CA.NISMË DE LA VIE
itiasiiacrcâ d'Armûnie, l'Europe «lait d'opiaiou contraire. No serait-ce pas qu'elle a de l'argent en Turquie ?
N'est-ce pas aussi d'une question d'argent, d'une crise mémorable de Bourse, que sont issus, s'eugcndrant l'un l'autre, une suite de faits politiques et sociaux dans la Franco contemporaine î N'y a-Lil pas un lien de cause h effet entre le krack de l'Union générale et le succès de l'anLisémilismo, entre rantisémîtisnic et l'affaire Dreyfus, entre l'affaire Dreyfus et la réaction anlircligieusc, accompagnée du despotisme vaseux qu'une moitié des citoyens Fait peser sur l'autre moitié, dans celte république soi-disant démocratique,
La période 1871-1880 avait été une époque de Itausse générale, par suite une période do gain. Le 3 p. 100 français se cotait beaucoup plus baut qu'à la fin de l'Empire et toutes les valeurs à l'avenant. Les profits rapides du publie dans les bonnes affaires le poussent à en clierclier de nouvelles; des gens aventureux eu inventent pour les lui offrir et il y perd naturellement de l'argent. Ces accidents économiques se sont produits maintes fois depuis cent ans et ils se produiront encore.
Eu Angleterre, on appelle ces entraînements d'émission des « mania » et les compagnies ainsi créées des « bublc companies, » des compagnies éruplivos. Il y eut, cliez nos voisins d'outre-Manche des sociétés excentriques dont nous n'avons pas eu l'équivalent; il y en eut pour « assurer le risquç
d'inridélilc des fcmmtis dans le mariage i ; il v en | eut une (|ui ne disait même, pas pourquoi elle i fondait, son but devant rester secret cl n'être nivelé I ((u'un mois aprba la clôture de la souscription. A. 1 ce « myslÎTO on actions » il si? trouva pourtant I mille actionnaires pour souscrire. Beaucoup des émissions de 1881-1882 ressemblaient fort à cellelà, sans toutefois l'avouer ingénument. Il s'en fit, dans ces deux années, pour H milliards de francs; non point versés en ospfeees, cela va sans dire, mais évalués au cours de la Bourse, avec la prime. Car beaucoup de titres de ÎIÛO francs se cotaient 1 000 francs dès avant leur naissance.
L'Union générale ne fut donc pas le seul engouement de celle époque, mais il fut le plus célèbre, le plus triomphal et finalement le plus désastreux. M. Bontoux avait rapporté d'Autriche plusieurs affaires sérieuses qui, bien gérées, devaient réussir et ont, elTeclivement, prospéré malgré sa chute. Leur groupement fut le pivot ou le point de départ (l'un établissement nouveau, l'Union générale, qui dès le début, au lieu de se borner à des convictions financières, commit l'imprudence de faire entrevoir des bénéfices politiques et religieux. On prendrait sa revanche de la finance cosmopolite et la conquête de 1' i( Or du Rhin » serait suivie, comme dans la tétralogie wagnérienne, du o Crépuscule des dieux » jusqu'alors omnipotents. Du moment où il s'agissaitd'une croisade par actions, et d'argent 1 gagner contre quelqu'un autant que pour soi-
83 \.V. MÉr.ANtSHE DV. LU VIE MODERNE
m6mo; tibs lors que l'on rcmplirail h la fois son devoir et son portefeuille, l'Union générale recueillil plus (le sympathies, éveilla plus de passions qu'unr? enlreprise ordinaire. Elle provoqua, par le môme motif, une pareille dose de mauvais vouloir et de sourde hostilité.
Mais ni ses amis n'auraient pu prévoir son invraisemblable succès, ni ses ennemis n'auraient pu précipiter son échec. Elle fut choisie, comme un tapis vert, par des gens qui jouaient à la Bourse comme on joue au baccarat. Le Suez, qui n'avait, lui, aucune nuance politique, eut à la môrae date le mtimo sort : après <^tre monté en janvier 1882 à 3 SOO francs, il retombait un mois plus tard à 2 000 francs. Mais sans se faire aucun mal, parce que l'administration du Canal était restée étrangère à ces lluctuations.
L'Union générale au contraire sombrait, parce qu'elle avait commis la même faute que Law, sous Louis XV, et Pereire sous Napoléon III : elle avait spéculé sur ses propres titres, les reprenant beaucoup plus haut qu'elle no les avait vendus au public, avec l'espoir de les pousser et do les revendre plus haut encore ; prise elle-même de ce vertige de la rue Quincampoix, dont une partie de la France et, particuli'erement la région lyonnaise, fut alors possédée durant plusieurs mois.
Avant cet « emballement u illogique, les habitués du marché, ceux qui ont n le sentiment de la réalisation » et qui, suivant un précepte sage, a laissent
toujours gajntT nprl's l'ux », s'étîtioiit mis îi l'abri. I A la Bourse, le coin noir, le « coin des corbeaux « ainsi qu'on nomme les baissiers qui guettent let réactions des valeurs sur lesquelles tout le moudô] se jette, commença à vendre à découvert au coursl de 1 SOU francs, cQ juillet 1881 ces actions émise» à BOÛ francs trois ans avant, et sur lesquelleal 125 francs seulement étaient versés. Mal lui en prit d'abord, puisfju'etles montèrent jusqu'à 3 400 francs en janvier 1882. Quelques jours plus tard survenait l'effondré ment, le « krack w, mot nouveau dont s'enrichit lalanguc, — qui ruina nombre de familles et causa au pays un grave préjudice.
Au contraire de la légende accréditée, l'Union générale ne succombait pas sous les coups de la banque juive : on citerait des juifs marquants parmi les haussiers, tandis que le plus gros joueur enrichi par la baisse était un chrétien. Mais, quelle qu'ait été la folie de l'Union générale, le gouvernement de l'époque, cédant à des rancunes vulgaires, fit cruellement expier à Bontoux les fanfaronnades înoffensives do ses débuts, et la peur qu'un instant il avait eue de lui. Il n'usa pas k son égard des procédés du médecin, qui traite de son mieux lo malade, même désespéré, dont l'intérêt national lui impose la charge; comme il fut fait, par d'autres ministres, en toutes catastrophes antérieures et postérieures à celles-là. Mais, comme un barbare qui voit son ennemi gisant à terre, loin de lui tendre la main pour prolonger sa vie ou adoucir sa
Hi l.e UI^XANISHB DE I.A VIF. MODEIINE
mort, il mit avec ivresse le picfl sur sa gorge et l'écrasa. Il fut semé ce jour-là beaucoup de haines; elles ont lev^ depuis.
En 18S2, commence la période contemporaine qui dure encore : celle des établissements de crMit. La Bourse a connu dans ces vingt-trois aiini^es d'autres débâcles : celle du Comptoir d'Escompte et des cuivres, cellu des Dépôts et Comptes courants, celles du Panama et des Mines d'or, pour ne citer que les plus notoires. Mais aucune de ces déceptions localisées n'a eu le caractère et les conaéqucnces du krack. J'ai décrit, dans un volume précédent ', la révolution accomplie par les établissements de crédit dans la banque; elle n'a pas été moindre àiaBourse.IIs'est trouvé un génie financier, Henri Germain, doué des qualités qui manquaient à Boutoux, pour réaliser, au Crédit Lyonnais, ce que le Fondateur de l'Union générale eût à peine entrevu dans ses rôves, et montrer que rien ti'empèche un catholique de régir en maître le marché de l'argent, A cette condition pourtant de n'avoir aucun préjugé confessionnel et de laisser à « César n ce qui lui appartient. Car si l'argent, quoiqu'en dise le proverbe, a parfois une odeur, il n'a ni parti, ni religion.
Le Crédit Lyonnais jusqu'alors avait, comme les autres banques, engagé ses capitaux en de multiples alTaires et, comme les autres, y avait essuyé des
BOUBSE
. Non pas tous dûfinilifs, à ilii'u vrai : les beuf millions que lui devait la Turquie, passés pi lui à « profits et pertes » pour iiii /raiic en 1 876, ii revinrent dans la suite avec de très beaux iiitérêtsl Vingt ans plus tard, après la déroute du Panama, dont les émissions successives lui avaient procuré de fructueuses commissions de guichet, le Crédit Lyonnais, pour empêcher la déchéance de l'enlrept-ise, consentit, sur la demande instante du syndic, à faire une partie des fonds de la Société nouvelle. Les 14 millions ainsi aventurés ont réintégré sa caisse en 1904, par suite de la vente du canal aux Américains. Mais, auxhîlans qui suiviient le krack de 1882, les réserves du Lyonnais se trouvtreni diminuées de M millions.
Ce rude coup, loiud'abalti'eM. Germain, le lança: dans une voie aussi féconde pour la prospérité nationale que pour l'étahlissement qu'il dirigeait. Éclairé sur ce vice auquel nul encore ne prenaitu garde : l'incompatibilité d'un passif, prompt k sorm tir, avec un actif, lent à rentrer, il s'interdit dm balancer des dépôts, exigibles en une heure, par de8 valeurs recouvrables un un an, ou davantage. La nécessité d'avoir des fonds, à la fois laborieux et liquides, engendralacliasseauxelTetsdc commerce ; d'où l'abaissement de l'escompte elle bon marché du crédit pour le public. Kn môme temps obligation de
l'aire beaucoup d'affaires, parce que chacune rap- J porte peu; d'où recherche de l'argent épars etinac'* I ^Jif qui, aggloméré, constitue un lingot formidable^^
(l'auliiiil plus puissant <|u'il appartient à une armée de peliU renliors.
Une bauijue privée, possédant en propre un milliard de capital, mais n'ayant que trois cents clients, placera parmi eux pour 40 millions de va< leurs, pendant qu'une Société de crédit, r|uatrefoiB moins riche, mais en relations avec 300 000 clients, placera dix ou vingt fois plus. Seulement ses bureaux, au lieu d'occuper un espace de 500 mblres carrés et (|uel(]ues dizaines de commis, se déploient sur âîtOOO mètres de terrain, tant au siège social que dans ses agences, et 3 000 personnes composent son elFectif.
Les frais généraux, correspondant à une organisation pareille, absorbent bien au delà du proGt que l'on Ure du capital et des réserves : quelque vingt millions peul-Étre par an. Le bénéGce de la Société viendra de l'écart entre ce que lui coûtent les dépôts et ce qu'ils lui rapportent : 1 p. 100 de gain, sur un milliard et demi se chiffrera par 15 millions de francs et, sur le placement de SOO millions de valeurs nouvelles, une simple commission de 2 p. 100 procurera 10 millions de francs.
Mais par là l'ancienne Bourse est profondément transformée et son importance réduite. En elTcl cette démocratisation extrême de l'argent s'associe à un mode nouveau d'émission ou d' « introduction " : la vente directe, au détail, avec prix marqués en chiffres connus comme dans les bazarfl.
lazarflj^
Fécoulement en quelques jours de 800 millions de marchandises, — telles que les bons du Trésor russe, en 1904, — sans affiches, sans publicité, sans intermédiaires ni spéculation. Ce système, il est vrai, n'est applicable qu'à des affaires très saines, à des emprunteurs connus et pour des taux avantageux. La clientèle apprend à se défendre, dans Tancien comme dans le nouveau continent : au dernier « boum » des États-Unis les lanceurs sont restés en tête-à-tête avec leurs paquets de titres, en face d'un public qui se refusait.
Le jeu de Bourse.
Chitfre des ventes et achats à terme 18 ou 19 fois plus élevé que celui du comptant. — 35 millions d'ordres par jour au comptant dont 5 millions et demi donnés par les établissements de crédit. — La législation des marchés à terme contradictoire en France et en Allemagne. — Un joueur heureux ; deux millions de gains à vingt et un ans. — A la Bourse 2 et 2 font rarement 4. — Chiffres enivrants ; la peur. — Valeurs « embouteillées », joueurs réfugiés en de petits compartiments. — Comment on a pu vivre quatre ans « de ses rentes », sans avoir de rentes. — Haussiers et baissicrs. — Rôle et utilité des ventes à découvert. — Une rivière de rente qui coule toujours. — Les reports et le a flottant ». — Titres sans domicile. — Qui donc pourrait dire que la France n'a pas aidé la Russie ? — Le déport. — Ce qu'est la « position do place ». — Ce qu'on entend par « secouer le poirier ».
L'avènement et l'éducation de ces couches successives de petits porteurs, entre les mains de qui les valeurs mobilières se sont peu à peu diffusées, a singulièrement rétréci le domaine de la « spéculation », en langue vulgaire : du jeu de Bourse. Si Ton s'en tient aux apparences, le «comptant», ventes et achats effectués contre argent, représente seulement un mouvement de 35 millions de francs par jour, sur lesquels un septième environ, —
LA BOUftSË
5 500 OOO francs, — proviennent des ordres transmis par les qualie principaux établisse meots du crédit, pour le compte de leur clientèle.
Le chiffre des ventes et achats à terme, qui vai'ic d'une année à. l'autre du simple au double, ou même au triple, est toujours beaucoup plus considérable et, en moyenne, dix-huit ou dix-neuf fois plus élevé que celui du comptant. Mais ce sont des marchés « au crayon «, dt? simples opérations d'écritures qui, le plus souvent, ne se réaliseront pas | eu espèces, et que des opérations inverses annuleront à la (in de la quinzaine ou du mois ; à moins que les engagements ne soient diflërés, — « reportés », dit-on, — !t une date ultérieure.
Jusqu'à 1885 les achats et ventes à terme étaient considérés par la loi comme non avenus. Nul ne pouvait être forcé de tenir sa promesse. On ao contentait d' iiBXiîcuter» celui qui ne payait pas, c'est-k-dirc de lui interdire l'entrée de la Bourse. Depuis que cette « exception de jeu », qui, soua prétexte de moralité, donnait des résultat immoraux, a été supprimée en France, elle a été admise en Allemagne, où elle n'existait pas il y a vingt ans et où le législateur se llatta, comme chez nous jadis, de décourager les marchés à terme en leur refusant l'existence officielle. Cependant, sous le régime de la restriction, le public allemand a spéculé plus que jamais et d'une façon folle. Ce qui prouve que les deux systèmes sont indilTérenis et
le frein efficace n'est pas dans la main de l'État,
■le trem e
^^M Au surplus, il no fdut pus croire lu terme lou-
^^Ê jours coupable vl le complaiit toujours itiaoceul.
^^K U s'est fait à New-York de terribles npool» —
^^m poules — d'accaparement au comptant. A la Bourse
^B^ des marchandises la spéculation est le commerce
môme ; elle approvisionne les raarcliés et, par elle,
les prix s'équilibrent d'une raer à l'autre, comme
les Ilots. Une consignation de 100 balles de coton,
à Liverpool, changea de mains nominalement cent
cinquante fois, avant d'arriver au consommateur.
En certaines industries, l'opération à terme est
ie contraire du jeu; c'est une garantie contre les
risques. Le minotier s'expose aux variations bonnes
Iou mauvaises des cours, s'il ne vend pas à ternie lafarinc correspondante au grain qu'il vientd'achcter au comptant.
Pour les valeurs, le marché à terme est un tampon ; grâce à lui il existe toujours une réserve d'acheteurs et de vendeurs. Ces joueurs, grands et petits, sont le ferment, le microbe nécessaire ù ta vie de la Bourse, et combien ce rôle leur coûte cher. Ils se ruinent tous, plus ou moins vite, plus ou moins complètement ; en général ils ne durent gut're plus de dix ans. L'histoire en connaît un sur mille qui réussit : tel cet enfant de Salonique, débarqué à seize ans, après la guerre de 1870, chez un sien oncle couIissieràPari.s; à vingt et un ans, il avait gagné deux millions sur la hausse de la rente française et s'établissait pour son compte. Il ^wdml les jeunes gens à son tour et, en échange
des emplois qu'il leur procurait chez les ageuts du ] dans la banque, &es proli^gés lui roumissaicut de -' précieuses informations sur les positions existant ^ dans leurs cliarges. Après des alternatives do bonnes et do mauvaises chances, perdant sur , rjtalien ce qu'il avait gagné sur le Turc, il faillit , sauter dans les Mines d'or et se relira néanmoins ' avec une ccrlainc opulence. Mais on le cite, sod | cas est rare,
« Souvenez-vous qu'à la Bourse 2et â font rarement 4 ; encore moins 4 et 4 y font-ils 8, et jamais [ surtout 8 et 8 n'y font 16. » Le vieux routier qui donnait cet aphorisme comme l'unique règle de salut, entendait par là que le succès dépend beaucoup plus des facultés de résistance du spéculateur, que de la qualité intrinsèque des spéculations ; qu'il n'est si juste et si sage opération qui ne devienne mauvaise et dangereuse pour qui s'engage, non pas môme jusqu'à la limite de ses forces, mais simplement au delà de ce point redoutable où commence pour lui la peur.
Celui qui s'est chargé de faf;on à ne pouvoir supporter avec indifféTence les paniques ou les emballements des cours, quelque formidables et prolongés soient-ils, est un homme perdu. Son calcul, ses raisonnements pouvaient être fondés au début ; ils le seraient encore, mais pour des clnlfrcs moins enivrants. Avec sa mise doublée ou ([uailrupléo, il ne calcule ni ne raisonne plus ; il joue et, iment, il joue mal. Or ce dernier cas est celui
^fMCél
ipn
i tous lesbouraie
la lonliilion de forcer la dose.
Leur jeu toulefois est innocenl i-l ne fait tic mal qu'à eux-mêmes. Ils n'ont point de priae sur les fonds d'État, ni sur les valeurs très répandues. Les capilau.v ici sont trop lourds h. remuer et les portefeuilles trop loin pour s'émouvoir. Aujourd'hui on change le chef de l'État avec un mouvement de 5 ou de 10 centimes; on faisait autrefois des diQérences de 3 francs sur la simple chute d'un ministère. Les joueurs se sont donc réfugiés dans de petits compartiments : l'Extérieure espagnole, séparée du fonds national et comme « embouteillée >> à l'usage de la spéculation pour lui servir de remorqueur, des valeurs industrielles telles que le Rio-ïînto ou la Sosnovice, et le lot, quelque peu véreux, des mines d'or.
Suivant leur tempérament, les joueurs sont hi siers ou baissiers, «bulls» ou «bears» disent Anglais, parce que les premiers, conGanls, portent la tête liaute et que les seconds vont la mine renfrognée. Les baissiers ont connu de beaux jours pendant le dernier quai't du xix" siècle, en raison de la baisse du taux de l'intérêt, qui a fait apprécier plus haut les valeurs appelées n de tout repos », que le père de famille préfère malgré leur faible rendement, a Avec elles, dit-il, l'on mange mal — ayant peu de revenus — mais on dort bien. Avec des placements plus rémunérateurs et moins solides on mange bien, mats on dort mal. » L'autre école^
, des
plus liardio, remarque, non sans fondi'tnent, qu'une 1 rente li'Élat, parvenue au pair, ne peut monter ni en capital ni en revenus; tandis qu'elle est Buscep- : tiblo de baisser en revenus — par suile des conversions — si les affaires vont bien, ou en capital, si I les alTaires vont mal.
Le joueur, qui ne cherclio que des « dilTérenccs ", ne voit pas les choses d'aussi loin. Il y eut, entre j 1890 et 1893, une période pendant laquelle celui qui acheta de la rente française à terme, sans bourse délier, et se fit reporter cliaque mois, bénéficia de I la hausse du capital et en toucha l'intérêt atmuel, ' sans presque payer de loyer pour le titre. De sorte ; que cotte «position», maintenue pendant quatre | ans sur 3 000 francs de rente, dut lui rapporter net environ 17400 francs.
On a fait des calculs analogues pour celui qui eût acheté le 3 p. 100 en 1882 et l'eût revendu en 1900. Mais ces constatations théoriques n'empêchent pas que, durant ces périodes, nombre de haussiers aient perdu de l'argent sur la rente, parce qu'ils n'ont pas, suivant l'avis plus facile à donner qu'à suivre, su «vendre et regretter ». N'importe ! La hausse est toujours populaire; m6me les rentiers tranquilles, dans le fond de leur province, se réjouissent ou se lamentent chaque jour, d'après le cours de la Bourse, de l'enflemenl ou de la réduction d'un capital qui ne leur importe guère, puisqu'ils ne veulent à aucun prix le réaliser.
Rien de plus malfaisant que les hausses rapides.
; IIKCANTSMK DU LA VIE MODERNR ^"
nccîis An folio pn commun, pendant losqucU des élages fVaclietPurs suporpostîs se passent le flambeau ; tous satisFaits, parce quo chacun revend avec biînéfice. Ces entraînements sfemenL toujours la ruine ; cependant, au moment oià tombe celle terrible semence, on la reçoit comme une manne du ciel. Même après le désastre, ceux qui l'ont provoqué trouvent encore de l'indulgence ; d'étonnantes fidélités s'attachent à leur malheur. Le haussier malgré tout semble bon patriote, môme ({uaud il achMe sans argent. Ennemi public au contraire est le vendeur « k découvert n. On l'accuse de dépri^cicrle crédit. C'est lui que les régimes passés qualifiaient d' « agioteur» et poursuivirent flp rement.
Sous le premier Empire, à la veille de la rupture de la paix d'Amiens, il se produisit une baisse assez sensible. Napoléon fit venir Mollien et lui donna l'ordre de préparer un décret interdisant les ventes à terme, exactement comme le 1" mars I90i, — cent ans plus tard — au début de la guerre russo-japonaise — nos hommes d'État, qui avaient un peu perdu la tâle, et peut-être quelque chose de plus, interdirent à la Chambre syndicale des agents de change la vente h découvert des rentes françaises, turques et espagnoles. Celte mesure illégale du gouvernement actuel fut vile rapportée. Napoléon, lui, s'était abstenu de la prendre. Mollien avait su l'en dissuader ; « Sire, avait dit ce ministre, le porleur d'eau qui promet deux seaux pour
LA B0UH8E
demain fait une vente à di^couvert, — Il sait qu'il trouvera l'eau à larivitîre, répartit l'Empereur. Le vendeur à découvert est dans la mt^mc situ lion, répliqua Mollien, parce qu'il existe aussi une rivière de renies où l'on peut puiser et qui coule loujours. «
Bien loin d'être une spéculation hasardeuse, la vente à découvert est, h certaines heures, une assurance raisonnable contre les risques de baisse. Tel banquier s'est chargé du placement de valeurs qu'il a prises ferme et où ses capitaux sont largement engagés. S'il survenait, pendant qu'il effectue rotle opération, des événements (]ui provoquassent un désarroi quelconque, il se trouverait compromis. Pour se garantir contre de pareilles éventualités il se fait vendeur de rentes, afin de compenser, cas échéant, par le profit à recueillir sur la haisi des fonds d'État, les pertes à éprouver sur les fonds qu'il détient en caisse.
Rien de plus heureux, pour une valeur do spéculation, que la présence d'un découvert étendu; elle y trouve un matelas pour les chutas et un tremplin pour la hausse. Ce sont en effet les acheteurs à crédit qui font les débâcles et les vendeurs à découvert qui soutiennent les cours, puisque c sont les seuls qui rachètent en baisse. Un exemple assez piquant est celui de ce gros vendeur, décédé subitement au lendemain de la déclaration de guerre japonaise, en 1904, liquidé d'office par ses agents et qui gagna ainsi deux millions à la Bourse après
sa mort. En r^aliti!', haussiers ou haissrers oui mémn objectif : acheter bas el vendre cher. Ils ne diffèrent (]ue par le point de départ, puisque l'un commence par l'achat et l'autre par la vente.
Au bout de quinze jours, un mois au plus, l'acheteur doit prendre, le vendeur doit livrer les titres. S'il en était autrement, les spéculations ilr Bourse seraient purement fictives, une sorte de jeu sur parole où l'on ne paierait jamais. Le jour du terme, do la «liquidation, » l'aclicteur à crédit qui ne veut pas payer ses titres doit les revendre ; le vendeur qui n'a pas de litres k livrer doit les acheter. L'un et l'autre alors encaissent ou paient les a différences, » gains ou perles résultant de l'écart entre leurs ventes el leurs achats.
Ceux qui veulent maintenir leur « position », pendant le mois ou la quinzaine suivante, se font «reporter ». Ils prennent pour un terme nouveau de nouveaux engagements, par l'intermédiaire des agents qui se livrent au « pointage » des olfres et des demandes et balancent les unes par les autres. Elles ne s'équilibrent presque jamais; sinon, le « report » représenterait exactement l'intérêt, pendant un mois, du litre acheté le 1" pour être livré le 30. Mais, durant cette période, le titre peut monter ou baisser et, suivant qu'il y a plus ou moins de spéculateurs à prévoir !a hausse ou la baisse, le nombre des acheteurs l'emporle sur celui des vendeurs ou inversement.
Les acheteurs sont-ils plus nombreux? Il faut
LA BOUHSI! 01
que lies capitalistes intervienueul qui leur prêleroDt, pour treille jours, l'argent nécesauiro. Ces reporteurs « Ifevent » le titre et le gardent — c'est un prêt sur gages — pour le compte du reporté. Ils le lui livreront « fin courant », majoré du report, qui représente le loyer de leur fonds. Ce loyer varie chaque mois suivant la plus ou moins grande abondance de l'argent, et, pour chaque valeur, suivant la plus ou moins grande abondance de titres sur le marclié.
Ce titre, en eQet, que le spéculateur achète avec l'intention formelle do ne pas le prendre et sur lequel le capiLalîsLe prèle à la quinzaine sans avoir droiLdclo garder, ce titre sans place, sans domicile, qui loge en garni dans les caisses des agents, des sociétés de reports ou des établissements de crédit, quel est-il, d'où vient-il et
Où ïu-t-i7*
Eu tangage de Bourse c'est un litre « flottant », a non classé » ou déclassé. II est sorti du portefeuille, du coffre paisible de l'épargne et « porté » par les joueurs qui l'ont recueilli cl lui font un sort, il mène une existeuce nomade. Lors des bourrasques {inancières, c'est lui, victime sans défense, qui supporte les premières avaries. L'an dernier, au moment d'une crise de co genre, tandis que l'Égyptien el l'Italien, bien classés, ne bougeaient
pas, l'EspagQol, l'Argenliu el la reule française cUc-mSme — qui, depuis le minislëre Combes, avait beaucoup de flottant, — éprouvaieul une baisse sensible.
Qui donc a pu dire que la France n'avait pas aidé la Russie dans sa guerre actuelle ? Le seul ■ fait par les Français d'avoir soigneusement gard6 les Fonds Russes, dont Ils sont détenteurs, apportait au crédit de notre alliée un soutien efGcacc et inestimable. Nombre de boursiers, esconiplant le déclassement probable de 500 millions ou d'un milliard d'emprunt Russe, sur les 7 milliards que nous possédons, se firent vendeurs à découvert. Calcul dangereux ; parce que, si le portefeuille ne se dégoûtait pas, ils s'exposaient à payer du « déport».
En effet, lorsque les vendeurs sans titres sont beaucoup plus nombreux que les acheteurs sans argent, non seulement le report baisse et tombe «au pair», — c'est-à-dire que l'acheteur proGte gratis pendaut un mois du revenu dont se grossit le titre, — mais même il survient du « déport h. Il faut louer réellement les titres à des propriétaires effectifs pour équilibrer les ventes et les achats à terme, de sorte que la généralité des vendeurs se trouvent payer aux acheteurs une certaine somme pour retarder la livraison du titre qu'ils ont vendu. En outre, les acheteurs touchent l'intérêt de ce titre, comme s'ils l'avaient entre leurs mains.
Cette situation bizarre s'est prolongée à Londres, 8ur les fonds Russes, do 1881 à 1886 : a Je les ^j.
achetés à lerme, disait plaisammcnl un banquier, je ne puis pas arriver à avoir les titres ; on me paie ilu déport depuis cinq ans. » De sorte que, sans avoir rien versé, il touchait et les coupons et un loyer de ces valeurs i|u'il était censé prCtcr à son vendeur. Le même fait s'est produit récemment ù Paris, où les vendeurs do Russe oot payé, cliaquo quinzaine, des déports qui équivalent à un intérêt annuel de la p. 100. Le Panama a fourni des exemples analogues. Les baissiers, eussent-ils vu juste en principe, se ruinent infailliblement lorsqu'ils prétendent lutter contre le portefeuille.
L'effectif compai'é de ces deux groupes en présence — acheteurs et vendeurs — est ce qu'on nomme la « position de place » que révèle chaque liquidation. Quand les reports s'élèvent sur l'ensemble des valeurs, c'est l'indice que la place est « chargée », qu'il y a trop d'acheteurs à terme et que, par conséquent, les titres sont entre les mains des spéculateurs et non des capitalistes. En février 1904, les positions à reporter exigeaient 650 millions; à la fin de l'année, elles étaient descendues à 300 miUions, chiffre normal et plutôt bas, que comporte une période très calme.
Dans les moments de grandes affaires, il s'élève jusqu'au milliard. S'il le dépasse, l'argent se raréfie ; suivant un mot de boursier il est h à la cravache )> et le danger est proche. En 1881, lorsque 100 000 actions de l'Union générale, en report, ■«Bgeaient k elles seules, au cours de 3 000 francs,
iOO LE MÉCANISME DE LA VIE MODERNE
300 millions, le capital ainsi prêté se fit payer jusqu'à 18 et 20 p. 400. Une situation aussi tendue provoque infailliblement les suspensions de paiement et les faillites. Les reporteurs prudents n'attendent pas de pareilles extrémités ; ils « dénoncent les reports », c'est-à-dire qu'ils refusent de les continuer. L'acheteur, privé d'argent et forcé de se liquider, précipite alors la baisse par Tafllux de ses titres sur le marché.
On a reproclié aux établissements de crédit de s'être retirés brutalement, d'avoir, en argot de bourse, « secoué le poirier » — pour les mines d*or par exemple — sans souci des panique^ qui en résulteraient et môme avec l'intention d'en profiter. Accusation injuste, puisque le caractère de ces prêts est essentiellement temporaire et que les bailleurs de fonds ne peuvent se laisser conduire par les joueurs à une catastrophe. Personne au reste ne monopolise les reports. Le Crédit Lyonnais, qui emploie de la sorte des sommes importantes, tant sur les places étrangères qu'à Paris, ne fournit guère plus du sixième de l'ensemble des capitaux ainsi avancés. Au contraire la solidarité légale des agenls de change, récemment instituée, a cette conséquence indirecte que le client leur laisse une liberté absolue dans l'usage des capitaux à eux confiés pour être placés en reports.
Les intermédiaires. Agents de change
et coulissiers.
Les 70 charges d'agents de change. — Aujourd'hui solidaires offrent garantie d'une banque de 150 raillions. — Les « courretiers » de change et banque, autrefois. — 30 millions de réserve.
— La réunion des agents chez Philippart. — Un agent de change peut faire fonction de ministre ; mais un ministre ne peut pas faire fonction d'agent de change. — Les six « corbeilles » latérales.
— « Ck)mrais du comptant » ; assesseurs aux rentes. — Bénéfices très différents des agents suivant les charges. — Cent millions de courtages par an, tant aux agents qu'aux coulissiers. — Les princes du parquet. — Comment Tabolition du privilège eût engendré un monopole de fait. — Taux comparatif des courtages à Londres et & New-York. — Petite bourse. — Coulissiers « & la feuille ». — Nouveau mode d' « introduction » des mines d'or. — Les échelliers. — Le « grattage ». — Les « pieds humides ».
— Les naufrageurs de flnance. — Journaux de Bourse . — « Gare aux poches. »
Unies par leur responsabilité collective, les 70 charges des agents actuels offrent au public la garantie d'une banque riche d'au moins 150 millions de francs. Lorsque Louis XIII, par édit de 1638, eût porté à 30 le chiffre des « courretiers de change, banque et vente en gros des marchandises étrangères », que son prédécesseur avait créés au
nombre de huit, il leur enjoignit, en échange du monopole qu'il confirmait, de « faire bourse commune du quart des profits ». Cette disposition tutélaire, abrogée au bout de peu de temps à la demande de la compagnie, ne fut jamais rétablie en droit; bien qu'en fait les agents modernes se fussent toujours portés fort les uns pour les autres. Lorsque le fonds de réserve ne suffisait pas à remédier aux défaillances de quelques-uns de ses membres, la corporation tout entière se substituait à eux et empruntait au besoin pour désintéresser leurs créanciers.
Cette réserve, qui s'élève officiellement à 7 millions, produit d'un versement de 100 000 francs par chacun des titulaires en exercice, monte réellement . à plus de 30 millions, parait-il^ car elle n'est connue que de la Chambre syndicale. En outre, la valeur des offices, uniformément fixée à 1 600 000 francs et leur cautionnement de 250 000 francs, constituent pour les créanciers de la corbeille un gage imposant de 130 millions.
Chaque agent opère d'ailleurs à ses risques et périls ; ses chances de pertes sont illimitées et seul il y doit faire face. La confrérie n'intervient qu'en cas d'insolvabilité d'un de ses membres. Mais il est do gros sinistres qui touchent la moitié d'entre eux ou davantage ; chacun commence par se tirer d'affaire de son mieux.
Lors de la chute de Philippart, aventurier de finance, qui noyait un grain de génie dans une dose
décuple de cliarlataaisme, 37 nu 40 agents do ' oliauge i^taîont pris dans sa faillite. II les réunit dans le somptueux salon de son Iiôtel et débuta en ces termes : k Messieurs, je ne puis pas vous payer... — cri indigni5 de l'auditoire, qui du reste s'y attcn- ' dait — mais j'ai fait préparer pour chacun de voua une liasse de titres variés, réglant exactement, au cours de la dernière liquidation, le compte do ce que je lui dois. » Or, depuis quinze jours, ces titres avaient baissé de 60, 80 ou 90 p. 100. D'aucuns ne valaient guère plus que le papier. Aussi personne n'en voulait-il, et l'assistance continuait à accabler : d'invectives le banquier impassible qui tenait tête h l'orage. A la lin — il était prfcs de midi — un agent se décide, sans mot dire, prend son paquet et court à la Bourse pour tâcher, en vendant le premier, de réaliser quelque chose. On s'aperçoit de son départ et chacun peu à peu l'imite. Quand tous furent partis, Philipparl se retourne vers ses secrétaires présents à la scfene et leur dît : « Je n'aurais jamais cru que mon émission aurait si bien marché ! H II avait, pour cette fois, reçu quittance; ce qui ne l'empêcha pas de sombrer définitivement plus tard.
Quoiqu'ils ne s'occupent ni de marchandises, ni d'effets de commerce, comme leurs prédécesseurs de jadis, nos agents de change contemporains ont plus de besogne et plus de proGt. La besogne, ils ne pourraient l'accomplir seuls ; l'agent du 3tvni° siècle assumait, lui, toutes les fonctions de la '
charge . Celui de 1830, époque oii la corbeille déjà comptait (50 membres, était assisté d'un ou deux clercs. Depuis, ses bureaux se sont peuplés de fondés de pouvoirs, de commis et d'employés de toute sorte. Le parquet s'est fractionné en sept groupes. Au centre, dans le principal, les agents s'occupent en persoîine des opérations à terme. Il ne leur est permis de se faire remplacer ici que par un confrère. Ainsi M. Berteaux, bien que ministre de la Guerre est censé crier lui-même « à haute et intelligible voix », dit le règlement, les ventes et les achats quotidiens que Torgane amical et gratuit d'autres agents lui rend le service d'exécuter chaque jour pour son compte.
Par une absence de réciprocité, qui semble tout à fait injuste, nous trouvons naturel que les généraux mettent à leur tôte un agent de change, tandis que nous ne permettons pas au chef de l'armée de se faire remplacer à la Bourse par un général, fût-il commandant de corps. Cette anomalie doit tenir à ce que la loi exige, pour l'agent, la compétence et, pour le ministre, se borne à la supposer.
Dans les six corbeilles latérales, le « commis du comptant », 1' « assesseur aux rentes » et les autres teneurs de carnets, agréés par la chambre syndicale, traitent exclusivement, chacun au nom de son patron, telles ou telles sortes de valeurs. Les profits sont très diversement répartis : toute charge représente, y compris un fonds de roulement nécessaire de trois à cinq cent mille francs, un débours
il'environ 2400000 fcancs. Pour la moitié ou les i Lrois quaris du cptli* somme, beaucoup tl'a^cnts ' onl des commanditairps, avec qui iU passent des contrats variables ; qui^lquos-uas possE-dent seuls presque tout leur office.
Le titulaire, en plus d'un traitement fixe do ' 30 OOO francs, reçoîl. toujours une part sur les bénéfices ; mais il prélever tantôt avant, tantùl apri-s la distribution de 5 p. 100 de dividende à ses assi ciés. Les recettes brutes des 70 agents de cliange sY> lèvent à 50 millions environ ; celles des 220 coulissiers atteignent une somme k peu près éfralo. Ce n'est donc pas sans raison que l'on entend dire : a A la Bourse, il n'y a que les intermédiaires qui gagnent », quand ils savent ne pas sortir de leur rôle.
Mais, de ce que le public leur paye chaque année quelque cent raillions de courtage, il no s'ensuit pas que leur gain approche de ce chiffre. Sur les 50 millions encaissés par le parquet, les « remisiers » et les frais généraux en absorbent ' environ 33, et les 13 millions de profil net : divisent entre les offices de façon Irts inégale : 7 ou 8 gagnent 500 000 francs par an ; pareil nombre onl un rendement de 300000 francs, une quinzaine réalisent 200 000, une vingtaine 160 000 et les moins favorisés, qui forment près du tiers de l'effeclif 100000 francs seulement. A ces derniers, le . capital ainsi aventuré ne rapporte qu'un revenu de j
lOfî I.C niÉCANISME DE Ll VIP. MODERNE ^H
Il s'esl donc crW des privilî-ges parmi ces privi- \ôgiés et, au sein de ce monopole, des «. monopoleurs », doués à plus haute dose des qualités nécessaires de l'emploi : l'acLivilé et la méfiance. Ceux-Ui oat BU se tailler la part du lion dans une confrérie où, semble-t-il, les chances sont pareilles pour tous et où pourtant mêmes disparités existent que dans la corporation toute liliro des coulissiers. Si l'on eût aboli le caracLiiro officiel et l'exclusivisme d'attributions de la corbeille, ce n'eussent pas été ces princes du parquet qui en auraient soulfert. Loin de lit; réunis à deux ou trois en de puissants trusts où leurs noms connus auraient attiré les capitau-t en quCto de reports et les clients à reporter, sept ou huit d'entre eux se seraient rendus insensiblement maîtres des négociations et des courtages et le public aurait peul-§trc souffert d'un monopole réel, sous un régime théoriquement libéral ; tandis que notre monopole théorique d'aujourd'hui ne gône réellement que les 300 personnes désireuses d'exercer la profession d'agent de change.
Il n'existe pas de ville où les courtages soient meilleur marché qu'à Paris. En Angleterre comme en Amérique, pays où l'on est censé pratiquer le régime de la liberté en ces matières, des associations se sont constituées, si fermées que pas un représentant des plus grandes maisons françaises ne peut avoir accès au Stock- Ex change de Londres et les brokers, ou courtiers, du Royaume-Uni fout payer leurs services trois et quatre fois plus cher
nos ag;eQLs français. Leurs commissions il ificenilenljamaisau di.'Ssousiru[i ccrliiinitiinimui et arrivent ainsi pour des titres de trîia petit prix pour certaines mines par exemple — à dix a !oiize pour cent du montant des valeurs négociéei Le « monopole » nous garantit de ces exigent usives d'intérêts privés, unis sous le couvert d liberté, et le taux minime des courtages, réduil en 1898 à 10 centimes pour mille francs, est du nous la rançon du privilfîge des courtiers. Noua trouvons un autre avantage : aux lieures difQcilci des agents solidaires s'inspirent confiance les ur aux autres; tandis que sur des centaines de cou lissiers, un petit nombre seulement continue d'opérer et d'accepter les contre- parti es de leurs confrères. En temps de crise, le marclié libre d!slo([ue et la plupart des carnets se ferment.
A côté de la Bourse légale, existe en elfet uo< bourse libre, aussi ancienne sans doute que le par»! quet. Dès 1810, les agents demandaient vainement au Conseil d'Ëtat la suppression de cette « cou-
IJisse » ; en 1823, lorsque la mort de l'empereur icxandre I" fit baisser le 3 p. lOO de 62 fr. 40 à francs, ils renouvelèrent sans résultat leurs protestations et le ministre Villèle fut accusiî par les journaux de l'opposition d'avoir spéculé au café Tortoni & qui est une bourse en permanence », La coulisse se réunissait en etfet, non seulement de midi à trois heures à la Bourse, mais le soir, de neuf heures moins un quart à dix heures, sur le
^V tr< ^ Tl
108 LE MI^CAMSMe DE LA VIE
trolloir, devant le passage de l'Opéra; plus lard, dans liî liall du CiL-dit Lyonnais, onfin à l'Éilen- Tiiéâlrc et à la galerio Montpensiep. Cette « petite Boursti II est aujourd'hui supprimée ; mais sans doute de graves événements la rétabliraient bien vite.
En I80O, les agents s'adressèrent aux tribunaux et parurent décidés à en finir avec la coocurrenee de la coulisse. Bcrryerla défendit sans succès dans un ppocts retentissant qui se termina par la condamnation de vingt-cinq prévenus à une amende do 10 SOO francs cbacun. Néanmoins les « courtiersmarrons » reparurent apri-s une courte éclipse et, malgré de nouveaux arrêts confirmant la jurisprudence de la Cour suprême en ces matières, ils ont
Ils avaient donc leur raison d'être : avec le développement des affaires et le caractère international qu'elles prennent davantage chaque jour, ces gens naguïirc très dangereux, qui cumulent les professions de banquiers, d'émetteurs, d'arbitragistes et de banquiers, étaient devenus indispensables. Élément actif, audacieux, ne ménageant pas leur peine, ils supplantaient les agents qui, se voyant lésés, firent une nouvelle campagne. Un rtglement de 1898, aujourd'hui en vigueur, fit à chacun sa part. Nombre decoulis8ier3rcfusi.'rent tout d'abord d'accepter la leur ; ils émigrèrent à Bruxelles, d'où ils sont à peu près revenus, faute de trouver en Belgique la faveur et le crédit sur lesquels ils comp-
LA BODIISE IQH
Uiiciit. A Paris, l'association des courtiers libren s'est refondue et constituée en syndicats distincts^ dont i'«ffectif n'a rien de fixe, mais où l'admissian des valeurs cotées et celle des intermédiaires qu9 les négocient est soumise à des statuts protectcursS
L'apparition des mines d'or avait révélé clied certains financiers anglo-allemands l'usage depro^ cédés absolument neufs. Aprfcs la centralisation dem raines do diamant par une société puissante doal9 Cecil Riiodes fut l'inspirateur; après lelancementi en 1889 de la Robinson Gold, qui valut à ses pro^ moteurs, en récompense de chaque débours înitiafl de 16 00(1 francs, un million et demi de bénéticeaj de nouveaux spéculateurs imaginèrent de morcelerj les territoires aurifères, ou supposés tels, du Tran8-« vaal en damiers — en u daims » — suivant éva<4 luation du rendement probable. U
Non contents de s'attribuer, en paiement de leuM apport, la moitié environ du capital, ils se procuraient un deuxième bénéfice en émettant les actions au double ou au triple de leur valeur nominale. Deux employés de banque, Allemands d'origine, amenés par leur patron dans l'Afrique du Sud où ils s'établirent pour leur compte, ont ainsi réalisé une fortune d'un milliard de francs chacun. Seule-J" ment l'impudence un peu forte do ces introductionsrj trop réussie intermédiair qu'à l'avenir on soumettrait les « allaires d'or *
', ne méritaient ce nom f|u'au regard de Icud
es, fit du tort, une fois connue,
qui s'en étaient ciiargés. Il fut décida
^^11 ne
créateurs, à une police non correctionnelle mais préventive, lorsqu'elles se présenteraient à la colonnade (le la Bourse.
Cent vingt « coulissiers du comptant » négocient à l'heure actuelle, sous le péristyle, les titres non admis à la cote officielle. L'exercice de leur profession exige un capital assez sérieux, et leurs opérations comportent moins de risques que celles des coulissiers à terme. Ceux-ci se divisent en deux catégories : « inscrits » ou « non inscrits ». Les premiers forment un syndicat de 94 membres, appelés « coulissiers à la feuille » parce qu'avant chaque liquidation ils versent à la caisse sociale une provision en espèces à titre de paiement anticipé de leurs différences éventuelles. La couverture que ces derniers se donnent ainsi réciproquement est de 100 000 francs, pour ceux qui négocient Fensemble des valeurs non cotées, et de 25 000 francs pour ceux qui ne traitent que la rente française.
A ces derniers, — une quarantaine environ — la possession d'un fonds de roulement assez faible suffit pour s'établir. Le peu de surface qu'ils offrent ne nuit pas à la nature limitée de leurs affaires. Leurs clients, spéculateurs au jour le jour, ne travaillent presque exclusivement que sur des « différences » à encaisser ou h payer. Ils ne livrent ni ne lèvent aucun titre en liquidation. Tels sont par exemple les « échelliers », ainsi nommés parce qu'ils montent en quelque sorte les degrés de la cote : ils achètent de la rente « ferme » et en
revendent le double « à prime », à un cours quelque peu supérieur. En cas do iiausse ils acIiMenl à nouveau du ferme et revendent de nouvelles primes, à un échelon plus élevé. Opération mécanique et Irfes agréable si les cours, dans leurs oscillations, ne venaient brusquement la troubler et n'infligeaient en un jour, aux laborieux échelliers, une perte supérieure à leurs bénéfices de plusieurs mois. Quelle que soit l'unipleur de la coulisse des rentes, le marché officiel conserve toujours un contrûte sur elle. C'est par l'intermédiaire des agents de change que se liquident, en Un de mois, les positions, et que se Font tous les transferts. De plus, les cours du terme no peuvent guhrc s'écarter beaucoup de ceux du comptant qui leur servent de régulateurs et dont le pai-quet a le monopolo.
Le marché libre, dans sa cote particulii.'re, ne mentionne pas de a premier cours », mais seulement un « plus haut » el un h plus bas », entre lesquels certains coulissicrs manœuvrent subtilement pour se ménager, dans l'exécution des ordres un supplément de profit appelé « grattage ». S'ils portent ainsi les achats un peu plus cher et les ventes un peu meilleur marché qu'ils ne les cifectuent réellement c'est, disent-ils, qu'ils ont une clientèle assez sujette à caution avec laquelle, pour se couvrir, il faut gagner davantage. Toujours ostil que ces bonis n'ont rien do bccret, mais au contraire sont nettement spécifiés dans maintes ces- 1 maisons de coulisse que l'on déclare h. .
ii2 LE UtCANISME DE LA Vie MUltEHNE ^^^
l'acquéreur rapporter : tdiit en a courtage » et Laiil en « grattage ».
En période normale, le coulîssicr inscrit à la feuillu offre au puhlic toute garantie de solvabilité. Il n'en est pas de inânie des h non inscrits a, parmi lesquels se confond la tourbe des intermédiaires suspects. Ces « pieds humides », suivant le sobriquet qui les désigne, parce qu'ils gravitent eu plein air, à l'intérieur des grilles, exposés à l'inclémence des saisons, sont au commerce des valeurs ce que le marciié du Temple, depuis peu disparu, était au commerce des babils. Seulement, dans ce coin pittoresque, dit des « chapeaux gras », la matître qui fait l'objet du Iralic est superbe. C'est un papier de fil, de pûle riche, de fabrication trts soignée, sur lequel sont tirées en gravure des « obhgations, des « actions u pleines de promesses, qui n'ont rapporté d'argent qu'à l'imprimeur.
Le cours de chacune varie de fr. 10 à 3 francs. Tel en achète 3 francs la douzaine et parvient, au bout de six mois, à les revendre 1 fr, 50 la pièce; il a su faire courir le bruit que a les administrateurs allaient être forcés de verser une indemnité » ou que « l'on avait repris l'étude du terrain » et (1 recommencé les sondages ». Parmi ces débris d'affaires chimériques et de sociétés en faillite il se trouve de tout : des casinos et des ardoisières, des ciments et des accumulateurs, dos banques et des eaux gazeuses, des mines, beaucoup de mines et des K jouissances » de chemins de fer lointains, qui
ont dit un irrévocable adieu au dividende et il l'iimortissemcnt.
Cotte « petite spéculation », comme elle s'îiilitule, rejetéo sur le trottoir de la Hourse, intéresse plutôt le pliîlosoplie que l'économisle. C'est un jeu de pauvres, sans influence sur la Fortune publique et qui peut être innocent. Ce qui toujours est coupable, bien que rarement poursuivi, et ce qui pourrait intéresser le procureur de la République beaucoup plus que l'économiste ou le piiilosoplie, ce sont les nmifrageurs de la Gnancc. Les indigènes de certaines côtes inhospitaliiires attiraient autrefois, la nuit, par de faux signaux sur les rochers les bateaux en détresse, pour les faire sombrer et piller leurs épaves. Ces barbares ont des successeurs très civilisés. Ils s'embusquent à la sixième page des journaux, ou s'établissent en des officines louches, aux environs des rues Vivionne, Montmartre et de Richelieu ; comme se groupaient jadis, autour des sanctuaires de pèlerinage, les marchands de fausses reliques et de « pardons avariés.
Sous couleur do « Comptoir », de n Crédit de a Banque » de ceci ou de cela, ils installent IranquiUement une caverne de voleurs dans le quartier achalandé, à l'abri du fisc qui leur délivre patente et du sergent de ville qui protège la vitrine. Ils font en apparence toutes opérations de bourse; en réalité ce ne sont que parodies; elle! Be transforment ici en escroqueries pures. Pour
ii4 LE MÉCANISME DE LA VIE MODERNE
écoulor clans les départements leurs titres fantaisistes — charbonnages des Pyrénées, plombs argentifères des Carpathes ou fers magnétiques de Styrie — ils ont des commis voyageurs; et des officiers ministériels, titulaires de charges qui ne nourrissent pas leur homme, deviennent leurs placiers moyennant de bons salaires. Ils peuvent extraire ainsi une dizaine de millions par an à la petite épargne, et ce n'est qu'un des moindres domaines ouverts à leur activité.
Le principal, celui où les Mary-Reynaud, les Boulaine, les Berné-Maceau moissonnent les plus amples recettes, c'est le jeu de Bourse. Afin de racoler des dupes, ces « bucket-shops », ainsi qu'on les appelle à Londres et à New- York, ont toutes un journal. Ce journal dont l'abonnement coûte un ou deux francs, ne pourrait vivre ni de son humble chantage, qui opère par quittances de 10 francs présentées à domicile aux grands logis financiers, ni du produit de sa vente au numéro, puisqu'il se distribue gratis; ce journal appâte simplement les gogos. Aux uns, il promet 12 p. 100 d'intérêt de leur argent sans risque; aux autres 40 à 50 p. 100 au moyen d' « opérations sur la tendance » ; à ceux-ci le triplement en un mois d'une mise de 500 francs ; à ceux-là cent mille francs de bénéfices à réaliser avec mille francs, par achats de primes.
Le boniment est si grossier qu'il faut, semble-til, une sottise presque invraisemblable, il faut la
LA DODIIRË 1
naïveté d'un enfant pour s'y laisser prendre. Néanmoins, lors dos débilcles pérîoiliques qui am^inont les tenanciers de ces maisons-là devant la juslico, on est surpris de voir, sur la liste de leurs ci'éauciers, des gens appartenant à toutes les classes do la société. Il est vrai (|ue pour exciter, et aveugler en même temps, la cupidité de leurs victimes futures, ces adroits tireurs de bourse commencent par donner, sur les « parts d'essai », des bénéGces inouïs aux débutants, qui s'empressent alors do décupler leur mise.
Les plus délicates de ces pseudo-banques sont des maisons do « coulre-partie » qui n'exécutent pas les ordres de leurs clients et se trouvent ainsi jouer contre eux. Armés contre le Code, ils ont divers moyens de faire annuler le cas échéant, comme illégaux, les marchés qu'ils ont eux-mêmes sollicités; ils tiennent bon tant qu'ils gagnent, plongent aprî-s un krack, et renaissent sous une incarnation nouvelle. Quelques journaux hardis font la guerre à ces espîices sans aucune chance de les bannir. Ils clouent journellement les noms, anciens et actuels de ces individus et leurs raisons sociales dans une colonne spéciale, sous cette rubrique : « Gare aux poches! »
Ils impriment : « Prenez garde à un tel, fréquemment condamné par les tribunaux n, à un tel « plusieurs fois poursuivi, notoirement véreux »; àun tel « qui sort de Mazaa, et qui optre en telle rue, à tel numéro ».
Mais un tel et un tel n'ont garde de se plaindre ni de protester. Ce sont des garçons tranquilles, ennemis du scandale, qui continuent leur besogne sans bruit. Ils ne disparaîtront, si jamais ils disparaissent, que faute d'aliment à leur industrie, lorsqu'ils ne trouveront plus assez de proies pour les faire vivre; comme les voleurs de grand chemin ont disparu avec les diligences.