exactes; et il est conduit par cette pensée que tout, dans l'ordre naturel, a sa raison d'être, que le hasard