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LA THÈSE DU MARIAGE DES PRETRES

les eaux de leur évêque; qu'ils s'inclinent aussi bas que possible devant leur omnipotence; qu'ils fassent du zèle dans les grandes occasions, on ne regardera pas de trop près aux petites misères de leur conduite privée, et que bien des dénonciations arriveront dans les cartons de l'évêché, pour y dormir en paix. Et vous voulez que l'exemple d'un prêtre qui a été frappé, surtout parce qu'il n'a pas su courber assez la tête sous le joug, fasse impression sur ces êtres avilis! Allons donc! Ils étudieront un peu mieux leur rôle de Tartufe, et ils resteront, sinon en faveur, du moins en paix, s'ils savent éviter ces scandales publics que l'autorité ne peut s'empêcher de punir.

« Il y a donc à demander au souverain pontife, dont on connaît la sainteté, la bonté et le noble cœur, de jeter un regard de justice et de compassion sur ce grand nombre d'hommes, dont il ne faut pas faire des réprouvés, et dont il est facile de faire d'honnêtes gens.

« A défaut d'une mesure* g.'^nérale, qui peut-être aurait trop d'éclat, ne serail-il pas prudent que les évêchés les plus considérables, par exemple celui de Paris, où se trouvent réfugiés tant de prêtres interdits, comme sur un sol hospitalier où ils peuvent rester inconnus, prissent l'initiative de demander en secret à Rome une dispense pour ces pauvres flétris du sacerdoce, que deux mesures

inintelligentes et barbares repoussent de l'a/le civil et de l'acte religieux!

c( Les papes ont exercé constamment ce droit et donné de ces dispenses. On peut trouver plusieurs exem.ples, dans les temps anciens, qu'un -eadet d'une grande maison, d'une famille princière, voué au sacerdoce, a pu, dans le cas où son frère aîné, unique héritier du nom et de la fortune, venait à mourir sans enfants, demander et obtenir de Rome la sécularisation, afm de perpétuer, par un mariage légitime, une famille illustre. Nous ne sommes que des prolétaires, mais nos âmes sont aussi précieuses devant Dieu que celles des princes et des nobles patriciens; elles doivent inspirer le même intérêt à un épiscopat sorti comme nous du prolétariat et qui, d'ailleurs, proclame en théorie l'égalité de tous les hommes devant Dieu. Aux yeux de la religion, y a-t-il donc un plus grand mal qu'un nom illustre tombe dans l'oubH, qu'à ce qu'un grand nombre de malheureux enfants soient tachés par l'dlégitimité de leur naissance?

« Je crois avoir, en traits bien rapides, mis à nu l'iniquité dont nous sommes les victimes. 11 est temps qu'on nous enlève aux hontes qui rejaillissent sur le sacerdoce demeuré fidèle. Plus il y aura de piètres qui, rentrés dans la vie civile, rempliront les devoirs de l'homme de bien, de pères de famille honorables, plus on portera de respect aux

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hommes assez forts pour renoncer à tout dans ce monde, et accepter volontairement les obligations du prêtre qui monte à l'autel.

« Nul mieux que vous, monsieur le rédacteur, dont la vie irréprochable dans le sacerdoce est connue de tous, et dont la charité est plus grande encore que la fidélité à rester pur, ne peut prendre en main, avec plus de zèle compatissant, la cause de ces malheureux qui n'osent plus se dire vos confrères, mais qui vous porteront dans leur cœur, si, par votre courageuse initiative, il était fait droit à leurs plaintes légitimes. Ce sera déjà de votre part une preuve d'immense intérêt d'ouvrir les colonnes de votre feuille à cette lettre où ils exposent, par l'organe de l'un d'entre eux, les douleurs saignantes de leur âme. Intercéder pour nous, c'est faire œuvre de la plus belle charité.

« Veuillez agréer, etc., etc.

« LoUBAIRE,

« Prêtre privé des pouvoirs « ecclésiastiques. »

La lettre de Loubaire était écrite avec feu, mais avec une grande réserve. Elle ne contenait pas une allusion blessante, ni à Rome ni à fépiscopat. Julio balança quelque temps à l'insérer. Il trouvait les réclamations de Loubaire parfaitement justes, mais il ne croyait pas que le temps fût op-

portun pour les faire valoir. En présence des graves questions qui agitaient vivement le monde religieux, était-il prudent d'en poser une nouvelle? Et celle du mariage des prêtres ne gagnerait-elle pas à être traitée par des esprits calmes, au lieu d'être livrée à la controverse de gens passionnés, dont les uns veulent aller en avant, se souciant peu de faire quelques ruines sur leur passage, et les autres veulent revenir en arrière et se cramponner aux doctrines de Grégoire VII ?

Évidemment, c'était engager une lutte inutile.

Toutefois, les obligations qu'il avait à Loubaire, le rôle après tout de simple correspondant qu'il allait remplir, décidèrent Julio. La lettre parut.

Elle provoqua un vacarme universel. Tout fut résumé dans le petit monde religieux, hostile à Julio, dans cette parole :

« Le Catholique libéral demande le mariage des prêtres. »

La Mappemonde catholique fit un article perfide, où elle insinua que la lettre de Loubaire n'était qu'un procédé de rédaction, pour émettre, sous le nom d'un prêtre interdit, des idées qui étaient évidemment dans les priTicipes du libéralisme du rédacteur en chef. Se haussant sur ses échasses habituelles, elle jeta de grands mots sur la sainteté du sacerdoce, sur les lèvres pures du prêtre qui

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