ÉM0U8SEMENT DES ÉMOTIONS M
'qui va se passor ne sont plus les marnes, quoiqu'<Staiit fioul aussi nettes; elles sont bien moins nombreuses. ■Je ne considère plus que le cas oiJ le tour pourrait être mai exécuté, et le danger qui en résulterait m'apparait C(i m me beaucoup moindre; je me représente en outre la façon dont les choses se sont passées déjà et qui n'ont pas de raison pour m'éniouvoir. Je suis donc bien moins ému. Au bout d'un certain nombre de scènes de la même espèce, la représentation des conséquences dangereuses s'efface de plus en plus et je ne vois plus que la façon dont s'exécute le mouvement. Mon émotion, si j'en ai encore, a changé de natui-e, et c'est en ijuelque sorte une émotion esthétique, lorsque le tour est bien exécuté.
On ne peut donc pas comparer les représentations qui accompagnent une émotion pour la première fois qu'elle survient el dans la suite, quand les raOmes circonstances se reproduisent. Elles ne sont pas identiques. Les premières sont très nombreuses, intenses, mettent enjeu une quantité plus ou moins considérable de cenires cérébraux. Les secondes, au contraire, sont de plus en plus restreintes comme nombre, et metlonl ainsi en vibration une beaucoup moins grande étendue de l'écorce cérébrale. En ratirae temps, tandis que les premières agissent sur les organes et le système vasoluoleur, dont le fonctionnement a le plus de rapports avec la pereonnalité, et dont l'ébranlement des centies correspondants s'accompagne le plus de ton affectif, les secondes, au contraire, se réduisent de plus en plus à des faits d'ordre cognitif dénués de ton affectif quelconque.
Si une émotion perd de son intensité par la répétition du fait qui lui a donné naissance une première fois, cela n'est donc pas comparable à ce qui se passe
aïonoH
pour une sensation ordinaire, et si la vague diffusîve 9'atténue, ce n'est pas par tendance à l'économie ilana les voies nerveuses de la décharge émotionnelle. C'est tout simplement parce que les représentations qui amènent cette décharge d'une manière diffuse, par suite de leur grand nombre et de leur intensité, cessent dVtre les marnes, sont de moins en moins nombreuses, et s'appliquent à des objets de plus en plus précis, restreints, el d'un moindre caractère affectif.
Si, au contraire, ces représentations ne changent pas de nombre, d'intensilé el d'objet, l'émotion reste exactement la même. Quel que soit le nombre de fois que je me trouve pris dans un incendieet exposé àyrester, j'aurai toujours la même émotion. Quel que soit le nombre de fois oii je perds un i}tre cher, ma douleur n'en sera pas amoindrie. Quel que soit le nombre de fois que je me fasse arracher une dent, la douleur physique sera toujours la môme, et la représentation que j'en aurai sera môme quelquefois moins vive la premièrefoisque les suivantes. Les gensqui ont le « trac » de paraître et de parler en public l'ont toujours, et s'ils arrivent à le combattre, il ne s'atténue pas en soi, et certains mêmes sont obligés de renoncer à la lutte. On pourrait multiplier les cas où la répétition, bien loin d'émousser les émotions, ne fait que les augmenter ou ne les modifie du moins nullement.
Contrairement à l'opinion de W. James, je crois donc que les émotions ne s'émoussent pas indistinctement par la répétition comme tout autre espèce de sensation, l'émotion étant d'ailleurs toute autre chose qu'une sensation. Tout dépend de l'étal d'émotivité du sujet, de son mode habituel de réaction cérébrale, sans que ni la nature, ni l'intensité des émotions soient en cause.
SYSTÉMATISATION DES ÉMOTIONS Le l'ail que l'habitude itiininuerHil la srnsulioii iiH'cclive, ce qui n'est pas. montre, pour Paulhan, que l'srrêt des tendances est le point de départ des émoijons ; car l'habitude, en facilitant les rapports rie l'excitation et de l'organisme, diminue cet arrCt des li'ndances. Mais ce n'est pas d'arrêt, c'est de plus grande facilité des tendances qu'il s'agit alors. L'habituiie consistant en ce que l'énergie n'emploie que les voies nécessaires à la réponse à l'excitation, il n'y a plus diffusion, donc plus d'émolion.
Nous avons enhn une dernière question à étudier concernant l'évolution de l'émotion. Nous avons vu comment elle croît et décroît, comment elle se comporte d'une manière isolée ou quand elle coexiste avec d'autres, etc., mais il est encore une forme de son évolution qui a une importance très grande, c'est sa prolongation, sa persistance, sa permanence mèmequelquefois. Cette question en comprend deux autres : la systématisation et la;îj;îi!^des émotions.
Que faut-il entendre par systématisation des émohons ? Tout mouvement brusquement produit met généralement en jeu un nombre do muscles beaucoup plus grand qu'il n'est nécessaire pour le but à atteindre; tout mouvement exécuté pour la première fois met de môme en jeu un plus grand nombre démuselés qu'il ne faut. Dans les deux cas il y a une dépense d'énergie exagérée, d'où une plus grande fatigue ensuite. Quand on peut se représenter le mouvement qu'on a à faire, soit qu'on en ait le temps, soit qu'on le connaisse très bien, on n'emploie que juste le nombre de muscles nécessaires, avec la mise en liberté de l'énergie Actement suffisante pour exécuter le mouvement re-
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présenté. Au bout d'un certain temps, le mouvement se fait d'une faijon précise, régulière, avec le minimum d'effort ; il s'est établi entre les différents muscles un système d'action combinée, où les représentations diverses des mouvements successifs ou concomitants disparaissent en ne laissant subsister que la représentation du mouvement général. Cette sysiémalisalion d'un mouvement, parélimination progressive de tous les mouvements accessoires inutiles, devient de plus en plus serrée, résistante, ii nicsuri' que le mouvement se répète, de telle sorte qu'au bout d'uu certain temps il est souvent très difficile d'y introduire des variantes quelconques. L'émotion qui, comme son nom même l'indique, est par-dessus tout un pliénomène d'ordre moteur, subit une systématisation analogue. Les représentations qui la constituent sont ordinairement excessives la première fois, ou du moins incoordonnéos, et inadéquates en général aux conséquences réelles de la cause de l'émotion. Mais peu à peu elles se précisent, prennent leur valeur réciproque ; certaines disparaissent, certaines se renforcent. Après avoir amené tout d'abord des réactions plus ou moins diffuses et quelconques, elles ne déterminent plus que des manifestations toujours identiques à elles-mêmes, prédominant sous telle ou telle forme, et constituant entre autres ce qu'on appelle l'expression des émotions. J'ai déjà attiré l'attention sur ce fait à propos de l'émotivité, en montrant que chacun fait son émotion à sa façon et que les mouvements d'expression des émotions ne sont que la plus petite partie des réactions émotionnelles. Les plus importantes sont celles qui atteignent les vîscfires, et ce sont précisément celles-ci qui sont les plus variables, les plus individuelles.
SYSTÉMATISATION' DES ^NOTIONS lai
Mh' sysléraalisaLion se faîl d'un»! façon ^éoéraliî jioiiclouLes les ômotions, e.l d'une façon spéciale pour chaque émotion en parliculier, soit au cours de l'émotion, soit quand elle se reproduit dans des conditions semblables. Nous venons de rappeler comment l'^motiv*i(é traduit toutes les émotions en général par un ensemble de manifestations variables ciiez les différents individus. C'est là la première forme de la systématisation des émotions, et celle qu'on remarque le moins, car elle est subconsciente ou inconsciente ordinairement. On peut l'observer tout particulièrement dans certains états d'émotîvité morbide : chez les éreutophobes, cbez les phobiques en général, chez les obsédés. Tout d'abord un incident quelconque a amené la peur d'une façon soudaine souvent. Puis le sujet cherche à s'eu rendre compte, analyse les motifsqui ont pu la produire, ïllc ne survient d'abord que dans certaines conditions Mmblables, où le rapport entre elle et sa cause parait ffividenl. Mais, peu à peu elle survient d'une façon indirecte en quelque sorte, par suite d'associations d'idées, îelles-ci peuvent être établies après coup, ou sur le ttomeni môme. Mais les choses n'en restent pas là, et 31X associations d'idées conscientes succèdent des associations d'idées inconscientes, extrêmement rapides Uors, et le sujet se trouve pris de sa phobie à l'occalîon de faits qui ne semblent avoir aucun rapport avec plie. On arrive dans certains i:as à décomposer cepenlant l'encliainement d'idées qui a amené ce résultat, l cela permet de juger de ce qui se passe dans un n-and nombre d'autres oii la complexité des associa- Bons est trop grande et se fait d'une manière trop inuinscientc pour qu'on puisse y arriver. La phobie se ■ouve complètement systématisée avec tous les éié-
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ments, de quelque ordre qu'ils soieni, physiques, intellectuels ou moraux, ayant de près ou de loin un rapport quelconque avec elle.
La seconde forme est cflle qui se produit au cours ' même d'une émotion donnée, où toutes les représentations de mi'me g'onre, de mt^rae sens, se groupent pour ( accentuer ou diminuer l'émotion totale, de même que dane ïc domaine purement intellectuel toutes les raisons pour ou contre la solution d'un problème abstrait se groupent ensemble, VUlée. déRnitive jaillissant de c« i choc de représentations. Non seulement les représenta- "l lions se groupent ainsi suivant leur genre, mais aussi les mouvements adaptés à la réaction totale. C'est ainsi que dans la peur qui fait fuir, par exemple, les représentations des conséquences de la cause de la peur se groupent pour déterminer, d'abord des mouvements de défense généraux, puis un mouvement de fuite précis. L'émotion cesse pour ainsi dire à ce moment, toute l'énergie disponible étant employée au mouvement de fuite, qui, une fois provoqué, se développe sans qu'il soit besoin de s'en représenter la cause. Et cela est si vrai, que ce mouvement se continue souvent alors que cette cause a disparu, et que le sujet, après s'être arrêté, ne dit pas: « J'ai peur ", mais « j'ai eu peur a. L'émolion peur a disparu, en même temps que le mouvement de fuite est survenu, que toutes les représentations ont élé celles des mouvements nécessaires à la fuite, que toute l'énergie mise en liberté sous l'influence de la cause de la peur a élé employée à ces mouvements déterminés. Nous trouvons aussi lii, en passant, une nouvelle démonstration du rapport qui existe entre l'émotion et la diffusion de l'énergie. La dernière forme de la systématisation des émo-
SYSTÉMATISATION DES ftMOTlOSS IfS
lions s'observe dans le cas lio la répiHition d'une énio- (ioiisous l'influence d'une cause semblable. Nous avons vu plus haut dans quelles conditions la répétition pouvait amener l'émoussement des émotions, à savoir quand il y a diminution du nombre de représentations lides à la cause de l'émotion. Dans ce cas on peut arriver à la suppression complète de toute émotion. comme cbez le chirurgien à la vue du sang.
JI y a encore un cas cependani, oii il peut y avoirune atténuation, qui n'est qu'apparente et qui est due précisément à la systématisation des représentations. C'e.st celui où une impression ou une représentation déterminent une première fois une émotion exagérée, par suite de toutes sortes de représentations surajoutées à lort. A la réflexion, on reconnaît la fausseté de ces représentations, ou leur inopportunité dans le cas particulier, et dès lors l'émotion se trouve réduite à ses éléments réels. Mais elle n'en existe pas moins, et elle est simplement devenue adéquate à sa cause, étant donnée Témotivité du sujet, bien entendu. Et au delà, d'un cerlin minimum irréductible elle ne peut descendre; elle traduira même désagréablement par les mêmes réacms, malgré tous les raisonnements. C'est ce que nous voyons d'une façon absolument caractéristique dans les phobies. Le sujet qui~en est atteint exagère évidemment des réactions de peur au début. Sous l'influence de rai- ' sonnements, de modificateurs de son emotivité, il peutarriver à se dominer, à agir malgré sa crainte. Mais Jamais il ne la détruit complètement. Il atteint un minimum qu'il ne peut dépasser. Sa phobie s'est systématisée, et quelle que soit l'intensité de ses manifestations physiologiques, ou psychologiques, la nature de ces îanifestations est la mente. C'est toujours le même
iM ÉvoLcrriON de lémotiox
conlenu de lï'mniion chaque fois qu'elle se rnoiiln
ilurée et son iriten&ilé varienl seules.
Ceci nous amène à la queslion tlt' la ^rt/p des émotions.
.\utant on s'est occupé des idées fixes, autant on a lîiisséde côté les émotions fixes. Or, les idées fixes ne sont bien souvent que des émotions fixes,, et c'est un [toint sur lequel on n'a pas assez insisté. Les idées fixes des liystériques, auxquelles on a rattaché parfois toutes les manifestations de la névrose, ne sont que des états émotionnels fixes et non des idées, de pures représentations anienant une émotion comme la sensation première qui leur a donné naissance.
Nous avons vu tout à l'heure que, lorsque les émotions étaient dynamogènes, elles décroissaient forcément au bout d'un certain temps, par épuisement naturel et graduel de l'énergie disponible employée à tours manifestations. Lorsque les émotions sont inhibitrices, au conti'aire, il y a un épuisement complet et brusque d'énergie cérébrale, ou un simple phénomène d'arrêt, ce qui est plus fréquent.
Dans ce dernier cas, que va-t-îl se passer si l'arrêt est profond? Ou bien les diverses excitations portées sur le cerveau vont finir par l'ébranler de nouveau, et son activité va reprendre, ou, au contraire, elles seront insuffisantes et l'inertie cérébrale ne fera que s'accentuer, comme il arrive pour toute machine qui cesse de fonctionner. Cet arrêt d'activité peut atteindre tous les degrés, ou le comprend, et durer d'une façon absolument indéterminée.
Les exemples fourmillent, dans la pathologie nerveuse, d'étals émotionnels fixes. Une jeune iille, soi-