INTRODUCTION
de l'inspiration romanesque ne présentent que la prise de possession du sujet, qu'un premier essai de le traiter d'un point de vue objectif. Il reste là encore beaucoup à creuser et à préciser. Néanmoins nous avons cru bon de ne pas en retarder la publication, car les résultats obtenus sont déjà très significatifs et, comme ils se trouvent en contradiction avec les tendances dominantes de la pensée spéculative, il peut être utile de les faire connaître avant de pousser les recherches plus loin dans les détails.
Le fait est que le moment actuel ne leur est guère favorable. Les tentatives prématurées des matérialistes ont discrédité tout effort de ce genre. Il est devenu un lieu eommun de dire qu'entre le substratum anatomique du cerveau et la trame perpétuellement mobile des phénomènes mentaux il y a tout un abîme, qu'à vouloir matérialiser la pensée, on la dépouille de ce qu'elle a de plus spécifique, etc., etc. Aussi avons-nous hâte de montrer qu'il ne s'agit plus du substratum anatomique, mais des réactions qui se produisent dans ce dernier et que celles-ci sont aussi variées et aussi mobiles que les données qui nous sont fournies par l'expérience interne.
Il est vrai que cette dernière sera toujours beaucoup plus riche en nuances que ce qui peut nous être révélé par l'étude objective. Quelque imprécises que soient les évocations mentales, on les distingue bien mieux par leur côté subjectif qu'en tant qu'elles présentent des enchaînements de réflexes cérébraux, et l'introspection sera toujours la principale voie dans l'élude des phénomènes mentaux, mais pour qu'elle devienne tout à fait sûre, il faut que les données de l'expérience interne puissent être rattachées à des phénomènes objectifs.
La psychologie, plus que tout autre domaine du savoir humain, a souffert de l'incertitude de ses données. Cela tient à ce que celles-ci échappent à l'investigation directe de l'homme par la vue et le toucher. On ne peut ni voir ce qui se passe dans [e cerveau pendant l'activité mentale,
4 LE MÉCANISME CÉKÉBRAL DE LA PENSÉK
ni l'atteindre directement, comme un phénomène organique.
Les images mentales, les idées, les états de conscience et de subconscience sont restés, môme après L'introduction de la méthode expérimentale, en dehors de la science exacte. Par suite, quelque convaincu qu'on soit des avantages de l'introspection et de l'avenir réservé à la connaissance interne des phénomènes mentaux, on conviendra avec nous qu'il n'y a rien de plus pressant pour la psychologie que de s'emparer des recherches qui les rattachent enfin, d'une manière effective, à leur base organique qui est le cerveau.