‹ Le mécanisme de la colonne vertébrale scoliotiqueChapitre 7 sur 7 · X. Conclusion · texte numérisé non relu

X. Conclusion

Après les explications longues et détaillées d’une matière si compliquée, je ne puis rien faire de mieux que de citer les assertions que H. Meyer mettait par écrit il y a plus de 30 ans, dans son traité „De la mécanique de la scoliose’*.

Il prétend qu’on ne peut se faire une idée du travail mécanique de la colonne vertébrale, qu’en se figurant la colonne vertébrale décomposée en deux séries: 1° série des corps; 2° série des arcs. Lidée est fort ingénieuse, car d’habitude, nous ne pensons qu’à une division de la colonne vertébrale en une suite de 24 vertèbres superposées qui, bien ({ue fortement attachées les unes aux autres pouvent se mouvoir.

Meyer établit les deux assertions suivantes:

1. La série des corps de la colonne vertébrale, peut non seulement résister à une compression très considérable, mais môme pendant sa flexion, elle subit une rotation vers le côté convexe.

2. Au contraire, la série des arcs possède non seulement une puissance de raccourcissement, sans conteste, beaucoup plus considérable, mais encore une très grande prédisposition au raccoiu’cissement, vu la tension élastique constante sous l’action de laquelle elle se trouve.

Peu connu nous semble devoir être un fait rapporté déjà par Hirscbfeld. Ce savant a constaté que la série des arcs, une fois séparée de celle des corps, se trouve être considérablement plus courte qu’avant la séparation. Hirscbfeld estimait que le raccourcissement égalait parfois un septième de la longueur totale. Meyer, poussant plus loin les recherches, trouva les chiffres suivants: la série des arcs d’un homme de 37 ans, se raccourcit de 35““; celle d’un homme de 18 ans, de 30““; celle d’une tille de 14 ans, de 45““.

Dans plusieurs expésiences faites par Meyer, il suffisait d’un poids de 4 livres environ pour donner à la série des arcs séparée, la longueur qu’elle possédait avant d’avoir été séparée de la colonne vertébrale.

. H. Meyer donne encore les explications suivantes: „Dans les courbures normales, la série des corps passe à la forme incurvée et la série des arcs située en arrière, grâce à son extraordinaire faculté d’adaptation, se prête à cette forme, soit qu’elle doive pour cela se raccourcir, soit qu’elle doive s’allonger. Dans les courbures latérales, les choses se passent autrement, car ici, par suite de la juxta-position de la série des corps et de celle des arcs, cette dernière n’est pas placée sous la dépendance directe de la première et peut suivre ses propres lois. Les deux parties de la colonne vertébrale sont douées d’un degré de compressibilité bien différent: la série des corps est à peine compressible, par contre, celle des arcs l’est à un degré extraordinaire; en outre la série des arcs se trouve constamment sous l’action d’une tension élastique qui la sollicite dans le sens du raccourcissement. Si l’on rapproche d’une manière égale, les deux segments égaux en longueur, pris aux parties de la colonne vertébrale, la série des corjis prendra une forme plus bombée que celle des arcs. Bref, des parties affectées par la courbure, ce sera surtout la série des corps qui sera rejetée le plus avant vers la convexité, tandis que la série des arcs s’en ira davantage vers la concavité. Or c’est précisément ce changement de position qui se manifeste comme rotation spirale des colonnes vertébrales. Donc il est facile de se convaincre que, dans le segment dorsal où physiologiquement il y a une cyphose, cette cyphose (dans la quelle les corps sont situés dans la concavité), doit avant tout disparaître, pour (pie ces mêmes corps puissent ensuite avancer vers la convexité latérale."

Albert, Le mécaniame de la colonne vertébrale acoliotlquo. A

H. Meyer prit sérieusement le fait en considération et reconnu que les résistances qui s opposent a la disparition nécessairement préalable de la cyphose, et tout d abord la tension de la fascia longitudinalis anterior, doivent être moindres pendant les années d’enfance, de sorte qu’on pourrait prouver expérimentalement chez les enfants la disparition de la cyphose et la disposition scoliotique des corps vertébraux vers la convexité de la courbure latérale.

Les expériences fournirent un résultat positif. Voici comment Meyer nous décrit l’expérience. „Je choisis des colonnes vertébrales des nouveaunés, et je fus étonné de voir avec quelle facilité s’y produisaient les phénomènes en question. On saisit, d’une main, une partie quelconque de la colonne cervicale; de l’autre main, une partie quelconque des vertèbres lombaires et l’on presse ces deux parties l’une contre l’autre. Il se produit aussitôt une déviation latérale de la partie intermédiaire de la colonne vertébrale et, en même temps, une courbure eu avant (Lordose) ainsi qu’une rotation en spirale. Ces deux dernières modiheations se produisent avec ime telle violence qu’on sent les deux parties de la colonne qu’on tient, se tordre dans les mains et qu’il faut faire effort pout maintenir ces parties en place. Mais quelle diôérence entre ce qui se passe chez le nouveau-né et ce qui arrive chez l’individu plus âgé!

Chez un garçon de 9 ans, les deux phénomènes en question se produisirent facilement et sûrement.

Chez une fille de 14 ans, il en fut de même, mais à un degi'é moins prononcé; une fois la fascia longitudinalis anterior enlevée, le phénomène se produisit avec la même force que chez l’enfant de neuf ans. Chez une fille de 16 ans, la lordose et la rotation spirale n’apparurent qu’à la suite de l’enlevement de la fascia longitudinalis anterior, et chez un homme de 24 ans, ces phénomènes, quelque parfaite que fut la courbure latérale, ne se reproduisirent pas, même après l’enlèvement de la fascia."

Je serais d’avis qu’on reprît à nouveau ces expériences et qu'on leur attribuât une plus grande importance parmi les acquisitions réalisées depuis par l’anatomie de la scoliose.

La manière différente dont se comportent la série des corps et la série des arcs, circonstance sur la quelle Meyer insistait déjà, semble être de la plus haute importance, par suite des faits mis en lumière dans les explications qui précèdent; et tout mon travail ne tend qu'à démontrer, par des arguments irréfutables, la rotation, affirmée par Eokitansky et Meyer, de chaque élément de la colonne vertébrale scoliotique.

La torsion de la colonne vertébrale scoliotique est donc fondée sur la rotation de ses éléments, sur leur mouvement autour de son axe vertical.

Quant à la torsion des éléments eux-mêmes, qui se produit en même temps, nous l’avons dans ce qui précède en partie prouvée suffisamment, en partie, indiquée seulement.

C’est surtout ici le lieu de parler de la structure inclinée des vertèbres obliques; de la déviation, décrite par Lorenz, des racines des arcs on pédicules; de la torsion de l’arc par rapport aux corps dans une même vertèbre, torsion que Seeger n’avait observée qu’en passant, et que de mon côté, j’ai étudiée et traitée à fond; mais la matière est loin d’être épuisée et une description plus détaillée pourra noter bien des manifestations secondaires, qui sont comprises sous le nom de torsion. Mais toutes ces manifestations n’expliquent nullement la formation de la torsion totale du système: la rotation l’explique.

Il reste encore beaucoup à faire au sujet de la scoliose. On étudiera un jour le rôle des parties molles et surtout le rôle des muscles du tronc, qui doivent entrer pour quelque chose dans le phénomène de la rotation; viendra ensuite le tour de l’appareil des ligaments; enfin les expériences commencées par Meyer, peuvent ensuite fournir les hypothèses définitives pour un traitement mathématique de ce thème.

Même alors, il restera encore un point obscur: pour puelle raison la scoliose est-elle plus fréquente chez les filles que chez les garçons? Malgré toute la lucidité des explications théoriques, cette question restera encore à résoudre.

Cependant, nous entrevoyons une voie qui pourrait nous mener à une solution.

Il serait possible qu’il y eût des différences dans la structure et dans la croissance de la colonne vertébrale chez l’homme et chez la femme. Le bassin se comporte différemment chez les différents sexes. Et ainsi une étude plus approfondie et plus minutieuse de la colonne vertébrale pendant la période de son développement, fournirait peut-être des points de repère qui expliqueraient la fréquence effrayante de la scoliose chez les jeunes filles.

Au début de ce travail, j’ai cité les mesures que j’ai prises et qui prouvent quelles grandes différences il y a, entre la longueur de la série des corps et celle de la série des apophyses épineuses d’une colonne vertébrale scoliotique. Ces mesures nous expliquent pour quoi la cyphose

physiologique du segment dorsal disparaît : les apophyses épineuses se serrent les unes contre les autres. Mesure-t-on sur les milieux des surfaces antérieures des corps, le résultat est alors un peu plus exact, il est vrai, mais en somme presque le meme. En réitérant les mensurations, il me sembla que dans la colonne vertébrale scoliotique, les corps vertébraux croissent par fois en hauteur plus vite que les éléments des arcs, surtout dans les vertèbres supérieures lombaires. Autout des problèmes que l’avenir se chargera de résoudre.

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