‹ Le matérialisme et la scienceChapitre 13 sur 39 · Introduction à la Médecine expérimentale^ p · texte numérisé non relu

Introduction à la Médecine expérimentale^ p

d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence intime de la vie. Dans tout germe vivant, il y a ainsi une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation, qui ne relève ni de la physique ni de la chimie, qui n'appartient qu'au domaine de la vie.

C'est cette idée, « directrice de l'évolution vitale, » qui crée dans l'organisme vivant l'unité centrale, la solidarité intime des parties, le consensus, l'harmonie de l'ensemble, toutes choses complètement étrangères aux lois du monde inorganique ; c'est elle qui préside au développement de l'être dans le sens de sa destination. Aussi, tandis que le physicien et le chimiste étudient les corps et les phénomènes isolément, pour eux-mêmes, le physiologiste et le médecin ne peuvent et ne doivent jamais oubHer que l'être vivant forme un organisme et une individualité; d'où il résulte que, si la notion de causes finales reste nécessairement étrangère aux études du chimiste et du physicien, il ne peut en être de même pour le physiologiste, que

ses études inclinent à admettre une finalité harmonique et préétablie dans le corps organisé, en raison de cette unité centrale qui rend toutes les actions partielles solidaires et génératrices les unes des autres*. — La vie est donc autre chose qu'une résultante des forces et des propriétés physico-chimiques dans des circonstances données. Elle précède le développement des propriétés organiques, lesquelles ne s'expliquent que par elle. Voilà d'un seul coup le commencement de la vie mis en dehors de la série des phénomènes matériels. Voilà en même temps et du même coup la finalité rétablie dans ses droits et à sa vraie place par un savant qui a passé tant d'années à observer les phénomènes vitaux. Voilà des causes sourdes rencontrées à la I limite de la science positive, et qui, si elles ne j répondent pas à la méthode expérimentale qui les interroge, répondent d'une manière significative aux questions de la métaphysique. Dans ces causes sourdes qui viennent

1. Introduction à la Médecine expérimentale, p. 152, 161, etc.

se placer aux confins de la réalité matérielle le philosophe (est-ce donc une illusion ?) er tend le retentissement de l'activité créatri( qui agit par elles, qui par elles renouvelle ir cessamment la face du monde, et à travei les siècles perpétue le prodige de la vie.

A cette limite où expirent en même temj le principe du déterminisme et le pouvoir dt sciences positives, commence la métaphysique Elle reprend aux mains du physicien et d chimiste la chaîne suspendue des phénomène et la rattache aux causes premières. Que i tentative soit toujours heureuse, là n'est pi en ce moment la question. En soi, latentati^ est légitime. L'école expérimentale le recoi naît expressément quand elle n'est pas d( minée par l'esprit de système. Si elle écar avec soin les théories philosophiques de se laboratoire, de peur de s'y asservir, elle e loin de mépriser et ne répudie pas d'une m; nière absolue l'effort spéculatif d'où ell sont sorties. Elle trouve même, sous la pi un de M. Claude Bernard, pour louer ces asp rations de la pensée, des expressions magr

fîques* qui prouvent bien que ce n'est pas le dérisoire hommage de la puissance du jour à la puissance déchue, et qu'elle croit sérieusement aux droits, à l'autorité, à l'avenir même de la métaphysique, pourvu que la métaphysique n'envahisse pas ses domaines réservés, et qu'elle laisse le savant libre et maître chez lui.

Je ne prétends pas que ce qu'on nous accorde soit suffisant et satisfasse de justes exigences. C'est quelque chose pourtant, ce peu qu'on nous accorde. Ce peu contient de grosses conséquences. On nous dit dans un noble langage que la philosophie représente l'aspiration éternelle de la raison humaine vers l'inconnu, qu'en se tenant toujours dans les régions élevées, limites supérieures des sciences, les philosophes communiquent à la pensée scientifique un mouvement qui la vivifie et l'ennoblit, qu'en la reportant sans cesse vers la solution inépuisable des grands

1. Voyez particulièrement le dernier chapitre de 1'//îtroduction à la Médecine expérimentale.

problèmes ils entretiennent ce feu sacré de la recherche qui ne doit jamais s'éteindre chez un savant. On craindrait, si l'esprit philosophique venait à baisser parmi nous, que le savant n'en vînt à systématiser ce qu'il sait, à s'immobihser dans la sphère de ses connaissances acquises. Le rôle de la philosophie est donc d'inquiéter la science en agitant devant elle la masse inépuisable des questions non résolues. En tendant sans cesse à s'élever, elle fait remonter la science vers la cause ou la source des choses; elle lui montre qu'en dehors d'elle il y a des questions qui tourmentent l'humanité, qu'elle n'a pas même abordées, et qu'elle ne résout pas en les supprimant. On ignore, nous dit-on, si cette aspiration de l'esprit humain aura une fin, si elle trouvera une limite. Qu'importe? Si elle aide la science à marcher sans cesse, à avancer toujours, son utilité est assez manifeste par là même et son droit consacré. — Ici encore l'école expérimentale marque avec insistance son dissentiment absolu avec les positivistes. Elle déclare hautement qu'elle n'admet pas

la science qui prétendrait supprimer les vérités philosophiques, parce qu'elles sont ac- < tuellement hors de son domaine. Elle proclame que la vraie science ue supprime rien, mais qu'elle cherche toujours et regarde en face, sans se troubler, les choses qu'elle ne comprend pas. « Nier ces choses ne serait pas les supprimer; ce serait fermer les yeux et croire que la lumière n'existe pas*. »

Prenons acte de ces déclarations et ne nous étonnons pas trop, surtout gardons-nous bien de nous scandaliser, si l'on vient ensuite nous dire, en fixant les limites de la science et de la philosophie, que tout ce qui est déterminable appartient au domaine scientifique, et qu'il ne reste à la philosophie que le vague domaine de Tindétermuié. Dans le dictionnaire propre à l'école expérimentale, ces mots prennent une signification un peu différente de celle que l'usage leur attribue généralement. Rappelons-nous qu'il n'y a de déterminé, aux yeux de cette école, que les phé-

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