‹ Le mauditChapitre 57 sur 57 · L HOSPICE DE BIGORRE · texte numérisé non relu

L HOSPICE DE BIGORRE

leur, au moment des adieux à la vie, c'est Loubaire. Il est venu de Paris en toute hâte. La lettre de son ami, des pressentiments terribles l'avaient averti.

Julio le reconnaît.

— C'est vous, Loubaire !

— Oui, mon ami. J'ai le bonheur de vous voir encore !

Julio sembla recouvrer de la force, et attirant Loubaire et Thérèse vers lui, il leur dit à demivoix :

— Pauvres enfants ! Dieu vous réunit auprès de mon lit de mort. Loubaire, écoutez-moi! Thérèse a expié sa faute et la vôtre en se dévouant à l'humanité qui souffre dans son corps. Vous, mon fils, ne soyez plus un lion indomptable! 11 y a encore dans le sacerdoce une belle mission à remplir, faites tout pour la reprendre. L'âme de l'humanité souffre. Le prêtre, au milieu même du triste formalisme dans lequel étouffe le monde religieux, peut faire du bien à cette âme. C'est la plus noble tâche ici-bas.

Il tomba ensuite dans une crise où sembla se livrer la dernière lutte qui précède le dégagement de la vie. Il en sortit bientôt pour rappeler sœur Thérèse.

— Ma fille, venez ici. Soulevez-moi un peu

Je sens que je m'affaisse Tenez-moi dans vos

bras : c'est là quojeveux mourir Vous remplacerez ma Louise bien-aimée.

Puis, tendant une main presque glacée à son fidèle ami :

— Loubaire, vous m'avez dit souvent que vous me deviez la vie. En Italie, à votre tour, vous m'avez sauvé. Cependant je vous demande encore quelque chose. C'est votre âme que je veux offrir

à Dieu en paraissant devant lui. Adieu Il est

bon bien bon de croire. ,

Et un souffle léger, comme une douce brise, sortant des lèvres pâles du mourant, passa sur le visage de sœur Thérèse. Juho s'éteignait.

Ses traits se transfigurèrent, comme par une illumination de l'âme qui part de la vie et qui entrevoit le vrai sur le seuil de l'éternité.

Le prêtre, témoin de celte grande scène, frappé de l'expression sublime du visage de Julio, lui donna une dernière bénédiction, et, tombant à genoux, il s'écria :

— Soyez adoré, Soigneur ! Vous seul êtes juste! Vous avez donné l'éternelle paix au maudit ! -

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