INTRODUCTION
On écrit beaucoup, on publie énormément aujourd'hui, jamais la curiosité scientifique de l'homme n'a été plus vive, mais l'abondance des matières et la dispersion de l'intérêt présentent de grands obstacles à la pénétration des idées nouvelles. Voilà ce qui explique qu'à une époque où la publicité et l'information ont atteint un développement incroyable, une révolution puisse se préparer dans les idées, dans la conception des phénomènes les plus importants de la vie, sans que le monde savant en soit frappé. C'est ce qui a lieu pourtant dans la psychologie.
Dans ces dernières années on a publié sur divers phénomènes de la vie psychique — sur la mémoire, sur l'imagination, sur les rêves et, d'autre part aussi, sur les maladies mentales — des recherches qui bouleversent tout à fait les notions reçues et se trouvent en contradiction flagrante avec la conception usuelle des phénomènes mentaux. Il en résulte une conception objective — sinon matérielle, à défaut d'une matière, comprise comme réalité dernière de L'être, du moins ramenant les phénomènes mentaux à des variations tout à fait précises dans le fonctionnement du mécanisme cérébral — et, malgré cela, on continue de considérer ces derniers comme des entités
Kostyleff. — Mécanisme. 1
d'une toute autre nature, mystérieuses el insaisissal On continue d'opérer avec les images mentales et les id comme au plus beau temps de la croyance à la réalité d'une substance immatérielle. Cette obstination, cette résistance aux suggestions nouvelles ont pour excuse que celles-ci sont tout à l'ait sporadiques, se produisant indépendamment les mus des autres dans différents domaines de la psychologie. Le principal effort vient de l'école russe, du groupe Berhtrrew-Pavvlow qui, par ses rechercha sur les réflexes « conditionnels » et « associés » a fourni la base organique des phénomènes mentaux. Un appui inattendu est venu d'Allemagne, de l'école de Wurzbourg qui, étudiant, d'un point de vue tout à fait différent, les formes les plus élevées de la vie mentale — le jug ment, la pensée sans images et la penser sans expr< se verbale — a permis d'en saisir le mécanisme et de les rattacher au fonctionnement des réflexes cérébraux. Un autre appui vient aujourd'hui d'Autriche, de l'école de Freud, qui. partie d'études pathologiques, est arrivée aux mêmes conclusions, pour les rêves et le jeu de l'imagination . Nous avons essayé déjà plusieurs fois de montrer que ces recherches si diversement engagées concordent entre elles et tendent vers le même but, vers la découverte du mécanisme cérébral de la pensée. Il est temps de réunir tout cela en un tableau synoptique, d'autant plus que la principale thèse — l'identification des phénomènes mentaux avec le fonctionnement des réflexes cérébraux — vient de recevoir un développement remarquable dans l'œuvre capitale de Bechterew « La psychologie objective o4. Réunir ces efforts et résumer les résultats va être l'objet du présent volume.
Nous ne prétendons pas donner ici une étude complète du mécanisme cérébral de la pensée. Certains chapitres, notamment sur le mécanisme de l'inspiration poétique et
I. W. BprMert'w. La psychologie objective. Paris, F. Alcan, 1 1» 1 - -