‹ Le maudit (volume 2)Chapitre 13 sur 13 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

— Oui, madame; mais je n'ignore pas non plus avec quelle infernale méchanceté on a calomnié mon frère auprès d'elle, en exagérant ses opinions. Et pourtant ma tante l'aimait tendre-

ment; elle croyait qu'il se trompait, mais elle rendait justice à la pureté de ses intentions.

Et enfin, madame, ajouta Louise, ma tante ne pouvait me faire les mêmes reproches qu'à Julio, et cependant eUe m'a traitée de la même manière. Ce ne sont donc pas les opinions de mon frère qui l'ont fait déshériter.

— Mais ma chère Louise, le petit patrimoine que vous a laissé votre mère, si insignifiant qu'il soit pour un établissement dans le monde, faisait une dot à peu près convenable pour votre entrée au Sacré-Cœur. La pension que votre tante vous laissait y ajoutait encore, et elle devait être convaincue que votre vocation religieuse était solide, comme j'ai moi-même la conviction qu'elle l'est encore. Au reste, il ne s'agit pas de cela dans ce moment II s'agit de votre frère. Je vous avoue franchement, Louise, et au risque de vous blesser, que je ne lui porte ^qu'un intérêt trèsrestreint. Les ennemis de l'Église et des ordres religieux approuvés par l'Église, sont mes ennemis; je n'en connais pas d'autres. Mais à cause de vous et pour éviter un affreux scandale je suis prête à lui tendre une main secourable. Le temps presse, mon enfant : si la demande, en appel n'est pas retirée dans deux jours, ainsi que l'odieux mémoire écrit par Tabbé Julio contre les Pères, votre frère sera interdit par l'archevêché. Vous savez qu'il en a été menacé; eh bien! sachez de plus,

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<|ue la lettre qui lui sgnifiera riDtefdit esl prête et qu'elle^ est signée.

Louise fondit en larmes. EJle était encore trop enlacée dans les préjugés d'une éducation que IMichelet qualifie si bien par ces mots: éducation byzantine, pour ne pas regarder un interdit comme la plus honteuse de toutes les flétrissures. Et puis Liouise aTait fait des rêves où l'orgueil et Taffection fraternelle se confondaient Julio, si grand par rinteJJigence, si supérieur à tous, devait arriver nécessairement aux plus hautes dignités de l'Église. Il fallait, au lieu de cette brillante perspective, en voir s'ouvrir une autre toute d'humiliations et d'abaissements.

— Il y a quelque chose de plus grave encore, reprit la comtesse qui depuis quelques minutes gardait le silence.

Les privilèges des Jésuites.

Louise releva la tête.

— Et que pourrait-il y avoir de plus grave, madame ?

— L'interdit, vous le savez peut-être, ne sépare pas un prêtre de l'Église. C'est un châli-

ment, une flétrissure imposée par l'autorité ecclésiastique. Mais en£n, le coupable fait encore partie de la famille chrétienne. Il est une peine plus terrible, rarement appliquée de nos jours et c'est celle qui menace votre frère.

— Au nom du ciel! madame, s'écria Louise, parlez; de quoi s'agit-il? Que peut-il y aroir de plus terrible pour lui que d'être privé de monter à l'autel? Oh! je vous en supplie, expliquez- vous! Quel est donc ce châtiment qui menace mon cher Julio?

— L'excommunication majeure, dit la comtesse à voix basse et comme si elle eût été effrayée elle-même des paroles qu'elle prononçait.

Ce gros mot „excommunication majeure" résonna aux oreilles de Louise comme un coup de tonnerre. Elle devint très- pâle. Son ignorance des questions théologiques ne lui permettait pas de voir tout ce qu'il y avait de ridicule tt d'impossible dans l'assertion de la comtesse.

- L'excommunication! dit-elle. Mais, madame, pour être excommunié, il faut avoir commis des crimes !

— Être opposé aux bulles et aux constitutions des souverains pontifes est un crime pour tout catholique. Cen est un bien plus grand pour un prêtre.

— Et en quoi, mon frère .peut-il se trouver en opposition avec les bulles et les constitutions des souverains pontifes?

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— Votre éducation religieuse, comme celJe de la plupart, des femmes, a été fort négligée, ma chère enfant, dit la comtesse, qui ayant quelque peu feuilleté des livres de théologie, et des plus extravagants, s'était fait une doctrine sur laquelle elle éehafaudait le joli roman qu'elle avait composé à l'intention de Louise. Sachez donc, continua-t^-elle , que le second principe fondamental des constitutions des Jésuites est que la papauté sotAveraine dans V ordre spirituel et dans l'ordre temporel y selon la doctrine des véritables catholiques, a communiqué son pouvoir absolu h la société dans la personne du général^ pour la conservation et V accroissement du bien spirituel et temporel de la société. Vous comprenez d'après cela, ma chère Louise, que le général est juge infaillible dans ce qui regarde les biens spirituels et temporels de son ordre; aussi bien que le pape l'est lui-même pour ce qui regarde le bien spirituel et temporel de la papauté.

Louise ne s'était jamais occupée d*' çms tijucslions, seulement elle avait été élevée au Sacré-Cœur dans les idées de l'ultramonlanisme le plus exagéré. Son bon sens naturel, les opinions qu'elle avait entendu émettre par son frère avaient jrté quelque jour dans son esprit. Mais c'était une iaible lueur- II faut du temps pour oublier les prernières impressions reçues. Et Louise, malgré elle, avait dû se demander plus d'une fois si son cher Juljo n'était pas dans une fatale erreur, en s'écartant

d'une doctrine préconisée par le Père Briffard, par l'illustre Tournicbon et par les bonnes dévotes qui venaient le soir faire leur partie de boston avec madame de la Clavière. Ces mots d'excommunication, de pouvoir absolu donné aux Jésuites, de transmission d'infaillibilité jetaient dans son cerveau une confusion d'idées fatigantes; ses craintes nuisaient à la. solidité de son jugement , et la comtesse triompbait en voyant qu'elle avait amené, par la terreur, cette pauvre enfant à croire tout ce dont elle volilait la persuader.

— On ne connaît guère en France, lui dit-elle, toute l'étendue du pouvoir des Jésuites. Nos lois anticatholiques ne leur permettent pas d'en user toujours tant qu'au temporel, mais elles ne sauraient anéantir des droits donnés par le seul tribunal qui soit sans appel sur la terre: celui de Rome. Les papes, continua la comtesse, ont été si loin dans leurs faveurs pour cet ordre entièrement dévoué à la cour de Rome, que Paul III a accordé aux Jésuites la faculté de bâtir et d^ acquérir dans toutes les parties du monde^ malgré toute puissance ecclésiastique et séculière. Saint Pie V a été plus loin encore: par une bulle, il a accordé à cet ordre tous les privilèges passés, présents et futurs que Ips papes avaient ctccordé^ aux différents ordres religieux^ et tous ceux qu'ils ^pourraient accorder^ sans aucune concession particulière. Il défend qtiil soù dérogé à aucun de ces privilèges. Si cela arrù

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vctity le Général de la société poun^ait se rétablir dans ses droits^ aussi bien que la Société, sous teUe date qu'il voudra choisir. Vous le voyez donc, en vous opposant aux Jésuites ^ans ce qui concerne leurs intérêts temporels, vous vous opposez à la papauté elle-même. Voilà ce qui touche particulièrement votre frère, et vousmême, si vous vous obstiniez dans une voie déplorable. Il y a encore excommunication majeure, prononcée ipso facto, ce qui veut dire par le seul fait^ contre tout roi, prince, administrateur qui mettrait quelque imposition ou quelque charge sur la Société, personnes ou biens. Il est évident que, sous ce malheureux code civil qui régit la France actuellement, les Jésuites ne peuvent faire valoir ce droit; mais ce droit, il existe; mais ceux qui causent quelques dommages à la société, qui osent retenir quelque chose qui lui appartient, qui attaquent l'institut, qui attentent à la réputation des Jésuites sont excommuniés. Or votre frère voulant faire casser le testament de sa tante, parce qu*il suppose que les Jésuites sont héritiers, au lieu et place de M. Tournichon, et cela est vrai, attente à la propriété des Jésuites. En écrivant un mémoire contre eux, il attente à leur réputation. Vous le comprenez, tna pauvre enfant: si la loi civile, la loi païenne ne peut l'arrêter, si même elle allait jusqu'à condamner la Société, la loi spirituelle

atteindrait le prêtre prévaricateur: l'interdit d'abord qui est déjà suspendu sur la tête du coupable, et la terrible excommunication. La sentence est arrivée de Rome, et dans deux jours le Père provincial l'enverra à Tarchevêque qui sera bien obligé de la proclamer.

— Dans deux jours! s'exclama Louise, toute ahurie du fatras théologîque dont la comtesse l'avait assourdie.

— Dans deux jours, dit froidement la comtesse, la sentence, — l'ordre est formel, — sera proclamée et afOchée dans Téglise.

Louise était consternée.

— Vous comprenez, mon enfant, que les Pères ont été forcés d'en venir à cette extrémité pour se défendre. Cependant ils sont si bons, si indulgents, le Père Briifard surtout vous porte un intérêt si grand, votre âme lui est si chère, il a tant redouté, comme votre Père spirituel, de voir votre vocation religieuse se perdre au contact de celui qui aurait dû raffermir, qu'il veut encore, à cause de vous, essayer de sauver votre frère; et le salut de Tabbé Julio est dans vos mains.

— Dans mes mains, madame! parlez: que dois-je faire? Je suis prête à tous les sacrifices pour mon frère.

— Eh bien! alors, vous le sauverez, vous vous sauverez; et même, ajouta négligemment la comtesse, vous rendrez, — mais ceci est pour vous

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d'un jfllérêt bien secondaire, — un immense service à M. Verdelon.

— A M. Verdelon!

La voix de Louise s'altéra, et une vive rougeur colora ses joues pâlies par les émotions qu'elle venait d'éprouver.

— Dieu! se dit la comtesse, qui l'observait avec attention, je m'en doutais , et à présent j'en suis sûre, elle aime l'avocat.

— Mon Dieu, oui, continua-t-elle tout haut: il a demandé en mariage, il y a deux jours, une jeune fille fort riche. Je ne puis vous dire son nom, c'est un secret qui m'a été confié; mais les parents, qui sont très-religieux, ont répondu qu'ils ne consentiraient à ce mariage que si M. Verdelon renonçait à plaider oe malheureux procès. Lui croit son honneur engagé à le soutenir. Il est évident que si l'appel n*avait pas lieu, M. Verdelon ferait un excellent mariage. La jeune iille l'aime.

Louise était redevenue d'une pâleur livide.

— Parlez, madame, dit-elle, que puis-je faire ?

— Vous êtes bien persuadée que votre frère ne poursuit ce procès que dans votre intérêt?

— Dans celui de la justice d'abord , madame, dans le mien ensuite.

— La justice ne peut être que du côté des Pères L seuls, ils sont juges compétents pour cela.

— Soit, madame, je reconnais que nous devons plier devant eux. Mais, au nom du ciel, com-

ment puis- je éloigner de mon frère le coup dont: on le menace?

— Le Père Briffard, qui m'a envoyée vers vous, ne demande que deux choses. Si vous y consentez, la bulle dVxcommunicatîon que les Pères ont obtenue de Rome sera brûlée* et il ne sera pas donné suite à l'interdit. Le Père Briffani se chargera d'arranger Taflaire à l'archevêché.

— Dites, madame, dites! je ne tiens pas à cette fortune, moi. A quoi me servirait-elle, à présent?

~ Bon, pensa la comtesse, la nouvelle du prétendu mariage de Yerdelon a produit son effet

— Je le crois, mon enfant, dit-elle, voire âme s'élève plus haut qu'un vil attachement aux choses périssables. Le monde n'est pas digne de vous posséder.

— Il ne s'agit pas de moi, madame, mais de mon frère ; les moments sont précieux.

— Eh bien! renoncez d'abord pour vousmême à cet appel. Voilà la première condition imposée par le Père Briffard. Je vais vous dicter cette renonciation.

Et la comtesse tira d'un petit sac de voyage tout ce qu'il fallait pour écrire.

— Nul doute que cette pièce, une fois déposée au parquet, votre frère ne sente qu'une poursuite de sa part serait inutile. Il n'aurait même pas l'excuse de l'amour fraternel.

Cette pièce était ainsi conçue:

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,,Moi, Louise Julio de la Clavière, demeurant i, etc., etc., déclare que, parfaitement convaincue, »ar suite de renseignements qui me sont parvenus, que la volonté de ma tante Suzanne Guirat de la Clavière, née Julio de La Clavière, a bien été le laisser la totalité de ses biens à M. Tourlîchon, sauf les legs énoncés dans le testament, je léclare que je renonce à Tappel qui avait été formé :ant en mon nom qu'en celui de mon frère, ne croyant pas pouvoir attaquer en conscience des dispositions que je sais avoir été faites librement en faveur de M. Tournichon sans aucune des conditions qui constituent un fidéi-commis.

„Fait à Saint-Aventin, le 12 septembre 1860.**

— Madame, dit Louise, après avoir mis sa signature, je fais ceci pour sauver mon frère, mais, je ne me le dissimule pas, il condamnerait cette action s'il la connaissait. Car enfin j'affirme ce que je sais être faux. C'est bien la fortune des Jésuites qu'il s'agit de sauvegarder et l'acte que je viens de faire est un mensonge. Que Dieu me le pardonne et à ceux qui me poussent à de telles extrémités !

— Vous ne voyez pas les choses telles qu'elles sont Qu'importe que les termes de votre déclaration portent sur Tournichon? Il y a des cas nombreux où il est permis d'user d'équivoques et celui-là en est un.

— Â présent, madame, quelle est la seconde

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condition qui m'est imposée pour acheter la tranquillité de mon frère?

— Celle-ci, dit la comtesse, vous est imposée par le Père Briffard seulement dans votre intérêt

— Enûn de quoi s*agit-il? dit Louise presque avec impatience.

— Il ne faut pas que votre frère sache à présent ce qui s'est passé entre nous. J'espère même que plus tard vous ne lui direz que ce que la prudence exige. Vous allez donc vous retirer dans un couvent jusqu'à ce que cette affaire soil terminée. Ce sera juste le temps de faire une retraite et de demander à Dieu de vous éclairer sur votre vocation religieuse. Le Père Briffard est persuadé qu'elle est sérieuse. Et il se demande ce que vous pouvez avoir vu dans le monde qui vous ait séduite jusqu'au point de vous faire oublier les saintes promesses que vous aviez faites à Dieu.

— Oh! je n'aurais rien à regretter dans ce monde que mon cher Julio , dit Louise , dont le cœur se brisait à la pensée de la trahison de son amant.

Hélas! cette trahison était prévue: la froideur des dernières lettres de Verdelon l'avait fait assez pressentir. Mais il y a si loin de la crainte à la réalité. La pauvre Louise ne mit pas en doute l'assertion de la comtesse de ***, au sujet du mariage de Verdelon. Brisée par les émotions de ce cruel rendez- vous, elle résista pourtant avant

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de se soumettre à la seconde condition du Père Briffard. Partir avec la comtesse, quitter Julio sans le prévenir, sans Jui demander conseil, le livrer à de mortelles inquiétudes, cela n'était pas possible !

La comtesse répondit à toutes les objections de Louise: /

— Le Père Briffard tient autant à cette seconde condition qu'à la première. Après les exercices de cette sainte retraite, vous serez libre de retourner à Saint-Aventin. D'ailleurs, écrivez à votre frère.

Puis la menace de l'excommunication, de l'interdit fut répétée.

Louise céda et elle écrivit à Julio dans le sens que lui indiqua la comtesse.

„Mon cher Julio, je suis convaincue que le procès que nous avons intenté à M. Tournichon est injuste. Pour moi, je me désiste de mon appel. Je te quitte pour quelques jours. Il ne lient qu'à toi de me voir revenir bientôt à Saint- Aventin. Renonce à ce malheureux procès. Renonce surtout à la publication de ton mémoire contre les Jésuites, qui attirerait sur moi et sur toi les plus graves malheurs. Fais cela pour l'amour de ta sœur. Je ne puis m'expliquer davantage; mais je suis bien déterminée à ne retourner à Saint-Aventin que lorsque tu auras cédé

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à mes désira. Songe que 'me refuser serait peutêtre prononcer l'arrêt d'une séparation éternelle."

La comtesse de *** pria Louise de lui donner une copie de cette lettre pour le Père Briffard. Après cela, elles firent un détour dans la montagne qui les ramena sur la route de Luchon. Le jour baissait; une , voiture se trouva là; la comtesse y monta avec Louise.

Le parquet.

Quand Julio rentra chez lui, l'heure du repas du soir était depuis longtemps passée, et il riait en lui-même à la pensée de la charmante petite querelle que Louise allait lui faire, ponr' avon* laissé refroidir le dîner de mère Marthe qui n'entendait pas plaisanterie là-dessus. Mais il avait de si bonnes excuses à faire vaîoh*, il apportait à Louise de la part de ses malades tant de bénédictions pour les secours qu'elle leur avait €ffivoyés, que la paix serait bientôt faite. On mangerait, en riant, le dtner froid; on le. trooTerait ^Uent, et on laisserait bougonner la bonne

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Marthe tout à son aise. Jamais peut-être Julio n'avait tant savouré les joies de ce cber petit intérie«r où Louise était pour lui l'univers entier.

11 fut d'abord assez surpris d'apprendre que sa sœur avait quitté le presbytère une heure après lui et qu'elle n'était pas encore rentrée. Marthe raconta à Julio ce qui s'était passé: le petit messager, la lettre qu'il avait apportée, et comment Louise, après l'avoir lue, avait changé de robe, pris son chapeau et son châle et était sortie sans dire où elle allait.

Ces détails inquiétèrent Julio. Pourquoi cette espèce de toilette? Jusqu'à présent le deuil récent de Louise l'avait empêchée de faire des visites dans les rares maisons bourgeoises de Saint-Aventin et des environs. Où pouvait-elle être allée? Elle ne connaissait personne. Et cette lettre, de qui venait^elle? Un instant Julio pensa à Verd€lon. Aurait-il demandé un rendez-vous à sa sœur ? Mais Verdelon savait que la porte du presbytère était toujours ouverte po«r lui. Il n'était pas nécessaire de prendre un moyen détourné pour parler à Louise; et Louise elle-même aurait dû trouver cetl« manière d'agir au moins inconvenante. Et le pauvre Julio se sentait au cœur une vive irritation. Elle cessa bientôt. Si Louise fût sortie pour aller rejoindre Verdelon à un lieu indiqué, elle serait rentrée depuis longtemps. Cinq heures s'étaient écoulées depuis le moment de son départ. Elle ne voudrait pas se faire un jeu des

, inquiétudes de son frère. VerdeJon n'était pour rien là-dedans. Alors une autre pensée, pensée terrible, arriva au cœur de Julio. Il était arrivé un accident à Louise!

Que faire ? Où la chercher ? Nul indice . . . Marthe ignorait quelle direction elle avait prise. Les voisins questionnés n'en savaient pas davantage. Il fallait attendre encore.

Julio assis devant la table, sur laquelle Marthe avait placé le diner, la tête appuyée dans ses mains, réfléchissait, et son imagination ne lui présentait plus que des images sinistres. Il ne répondait pas à Marthe qui le pressait de prendre au moins un peu de potage. Il se levait, marchait à grands pas dans la chambre, puis il sortait, explorait les sentiers et se demandait avec angoisse quel était celui que sa sœur avait pris? La soirée se passa ainsi. La nuit était arrivée, Julio se préparait à aller demander à ses paroissiens, alors arrivés de leurs travaux, de prendre des torches et d'aller avec lui à la recherche de sa sœur. Chacun suivrait une direction différente et l'on conviendrait des points sur lesquels on devrait se retrouver! Tout à coup on frappe à la porte du presbytère : c'est elle, dit Julio. Il va ouvrir, et voit devant lui un jeune homme presque idiot. Ce garçon était d'une commune voisine de Saint-Aventin ; il était connu dans toute la montagne qu'il parcourait en demandant l'aumône. Il comprenait assez ce qu'on lui disait pour faire les petites commissions dont on le

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chargeait Mais sa bouche n'articulait que des sons confus ou quelques mots que la misère lui avait appris à prononcer: Du pain... J'ai froid... Un sou ... Il balbutia tout cela à Julio, en lui remet* tant la lettre de sa sœur. Louise avait rencontré Tenfant à quelque distance de la chapelle de Saint- Aventin, et elle lui avait donné la lettre qu'elle avait écrite sous la dictée de la comtesse. Celleci ne s'opposa pas à ce que Louise se servît de l'idiot. C'était de tous les messagers le moins compromettant. £t Louise fut heureuse de savoir que son frère ne passerait pas la nuit tout entière dans des angoisses mortelles.

Le pauvre idiot aimait beaucoup le jeune prêtre et sa sœur: ils lui parlaient avec douceur, et lui faisaient faire souvent de bons repas, seule jouissance à laquelle cet être dégradé parût sensible. Sans doute il s'était hâté pour apporter cette lettre, car il était inondé de sueur, ce qui ne l'empêchait pas de répéter d'une voix lugubre :— J'ai froid .. . j'ai froid ... du pain ... un sou. — Julio le fit entrer et le recommanda à Marthe; puis il ouvrit, en tremblant, la lettre de Louise.

Il vit là aussitôt une trame odieuse, un piège tendu à sa sœur et à lui. Cela était de la dernière évidence. 11 ne pouvait en accuser que ceux qui avaient un intérêt à effrayer sa sœur et à lui faire prendre une détermination extrême. Les Jésuites avaient tout fait.

Julio pourtant se trouva soulagé d'une affreuse

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inquiétude. Où était Loiiôse? Il le saurait doute bientôt Mais enfin il n'aurait point à explo* rer les précipices de la montagne a?ec TbornUe crainte d'y trouver le corps mutilé de sa sœur. Après avoir passé par toutes les angoisses qui peu* vent déchirer le cœur d'un homme, cette lettre était presque un banheur. Tant qu'à demander des renseignements à l'idiot, c'était chose inutile. Sans doute le lendemain une nouvelle lettre arriverait qui expliquerait toute cette mystérieuse affaire.

Le curé de Saint-Aventin ne put trouver pendant la nuit un seul instant de re|)os. — Où était Louise? Comment avait -elle été amenée à lui écrire cette lettre?

Il n'eut pas la pensée de renoncer à l'appel et à la publication de son mémoire. 11 y avait là une odieuse intrigue qu'il fallait déjouer.

Le lendemain matin , il partit pour T. Il se rendit chez son imprimeur et lui remit son manuscrit. Un entre-filet placé dans le principal journal de T. devait «annoncer la nouvelle de la mise sous presse du mémoire. De là il se rendit au parquet.

Le substitut apprit à Julio que le désistement de Louise de l'appel contre le jugement qui avait été rendu en faveur de Tournichon était arrivé le matin même au parquet.

Julio fut accueilli à T. avec courtoisie par le substitut du procureur impérial, qui r-eçut sa déclaration et entre les mains duquel il déposa la

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lettre de Louise povr avertir la justice de )a disr p^rition 4e*sa sœqr, disparition qu'il pouvait légitiineineqt attrit)vter à des manœuvres pdieuses.*

C'était le momçnt où la magistrature en FraijiGe ^xerça^ une surveillance extrême sur les comn^un^utés religieuses. Des plaintes graves étaient venues de plusieurs points du territoire, et des enquêta avaient constaté des actes coupables de séquestration sur de jeunes filles mineures vainement récl^irnées pair leurs parents. Des procès avaient eu lieu, et il avait été prouvé que des prçtres appartenant à des corporations religieuses p'étaiei^t pas étrangers à ces délits sévèrement prohibés par la loi.

— Nous ^Hons, dit le substitut donner les ordres les plus précis pour la recherche de mademoiselle de La Clavière, non seulement dans le ijépartement mais encore daps toute la France. Spq signalement sera adressé à nos agents à l'étranger et lai police ne négligera rien pour la retrouver. Mais notre rôle dans tout ceci ne peut être qu'officieux. Nous ne pouvons intenter une action contre personne. Mademoiselle votre sœur p'est pas mineure; elle a vingt-deux ans: dès lors elle s'appartient, aux yeux de la loi. La pièce qqe vous me communiquez parle de malheurs auxquels elle serait exposée ainsi que vous. Mais la loi n'atteint que des délits et nullement Thypothèse d'un danger. Il est bien évident que les Jésuites sont pour quelque chose là dedans. M^i^

s'ils sont dignes de la réputation qu'on leur a faite, ils ont été assez habiles pour lie paraître absolument en rien dans une affaire où ils sont cependant les uniques intéressés. Je gagerais tout au monde que mademoiselle votre sœur ne se trouvera dans aucun des couvents du Sacré-Cœur dont ils ont la direction exclusive. En aurions-nous le droit, nous ne pourrions faire- là de recherches que pour la forme. Mais croyez bien que nous n'arriverions jamais à constater un corps de délit contre les Jésuites.

— La loi est donc impuissante? Vous avouez vous-même que les Jésuites sont les auteurs de cette coupable disparition. Elle est faite avec violence puisque la victime se déclare en danger. Elle parle de malheurs que mon refus de me désister pourrait attirer sur elle et sur moi.

— Vous pressez un peu trop l'argument. Monsieur Tabbé. De ce que votre sœur, pour obtenir, à tort ou à raison, voire désistement d'un appel défavorable aux Jésuites, se dit en danger, il ne faut pas conclure que le danger existe réellement. Elle a pu ou le croire de bonne foi, quoiqu'il n'y ait eu que des menaces, ou tremper dans quelque misérable intrigue destinée k vous intimider, intrigue qu'une âme simple et loyale comme la sienne n'aura pas soupçonnée. Dans tous les cas, rien ne constitue un déhi, et la loi ne poursuit que les délits. Et puis des amis fa* natiques des Jésuites, sinon à leur insu, du moins

avec leur consentement tacite, peuvent bien ourdir quelque trame ténébreuse et braver la loi pour la mettre à exécution. Les tribunaux ont retenti il y a peu de mois de faits semblables. Et nous savons qu'on va juger, dans deux ou trois villes, des délits de séquestration. Mais je vous le répète : là il s*agit de mineures. Toutefois, malgré ces déclarations, qui, je le vois, vous surprennent, — on croit chez nous à l'omnipotence du parquet, — nous ferons des efforts de toute sorte pour arriver à un résultat favorable. Majeure ou non, si mademoiselle votre sœur est tombée dans un piège, si Ton a fait violence à sa liberté par des ruses coupables, nous lui devons secours.

Comptez, monsieur, sur tout notre zèle. De votre côté, livrez-vous aux recherches les plus actives. Je vous re verrai toujours avec le plus vif intérêt, et les moindres indices que vous aurez recueillis pourront me mettre sur la trace des coupables, si nous pouvons, je vous le répète, trouver des coupables.

Julio sortit du cabinet du substitut profondément découragé. Les hommes qui se trouvent blessés par une injustice ne comprennent pas que la loi ne puisse à l'instant réparer le tort dont ils se plaignent. Les longueurs, les tâtonnements des magistrats chargés de poursuivre les délits sont des protections de la liberté de tous. Julio, depuis le départ de sa sœur, s'était fait toute une petite procédure à son usage. Il voyait déjà, à

}64 LE HACDIT

tr9ver8 $on imaginatiop, ceç coupables Jésiûtes' ces hooimes qui captaient les héritages, et faisiueqt au besoin enlever les héritières, convaincus devant les tribunaux d'avoir eu recours à des moyens odieux pour le faire renoncer à $on ^ppel 1(6 magistrat venait de mettre de la glace sur ce beau feu. Avant de poursuivre un Jésuite pu uo autre, il faut constater un délit

Verdelon apprit, presque avec sang-froid, de la bouche de Julio, l'aventure de Louise.

— Comment 9-t-elle pu se laisser prendre à un piège si grossier? Vraiment tes femmes ont bien peu de tête!

TT— Mon Dieul Qui sait? Une jeune fille candide entre les mains de telles gens , . .

— Il faut être bien naïve pour croire que, de notre temps, on puisse exercer une violence.

— Pourtant cela s'est vu.

— Allons donc! oui, sur des enfants. Nous savons les affaires Blount... Mais une femme de vingt-deux à vingt-trois ans.

Il était évident que Verdelon cherchait des torts à Louise.

— Que ferons-nous maintenant?

— Je ne vois pas trop. Soyez prudent dans votre mémoire. Les Jésuites pourraient vous poursuivre en calomnie; et il y a prison. Prenez-y garde. A défaut d'autre vengeance, ils seraient heureux de vous voir vous perdre vous-même. Et franchement après l'arrêt du tribunal cjvil , je

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commence à croire que vous ne seriez pas traité avec indulgence. C'est triste à dire; mais dame Thémis a bien quelques prédilections pour les forts.

-^ Et Louise ?

-^ Que voulez-vous? Elle est majeure. Si on lui a fait croire un tas de sornettes, et qu'on vous ia promène de couvent en couvent , où irez* vous la saisir? Vous connaissez aussi bien que moi de quoi ces gens-là sont capables.

— Vous n'êtes guère consolant

, — Mon ami, il faut être positif dans la vie et voir les choses ce qu'elles sont. Votre sœur a fait une sottise; vous en supporterez les conséquences. Elle vous a quitté plus ou moins volontairement; les termes de sa lettre n'indiquent pas la violence: seulement on l'a effrayée.

— Vous me conseilleriez donc de me désister àe mon appel.

— Pas le moins du monde. Il y a encore une chance; ii faut la courir. Notre honneur y est intéressé. Devant cette menace, vous devez moins encore reculer.

— C'est bien ma résolution. Je viens de porter mon mémoire sur les Jésuites à mon imprimeur.

— Relisez toujours avec le plus grand soin les épreuves. Surtout pas d'allusions à l'enlèvement de votre sœur. Ils vous poursuivraient en calomnie. Je vous renouvelle ce conseil.

— Et Louise?

— Il faut la chercher.

Julio se retira. Il n'avait jamais trouvé Verde- Ion aussi froid. L'amour était éteint, Tamitié était oubliée. Julio le comprit.

11 passa plusieurs jours à T., ses recherches furent infructueuses. Celles de la police, qui mit en campagne ses agents les plus habiles, n'eurent pas un meilleur résultat. Il demeura prouvé que mademoiselle de la Clavière n'était point à T., et que, probablement même, elle n'avait pas traversé la ville à son départ de Saint-Aventin.

Les perquisitions continuèrent à Paris, dans les départements et à l'étranger. Le parquet tint parole à Julio. C'était au moment où il fallait faire du zèle dans ce sens. Le ministre de la justice fut prévenu, par un rapport du procureur impérial, de l'événement de Saint-Aventin.

Délaissement.

La vue du presbytère où Julio avait possédé son cher trésor réveilla toutes les douleurs que le mouvement, les visites, les courses dans une grande ville semblaient avoir attiédies. La solitude leur donna une intensité terrible. Quelques pages de

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ses mémoires reti*ou?ées plus tard rendent toute l'amertume de cette existence, à jamais brisée.

„ ... Et maintenant je suis seul!

„Tous mes rêves de bonheur, toutes mes illusions de joies pures, dans le plus humble des presbytères, de la vie passée à jouir de Dieu, de la nature, de l'amitié la plus douce qui pût se trouver ici-bas, tout cela n'a duré qu'un instant!

„Ils m'ont enlevé ma Louise, le seul bien que j'eusse demandé à Dieu des choses de la terre. Ou la retiennent-ils? Peut-être au delà des mers . . . Le génie jésuitique embrasse le monde.

^Souvent depuis cet enlèvement fatal, auquel à l'heure présente j'ai de la peine à croire, tant il est de sa nature invraisemblable, il me semble que des siècles se sont déjà écoulés sur ma vie et que ce fait bizarre s'est accompli à l'une de ces époques légendaires où, la loi ne protégeant personne, parce qu'elle s'arrêtait aux limites de chaque terre baronale, des chevaliers se croyaient obligés à s'armer pour faire une police oflicieuse et défendre la veuve et l'orphelin.

„Si le crime qui fait le désespoir" de mon cœur se fût commis en plein moyen âge, il y aurait eu à parcourir un rayon bien étroit pour trouver la prison de ma sœur. Et je suis au dixneuvième siècle! Et peut-être on l'expédie avec une cargaison de filles en cornettes pour les mis-

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sioiifl de la Cfaifie ou de FAustralie. Julio, va donc faire à cette heure le chevalier errant I

„Mais ne maudissons pas notre civilisation. Si elle favorise l'évasion des bandits, l'enlèvement des femmes, la séquestration des êtres fiaibles ou trompés dans des cellules de couvent, eHe me permet de faire entendre ma plainte jusqu'aux limites du monde où ma langue peut être comprise. Je pourrai flétrir, pour ce siècle et pour les siècles suivants, les misérables qui s'acharnent sur moi» Je léguerai à l'avenir ma protestation énergique contre l'ambition désordonnée d'iin ordre dont la destinée semble emporter la ruine du catholicisme.

„Mais ces hommes se rient de mon impuissance. Peut-être au moment où je jette ces lignes sur le papier pour m'étourdir dans ma douleur, et interrompre la monotonie de mes longues heures de solitude, ils obtiennent encore de la justice humaine une seconde consécration de leur fraude. Et la gent béate applaudira à ce triomphe et en bénira le ciel. Elle aura ses messes tl'actions île grâces pour les bons pères indignement accusés; et le spolié, le martyr de ces hommes sera le monstre objet des saintes haines, le maudit sur qui tomberont les anathèmes, le paria que le clergé ne devra ni toucher de la main ni saluer du regard!

„0 raison, où sont les conquêtes?

^Superstition, abaissement du sens moral, hor^

PAR l'abôé "**♦ 159

Tthle fanatisme, que tous avez encore dé puis-

sance

„Puis ils s^étonnent des répulsions qu'ils trouvent dans le inonde! Une immense conspiration se perpéltie de siècle en siècle contre eux. Et le jour où ils reviennent afficher par leurs constructions colossales, le triomphe sur les révolutions qui les ont vaincus, mettre à néant les expulsions juridiques par un développement nouveau et des prospérités qui dépassent celles de leurs époques les plus brillantes, ils retrouvent la société civile aussi implacable que jamais, redoutant, comme aux siècles écoulés, la domination qu'ils ont exercée sur toute l'Europe, et prenant des précautions prudentes pour ne pas tomber sous le système théocratique dont ils sont les ardents promoteurs. Et les haines persévérantes du monde moderne les étonnent! Ils lui ont déclaré une guerre acharnée. Ce monde se défend.

,,Ils sont bien fiers quand ils peuvent dire: — Ce n'est pas nous que Ton poursuit, c'est la religion, c'est l'Église, c'est la papauté dont nous sommes les plus ardents défenseurs.

„Et d'abord comment êtes-vous de meilleurs appuis de la religion que quarante mille prêtres qui sont en France, vous, quatre à cinq cents Jésuites exerçant la prédication ou le professorat parmi nous?

„Volre éloquence en chaire a -t- elle plus de valeur que la nôtre? Le sermon du Jésuite dif-

160 LB MAUDIT PAR l'aBBÉ *** |

fère-t-il notablement de celui du vicaire delà paroisse? Nous ne nous en apercevons pas. Votre enseignement a-t-il quelque procédé qui ne soit connu .et rnis en pratique dans le plus modeste des petits séminaires de province comme dans vos collèges? Que dites-vous aux âmes pieuses dans le confessionnal que ce que tous peuvent dire? Vous êtes plus indulgents: c'est votre af- | faire. Vous flattez une caste qui vous aime et qui vous prodigue son or! Vous l'envoyez au ciel par un chemin semé de roses: nous n'ayons pas à nous y opposer. Dieu est bon pour ce monde-là, comme pour le monde des pauvres, des campagnards, des travailleurs qui sont notre troupeau. Mais de grâce, renoncez donc à cette orgueilieuse prétention d'être l'avant - garde du catholicisme. L'Église était avant vous, et c'est depuis vos beaux systèmes que l'Église périclite, et que cette Rome temporelle, portée sur vos épaules, s'effondre en ruines.

rm DU TOME QUATRllEME.

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Imprimerie de R. Baist k Francfort s. M.

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