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LA THÈSE DU MARIAGE DES PRÊTRES

matériels de soutenir mon existence. Le Clirist a commencé sa vie dans l'atelier et l'a finie dans le ministère apostolique. J'ai commencé la mienne dans le ministère, je la finirai dans l'atelier. Je ne me plains pas de cette condition ; elle n'a rien qui déshonore, si bien sanctifiée déjà par le Christ et par tant d'apôtres, d'évêques et de prêtres qui, pendant des siècles, n'ont demandé la subsistance et le vêtement qu'au travail de leurs mains. Je suis donc là, dans le passé, en très-bonne compagnie, et je crois que l'Eglise ne reprendra de puissance sur le monde qu'à la condition de revenir aux exemples de désintéressement et de vie laborieuse de ses premiers pasteurs.

« En attendant cela, que je n'ai pas la prétenlion de voir avant de mourir, j'ai à signaler au monde chrétien une flagrante iniquité dont je suis la victime, et beaucoup d'autres avec moi.

ce Je ne viens pas examiner si les évêques qui nous ont ôté tous les pouvoirs du sacerdoce étaient dans leur tort; s'ils n'ont agi par aucune passion, s'ils ont usé à notre égard de toutes les précautions que la prudence, la charité surtout leur commandaient; enfin, s'ils ont observé les lois canoniques, destinées, par la sagesse de l'ancienne discipline, à protéger les faibles contre les forts. Cette disciphne n'est plus, ils ont l'omnipotence, ils en ont usé contre nous. J'admets qu'ils ont eu

pleinement raison, et qu'au point de vue de la conscience et du droit, nous soyons bien et très-légitimement privés des fonctions sacerdotales.

« Mais en nous jetant ainsi dans la vie du monde lorsqu'il est prouvé que, sur cent prêtres interdits, quatre-vingt-dix-neuf l'ont été pour n'avoir pas pu garder leur vœu de continence, n'y a-t-il pas pour l'Eglise obligation rigoureuse,, devoir de justice et de charité, de nous relever de ce vœu pour l'observation duquel il n'y a plus de raison, puisqu'il ne nous était imposé qu'en conséquence des fonctions dont on nous a retiré l'exercice?

c( Pourquoi l'Eglise serait-elle plus sévère contre nous, qui sommes maintenant hors du sanctuaire, qu'elle ne l'est contre les prêtres catholiques grecsunis, contre les prêtres catholiques du Liban et des diverses communions orientales, soumises à l'autorité du Pape, auxquels on accorde le mariage même en conservant les fonctions du ministère?

« Je n'ai point à discuter ici ce que le catholicisme gagnerait de plus en plus, au milieu des civilisations avancées que les générations sacerdotales traverseront maintenant, à ne plus laisser le malheureux prêtre en dehors des lois sacrées de la nature, privé par un vœu imprudent des joies légitimes de la famille, et condamné à des luttes terribles où succombent un si grand nombre, soit par

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des souillures secrètes, soit par des liaisons coupables, bien moins honteuses que ces souillures. Je n'ai point à faire le relevé des registres où tous les évêchés du monde catholique ont chaque année à inscrire les scandales patents ou étouffés par la prudence des évêques ou voilés par la pudeur des peuples. Je suppose que tous les prêtres restés en fonctions soient purs, excepté nous qui ne paraissons plus dans le sanctuaire. Mais sommes-nous moins des chrétiens, des enfants de l'Église ? En perdant les honneurs du sacerdoce, nous en conservons le caractère que nos maîtres déclarent indélébile. Mais le vœu de célibat ne fait pas partie de ce caractère. Il ne dépend pas de l'autorité suprême dans l'Église d'effacer en nous ce caractère de prêtre, imprimé par la force d'un sacrement; mais elle peut parfaitement, sans violer aucune règle des conciles et des Pères, déclarer libre de ses vœux, et pouvant légitimement contracter mariage, tout prêtre privé par son évêque des fonctions sacerdotales, ou ayant déclaré qu'il renonce à les exercer.

« Ce qui se passe maintenant est un opprobre pour le catholicisme. Sachant que nul magistrat municipal ne consacrera leur union, parce que l'Etat ne veut pas déplaire à Rome en déclarant le contrat civil valable pour le prêtre comme pour le laïque, les infortunés que les diocèses ont ren-

voyés vivent habituellement dans un élat de concubinage. S'ils n'ont pas pu être chastes avec les terribles obligations de leur sacerdoce, sous l'œil vigilant de leurs premiers pasteurs, comment résisteraient-ils maintenant à la plus fougueuse des passions, quand, devenus hommes du monde, ih n'ont plus de frein pour les retenir et trouvent, à toute heure, des tentations pour leur faiblesse? Or, de ces mariages que la loi civile ne reconnaît pas, naissent des enfants qui n'auront pas droit à Ihéritage du père et de la mère, qui n'auront pas un nom et seront flétris dans le monde ; parias, enfants de parias. Cela est-il possible? cela est-il juste? Et pour quel avantage ?

« Pour que nous servions d'exemple à ceux qui pourraient tomber?

« C'est bien peu connaître le cœur humain. Allez demander à ces malheureux si le spectacle des liontes infligées aux prêtres les ont retenus sur le bord de l'abîme !

a Et puis, il faut bien le dire, sur cent prêtres interdits pour cause d'immoralité, il y en a quatrevingt-quinze dont les mœurs ne sont pas le prétexte de l'interdiction. Il y a toujours à côté une autre cause, et c'est la cause principale, — l'insubordination, les opinions politiques, des idées pldiosophiques trop avancées. Les prêtres savent biun que, pourvu qu'ils nagent constamment dans

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