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Dans le salon trop bas peut-être mais très grand, Où le feu d’une lampe Donne l’impression d’un tableau de Rembrandt
Ou plutôt d’une estampe.
Nous avons épuisé, le jour---et c’est le soir—
La coupe mensongère.
Des grandes voluptés et des chers désespoirs,
—Choses si passagères—
Aussi, nous regardons dans nos deux cœurs fanés, Heures claires et brèves—
Doucement du passé monter et rayonner L'autrefois de nos rêves.
Raffinement
Quand, les sens apaisés et les veux demi-clos, Nous sentons, 6 très chère, invincible descendre Le beau calme animal neigeant comme une cendre Sur le feu clair, ardent, qui flamboyait tantôt,
On est heureux. Le cœur s'endort tout doucement, Sans regret, sans frisson ; et l’âme sans pensée,
On songe vaguement aux forces dépensées,
Et l’on flotte en un vague anéantissement.
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Mais, lorsque nous avons refusé la folie Et que nous n’avons pas voulu jusqu’à la lie
Boire la coupe entière et fade du plaisir,
Quel bonheur de garder l’aiguillon dans nos veines Et de sentir toujours, comme un vol de phalène, Planer autour de nous les oiseaux du désir.
J'ai ce désir...
à Amédée Jasmin
J'ai ce désir d’avoir tous les bonheurs qui soient :
Je voudrais posséder toutes les femmes, même Celles-là qui jamais ne me diront: “Je t’aime !” Et je rêve de nuits rugissantes de Joies.
Parfois je crois avoir un trésor et je ploie
Sous l’amencellemient de l’or dans mes mains blêmes, Et je sens sur mon front l’extase d’un baptême,
À voir ruisseler tout ce métal qui s’éploie.
ïe Mauvais Passant
Alors plein des espoirs immenses de vos âmes,
O bohêmes qui, las de vos foyers sans flamme, Avez des songes lourds de palais et de femmes,
Je m'évade soudain, par les belles soirées, Vers l'infini qui dort dans les sources moirées
Au bercement discret d'étoiles ignorces.
Si J'étais.
S1 J'étais un poète genre Benserade, le Vous dirais: “Ta voix, oui ta voix, Ô douceur! De l'air d'un oiselet qui lance sa tirade,
, 4 + 99 À grands coups de son bec n'a frappé dans le cœur.
Où bien: “Belle, lorsque nous nous téléphonâmes, Votre voix en heurtant, 6 Dieux, sur mon tympan, Gaminement blessa d’une flèche mon âme,
De sor’e que je porte une rose de sang.”
Je vous aurais brodé trois cents vers sur ce thème, Nous aurions parcouru les plus courbes sentiers, Le tout pour vous gémir l’antique mot : “Je t’aime.” Et j'aurais versifié, versifié, versifié...
Mais je veux, plus sincère et plus simple, te dire
Que près de moi, ce soir, ta voix résonne encor, Plus douce o :: les pleurs, plus forte que les rires, Et que c’est comme un chant de luth aux cordes d’or.
Madrigal
à Mlle Corinne Dupuis
Jadis les troubadours
Pour les yeux de velours Des nobles châtelaines Chantaient au long des soirs ; Moi, je viens d'une haleine Célébrer vos yeux noirs.
Le Mauvais iassant
Vous permettez, Madame,
Que de toute mon âme
Je chante vos yeux noirs?
Je n’en sais pas grand’ chose...
Bah ! que vaut le savoir ?
Il suffit que l’on ose,
Je vais donc simplement,
En petits vers allant
Tout seuls, à l'aventure, En parler sans surseoir.
Comme aurait fait Voiture
Je chante vos yeux noirs.
Et je dis que ce charme,
O Madame, est une arme D'un terrible pouvoir, Ayant la mort en elle:
J'ai peur de vos yeux noirs
Si vous êtes cruelle,
Elle est soeur de mon âme. 97
ER
Mais tout en les craignant,
Je songerai pourtant
Qu'ils ont pleuré peut-être...
Pleuré sans nul espoir.
Pou: lors sans les connaître J'adore vos yeux noirs.
Lorsque tes doigts...
! Lorsque tes doigts couraient sur le clavier sonore | Et que le cœur de’ :nk renaissait dans les sons, {J'ai senti s’érouvoi. mon âme d’un frisson
[Que je voudiais se pourra-t-il?—revivre encore.
Comme un éclair découvre un moment tout le ciel, (Il repandit sur moi toute la poésie,
iTout ce qui n’est, héias, que mensonge en la vie, Mais qui reste pourtant toujours l'essentiel.
Un instant j’ai perçu toutes les choses belles, Humé tous les parfums, vu toutes les beautés,
Visité les pays des éternels étés Et connu les splendeurs de l’âme universelle.
Et je viens t’en bénir, car durant ce lointain, Cet ardent, ce puissant frisson d’or et de gloire Où le clairon de l’âme sonna la victoire,
J'ai regardé le monde avec moins de dédain.
Effeuillement
Beauté des souvenirs qui défaillent en nous!
Quelle douceur divine, apaisante et chantante, Qu'un amour qui s'effeuille et qui se meurt très doux
Et qui choit dans nos cœurs Comme une neige lente !
l! fut pourtant des jours où nous sentions gronder Eu notre chair l’ardeur cruelle des étreintes :
Nos bouches se tordaient sous nos brûlants baisers Et nos rires fougueux se résolvaient en plaintes.
Le Mauvais Passant RO EE à
Nous passions dans la vie ornés comme des dieux, Notre gaieté sonnait des fanfares de gloire
Et tout dans notre cœur était mélodieux:
Nos gestes étaient clairs, rapides, péremptoires.
Comme les violons chantaient bien dans le soir! Et comme l’univers ouvrait grandes ses portes!
Les fleurs nous saluaient comme des encensoirs... Maintenant tout s’est tu... Hélas que nous importe...
Vers dorés
Chère je pense à Vous, je pense au chaud parfum Dont vos lettres se baignent :
Dans ma chambre, tout est silence, tout est brun. C’est un soir de Montaigne.
Je viens de travailler, de toute mon ardeur Aux pages de mon livre
Et je goûte la joie et la bonne langueur De rêver et de vivre.
Et l’émouvante paix m’enveloppe et me prend D'une étreinte magique, Il semble que soudain, l'air vibre et que j'entend:
Une lente musique...
Or j'ai pris dans mes mains, comme on prend un sachet, Votre dernière lettre Et l’ai respirée avec ferveur. Je rêvais,
Oui, je rêvais peut-être;
Car son parfum subtil, comme larome pur D'un cristal qu’on débouche,
Me fut si pénétrant que j'ai senti l’azur
D'une main sur ma bouche.
chet,
Sur l'immense clavier des forêts sécuilaires,
Le vent fait frissonner d'étranges narmonies ;
Comme si la rancoeur des hommes de génie, Sous Les doigts d’un artiste, exhalait des colères.
Exaltation
à Alfred Laliberté
Comme en un temple
L’atmosnhère est ardente, extatique.
Cette ample
Et chaude odeur de benjoin et d’encens T'alanguit, ô mon âme,
Mais surtout t'illumine
De frissons,
Depuis que, Î ulgurant comme des oriflammes,
Onduleuse est montée la divine chanson
Qui fulmine, La chanson qu’a chantée le cœur de Scriabine.
Et soudain,
Pareils au rythme chatoyant, Dans le lointain
Fantastique et troublant
Du disque clair des lampes, Les tempes
Couvertes d’or
[Hiératique, les mains Chargées de bagues,
Des chœurs
Tourbillonnants de beaux danseurs, Ont esquissé la lente litanie Des gestes sveltes et définis Par lesquels on s’évade
Hors de soi dans l'infini.
Sur limmense clavier...
Tandis que déferlait Sous les doigts prestes de l’apôtre
L’intensité des sons nombreux, Dans mon esprit aventureux
Et maintenant extasié, S’insinuait inapaisé,
L’effroi sublime de grandir Jusqu’aux hauteurs inaccessibles Où l'inconnu n’a plus pour voile
Que les parfums et les étoiles.
Et je me dis:
Je suis puissant et fort,
J'ai vaincu la matière
Et la mort;
Et je connais enfin l’altière Et douce violence
De planer, indolemment, Comme les aigles et le vent.
Mais soudain,
£n un vol de tempête,
Les gestes et les sons Exaspérés à l’unisson M'indiquèrent la terre,
Et brusquement,
En un tournoiement
M'y jetèrent.
Or de nouveau
Ainsi que par magie, S'apaisèrent
Les ondes et les harmonies Et sous les baisers du génie, Mes ailes vers les éthers se déployèrent.
Et je me dis:
O bruits furtifs, 6 bruits fougueux, O bruits des arbres ténébreux,
Pleurs exaltés de l’ouragan,
Sur l'immense clavier.
Entrez en moi; je sens mon âme S’élargir
Jusqu'à pouvoir vous contenir...
Et que mon cœur divinement
Va se briser et se répandre éperdument,
Comme la mer.
Arabesque
à l'honorable Athanase Dawid
Portée par son parfum
Et son désir de s’alanguir, L'âme pourpre des roses S'épand sur les jardins Et sur les choses.
D tn
Pâirée délicieusement
— Et si follement une — Elle folâtre et rêve et monte, Lentement, vers la lure
Cornma un cncens.
Quelle douceur ardente et pâle
Dans la tiédeur de ce soir!
Il s'échappe d’invisibles encensoirs Une langueur qui se meurt
En un râle;
Et l’on croirait entendre un long Soupir vibrant de violon,
Qui pleure au loin, désespéré, Et qui semble souffrir
De ne pouvoir jamais mourir,
Sur l’immense clavier.
Et qui clame, par moment, Son indicible tourment
Et son désir exaspéré Vers les étoiles acérées.
Table
Liminaire ..
Je sens planer en moi...
Lorsque mon coeur...
Aux rêveurs ..
Le lac sacré ..
L'heure est belle...
Ah! comme la lumière...
Paix du soir ..
Dans les bois .. ..
On jouait au hockey... .. ..
Ce matin ..
Soir d'artiste ..
Soir en forêt ..
SOHS HIVER. 0 es...
Sous l'ombre des cyprès
La pensée .. ..
Le désespoir ..
Immolation .
Comme la nuit est douce...