BEEN TI
Sous l'ombre des cyprès et des saules, ce soir, Perdu dans la tristesse extatique des croix, Avec, comme un poignard, mon rêve sans espoir, Je regardais, hagard et l'âme en désarroi...
La Pensée
à Alphonse Beauregard
L’auréole des soirs a ceint mon âme vierge,
Et les rayonnements ont pénétré mes yeux
Devant qui les soleils tremblent comme des cierges, Les pâles soleils blonds épars au fond des cieux.
À mon front, la splendeur des rêves et des gloires S’est enroulée avec le souple enlacement
De la rivine lisse, et d’un seul mouvement
Je fais chanter les deuils et pleurer les victoires.
Le flauvais Passant
TR ee te su mr I
Or malgré ma puissance et mon éternité,
Et bien que je sois l’âme immanente des choses, Malgré mes royautés et mes apothéoses,
Je ne sais rien, je ne sais rien hormis douter.
Je puis nier parfois et prendre une attitude :
Sans dire jamais oui, quelquefois j’ai dit non, Mais le fond c’est le noir et c’est l'incertitude, Et cependant je vis, tout s’émeut à mon nom.
Et mon souffle a chassé les rois comme des feuilles, Mon souffle qui berça les oiseaux dans leurs nids,
Je suis matière et Syis esprit, sans que je veuille: Je viens de l’insondable et vais dans l'infini.
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Le Désespoir
à Antoine Maltais
: Un soir l'Humanité se leva dans sa geôle,
: Et devers l'étendue ouverte à l'infini - Cria son désespoir comme à Gethsémani ;
: Le vent tordait ses blancs cheveux sur ses épaules.
Il montait des sanglots des bois et des torrents,
| Tout semblait avoir peur comme aux temps angéliques
E Où dans la nuit, seion les légendes bibliques,
| Passaient dans les lointains des ombres de géants.
Les plaintes cexhalaient les bois. la mer pei S'apai-crent soudain devant cette clam ur, Comprenant se ce scuffle inouï de douleur
Portait le désespoir sur son aile plaint ve.
Voici ce que disait cette voix. âÂpreme:
À tout ce qui existe et grandit eur L: terre, À tout ce que l’azur ncus cèle de mvstè:
À tout ce qui se tait inexorable nt:
“Jai grandi dans la gloire ot dans les éponvai
J'ai prodijrué la vie au parcours du ebem J'ai fait de mes espoirs chose vivante
J'ai semé dans le ciel des dieux à pleine: mai
Sublime, j'ai marché de désastre on desas
Du Sinaï de flamme au Golgotha sanglant,
J'ai soulevé le monde et dénorabré les astres
HE in'oni cedé le pas au fe na S firmaments,.
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nbr. des cyprès.
S € et les êtres,
X ourds et froids; ai des prêtres,
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on sang et ma force,
is plus sûr vers le soleil le mot final.
Mon torse
de fierté, dans un réveil;
alors mes esclavages.
es rêgnes ont frémi,
p is le symbole éternel et sauvage
iui les puissants se sont couchés, soumis
que t ut tu à ma voix péremptoire,
le decrétai
Sera-t-il pardonné, ce cri blasphématoire ?
royant à l'effort de mon front :
“Dieu n'est pas nécessaire et le chiffre a dit: Non”.
Alors je ressentis un désir effrayant
Dont les assauts battaient ma poitrine superbe, Avec dans mes cheveux, pour couronne, des gerbes D’astres, je le rayai de son ciel flamboyant.
Et maintenant j'ai peur, mystère qui me hante, O profondeur de tout ce que l’on ne peut voir,
Je viens te mendier, hélas, un peu d'espoir; Mon orgueil est vaineu, ie pleure et m'épouvante,
Eternité, ma mère—-écoute, j'ai si froid !-— Tu pourrais éclairer mes veux de tes aurores. Tu n'aurais qu'à vouloir, à Clarté que j'implore.”
Le silence éternel épandait ses cffrois.
Et des sanglots montaient des bois et des torrents. Tout semblait gvoir peur, comme aux temps angéliques Où dans la nuit, selon les légendes bibliques,
Passaient dans les iointains des ombres de geants.
jues
Sons l'ombre des cyprès.
Et plus lente, la voix montait Jusqu’aux étoiles Avec des rythmes noirs pareils à ceux des glas : ‘Immensité, pourquoi garder toujours ton voile ?” Sourd à l'Humanité Dieu ne répondait pas.
Alors échevelant sa tête haute et belle
Et défiant le ciei de ses deux poings crispés :
“O splendeur de mon rêve, extases irréelles, Comme un soleil défunt, chimères, vous tombez!
Vous n'étiez que l’idole immobile du temple, Va raison s'abimait aux pieds de vains autels. le vous remplacerai dar : mon rêve éternel
Par un orguoil plus grand, par un espoir plus ample.”
: Ft c'est ainsi qu’un soir, oeil hagard, dans sa geôle
À L'Humanité criait sa plainte à l'infini, : émissant et pleurant comme à Gethsémani.… E Le vent tordait ses blancs cheveux sur ses épaules.
Immolation
à Germain Beaulieu
Rêveurs, hallucinés, dressant nos mains offertes.
Nos regards se tendaient vers le couchant vermeil :
Et nous nous abreuvions du sang chaud du soleil Dont les effluves d’or vibraient dans l'air inerte.
Les monts tordaient, au loin, leurs lentes courbes vertes Et. :: : nous offrait son festin de sommeil,
Mais !‘ ,sondable azur à la Sphynge pareil,
Nous conviait, montrant sa porte large ouverte.
Aussi sant écouter l’effroi qui haletait
En nos corps rués vers des tâches de valets,
Le cœur inassouvi au fond de nos poitrines,
Nous allions acharnés, impavides, hagards, Les pieds signants, les doigts crispés, par les ravines, Vers l’Idea]l vivant comme un pourpre étendard.
rines,
Comme la nuit est douce en l'ombre du vieux temple, Il fait calme et silence ainsi qu'en un désert ;
Le trouble de mon âme avec lenteur se perd
Et j'éprouve un bonheur mystique, je contemple.
à Claude-Henri Grignon
‘ous les arceaux bénis ; l'âme des encensoirs Déroulait sa &uipure aux rythmes des cantiques, Tandis que récitant les oraisons du soir,
Nous nous vêtions de paix et de douceur mystiques.
Les cierges d'or, tremblant autour de l’ostensoir, Célébraient avec nous la gloire eucharistique
Et nous étions heureux du bonheur de vouloir Nous abîmer au fond du sacré viatique.
Aussi, lorsque montant les degrés de l'autel, L'officiant, nimbé du ref let éternel, Elevait lentement le soleil de l’Hostie,
Dans le silence blanc et chaste de la nef,
Au moment où pieux nous nous courbions du chef,
La bonté descendait dans nos cœurs. infinie.
Le Joueur d'Orque
à Nôrbert Hotte
Dans la chapelle austère, à l'orgue, frère Jean
Fait chanter au clavier les ardeurs de son âme.
Chaque soir, au salut du Très-Saint-Sacrement,
Les rythmes, sous ses doigts, frissonnent dans les gammes.
Mais un désir l'obsède et grandit dans son cœur ; I veut rendre son jeu plus extatique encore, Et son beau front pâli se perle de sueurs.
Car son rêve est trop grand, l'orgue trop malsonore,
Le Mauvais Passant pe
“Frère que faites-vous? Vous ne jouez donc plus ?” Des larmes ont roulé de ses grands yeux rnystiques. “Frère que pensez-vous, c’est l’heure du salut,
L'ostensoir qu’on expose! 1] faut de la musique.”
Voici qu’un clair rayon de lune à traversé Le vitrail où se peint Cécile sa patronne, La sainte au clavecin qui dirige—-i]l le sait — Le cœur des chérubins autour de la Madone,
Et frère Jean pleurait : “Grande sainte aux yeux bleus, O combien j'ai d'ennui, la litanie achève
Et l'orgue ne veut pas chanter comme mon rêve,
J'ai dû pécher, hélas! Que je suis malheureux !”
Alors du clair vitrail, la sainte, souriante,
Descendit et s’en vint jouer pour frère Jean Et l'orgue ruissela de cadences sonnantes, Où courait en frissons la fugue aux sons d'argent.
eus,
Comme la nuîft est douce...
Les saints de pierre, au fond des niches ogivales, Et les anges sculptés aux voûtes de granit Semblaient se réveiller de leur somme infini
Pour entendre chanter la voix instrumentale.
Or, lorsque s’éteignit le dernier récital, Frère Jean, tout à coup, referma ses prunelles, Il venait de monter au divin festival]
Où chante le clavier des orgues éternelles.
La Nonne
% Ernest Schenck
Le crépuscule froid des -uriiurs antiques
Où n'ont passé Jamais que des ombres comme eil,, Verra seul la pâleur sous son voile Mystic, La pâleur de son frent que la :: “ge recèle,
Le caime gris des murs, dont s'emprent sa prunelle, Fait descendre en son âme, étrange Vla'irvue,
Le crépuscule froid des corridors antices
OÙ n'ont passé jamais que des ombres comme elle.
76 Le Mauvais Fassant
ei,
Sourde à la chair qui vibre encor parfois ; fidèle, Selon les voeux sacrés aux clauses monastiques, Elle étouffe avec soin, sans volonté r2belle, Son cœur où chante, tel un infini cantique,
Le crépuscule froid des corridors antiques.
Elle est
soeur de mon âme et comprend ma souffrance, Pour mes peines toujours elle a des mots v'imés,
Des mots Consolateurs et doux, et parfumés,
Dont mes nuits et mes jours gardent la souvenance.
Leitmotiv
Je veux, ce soir, tenir tes mains entre les miennes. T'avoir là, contre moi, T'+ comme
au temps béni des extases anciennes.
Retrouver notre émoi.
Je veux revivre, avec leurs ferveurs et leurs fièvres, Ces instants éternels
Où nos baisers fougueux s'égrenaient sur nes lèvres, Mystiques et charnels.
Nous ne parlerons pas, nous laisserons tremblantes Nos deux âmes chanter En phrases musicales, somptueuses, lentes,
Un hymne à la beauté.
Et ces phrases diront, à déesse du Rêve, Que nous vous adorons Et que notre existence est un chant qui s'élève
A votre intention,
Volontaires reelus, nous avons fui les hommes. Parce qu'ils sont DEFVCrS, Et nous avons voulu séparer de Sodome
Notre intime univers.
Nos bras se sont tendus vers les routes nouvelles
De la sincérité
Et nos cœurs n'ont choisi pour maîtresse et modèle
Que vous seule, à Beauté.
ntes
ièle
Prière
Va mon âme—ce soir
Tout est tranquille et noir Vers celle-là que j'’aiine,
Que je ne connais pas
Mais qui chante tout bas
Tout au fond de inoi-même.
Le Manvais Passant
C'est au grand pays bleu Des rêves nébuleux
Et purs qu'ille réside.
Dis-lui que je l’attends
Et que depuis longtemps
Je me sens le cœur vide :
Dis-lui bien, dis-lui bien, O mon âme, combien
Je souffre de l'attendre:
Que mon cœur est si las Qu'il y sonne des glas,
Et qu'il y pleut des cendres.
Le soir teintait de bieu.…
Le soir teintait de bleu la brûlante atmosphère. Le feuillage ne bougeait plus,
Un vague et chaud parfum de fleurs cmbellifères Descendait vers nous des talus.
Une chute chantait sa molle psalmodie.
Musique étrange, doux accords, Le couchant éteignait dans l’eau son in endi De violet, de rouge et d'or.
Le Mnauvals Passant
Nous étions seuls ; nul bruit. Calme dans le silence Notre barque nous emportait,
Et j'étais là, bercé par la souple cadence De mes rames au chant discret.
Vous étiez là, vos doigts brodaient, à travailleuse, Un bout de batiste de lin, Et vous disiez: ‘Souvent j'aime rêver.’ —Rêéveuse,
Mon àâme disait: ‘Sois calin;
Raconte-lui ta vie: on trouve des mots tendres, Enlaceurs et berceurs, va donc!” Mais les instants passaient. L'ombre vint nou: surprendr
Il mourait dans l'air des rayons.
Ahtsi je n'ai pas dit les mots qu'il fallait dire,
Les mots pressants, definitafs, Les mots qui font le cœur plus vibrant qu'une ire,
Ce n'est pas que 1e sois craintif
prend”
Elle est soeur de mon âme. 85
C’est que me sachant trop infime pour mon rêve, Je songe à me grandir encor,
Et que, sentant le souffle ardent qui me soulève, Je sais que je deviendrai fort.
Je sais que revenant et te revoyant telle Que je te vois, chère, aujourd’hui, Mon cœur pourra montrer enfin ce qui ruisselle
De douceur et d'amour en lui.
Romantiquement...
Le rêve que je rêve, ô mon aimée est tel :
C’est, dans un décor presque
Servilement copié—sanguine ou bien pastel— D'une très vieille fresque,
Une antique maison de pierre, près d’un lac
Dont l’eau limpide chante.
Nous sommes tous les deux, éceutant le tic-tac D'une pendule lente,