TOUS MAN
Prends de cette eau lustrée en ta soucoupe d’or, Mets sur ton front pieux ce voile de Nagor;
Tel le prescrit la loi de nos rites antiques,
Et gravis d’un pas lent le Mandatta Gourla, Mont trois fois saint parmi tant de monts symboliques, Si tu veux t’endormir au sein du Nirvana.
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L'heure est belle, et je suis ivre de nonchaloir; L'âme des choses monte au rythme de l’andante
Où clame, par moment l'essaim des spectres noirs.
ji: Ah! comme la lumiere...
à Jules-Edouard Prévost
Ah! eomme la lumière était chaude à mon cœur Li Lorsque, sonnant l’orgueil de mon adolescence, : Fanfare triomphale, extasiés, vainqueurs,
| Mes rêves et mon sang rendaient ma vie immense.
* L'univers était grand, mais moins que mon désir, : Et le soletl brûlant, mais pas plus que mon âme,
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Vous étiez mes amis Aymerillot, roi Lear, } Vous aussi Desdémone, ange plutôt que femme.
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Je vous parlais au long du chemin familier
Où j'allais m'égarer aux heures romantiques ; Héroïnes, héros, paladins, chevaliers,
Les arbres répétaient vos grands gestes épiques.
Je vivais avec vous, vous me faisiez les bois Mystérieux et pleins de sublimes chimères.
Mon être tressaiiiait aü seul bruit de vos voix
Dont le rythme était beau comme un beau vers d’'Homère.
Ah! mes beaux souvenirs, qu’ils sont délicieux. J'aimais un coin choisi, &iscret, d’une colline Tout près d’une cascade au bruit glauque et joyeux
Et dont l’eau dans le vent s’élève en mousseline.
J'apportais un poème et, vibrant ou rêveur,
Je cclorais encore ta beauté, 6 nature, Par ce que j'y mettais de juvénile ardeur A te parer de l’or de mes belies lectures.
L’heure est belle.
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pendant, je t’aimais aussi naïvement our tes arbres, tes fleurs, tes velours, tes dentelles, es rires, tes sanglots et tes enchantements, Drature changeante, immobile, immortelle.
be de fois j’admirai la dégradation, Ja mort du soleil, de la sainte lumière!
band, strié d’orangé, de vert, de vermillon,
codont s'étalait, immense radiaire,
Se souvent j’entendis la cascade au son clair.
Bnide, régulier et Jamais monotone, rvthmer, obsédante et plaintive, mes vers...
“tait le printemps, maintenant c'est l'automne!
deserté la joie, ô mes amis d'antan,
tour néfaste et dur me jeta dans la ville tout, jusqu’à l’amour, est pressé, haletant, même un cœur d’enfant est une chose vile.
Mais je retournerai, je reviendrai vers toi, Nature qui me fus maternelle et si tendre;
Je saurai retrouver mes rêves à ta voix;
Je veux me retremper en toi, tu peux m’attendre.
Dans le palais sacré des chênes et des ormes, Des pruches et des pins, des cèdres, des tilleuls, Le merveilleux secret des couleurs et des formes Se renouvelle, vit, demeure. Et c'est là seul,
Dans ce vivant palais aux colonnes fécondes Dont le dôme est un chant et dont les hôtes sont —Rossignols, roitelets, mésanges et pinsons— Ceux qui font plus joyeux le sourire du monde,
Que je veux promener le dégoût et l’ennui Qu'’a jeté dans mon cœur la ville, ce cratère... O forêt où le jour semble une belle nuit
Pour ce que vous semez d'étoiles sur la terre.
Paix du Soir
à Conrad Bastien
Dans l'air pourpre du soir s’accusent les contours, La plaine moissonnée étale son velours,
Et ia maison, paisible et blanche, aux volets verts, Se reflète dans l’eau calme du ruisseau clair.
Une grande douceur s’épand sur tout, exquise,
Et seule la chanson des feuilles dans la brise
Module un lent dolce sous les sombres futaies;
De chauds parfums sucrés embaument dans les haies.
Tout s’est tu dans les champs ; les hommes ont cesse Le beau travail fécond de la terre harassés, Sous les arbres cléments, ils se sont étendus
Et reposent, heureux, leurs muscles détendus.
Des papillons dorés voltigent par cohortes, Un enfant arrété sur le seuil de la porte Semble sonver, les yeux agrandis, pleins de rêve.
Soudair, dans l'air pensit un long frisson s'élève.
Et Cest semblablement, un mystérieux flot
Qui hat à vague lente un invisible ilot—
La cuainte qui et.eint les cœurs dans chaque bruit.
C'est l'heure où le bon chien fait sa ronde de nuit.
Dans les Bois
à Emile Lavoie
Ce soir d’hiver a point de blanches fleurs de gel
Les rameaux dépouillés des arbres; et le pale Reflet bleu de la lune, en ce beau ciel d’opale, Répand sur la forêt un air artificiel,
Un air mystérieux, éblouissant et presque Irréel, tant il est poétiquement doux
Dans le scintillement qui nous vient de partout, Des pins et des tilleuls aux brunes arabesques.
Et nous allons chantant des airs remémorés, Joyeux du pas rythmé de nes souples raquettes, Regardant s’allonger nos deux ombres très nettes
Sur la neige craquante au son mat et feutré.
Ah! le divin plaisir de flotter sur la neige, Et de tracer soi-même, au gré de son désir, Un beau chemin de rêve, et d'entendre gémir
La bise musicale aux douloureux arpèges ;
Où bien de s'arrêter sur le bord d’un ravin
Qui dans le bois pensif semble un front qui se penche, Et soudain de glisser comme des avalanches !
Plaisir de respirer les senteurs du sapin!
Cet air tout imprégné de parfums balsamiques Qui exaite et qui grise ainsi qu’une liqueur, Que de fois il a fait palpiter notre cœur
Et courir notre Sang, Comme un philtre magique!
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L'heure est belle. 39
Qu'il fait bon s’en aller, le corps souple et dispos, Dans un divin décor de cristal et de givre, Sentir s’irradier l’ardent bonheur de vivre,
Et vibrer longuement en un long crescendo.
On Jouait au Hockey
à Charles Chamberland
Sous l'éclat violet, aveuglant et brutal, Des iampes électriques,
L'arène est—nappe bleue aux lueurs de métal— Un étang phosphorique.
On croirait qu’elle s’est, dans ses moindres cristaux, Pour ce tournoi moderne,
Plue à se parsemer d’éclairs diamantaux Où tout le prisme alterne.
Soudain la foule qui, joyeuse, bruyarament, Sur les gradins s’entasse, A cessé sa clameur, car voilà maintenant Les jouteurs sur la glace.
Gracieux et légers sur leurs lames d’acier Qui sculptent des volutes, ê Ils tournent. On dirait les danseurs d’un lancier {3 Dansant au son des flûtes. 4
Mais voici que l’arbitre est là. L’attention Voltige comme ur : aile, Deux joueurs ont saisi, du bout de leurs bâtons Recourbés, la rondelle.
Attentifs, les deux camps se regardent. Les yeux
—La foule est haletante—-
Se fixent. Et les nerfs raidis, impérieux,
Frémissent dans l'attente.
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Puis soudain, c’est la course errante vers un but Qui n’est jamais le même,
Qui bondit, vire, vole et toujours imprévu, Est un vivant dilemme.
Regardez. N'est-ce pas que ce mâle tournoi Est vraiment la bataille? De leurs armes, ces preux de pur et bon aloi
Frappent d’estoc, de taille.
Is se croisent, s’emmélent ; cependant chacun, Comme un brillant stratège,
Ne bouge qu'au moment fatidique, opportun, Qui aide ou qui protège.
Et c’est, dans un fouillis d'attaques et d’arrêts Et de passes savantes,
Un courbillonnement difforme où, sans apprêts, Un beau corps se présente.
Ce Matin
} à Victor Barbeau
à Ce matin l’air est frais, le ciel est rose et bleu.
| Les arbres recueillis s’abreuvent de lumière ; ï . Silence! Le soleil splendide, fastueux,
| Vient insuffler la vie à mes roses trémières,
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+ Un vol d’ciseau tel un triangle a traversé - Le petit horizon de ma fenêtre, et c’est, Bi Géométrique et vif, le trajet d’une pierre.
Silence! Le soleil splendide, fastueux,
Qui monte l’escalier de la lente journée
Et regarde les monts comme des graminées, Et dont l’oeil est puissant et bon, car c’est un dieu,
Vient insuffler la vie à mes roses trémières, Mes belles fleurs, petits soleils de mor jardin. Et je veux à ce dieu dire une humble prière
Dans la calme fraîcheur de ce rose matin.
Soir d'Artiste
à Marcel Dugas
J'ai rêvé d’un palais merveilleux Dans la Tripolitaine.
Sur le bord de la mer aux flots bleus
Où chantent les sirènes :
Les portes étaient de marbre blanc, Les colonnes de jade,
Et dans le clair jardin somnolent Roulaient des sérénades,
4s Le Mauvais Passant
Puisqu’auprès des étangs, des jets d’eau Et des vasques nacrées,
Voletaient et chantaient les oiseaux Aimés de Cythérée.
J’allais, timide, sous le regard Des déesses de marbre,
Et je vivais dans l’extase, car, Joyeux entre les arbres,
J'avais vu des nymphes et des dieux — Vision puérile —
Prendre leurs ébats voluptueux
Comme au temps de Virgile.
Antique décor, rêve païen, Poème de Tibulle,
Quand je vous ai vus je me souviens
Qu'il faisait crépuscuie.
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L’heure est belle. a
Le soleil était tombé là-bas,
Tout au fond de l’eau verte; L’occident semblait un dahlia
A la corolle ouverte.
Et les paons somnolaient sur les murs, De même que les cygnes Dans l’eau calme des vasques. L’'azur
Bercait, comme une vigne,
Ses grappes d’astres à l'orient, Pendant que sur la grève La vague, doucement, lentement,
Chantait tel que mon rêve.
Or je suivais des yeux sur la mer Les voiles des tartanes, Ou j'écoutais, errante dans l'air.
La plainte des piatanes.
Et je songeais : Soir si clair, si beau, Si rempli de caresses,
Je te chanterai sur mes pipeaux, O cher soir qui m'oppresse;
Puisque tu fais mon cœur plus vibrant Et mon âme plus tendre,
Que par toi mon amour est plus grand,
O soir qui viens me prendre.
Soir en Forêt
à Roger Maitlet
Au pourpre crépuscule, en jets torrentiels, La lumière tombait, cascade éblouissante,
‘ “vendant que le soir tenace dans les sentes nêlait au parfum des bois essentiels.
Pieusement, j’entrai dans la forêt puissante Où flotte du passé le rêve impersonnel,
Dont le regard serein, impassible, éternel,
À vu croître et déchoir des races incessantes,.
Le jour mourant jetait un arc-en-ciel d’émail
Sur le bord frissonnant du ténébreux portail
Où vécurent, jadis, des peuples pleins de gloire;
Et mon cœur a frémi de tristesse et de deuil, Devant cette nature ardente dent l’histoire Se perd dans la chanson du vent et des bouvreuils.
Soir d'Hiver
à Ubald Paguin
Les astres, cette nuit, lancent leurs flèches d’or Sur le velours du cie! comme des feux de bagues ; Et j'écoute gémir, lamentations vagues,
Le vent plaintif qui pleure et tournoie au dehor:
Par la pâle campagne où la neige blafarde Sous la clarté lunaire, ainsi que des cheveux,
À des chatoiements blonds mêlés de rayons bleus Sa mélopée exquise et lointaine s’attarde.
Le Mauvais Puzsa:it
Le squelette des bois estompe l'horizon
Où se perd par degrés la candeur nivéale, Pendant que sur un pan du ciel, comme ün blason, Monte dans l'infini l’aurore boréale.