‹ Le mécanisme de la vie moderneChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

La fortune mobilière française.

La Bourse est vide... d'or ou d'argent. — Du Pont-au-Ghango à la place Dauphine et à la rue Vivienne. — 233 milliards par an de valeurs négociées. — Dettes des nations, richesses des particuliers. — La cote de 1789, de 1819. — 1 100 titres aujourd'hui sur le marché. — 104 milliards de propriétés émiettées. — Le plus gros actionnaire des chemins de fer français. — Les romanciers à la Bourse. — Cosmopolitisme et répercussion des marchés actuels. — Le monde est ceinturé d'un cercle d'or. — Les Français ont plus d'argent que d'affaires.

Du Pont-au-Ghange oii elle naquit, au pied des tours du Cliâtelet, jusqu'à la colonnade de la rue Vivienne, la Bourse n'a pas fait beaucoup de chemin dans Paris. Les boursiers en ont fait davantage dans Topinion, depuis le temps lointain où les hommes d'épée rançonnaient les hommes d'argent,

1 temps actuel où les hommes d'argent g

I vernent les hommes d'épéc.

Cependant, depuis les t< cliaageurs » lie Philippe le Bel jusqu'aux collîîf^ues de M. Berteaux, la Bourse coulinue do s'ouvrir à midi ; heure choisie

I nagubre par les tinanciers comme étant celle de la lovée d'audience des magistrats de la Cour, à (juî ils avaient affaire. Et quoique les rapports de la spéculation avec le Palais de Justice soient rares et d'ailleurs peu souhaités ; quoique depuis deux cents ans et plus, les « courtiers de change » aient quitté la place Dauphine, hâtïe à leur intention par Henri IV, — a la plus belle et la plus utile de Paris 11, disait un contemporain — pour émigrer

f d'ahord à l'hôtel de Soissons, rue Quincarapoix, puis à l'hôtel de Nevers, Bihliotiiî'que nationale de maintenant, c'est toujours à midi que les officiers ministériels de 190S entrent à la corbeille; exacte-

Iment h l'heure où montaient à 1' o estrade » foraine ■ leurs devanciers du xvi° siècle.

I Sauf ce détail, les uns et les autres ne se ressemblent gufere. Même le vieux nom qui désigne nos « agents a ne s'applique nullement à leur emploi, ' puisqu'ils ne font plus le « change », ni des effets, I ni surtout des espèces, et qu'au contraire le carac- I tfere de notre Bourse est d'être vide... d'or ou d'ar- F gcnt.

Ce que l'on y vend, ce sont les dettes des nations ' et les richesses des particuliers, incorporées ' soi ou au sous-sol, transformées en outils mulLîp]^

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d' industrie, de commerce ou de banque ; muis toutes détaillées en une monnaie spéciale : celle des « titres » nominatifs ou au porteur, laulùt « actions » associées aux risques, tantdl obligations ou créances déterminées. Par ces valeurs, improprement appelées a mobilitres » — bieQ qu'elles ne le soient pas davantage que les papiers conférant la propriété d'une maison ou d'une forêt, — mais dont le propre est d'être mobiltséfs par le morcellement et l' enchère quotidienne, tout Français économe peut devenir possesseur d'un millième d'usine, d'un cinq cent millième de cliemin de fer, comme tout Français majeur devient détenteur d'un dix-raiilionnième de la souveraineté nationale.

Avant nous et plus que nous, l'ancien régime avait mobilisé la terre par ses innombrables et minuscules « rentes foncières » de quelques francs ; et mOme, par ses i< rentes constituées m qui mettaient le débiteur en actions, il avait mobilisé le crédit des personnes. Mais la supériorité des valeurs modernes, et ce qui les rend plus vraiment mobiles qu'un de ces « meubles », tels qu'une armoire ou un fauteuil, auxquels la loi les assimile, c'est 1' tence d'une halle publique où il est loisible à tous, chaque jour, de les acheter comme un kilo de beurre ou une douzaine d'œufs.

Aussi bien ce marché ne chôme-t-il pas, puisque, dans le cours d'une seule année, les opérations de' Bourse s'élèvent — l'impôt qui les frappe nous oi

. VIE MOBËRNF.

^H 6S LE lIÉr.AMISM

^^B révMc lo cliiirro — à 2il3 milliards de francs par an, ^^1 dont 46 sur les rentes fran(;aises el 187 sur l'en- ^^m semble des auLres valeurs. Un lolal aussi formi- ^^M (lable dépasse de beaucoup lu montant de noire ^^B fortune mobilière, que l'on croirait ainsi vouée à ^^H un mouvement po^pétut^{ et à trois ou quatre ehan- ^^M gements du maîtres, en l'espace de douze mois ; ^^K ai l'on nu savait qu'^rn vingtième seulement des ^^1 ventes et achats, repri^sentés par ces 233 milliards, ^^B s'effectue au comptant. Presque tout le reste, spé- ^" culatiou « à terme », consiste en simples engagements qui se « liquident n, se résolvent en opérations inverses, au courant du mois ou de la quinzaine, ou se prorogent - — se « reportent » au mois suivant à l'aide d'un léger emprunt de capitaux.

La France rnonai'cliiquo possédait différents types, aujourd'hui disparus, de valeurs mobiliferes; seulement elles ne se négociaient pas à la Bourse.

»La « cote h do 1789 se compose de quelques lignes : actions de la Caisse d'escompte, des Compagnies des Indes et des Eaux; billets de deux loteries royales et titres de trois emprunts récents du Trésor ; c'était tout. Eu 1819, la nomenclature officielle ne s'était gufere allongée : seules y figuraient la renie française, 5 p. 100, nouvelle ou consolidée; la Banque de France et des obligations de ponts à péage. Durant les trente années qui suivirent, malgré les créations viables du règne de Louis-Philippe, malgré l'agiotage aussi, où les financiers aigrefins de Balzac « se gavaient d'or «

et qui faisait surgir tant de Compagnies rivales dos a Bitumes du Maroc » de Jt'rôme Palurol, la cote de 1832 ne contenait encore que 12fi valeurs. Leur nombre s'était élevé à 380 en 1809. II est de 80(1 aujourd'Imi, pour les effets admis à la négociation par lo ministère des agents de change parisiens, Si l'on y joint les actions et obligations traîtéeti uniquement « en coulisse », et celles qui sont' réservées aux Bourses de province, on arrive ment au total de i 100 titres en vente sur Ift marché français.

La place qu'ils occupent dans la fortune privé»! n'a cessé de croître suivant une progression analogue : ils Ggnraient dans les successions de 1851 pour 86 millions de francs et, dans celles de 1870 pour ITà millions. Ils étaient montés à 827 millions en 1880, à 1360 millions en 1890 et atteignaient, en 1900, deux milliards 81 millii

Veut-on connaître le montant actuel, en capital,i de la fortune mobilière française? Il faut ajouterj aux 2G milliards de la rente nationale, les 58 milliards, auxquels correspond l'impôt de 4 p. dOO prélevé sur le revenu soumis au fisc, et 20 milliards environ de fonds d'Étatet titres étrangers possédés,,! en France, par nos concitoyens; soit une somme de lOi milliards. Quelque invraisemblables qu'eussent paru à nos pères ces 104 milliards de créances et de propriétés, émiettées sur papiers à vignettes, qui, juxtaposées, formeraient un ruban assez long pour faire le tour du monde, les valeurs mobi-

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