‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 18 sur 51 · Freud, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Freud, loc. cit., p

avait assez et ne reviendrait plus. Cette décision provenait, d'après lui, d'un phénomène également morbide, d'un transport des sentiments pathologiques sur la personne du médecin (« Ucbertragung »). C'est là, dit-il, un danger inhérent à tous les essais de psycho-analyse, un danger qu'il faut prévenir en l'indiquant au malade. C'est-à-dire, comme la maladie repose, en grande partie, sur des associations inconscientes, il faut empêcher qu'un complexus affectif ne se fixe incidemment sur la personne du médecin. Dans le cas de Dora, c'est le ressentiment soulevé par les K... qui se serait tourné contre lui et c'est obéissant à un désir de vengeance qu'elle aurait abandonné le traitement. Que cette explication soit vraie ou fausse, le fait est que le traitement a été interrompu et l'analyse du second rôve ne pourrait nous mener beaucoup plus loin. Par le fait, elle n'a révélé que des déterminations secondaires de symptômes déjà connus, d'un caractère aussi peu sûr que celles qui ont été signalées dans l'analyse du premier rêve. Le contenu du second se réduisait à ceci : « Je marche, disait Dora, dans une ville étrangère par des rues et des places qui me sont inconnues. J'entre dans une maison, monte dans une chambre qui se trouve être la mienne et trouve là une lettre de ma mère. Celle-ci m'écrit que mon père est mort. Je m'élance pour prendre le train et demande plus de cent fois en route : « Où est la gare ? » On me répond chaque fois : « A cinq minutes d'ici. » J'entre dans une épaisse forêt et répète la question à un homme qui vient à ma rencontre. Il me répond : « Encore deux heures et demie. » Je vais plus loin, je vois finalement la gare, mais sens que je ne peux pas l'atteindre. Là-dessus, je me vois subitement arrivée devant la porte de notre maison. La femme de chambre m'ouvre et dit : « Madame et les autres sont déjà au cimetière » .

En ce qui concerne l'interprétation do ce rêve, il suffira de dire que sauf les données fournies par des événements indifférents tels qu'une promenade dans les rues de Dresde

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qui lui étaient effectivement inconnues, Freud n'a pu découvrir de fantaisies sur le thème sexuel. Le symbolisme prend ici des formes encore plus extravagantes. Ainsi, par exemple, la gare (« Bahnhof ») devient par assonance pubis (« Vorhof »). La forêt qui la précède, prend la signification des poils pubiens. Dans la forêt Dora croit avoir vu des nymphes : ce terme est immédiatement interprété dans le sens gynécologique. Le tout devient alors une scène de défloration.

Devant une suggestion de ce genre, de même que devant celles qui se rapportent aux tendances homosexuelles de Dora ou à l'expression symbolique des amours de son père avec Mm0 K .., on ne saurait assez regretter que le traitement ait été abandonné sans que l'effet direct de chacun pût être constaté. Nous savons que l'effet général a été bienfaisant, car après un laps de temps de quatre à cinq semaines, les accès de toux devinrent plus rares et le moral de la jeune fille se remonta considérablement. Il y eut encore une rechute d'aphonie causée par un accident où la vie de K... était en danger; mais cet accès fut le dernier et quelques mois plus tard elle recouvra toute sa santé. En résumé, le traitement par la psycho-analyse semble avoir été etfîcace comme dans les cas précédents, mais l'interruption survenue à la fin ne permet pas de le juger dans tous ses détails. Cette incertitude est regrettable, car nous avons vu que l'analyse a pris un développement très hasardeux et c'est justement sur les détails que se porte maintenant l'intérêt. La guérison était-elle due à la découverte des traumatismes principaux tels que l'abandon de l'onanisme et la répression des sentiments de Dora pour son père et pour Mmo K.. . ou à la découverte de ces détails qui semblent peu prouvés et sur lesquels il y a bien des réserves à faire ? Ces détails mêmes sont-ils vrais ? Y a-t-il tant de choses que cela dans cette partie de la mémoire qu'on appelle l'inconscient ? Ce sont des questions d'un intérêt capital ;uissi bien pour la thérapeutique que pour lapsycho-

logie générale. On peut objecter notamment que bien de ces choses sont de la pure invention, imaginées par le médecin ou suggérées par lui à la malade. Ce doute reste malheureusement inéclairci, mais le résultat final, la guérison, prouve qu'une bonne partie au moins de tout cela n'est pas de l'invention, mais a réellement existé chez elle et que les impressions enfouies dans l'inconscient peuvent avoir une action motrice comme les perceptions conscientes dans les réflexes conditionnels. C'est-à-dire, après les images mentales, les idées, les souvenirs, éléments constitutifs de la pensée consciente, c'est l'inconscient qui prend maintenant corps devant nous. Voilà un mot qui nous fera peut-être accuser de présomption ! Et cependant rien n'est plus vrai. Du point de vue de la psychologie objective l'inconscient qui hier encore semblait être un éternel mystère, prend un sens tout à fait précis. Du moment que tout notre savoir se réduit à l'établissement des réflexes cérébraux, on conçoit sans peine l'existence d'un savoir latent représenté par des réflexes dont les voies sont tracées dans le système nerveux et que cependant on ne reproduit pas — faute, par exemple de liens associatifs ! Que ce soit possible nous le savions déjà de la théorie générale des réflexes; comme elle se trouve exposée chez Bechterew ; que ce soit un fait et un fait assez fréquent nous l'apprenons aujourd'hui des travaux de Freud. Voilà l'intérêt sensationnel, prodigieux que présente pour nous la psycho-analyse !

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