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2. Maedfr. Psychologisohe Untersuchungen an Domcntia-praecox Krankcn, Jahrb.f. psycho-analyt. u. psycho-path, Forsckungen, Bd. [, Wien, 1010.
tenir de si grandes promesses pour l'avenir que nous croyons nécessaire de les reproduire en détail.
Dans le premier cas le malade était chei comptable d'une maison de commerce. Né en 1869 d'une famille de tisserands sans indices d'une hérédité quelque peu chargée, il avait très bien appris et s'est fait par la suite une assez bonne situation. Simple tisserand au début, il prit part à la fondation d'une coopérative de consommateurs, en devint secrétaire et passa ensuite dans la comptabilité d'une maison de commerce. Le chef qu'il avait là-bas, spéculait et commit un détournement de fonds. En 1897 il fut nommé à sa place. Cette élévation lui causa pas mal de soucis, mais somme toute, il se montra à la hauteur de son poste. Membre du conseil de la commune, des sociétés de gymnastique et de tir, il était généralement aimé et considéré.
En 1900 il commença à se montrer surmené et à se renfermer en lui- môme. Un an plus tard, il y eut un vol aveceffraction dans son bureau. On vola 1.800 francs dans la caisse. Il s'inquiéta beaucoup, craignant qu'on ne le soupçonnât d'y avoir participé. Le soir il inspectait tout l'appartement pour voir si on n'avait pas introduit chez lui la somme volée. Il devint indifférent à la vie politique et sociale, irrégulier dans son travail et se plaignit beaucoup de maux de tête.
En été il fît une cure de repos à Churwalden et en octobre de la même année se rendit sur le conseil du médecin à Lugano. Là il se fit remarquer par quelques excentricités, dépensant pas mal d'argent et parlant d'acheter une villa qui n'était pas en rapport avec ses moyens.
A son retour les excentricités s'aggravèrent. Il passa plusieurs nuits dans un hôtel très cher. Il fit remplacer les pierres tombales de ses parents par d'autres, d'un prix exagéré. Il devint très étrange vis-à-vis de sa famille. Sa femme qui avait été une simple ouvrière et qu'il avait épousée par amour, lui devint tout d'un coup insupportable. Il parla de séparation « sur un ordre supérieur ».
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En mars 1902 il écrivit à la reine Wilhelmine de Hollande pour lui demander une place. Ce fut le commencement de son délire. Interné à l'asile de Zurich avec mention de paralysie générale, il manifesta des idées de grandeur disant qu'il était l'époux morganatique delà reine et, d'autre part, qu'il appartenait à la famille d'Orléans. Il disait aussi qu'il était fils de Napoléon Ier et que sa femme appartenait à la maison royale de Belgique. Il avait des illusions sensorielles, croyant entendre des voix de femmes et sentir la présence physique de la reine Wilhelmine. Mais comme, sauf sur ce point, son raisonnement était juste et comme il se montrait parfaitement orienté dans l'espace et le temps, on ne crut pas devoir le garder et il fut remis aux siens avec mention d'une démence précoce (juillet 1909). A la maison il resta inoccupé, la plupart du temps dans sa chambre avec les volets fermés. En mars 1903 il commença à se plaindre qu'on voulait l'empoisonner. Il devint grossier et violent envers sa femme, disant qu'elle avait une liaison, qu'elle avait eu un accouchement clandestin et qu'il voulait demander le divorce. En juillet 1903 la famille obtint un second internement.
Le diagnostic portait de nouveau paralysie générale. Sauf la différence pupillaire, le malade n'avait aucun symptôme physique. Par contre, les idées de grandeur et de persécution se développaient d'une manière extraordinaire, comme on le verra plus loin. Le malade ne voulait pas travailler. Il restait des heures entières près de la fenêtre, parlant de ses enfants qu'il jugeait persécutés comme lui, et des médecins qui, d'après lui, formaient une bande noire (« eine Feme »). Puis vinrent des imaginations judiciaires. Il disait avoir trouvé, dans le bureau du médecin en chef, un tribunal qui l'avait jugé. Le directeur de l'asile avait mené l'instruction. Une autre fois c'était un jury qui l'avait condamné pour homosexualité. En janvier 1904 il affirma avoir vu une réunion des médecins du canton, qui auraient jugé le Dr \V... et l'auraient exclu de l'asile.
Il aurait également entendu que son fils devait être fusille.
Eu janvier 1905 il revient aux idées d'empoisonnement. 11 se plaint qu'on lui injecte différents poisons; que les injections de chloridine doivent lui faire perdre « l'éclat de ses yeux » qui est un signe de la race supérieure à laquelle il appartient. 11 désigne cette race sous le nom de « gens ulpia ». Il affirme qu'on veut lui tirer dans les yeux et pour se préserver là-contre, cache sa tète sous les couvertures. Sous l'empire de ces idées il devient de plus en plus violent. On le transfère dans la section des agités et le met quelquefois en cellule.
Par la suite l'agitation baisse. On arrive à le sortir et faire travailler dans les champs. En janvier 1908 il travaille huit heures par jour. Il devient de nouveau plus accessible aux médecins. Mais le délire ne diminue point. Dans les moments de repos il reste debout dans un coin, la casquette enfoncée sur les yeux. Il parle de la manière accoutumée, rit ou fait une gymnastique particulière. Cet état est noté à l'asile comme étant la forme paranoïde de la démence.
Tel est le tableau général de la maladie. A le juger superficiellement, on n'y verrait qu'incohérence et confusion. A ne tenir compte que des lambeaux de pensées qui échappent au malade on ne saisirait aucun lien logique. Maeder ne s'en est pas tenu là. II a fait parler le malade longuement et librement, comme on le fait dans les expériences de psychoanalyse; il lui a fait faire des expériences d'association d'après la méthode de Jung ; et il a constaté, au sein de ce délire, un développement remarquablement riche et cohérent de certains complexus psychiques.
Ces complexus, il les voit au nombre de deux : le complexus de la sensualité et le complexus de la descendance. Division purement conventionnelle, car, nous le verrons plus loin, ils ne sont pas strictement délimités. Se développant parallèlement l'un à l'autre et se compliquant des mêmes idées de persécution, ils arrivent souvent à se mêler, mais, au
point de vue de l'origine, restent' tout de même distincts et justifient la division proposée. Voici la succession des images délirantes, comme elle a été établie par Fauteur avec une patience remarquable. On y reconnaîtra .des associations et des développements logiques qui se rapprochent tout à fait du travail de l'imagination créatrice. I. Comple.rus de la sexualité. — « Les brunes sont difficiles à rassasier, dit-il en parlant de sa femme ; elles ont un tempérament très chaud. » C'est pourquoi il doit épouserune autre, une femme blonde (premier indice de l'impotence, dit Maeder), Comme forme transitive de cette aversion, il exprime l'idée que, du reste, elle l'avait trompé et s'était fait clandestinement avorter. Comme confirmation de la crainte de l'impotence, on trouve une incertitude bien curieuse sur le nombre de ses enfants. Il dit parfois cinq, parfois, toute une masse; il assure avoir eu chaque fois des jumeaux et il n'en avait que trois. Puis il passe aux affirmations directes, disant qu'on « veut le ruiner, le rendre totalement impotent ». Il serait en butte à des persécutions sexuelles, à des tentatives d'empoisonnement par injection de poisons dans les yeux, dans l'abdomen et même dans l'anus; ce poison aurait pour effet de détruire 1' « admirable éclat » de ses yeux et, en même temps, d'épuiser ses glandes sexuelles. Des libertins, hommes et femmes, se glisseraient la nuit en cachette pour abuser de lui; on trouverait dans sa semence les traces du poison vert. Certains de ces attentats ont, comme on le voit, un caractère vraiment homosexuel. Il convient du reste tout de suite que ses ennemis l'ont bien tâté de ce côté-là. A l'époque où il était encore à la maison et se trouvait couché dans son lit, des libertins avaient produit chez lui une érection et avaient induit sa femme à pousser un de ses garçons dans son lit. Plus tard ils ont fait courir le bruit que ses enfants avaient des éruptions syphilitiques aux yeux et à l'anus, parce qu'il en avait abusé. A l'asile même on avait fait d'autres tentatives. On avait fait entrer des hommes nus dans la chambre
où il prenait son bain. On voulait voir si son membre devenait raide, mais c'est plutôt le contraire qui se produisit. D'autre part, l'idée de l'empoisonnement prend un développement particulier. On le trouve s'administrant des lavements acharnés dans les yeux : avec de l'eau simple, du lait et môme de la limonade. Il les frotte au point d'avoir une conjonctivite. Il réclame aussi chaque jour le bain et se frotte énergiquement avec du savon pour « faire partir les substances vertes ». Parfois il se met à boire de l'eau par litres et se laisse aller à onaniser, dans le même but d'élimination. Et, malgré cela il voit partout du vert : dans ses urines, dans sa semence, même dans l'air autour de lui. Lorsqu'il regarde dans un tube formé par la main, il croit voir des « rayons verts » qui sortent de ses yeux ! Son corps en est infecté, surtout le côté gauche. Du reste, ce n'est pas étonnant, on lui injecte le poison de mille manières. Il aurait même vu un surveillant apporter la bouteille verte dans la section. Ses ennemis se servent pour cela de toutes sortes d'instruments : de couteaux, de poignards, d'épingles, de revolvers, etc. Ils visent les yeux, l'abdomen et surtout l'anus. Il sent quelquefois comme un serpent ou un ver dans l'anus et ces supplices se terminent par des pollutions.
L'empoisonnement a pour but de le rendre impotent, ce qui serait un grand malheur non seulement pour lui, mais pour toute l'humanité. Toute la virilité de l'univers périrait avec lui. On remarque déjà que la natalité diminue en France, que les vignes produisent moins, surtout de vin rouge qui, pour lui, est spécifiquement viril. C'est que la puissance créatrice émane de son corps à lui. Ses yeux sont comme deux pôles magnétiques, ils dardent des rayons fertiles qui sont en même temps des rayons d'amour. Bien des femmes en ont été atteintes, surtout les blondes; entre autres, aussi, la reine de Hollande. Ces rayons agissent également sur les hommes, stimulant chez eux la production de la semence. Plus encore : toute la nature subit
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son action. La terre qui le porte, attire le soleil : on en voit la preuve dans le fait que les Alpes n'ont de la neige qu'aux sommets, c'est-à-dire là où elles sont plus éloignées de lui. Les phénomènes cosmiques : les éruptions, les cyclones, les inondations dépendent étroitement de l'état de son corps.
Ces rapports il les voit partout. A l'âge de quinze ans il avait reçu une boule de neige dans l'œil droit et vers la même époque s'étaient produites en Europe de violentes inondations : c'était une conséquence du « torrent de larmes » qu'il avait versé. Dernièrement le dirigeable de Zeppelin a péri pendant le raid de Mayence : c'était la suite d'un attentat dirigé contre son fils Jean. Pleut-il, le matin ? C'est le résultat des injections qu'on lui a faites, la nuit, dans les yeux. Il se considère positivement comme une puissance cosmique, qui anime et fertilise tout. Il dit, par exmple, que les horloges de tout l'univers marquent les battements de son cœur.
La puissance cosmique n'appartient, du reste, pas à lui seul, mais à toute sa race qu'il appelle « Urgens » ou « Gens Ulpia ». Celle-ci comprend sa mère, quelques-unes de ses filles et quelques autres femmes, par exemple la reine Wilhelmine (évidemment les femmes blondes avec des yeux bleus) . Quant à lui-même il est le représentant mâle de cette race. En lui s'incarne toute la virilité.
II. Complexus de la descendance. — De même que le premier complexus se développe à la suite des querelles avec sa femme, le second se rattache au choc produit par l'effraction dans son bureau. Dès cette époque il commença à voir partout des ennemis. Interrogé à ce sujet, il répond que ces derniers forment deux groupes : les rouges et les noirs. Les premiers, ce sont les « capitalistes » et les « spéculateurs », « insatiables dans le manger et dans le commerce sexuel ». Rappelons, pour expliquer cette animosité, que le malade lui-même avait été un membre actif du parti socialiste et secrétaire d'une coopérative. Les
Kostyi.epf. — Mécanisme. 1 l
seconds, ce sont les « jésuites » et les conservateurs, avares, envieux et ne se permettant pas môme de manger. Là-dessus il arrive tout de suite à parler de son père et de sa femme qu'il confond dans une môme antipathie. « Ils sont bruns, ils ont des yeux noirs, ils sont avares, envieux et phtisiques », dit-il avec emportement. Lui-môme, comme sa mère et comme les enfants « de sa race », est blond avec des yeux bleus. Il en conclut que son père n'était qu'un père adoptif et y rattache les idées les plus fantastiques sur sa véritable origine.
Sa mère, née Kùndig, n'est personne autre que la reine Anna [Kônigin Anna). Son père était le roi Louis- Philippe d'Orléans. Il est un descendant des Bourbons- Bonaparte-Orléans. « La preuve en est que son grand-père maternel avait rapporté de Paris une épée de noblesse. » Il était membre de la famille régnante, mais on n'osait pas le dire à cause des persécutions. Sa famille porte aussi le nom de Saint-Jean. Elle se rattache à la famille d'Orléans par Jeanne d'Arc. L'ancêtre de toute sa race était l'archange Gabriel qui habitait l'Himalaya. S'étant transporté au Caucase, il y est apparu sous les traits de Prométhée ; puis il est allé en Grèce où il a engendré Zeus et Apollon, en Palestine où naquit Saint Jean-Baptiste qui était le vrai mari de la Sainte Vierge et le père de Jésus ; continuant plus loin vers l'ouest il est venu en France (les Orléans) , en Angleterre (« le pays des anges »), etc. La bande noire tire son origine de Kaïn, tandis que le premier blond, le premier « Saint-Jean » était Abel. Parmi ses enfants ceux qui ressemblent à sa femme et ont des cheveux noirs, ne sont pas de lui. Il ne reconnaît que le dernier, Jean, qui est un blond et qui a, dans les yeux, 1' « éclat merveilleux de sa race ». C'est le signe de la « gens ulpia ». Les rayons qui en émanent, ont une puissance cosmique, ils fertilisent l'univers, etc., etc. Ici nous retombons dans les développements du premier complexus. Le tableau ainsi présenté est évidemment incomplet. La pensée d'un dément
est plus riche en déviations de toutes sortes et plus enchevêtrée. Mais le fait qu'on pourrait y découvrir une succession d'idées comme celle-ci est déjà très significatif. Elle révèle un travail soutenu et systématique du cerveau sur une impulsion qui devient fixe et qui semble un contre-coup de la réalité. Le complexus sexuel se développe comme un moyen d'échapper à la crainte de l'impotence, le complexus de la descendance, comme un moyen de se consoler des insuccès professionnels.
Si on se tourne maintenant vers le tableau des associations annexé à cette analyse, on y verra, parmi les réponses indifférentes, quelques-unes qui révèlent Faction des deux complexus. Nous avons déjà dit que celles-ci sont généralement marquées par une prolongation de temps de réaction. Outre cela l'auteur s'est servi d'un moyen de contrôle qui consiste à répéter l'expérience : la reproduction est généralement marquée dans ces cas-là par une erreur ou une altération de la réponse.
La moyenne des temps de réaction était de 14/50S de seconde. Les associations normales se faisaient sur le type suivant :