‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 17 sur 51 · Freud, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Freud, loc. cit., p

la critique et sont en tous cas très conventionnels. D'une part, il s'attache à la notion du feu qui joue un si grand rôle dans le rêve. Le feu est l'antithèse de l'eau. Chez les enfants, ces notions sont d'habitude étroitement associées, parce qu'on leur apprend à se garder de l'un et de l'autre. Et cela, tout d'abord, dans un sens strictement enfantin. Le feu veut dire avant tout allumettes, et l'eau, humidité qu'on trouve dans le lit. Ainsi, d'une part, la notion môme du feu se rattache aux incontinences d'urine, si fréquentes chez les enfants. D'autre part, les paroles qu'elle met dans la bouche du père concernant « quelque chose qui peut arriver dans la nuit » peuvent être interprétées comme une allusion à cet accident.

Questionnée à ce sujet, Dora commença par nier d'avoir eu cette faiblesse plus longtemps qu'elle n'est normale chez les tout petits enfants; mais ensuite elle se rappela que celle-ci était revenue vers l'âge de sept à huit ans et qu'on avait même consulté un médecin qui l'attribua à une faiblesse générale du système nerveux et prescrivit des fortifiants.

Du point de vue de Freud, ce fait avait une signification tout autre. Le retour de cette faiblesse à l'âge de sept à huit ans était tout à lait anormal et ne pouvait avoir d'autre cause que la masturbation. Cette hypothèse se confirmait du reste par un autre aveu de Dora, notamment qu'elle avait aussi souffert d'un catarrhe de l'organe génital (flueurs blanches). Avant d'aller plus loin nous devons relever ici l'importance qu'il attribue en général à la masturbation infantile. D'après lui, la masturbation ne présente naturellement rien de bon, mais l'abandon de cette habitude, lorsqu'il se fait d'une manière brusque, peut être encore plus pernicieux.

Le lait est que celui-ci ne se fait pas d'une manière purement physique, par la suppression d'un simple réflexe, mais comprend aussi un processus cérébral consistant dans l'expulsion d'une pensée. Pour abandonner cette habitude,

il faut s'interdire d'y penser, il faut expulser de la conscience les souvenirs affectifs qui s'y rattachent et, de l'avis de Freud, une expulsion de ce genre agit comme un véritable traumatisme, devenant la source la plus puissante des phénomènes hystériques.

On comprend l'importance de ce fait dans l'étiologie du cas de Dora. Importance d'autant plus grande qu'ellemême le niait résolument, laissant supposer par là que la dissociation avait été complète et l'influence pathogène d'autant plus forte. Dans ces conditions, rien ne devait être négligé pour le tirer au clair et on ne sera pas surpris d'apprendre que Freud y ait fait concourir le troisième des moyens indiqués plus haut : l'interprétation des automatismes.

Ici nous ferons de nouveau toutes les réserves possibles. L'exemple ne nous paraît, à nous, nullement concluant, mais vu l'importance du fait auquel il se rapporte, et vu l'intérêt théorique de ce procédé, nous ne pouvons nous décider à le passer sous silence. A la séance qui suivit, Freud remarqua que Dora, étendue comme toujours sur le dos, jouait instinctivement des doigts avec une pochette de forme bizarre. C'était un porte-monnaie nouveau genre, composé de feuillets sans fermoir. Tout en répondant aux questions, Dora l'ouvrait machinalement pour y fourrer le doigt et le retirer aussitôt. Ce geste ne laissa plus à Freud ancun doute. Il contredisait, d'après lui, les assertions de la jeune fdle de n'avoir jamais pratiqué l'onanisme.

L'expulsion du complexus affectif qui se rattache à cette habitude aurait été le traumatisme originaire, celui qui aurait préparé le terrain de l'hystérie. D'après Freud, c'est du reste un cas assez commun. Lorsque la disposition organique n'est pas héréditaire, ne provient pas d'une maladie vénérienne ou d'une névrose grave des ascendants, c'est à un fait de ce genre qu'elle se ramène dans la plupart des cas.

L'analyse du rêve n'avait donc pas été stérile. Elle avait

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révélé un fait de la plus grande importance et qui restait complètement enfoui dans l'inconscient. Mais Freud ne s'en est pas tenu à cela. Faisant un pas de plus dans l'interprétation des souvenirs et de certains automatismes qu'il ne précise pas davantage, il conclut qu'à la suite de ce premier choc de nature sexuelle, Dora en avait reçu un autre, ayant été témoin du commerce sexuel de ses parents. Couchant dans une chambre voisine, elle aurait été frappée par la respiration haletante du père pendant une visite nocturne de celui-ci dans le lit conjugal.

Cette conclusion repose presque exclusivement sur l'expérience personnelle de Freud, c'est-à-dire sur la fréquence des cas similaires observés dans sa pratique. Nous ne saurions mieux faire ici que de citer ses propres termes à ce sujet. « Les enfants, dit-il, devinent très bien le sexuel dans les bruits insolites, car les mouvements expressifs de la sexualité existent déjà en eux sous forme de mécanismes innés. Que la dypsnée, les palpitations de cœur et les sensations d'angoisse dans les névroses soient des fragments détachés de l'acte du coït, je l'avais reconnu depuis longtemps et bien des cas analogues à celui de Dora ont été ramenés au même fait, à la perception fortuite du commerce sexuel des adultes. Sous le coup de cette révélation, l'enfant a bien pu remplacer la tendance à l'onanisme par la tendance à l'angoisse cardiaque et quelques jours après, souffrant de l'absence du père, a pu reproduire cette impression sous forme d'un accès de dyspnée1 ».

Nous nous sommes étendus sur l'interprétation du premier rêve pour montrer ce que ce procédé peut avoir d'aléaloire et de subjectif, mais ne suivrons pas l'auteur pour le second, car, somme toute, les résultats de la psychoanalyse vsont restés assez incertains et puis elle n'a pas pu être menée jusqu'au bout. Un jour la malade annonça à Freud que la cure était trop longue pour elle, qu'elle en

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