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(Voir la page 242.)
Sar la tendance générale des corps vers le repos absolu ou (lu moins vers le repos relatif, voici une note que nous communique un de nos plus savants amis, M. Dupré, doyen de la Faculté des sciences de Rennes, si honorablement connu à l'Académie des sciences par ses beaux travaux sur la théorie mécanique de la chaleur :
a On a voulu tirer parti, en faveur d'une certaine philosophie, du premier principe de la théorie mécanique de la chaleur d'après lequel la somme des forces vives existantes et des forces vives que peuvent produire les travaux mécaniques disponibles dans l'univers, est invariable malgré les transformations continuelles qu'on y observe. On prétend en conclure que les mouvements visibles ne cesseront jamais, et l'on affirme qu'ils ont toujoui s existé. Il importe de connaître exactement la valeur de ces assertions.
» Le premier principe est sans doute incontestable aujourd'hui; mais il ne conduit pas légitimement aux conséquences qui en ont été déduites. Dans l'état actuel de la nouvelle science, il faut soigneusement distinguer deux classes de forces vives :
» 1° Celles qui résident dans les molécules et qu'on ne peut observer directeuient;
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» 2«* Celles qui résident dans les corps composés de molécules innombrables et qui sont l'objet des observations astronomiques et physiques.
» 11 est facile de concevoir toute la matière réunie en un seul bloc ayant une température uniforme et telle que la somme des forces vives moléculaires soit égale à la somme actuelle des forces vives des deux espèces conformément au premier principe. Dans cet état possible^ tout mouvement dans les corps ayant cessé, la vie aurait disparu ; on peut donc affirmer déjà que le premier principe ne renferme point comme conséquence inévitable la durée indéfinie de Tordre existant.
» Mais il est bon que la science nous conduise à ce qui est réel, et non pas seulement supposable sans contradiction avec les principes connus. Pour y parvenir ici, l'introduction d'une quantité qui caractérise l'état du système matériel considéré, est utile; elle s'appelle distance de ce système au repos. Sa définition mathématique précise montre que, si elle est nulle, le repos dans les masses et l'uniformité de température existent : les molécules seules exécutent des mouvements très-peu étendus avec lesquels la vie est inconciliable aussi bien que les mouvements astronomiques.
» Cela posé, on envisage séparément les phénomènes qui s'opèrent sans chute de chaleur et ceux qui s'opèrent avec chute, c'est-à-di/e avec passage de chaleur d'un corps chaud dans un corps froid, comme il arrive quand un forgeron plonge le fer
rouge dans de l'eau, ou bien lorsque deux solides non élasliques se choquent et que leurs parties contiguës, d'abord échauffées, transmettent leur chaleur aux molécules environnantes.
» Dans le premier cas, on prouve que la distance demeure invariable. (Voir le Compte rendu de V Académie des sciences^ du 1^*^ octobre 1 866 et les Annales de chimie et de physique.)
» Dans le second cas, on prouve que la distance diminue, et, comme les changements avec chute sont continuels dans l'univers, soit parce que les corps froids s'échauffent aux dépens des autres, soit à cause des variations incessantes de forme dues aux différences d'attraction, lesquelles produisent des frottements et par conséquent des chutes, il est certain que la distance diminue sans cesse. Les mouvements relatifs des corps tendent donc vers une fin naturelle. On ne peut objecter qu'il résulte des calculs des astronomes que, par exemple, la terre et le soleil supposés seuls dans l'espace tourneraient en apparence perpéluellement l'une autour de l'autre^ car, dès lors qu'il y aurait mouvement relatif, les différences d'attraction dont le flux et le reflux de la mer sont un effet, produiraient des déformations, de la chaleur et des chutes, par suite des pertes de distance. La rotation perpétuelle n'est indiquée par l'analyse qu'à cause de l'emploi de théorèmes de mécanique applicables en toute rigueur seulement à des corps rigides qui n'ont pas d'existence réelle; les pertes de distance qu'on néglige en faisant cette hypothèse sont
très-faibles, il est vrai, mais elles s'accumulent avec le temps, et il est hors de doute que des observations astronomiques bien dirigées, suffisamment précises et assez éloignées, finiront par mettre en lumière la tendance des corps vers le repos absolu ou vers le repos relatif, ce qui équivaut dans cette importante question.
i> Ainsi, dans V avenir, l'ordre existant ne peut, à certaines modifications près, durer toujours.
» Dans le passé ^ il est certain qu'il a eu un commencement, car on prouve que, sans cela, les pertes de distance accumulées jusqu'à notre époque dans chaque portion limitée du monde matériel, auraient une somme infinie, ce qui est impossible puisqu'on prouve d'ailleurs facilement que la distance n'a jamais pu atteindre le double de la force vive totale actuelle. »
Nous trouvons une confirmation de ces vues vraiment nouvelles sur l'avenir de l'univers au point de vue de la physique, dans une conférence de M. Clausius, faite par le célèbre professeur de l'université de Wûrzburg au Congrès des naturalistes et ànédecins allemands (session de Francfort-su r-le- JMein), traduite et publiée tout récemment par la Revue des cours scientifuiues (n° 10, 5* année). La rencontre et l'accord de savants très-distingués sur cette importante question, sont de nature à faire réfléchir tous les esprits sérieux :
« ... On entend fréquemment dire que tout dans le monde a un cours, circulaire. Pendant que des
transformations ont lieu dans un sens, en un iieu déterminé et à une certaine époque, d'autres transformations s'accom|)lissent en sens inverse dans un autre lieu et à une autre époque, de sorte que les mêmes états se reproduisent constamment, et que l'état du monde reste invariable quand on considère les choses d'une manière générale. Le monde peut donc continuer à subsister éternellement de la même façon. — Quand le premier principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur fut énoncé (le principe de la conservation des forces), on pouvait peut-être le considérer comme une confirmation éclatante de l'opinion mentionnée.... Mais, bien que l'exactitude de cette loi soit hors de doute, et qu'elle exprime en effet l'invariabilité de l'univers dans un certain sens, on irait pourtant trop loin si l'on supposait qu'elle dût fournir une confirmation de l'opinion, d'après laquelle l'univers entier serait regardé comme absolument invariable et accomplissant éternellement sa révolution. Le second principe fondamental de la théorie mécanique de la chaleur {principe de Vêcjuivalt'nce des transformations) contredit cette opinion de la manière la plus formelle. La règle qui s'applique d'une manière générale à toutes les transformations infinnnent variées qui se passent dans le monde, c'est que les transformations n'ont pas besoin de se présenter en quantités égales dans des sens opposés, mais que la différence ne peut avoir lieu que dans un sens déterminé, c'e.st-à-dire de façon que les transformations positives l'emportent sur les négatives.
De là résulte que Vétat de C univers doit changer suC' cessivement de plus en plus dans un sens déterminé 'par exemple, dans le sens de l'égalité absolue des températures).
.... a J'ai cherché une loi simple qui permit d'énoncer ce changement progressif, et qui exprimât d'une manière caractéristique l'état vers lequel tend peu à peu l'univers. J'ai imaginé une grandeur qui représentât la somme de toutes les transformations qui doivent avoir lieu pour amener un corps ou un système de corps dans son état actuel. J'ai donné à cette grandeur le nom àH entropie .. ^ . et l'on arrive à cette loi : V entropie de t univers tend vers un maxi' mum.
a Plus l'univers s'approche de cet état limite, dans lequel Ventropie est un maximum, plus les occasions (le nouveaux changements disparaissent; et si cet état était atteint à la fin, aucun nouveau changement n'aurait plus lieu, et l'univers se trouverait dans un état de mort persistante.
« Bien qu'actuellement l'univers soit encore trèséloigné de cet étal limite, et bien qu'il tende vers lui avec une lenteur telle que des périodes comme celles que nous appelons temps historiques peuvent être considérées comme de courts espaces, en comparaison des périodes immenses dont l'univers a besoin pour effectuer d'une manière successive ses moindres transformations, il y a une conséquence importante qui subsiste toujours, c'est qu'on a trouvé une loi naturelle qui permet de '^onclure d'une manière cer-
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taine que dans l'univers tout n'a pas un cours circulaire, mais que les modifications ont toujours lieu dans un sens déterminé, et tendent ainsi vers un état limite. »
Nous avons dû retrancher ici tout l'appareil de la démonstration technique, que l'on retrouvera avec intérêt dans cette belle conférence. Mais il nous a semblé utile de retenir la loi générale qui ressort avec tout l'éclat de l'évidence de celle discussion, et qui est ua démenti péreniptoire à l'hypothèse matérialiste sur le cours des phénomènes cosmiques. Nonseulement aucun fait positif n'étaldit, mais les travaux les plus récents contredisent absolument l'éternité si témérairement affirmée du mouvement sous sa forme actuelle, et la nécessité prétendue du cours circulaire de la vie.