‹ Le mécanisme cérébral de la penséeChapitre 26 sur 51 · REPRODUCTION · texte numérisé non relu

REPRODUCTION

tige

grossir

« Bâton de sucre » puis, avec un sourire: « verge ».

épingle

piquer

piquer.

riche

être ou faire

devenir (rapport aux idées de grandeur).

mépriser

avec un mouvement d'inquiétude dans

les mains : personne

« seulement les ennemis».

usage

mœurs

« tout ce qu'on peut faire à quelqu'un » (rapport aux attentats sexuels).

piquer répète la question, puis : oui, avec le machin ! éviter

éviter.

En eux-mêmes ces résultats ne sont pas très marquants, mais comme complément de la psycho-analyse, ils présentent un intérêt incontestable . Ils prouvent que les complexus révélés par la psycho-analyse ne sont pas un produit de celle-ci, mais quelque chose d'inhérent au cerveau, même lorsque la pensée est dirigée dans un tout autre sens.

Dans le second cas l'état mental était encore plus confus.

Le malade était un serrurier de Zurich avec une hérédité très chargée. Son grand-père maternel avait été un « original », sa mère avait passé huit années dans un asile. Ses oncles étaient des névropathes, son frère et sa sœur se sentaient « une vocation supérieure » .

Lui-même avait rapidement appris à parler et marcher, mais dès l'école primaire avait manifesté une certaine débilité qui le força d'abandonner les études et entrer comme apprenti chez un jardinier. Un an plus tard il changea de métier et entra chez un serrurier. A cet âge il se montrait déjà bien irritable, se querellait tout le temps et allait jusqu'à battre sa belle-mère.

A l'âge de 19 ans, en 1888, il voulut voyager. Il traversa la Suisse, l'Allemagne du Sud, essaya de se rendre avec 25 francs à Paris, mais ne dépassa pas même la frontière et finalement rentra à la maison. Il ne s'était plu

nulle part, se montrant incapable d'entreprendre quelque chose pour son propre compte et se querellant partout avec les patrons.

Ensuite il resta près de deux ans à la maison aidant à l'un ou à l'autre, mais on s'aperçut peu à peu qu'il avait l'esprit dérangé. Il avait des colères incoercibles, jetant le couteau ou la fourchette au visage des proches, se livrait à la boisson, se mettait dans cet état à gesticuler et à parler d'une manière absurde. Il réclamait l'argent que « sa mère lui aurait laissé », disait que « la maison ne pouvait pas marcher sans lui » et qu'il devait épouser une femme riche « avec une maladie de cœur ». Il affirmait que Dieu le lui avait annoncé un vendredi saint, mais que les hommes avaient formé contre lui une alliance.

Le 23 mars 1895 il fut interné à l'asile avec mention de démence paronoïde.

La psycho-analyse révèle ici un tout autre tableau. Invité à parler, le malade commence par déclarer qu'il avait des aspirations supérieures vers la culture et la poésie, qu'il regrettait d'avoir choisi le métier de serrurier et aurait mieux aimé être paysan. Depuis quelque temps il avait réfléchi là-dessus et s'était tait un plan, mais ses projets étaient contrariés par des voix qui le narguaient, l'agaçaient, lui faisaient sentir des coups d'épingles et des pinçons. Ces voix qui depuis neuf mois résonnent à son oreille, claires comme des voix d'enfants, c'est 1' « alliance de ses ennemis ». Ce sont des nobles, des capitalistes, des gens qui habitent rue de la Gare. Il croit les avoir aperçus lorsqu'ils s'introduisaient la nuit dans sa chambre; il avait même allumé une lumière, mais tout était déjà disparu.

A cette première série de plaintes s'ajoutent d'autres, sur son état de santé. Il dit que Satan lui a enlevé les « organes conducteurs » et les a remplacés par les siens. Ceux-ci sont galvanisés et produisent des courants dans tout son corps. Le sang circule plus vite et devient plus

chaud ; partout il sent des morsures, des piqûres et des chatouillements. « Satan m'agace profondément ou bien de manière à me faire rire, dit-il dans un langage beaucoup plus incohérent que chez le premier malade ; il ne veut pas être poli avec ma petite excellence de Jérémie. » D'autre fois il se plaint qu'on lui a enlevé quelque chose dans la tête. D'après lui, c'est un nerf qu'il désigne sous le nom de « Konfessivnerv » et qui a pour fonction de « régler les besoins de la vie journalière ». Il en résulte des troubles de circulation, dépression et aussi delà faculté de compter. Pour y remédier il faudrait le remplacer par un organe nouveau, en le prenant dans « la boîte de l'optique des positions ». L'optique est pour lui le symbole de la science, de la justice et du pouvoir supérieur. Elle est entre les mains du Juste et d'une compagnie de sages qui sont des médecins.

En opposition à 1' « optique » nous voyons se préciser la notion de ses ennemis. C'est d'abord Satan lui-même, qui est fait d'une autre chair que nous et possède une puissance galvanique et magnétique. Il saute après lui, pince, tire la « clochette » et veut prendre le « machin » dans sa main (allusions sexuelles) . Ensuite ce sont des diablesses qui portent « la partie honteuse » sur le côté ; ce sont aussi tous les envieux qui ne peuvent supporter sa supériorité. Il est appelé à quelque chose de supérieur, à être « Emmanuel, Tsar et Napoléon de France ». Ils ne peuvent pas l'admettre et ont formé une alliance contre lui, l'alliance des « nobles » contre un homme issu du peuple. D'autre fois, ce ne sont pas les nobles, mais les forts, les athlètes, les hommes qui ont les manches retroussées, jeunes, frais et beaux. Ils le piquent et l'égratignent avec de petits couteaux pour n'avoir pas voulu les servir « dans les temps d'agitation ».

Nous avons déjà dit que le malade était de condition très simple. Son père avait été maître d'école, sa bellemère tenait un petit restaurant anti-alcoolique. Ajoutons

mainlenant qu'il était petit, chétif et très laid. (Tétait plus que suffisant pour expliquer le développement du corn plexus de persécution. Maintenant, comme contre-coup de celuici, nous trouvons un complexus encore plus riche d'idées de grandeur. Le malade se dit prince de la maison de Gappeli, possédant plusieurs résidences en France, en Italie et en Russie. Il affirme avoir eu d'autres dignités également élevées, des dignités princières et royales; avoir été « Emmanuel, Tsar et Napoléon de France ». D'autre part, comme cela se produit souvent dans les psychoses, il se dit en même temps « juge de paix, membre du grand Conseil, du Conseil Fédéral, ou officier de génie de la 8e division » . Puis, sautant d'un domaine de faits dans un autre, il se nomme « fils du Seigneur », « Privat-docent » ou « Bankdoctor » . A les voir de plus près, chacun de ces termes a sa raison d'être. Prenons, par exemple, les derniers qui semblent les plus bizarres. Le terme « Privatdocent » peut être complété par des nombreuses allusions à l'école, à la science et aux personnages savants, qui se rencontrent dans ses discours. Si on pense qu'il était fils et frère d'un maître d'école, on comprend l'importance qu'il devait y attribuer et la raison pourquoi « Privat-docent » pouvait venir à la suite de « Prince » et de « fils du Seigneur ». Le titre « Bankdoctor » comprend, à la fois, un élément de science et un élément de richesse. Il dit que cela signifie : un homme de la finance, « ein divisiver Herr ». « Je possède l'affaire du Grand- Winterthur, les fabriques qui sont là-bas, toutes les grandes affaires passent par moi », ajoute-t-il à titre d'explication. Les autres termes présentent ce qu'il voyait de plus brillant autour de lui. Enfin, la grandeur sexuelle ne lui fait pas, non plus, défaut. « Ma femme est reine d'Italie, dit-il en substance; elle est jeune et belle; du reste j'en ai encore d'autres, des Italiennes, des Suissesses et des Françaises Dans chacun de ces Etats j'ai une dame de cœur ; ce sont des personnes de qualité, « telles que les maîtresses d'école cl des gou-

vernantes d'Excellences ». Enfin, comme dernier complcxus, nous trouvons une anatomie sui generis, construite avec les données de la serrurerie et se projetant au dehors, en un système cosmique. Nous avons déjà vu, dans les plaintes sur son état de santé, que certaines notions étaient chez lui empruntées à la mécanique. 11 parlait notamment d'organes conducteurs qui étaient « galvanisés ». A le suivre dans cette voie, on découvre toute une anatomie qu'il s'était faite avec ses connaissances professionnelles. L'appareil circulatoire et l'appareil nerveux se présentaient à lui comme des systèmes de tuyaux complétés de leviers, de transmissions et autres rouages du môme genre. Outre cela il admettait l'existence de certains nerfs dotés de fonctions toutes spéciales. Dans le cerveau il plaçait un « nerf scieur » (« Sàgenerf ») ayant pour objet de « trancher les difficultés en les départageant ». Les « stellina » étaient, d'après lui, des nerfs et des veines assurant la conduction du sang « de l'intelligence et du calcul ». Ce dernier s'appelait aussi « sang du savoir » et s'opposait au « sang de la force » qui assurait les fonctions physiques de l'organisme. Le « Konfessivnerv » avait pour fonction, comme nous l'avons déjà vu, de « régler les besoins de la vie journalière ». Le nerf « de l'examen du sang » ( « Blutexaminiernerv ») réglait la distillation de celui-ci et assurait le « cours normal » de la circulation. L' « Olgenerv » était sensé prévenir les suppurations et l'efîet du frottement aux jointures, comme le fait l'huile dans la machine.

Sitôt qu'un organe était usé, il fallait le dévisser et le remplacer par un autre. Au dire du malade, la tête tout entière et jusqu'à la moitié du corps pouvaient être remplacés. Les parties de rechange se conservaient dans la fameuse boîte « de l'optique de positions ». Il y en avait 5 .000, quelques-unes « spécialement pour le dimanche ». L'art du médecin consistait avant tout à choisir les parties appropriées. La maladie était d'habitude l'effet de quelque erreur :

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si on mettait deux robinets ou deux leviers au lieu d'un seul, cela retentissait sur la circulation ; le tirage devenait trop fort ; c'est ainsi qu'il avait eu lui-même un affaiblissement de la tête.

Mais ceci n'était pas encore tout. Comme encouragé par ces constructions logiques, le malade les projetait tout à coup dans l'univers tout entier. A cette boîte d'organes de rechange il donnait un pendant dans le « réservoir du sang » qu'il croyait être au ciel. Des tuyaux invisibles devaient le rattacher à l'humanité, communiquant à cette dernière la force et la santé. Comme preuve de ce qu'il disait, il indiquait les conduites de gaz et d'eau qu'on voyait dans sa section, ajoutant que dans la cave on en trouvait encore plus et que c'était « l'œuvre de la vie ».

D'autre part, rattachant son propre corps au reste de l'univers, il affirmait ressentir tout dommage qui est causé à cette œuvre. Avait-il des douleurs nerveuses, c'est qu'on avait gratté les tuyaux, avait-il des maux d'estomac, c'est qu'on les avait changés de place, embrouillés, etc,, etc.

La psycho-analyse était d'autant plus difficile que le malade s'était forgé une langue à lui et ne parlait, comme tout le monde, que de choses tout à fait indifférentes. Dès qu'un complexus morbide intervenait dans sa pensée, les néologismes la rendaient tout à fait incompréhensible. L'auteur n'est arrivé à la déchiffrer qu'après une étude systématique qui avait duré plus de dix-huit mois. Il conclut qu'elle a un caractère bien prononcé de mégalomanie : elle est emphatique, prétentieuse, et tire toujours soit sur le français, soit sur le langage savant. Du reste, le malade la désigne lui-même comme « langue des Excellences » .

Nous n'entrerons pas dans l'examen de ce vocabulaire qui nous entraînerait trop loin. Disons seulement que l'exégèse s'est montrée d'autant plus fertile qu'à travers le charabia des réponses on a reconnu non seulement le développement de certains complexus, cohérents et systématiques, mais encore des raisonnements adaptés à la réalité.

Certaines fables racontées au malade ont été résumées par lui d'une manière tout à fait correcte. Les images qu'on lui montrait, ont été commentées d'une manière très intéressante, parfois avec des trouvailles d'imagination. Ainsi, par exemple, une reproduction du « Jeu des vagues » de Bocklin a été commentée en termes suivants : « Une sy bille de la mer et des poissons d'optique (c'est-à-dire d'une espèce noble). Ils ont jadis vécu, ces êtres-là, mais ils n'étaient pas purs, ni sains dans leurs corps, ni dans leur figure ; ils ont péché et sont devenus noirs. Ils nagent comme des poissons. L'image est gaie et, aussi, imposante. Des êtres comme cela ne pouvaient pas bien vivre sur la terre ; ils devaient avoir toutes sortes d'épidémies, la petite vérole, la syphilis... L'homme est décoré avec des fleurs... C'est une image de l'époque romantique, une partie de natation, une conversation avec des plaisanteries. » Un tableau symbolique, représentant une femme assise sur le globe terrestre, une harpe dans les mains, a été décrit de la manière suivante : « C'est un globe, un symbole, une personne féminine dessus ; elle joue de la harpe ; c'est un signe de gaieté, une saison de l'année, peut-être un changement de saison. »

Ceci amène la conclusion principale de l'auteur notamment que l'affaiblissement mental n'est pas aussi profond chez ces malades que pourrait le faire croire un examen superficiel. L'essor de la pensée, loin d'être affaibli, y est même renforcé, mais il nest plus contrôlé par le contact avec le monde réel. C'est un moteur qui marche dans le vide. Ceci concorde parfaitement avec les conclusions de Binet et Simon dans leur dernière étude sur la démence1. Ayant comparé l'idéation des imbéciles avec celle des déments, ils ont conclu que si les premiers ont un défaut bien prononcé de développement intellectuel, il n'en est pas de même chez les autres qui n'ont qu'un défaut de fonc-

\. Binet et Simon. Nouvelle théorie de la démence, Ann. psych., 1909.

tionnement. Ceux-ci restent capables de répondre à des questions assez complexes. Si leur pensée s'égare et se perd en des termes baroques, ce n'est pas un signe de faiblesse, mais de défaut de direction. Elle travaille dans un sens erroné. Malheureusement MM. Binet et Simon se sont attachés à des formes de démence où cet essor est affaibli par d'autres facteurs : par l'âge ou la maladie. Ils ont limité leurs recherches à la démence sénile et la démence paralytique. L'étude de Maeder ayant pour objet la démence précoce, est bien plus instructive à cet égard. Elle découvre des envolées bien plus puissantes avec des systématisations fort étendues et permet d'en tirer quelques lois complémentaires.

Ainsi, s'arrêtant d'abord aux idées de persécution que nous avons vues chez l'un et l'autre malade, Maeder nous fait observer qu'elles ont pour point de départ un obstacle rencontré dans la vie réelle et transformé par l'imagination en une force active. Il prend comme exemple le premier malade et rappelle que son délire s'était tout d'abord manifesté sur un refus de sa femme de consentir à la séparation. Il se sentait impotent à son égard et, en même temps, vaguement tourmenté de désirs homosexuels. Dans le délire on trouve le contraire. Il l'accuse, elle, d'être infidèle, et d'autres hommes, de le poursuivre d'attentats sexuels. Maeder croit y voir un procédé analogue à celui des enfants et des peuples primitifs. « Un enfant qui s'est cogné la tête contre une table, dit-il, lui donne un coup en s'écriant : « La méchante table ! » D'autre part nous savons de l'histoire que Xerxès avait fait fouetter la mer avec des chaînes. Ce n'est pas seulement un procédé infantile, mais, en général, un procédé primitif. Chez les Grecs un objet qui avait causé, par lui-même, la mort d'un homme, était banni du pays. L'indien mord la pierre à laquelle il s'est cogné, comme le font aussi, quelquefois les animaux... Il y a donc là un type de réaction assez répandu et commun à tous les êtres primitifs. Il doit môme avoir un sens biolo-

gique, servant à la défense de L'individu. Dans le second cas nous trouvons aussi quelque chose d'analogue. Le malade ne s'est plu nulle part, n'a pu rester chez aucun patron : il accuse « les capitalistes, les nobles, les gens de la rue de la Gare » d'avoir lormé un complot contre lui. Ses capacités intellectuelles lui font défaut : il accuse le diable d'avoir changé quelque chose dans sa tête. Le procédé est emprunté à l'expérience enfantine, mais, chez le dément, il trouve une application bien plus étendue. Tous ceux qui ressemblent au prétendu ennemi et peuvent assumer la même responsabilité, viennent grossir la bande des persécuteurs.

Les idées de grandeur ont aussi leur raison d'être et leur explication biologique. Nous savons, dit Maeder, que le dément, sauf en ce qui concerne le rapport précité, se trouve comme retranché du monde ambiant. II le néglige, on ne lui trouve aucun intérêt. Il doit en résulter, par contre-coup, un renforcement du complexus du « moi ». Pour cela, il trouve aussi des précédents dans l'expérience antérieure. Qui n'a pas eu un idéal dans la personne des parents ou des proches ? Qui n'a pas rêvé être fort, brillant, séduisant ? Toutes ces aspirations, tous ces désirs viennent renforcer le complexus du « moi » avec des extensions que n'arrête plus le sens de la réalité. Le malade ne se croit pas seulement beau, il a une séduction « dans les yeux » à laquelle personne ne peut résister ; il est non seulement noble, il est d'une race supérieure, de la « gens ulpia » qui est l'espoir de l'humanité ; comme tel il est apparenté aux maisons régnantes, aux Bourbons-Bonaparte-Orléans. Dans l'autre cas il est non seulement savant, mais encore « Privat-Docent », « Bankdoktor », « membre du Grand Conseil », « prince de la maison de Gappeli », « Emmanuel », « Tsar », « Napoléon de France » et « fds du Seigneur ». Et ce n'est pas encore tout. Le « moi », grandi aux yeux du malade jusqu'à effacer le reste de l'univers, finit par se confondre avec celui-ci. Il devient une puis-

sance cosmique et, tour à tour, subit l'effet des phénomènes les plus éloignés ou exerce sur l'univers sa propre action.

L'auteur conclut d'une manière très intéressante que dans la démence précoce V affaiblissement mental n'est qu'apparent. La maladie consiste surtout en ce que la pensée n'est pins contrôlée par la réalité. Quant à travailler, elle travaille toujours avec autant d'intensité et non pas, comme on pourrait croire, dans un sens indéterminé, mais sur les résidus de l'expérience antérieure. La psychose, dit-il, ne crée pas son propre mécanisme, mais se rattache aux complexus déjà formés.

On comprend l'importance de ce fait pour le diagnostic et le traitement des maladies mentales. Jusqu'à présent l'effet curatif n'a pas pu être poussé bien loin. L'auteur constate seulement, au sujet du premier malade, que pendant l'application de la psycho-analyse son état s'est tellement amélioré qu'il a pu être transféré de la section des agités dans celle des plus tranquilles et même, comme nous l'avons vu, autorisé à travailler dans les champs. La décharge verbo-motrice avait produit un effet bienfaisant, analogue à celui que nous avons reconnu dans les névroses. Arrivera-t-on un jour, par un procédé analogue — de gymnastique mentale — à rétablir d'une manière plus complète l'adaptation des malades au milieu ambiant? C'est une question qui appartient à l'avenir. En tout cas, Maeder conclut avec raison que la psychiatrie « y a trouvé une voie très importante et qu'elle est en train de devenir une science explicative de descriptive qu'elle avait été jusqu'à présent ». Nous trouvons, pour notre part, qu'au point de vue du mécanisme général des phénomènes mentaux ces recherches sont aussi très significatives. Elles ont montré quelle peut être la richesse en réactions verbales d'un cerveau, même lorsqu'il est atteint par la maladie. Pour l'étude de l'imagination cela a une importance capitale, car c'est là-dessus que doivent vivre et se développer les complexus

psychiques considérés par Freud comme étant les pivots de l'imagination. Par le fait nous venons d'observer plusieurs cas où l'individu se replie sur des complexus, comme l'auteur sur le sujet de son roman, mais malheureusement sans retour à la vie réelle.

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