CHAPITRE XXI
LES MOYENS DE TRANSPORT URBAINS
Les voitures d'autrefois.
« Quelle drôle de chose, papa, un tramway à chevaux ! » — Le coucou de la place de la Concorde. — 7 à 8 voyageurs par jour de Paris à Saint-Gloud. — Les véhicules de jadis : chars et litières. — Une « pissière » en la selle de Monseigneur. — Les « valets de char », « chariots branlants ». — Trois ou quatre carrosses à Paris sous Charles IX. — « Custodes », « bottes », « mantelets », « gouttières » et « impériales » des anciens carrosses. — Chaises à porteur. — 42 francs pour aller du Palais-Bourbon à rOpéra. — Carrosses de louage dans un hôtel à l'enseigne de Saint-Fiacre. — Le pourboire est institué sous Louis XV. — 6 francs pour aller en fiacre à Passy sous Louis XVI. — Le grand Pascal, père des omnibus. — Carrosses publics à 5 sols « quasi omnibus ». — Louis XIV monte en omnibus. — Ils sont plus chers que nos fiacres.
« Ah! quelle drôle de chose, regardez donc, papa, un tramway tiré par des chevaux! » disait avec surprise, aux États-Unis, un jeune enfant qui n'était
jamais sorti de sa ville natale, desservie uniquement par des « cars » électriques ou à vapeur, et qui, jusqu'à son premier voyagfe dans une localité moins avancée, n'imaginait pas qu'il pût exister nulle part des véhicules publics à traction animale.
Au contraire, des chevaux allant de Jérusalem à Damas, en caravane à travers la Galilée, s'effrayent et se cabrent, malgré les efforts de leurs cavaliers, lorsque, pour la première fois, ils aperçoivent des quadrupèdes de leur espèce attelés à des voitures; l'aspect de ces machines, auxquelles sont attachés leurs frères, les plonge dans la stupeur, parce qu'ils n'ont jamais vu que des chevaux montés, parmi les plateaux de la Syrie.
Ces deux extrêmes de la civilisation et de la vie patriarcale marquent aujourd'hui, dans l'espace, la distance parcourue par l'humanité dans la longue suite des temps. Les étapes les plus anciennes, les découvertes les plus rudimentaires à nos yeux, constituèrent sans doute d'étonnants progrès aux yeux de nos pères. Quel beau jour fut celui où l'on inventa la roue, la simple roue, et les échasses, ces bottes de sept lieues !
Les transports urbains ne tiennent qu'une place modeste dans ce trésor d'instruments de communication que le xx® siècle trouve, à son aurore, mille fois plus riche que le xix® ne l'avait reçu de son prédécesseur. Sous la Restauration les rapports enlre Paris et Saint-Cloud étaient assurés par un « coucou », qui partait trois fois par jour
LES UDTENS OB TRANSPORT URBAINS
ilu la place do la Concorde, et emmenait chaque fois sept ou huit voyageurs; 104 trains de chemin de fer, pai' vingt-quati-e hisures, font aujourd'hui ce nifirae trajet, sans compter les tramways de la Compagnie des omnibus et les Bateaux parisiens quidescenilentla Seine.
Cette circulatioQ locale, pour iuteuse qu'elle soit, u'a pas grande conséquence sur la marclie du monde; elle n'a même pas ou très grande iniluence sur le développement moderne des villes, car elle l'a plutôt suivi que précédé; mais elle accroît fort le liien-étre du citadin. Elle est devenue une nécessité de sou existence. Do simples chefs-lieux d'arrondissement sont mieux dotés maintenant de voilures publiques que n'était le Paris do Napoléon I" avec ses 600 000 âmes-
Publiques ou privées, les voitures, — dans le sens que nous donnons à ce mol, de boîtes roulantes, couvertes et closes à notre gré, — ne sont au reste ni d'un usage, ni d'une invention trîis aocicnno. Les chars des Romains, ou ceux des monarques asiatiques, malgré leur raffinement proverbial, étaient de pitoyables brouettes qui ne valaient pas un mauvais omnibus, La lititTe antique ressemblait à ce dur « cacolet », auquel l'administration de la guerre a fini par renoncer, aprfes avoir été longtemps seule à s'en servir.
Le véhicule du moyen âge, à la ville comme aux champs, c'est, pour les personnes, le cheval de