BACCHUS, SILÈNE
BACCHUS
Encore là !... Tu épiais toujours ?... Ah bête brute, je devrais te crever les yeux..
ARIANE A NAXOS SILÈNE (reculant)
Pas d'emportement, mon fils !... La, calmetoi !... Je t'ai interrompu mal à propos ; je m'en irai, si tu veux, mais j'avais quelque chose à te dire... Vois-tu^ il ne faut pas repousser le conseil du vieillard. Sans doute, je pourrais me taire, mais Silène n'écoute que son bon cœur, il oublie les injures, et l'affection l'emporte en lui sur le ressentiment...Eh bien, Bacchus, sérieusement je crois qu'il serait temps de s'en aller. {Tout bas,) Tu es amoureux de cette petite femme qui oublie de pleurer quand tu lui parles...
BACCHUS (agité)
Que dis- tu ?...
SILÈNE
Voyons, ne fais donc pas semblant de ne pas comprendre...
BACCHUS (marchant de long en large)
Que servirait de nier ! C'est la vérité
qui sort de cette bouche stupide !... Tu es amoureux, Bacchus, tu es amoureux d'Ariane !...
SILÈNE
Moi, vois-tu, je ne comprends goutte à tes affaires : mais je me suis dit : s'il reste ici, il ne fera plus rien de bon. C'est un homme flambé... — Alors...
BACCHUS (avec violence)
C'est bien, tais-toi à présent et sois tranquille : nous partirons.
SILÈNE
Encore furieux !... Quel triste caractère tu deviens, mon fils !... Ne t'irrite donc pas ainsi... Je t'ai prévenu dans ton intérêt, car pour moi, je ne demande qu'à [rester dans cette île... J'y ai des distractions : je console, moi aussi...
BACCHUS (le secouant par le bras)
Demain, te dis-je, demain, nous partirons!...
ARIANE A NAXOS
SILENE (se dégageant)
Eh ! c'est bon, nous partirons demain... Tu oublies que je ne suis plus jeune, tu me secoues comme un prunier.
BACCHUS
Au vaisseau ! Allons, marche !... Ah ! tu voulais partir... Eh bien, sois content, nous partirons... Au vaisseau, fainéant !...
(Ils sortent.)