COEXISTENCE DES ÉMOTIONS S
tantôt de l'alternance, tantôt Je l'interférence, aboiitissanl soit à la pn^dominante de l'une des deux, soit à leur neutralisation.
On passe, en effet, dans le premier cas, d'un sentiment au gentiment opposé, suivant que l'on considère telle ou telle face de l'événement. Enlïn le sentiment le plus fort l'emporte d'une maniftre progressive, avec des retours de moins en moins nets du sentiment le moins fort. El, dans ce cas, cette émotion ou ce sentiment prédominants ne sont ni aussi puissants, ni aussi intenses que s'ils avaient existi,' seuls. Il y a Ifi un Jihénomène de mécanique pure, de soustraction de deux forces ou de résultante de deux forces, inégales et opposées.
Dans le second cas, où il y a interférence, il y a encore opposition de deux forces, mais elles sont de sens contraire et convergent, tandis que tout à l'heure elles étaient de sens contraire et divergent. lien résulte, non pas une simple soustraction de forces, mais une souslraclion de deux forces qui se heurtent. Ces deux forces ne sont autres que cellesqui produisent les réactions des émotions opposées. Au lieu de voir l'une l'emporter à un moment donné sur l'autre, on les voit au contraire aboutir à un état d'indifférence, à un élat neutre, qui n'est ni agréable ni pénible.
Un exemple du premier cas est ce qui se produit quand on découvre chez une personne qu'on aime une raison de la détester; on passe des paroles tendres aux reproches amers, jusqu'à ce qu'enfin il y ait réconciliation ou rupture. Un autre exemple, dont on est fréquemment témoin, est celui où une mère, dont l'enfant vient de se faire du mal en désobéissant, le gronde et le console en même temps.
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Ln exemple du second cas est ce qui arrive quand on est dans l'attente d'un événement dont rien ne peut vous faire prévoir l'issue d'une façon certaine, et où tantôt un indiiT, tantôt un autre viennent faire pencher la balance en faveur de (elle ou telle solul ion ; ou bien encore lorsque deux solutions peuvent se présenter, ayani chacune des avantages et des inconvénients, et vous faisant désirer tantôt l'une, tantôt l'autre, suivant la représentât ion que vous vous faites de ces avantages el de ces inconvénients. Un arrive ordinairement, dans ces cas, à un état dans lequel on est incapable d'aucun désir, dans quelque sens que ce soit, et oii l'on se résigne à l'une ou l'autre issue d'une manière passive, et dénuée pi-esque de ton affectif ou d'émotion lorsqu'elle survient.
Mais les émotions coexistantes et se rapportant à un même objet peuvent ûtre do même genre, de même sens pour mieux dire, au lieu d'être de sens contraire. On peut être etrrayé par plusieurs causes à la fois, on peut être en colère contre quelqu'un pour plusieurs motifs, dont chacun suffirait à vous mettre en colère, on peut avoir en même temps deux ou trois émotions, capables chacune de vous procurer de la tristesse ou de la joie. Dans ces différents cas il n'y a pas soustraction de forces, mais addition. Ces émotions diverses s'ajoutent pour augmenter l'émotion générale de peur, de colère, de tristesse ou de joie.
Les émotions complexes présentent tous les mêmes phénomènes d'alternance, d'interférence, de neutralisation, d'addition et de soustraction que nous venons de constater dans les émotions coexistantes, car la seule dilféreuce entre les deux réside dans la fusion plus ou moins grande des éléments émotionnels, qui sont tout à l'ait dissociés dans les émotions coexistantes,
KSIUTIOSS COMPLEXES «7
et confondus dans les draotions complexes. Ces émotions complexes sont en réalile tontes les émotions délicates, à propos desquelles on a discuté si la théorie physiologique pouvait s'y appliquer, ot que d'ailleurs W. James, lui-même, renonçait à y l'aiie rentrer. Mais, pour Être complexes, pour mettre enjeu simultanément une série plus ou moins grande de tendances naturelles ou acquises, elles ne diffèrent en réalité en rien des émotions plus simples, dites grossi&res. La honte, la pudeur, l'admiration, le dépit, etc., ne sont pas d'essence autre que la peur, la colère, etc. Les émotions dites intellectuelles, esthétiques, ne diffèrent des autres que par les représentations qui sont mises enjeu. Mais cela nous importe peu au point de vue du mécanisme de l'émotion en général, que ce soient des sensations qui aient primitivement donné lieu à des émotions, ou que ces sensations aient d'abord déterminé des idées, des associations d'idées, et des représentations associées à d'autres sensations de ton émotionnel ou non. Le Fait qu'une sensation, ou une représentation détermine un état diffus de vibration cérébrale, suiïît pour qu'il y ait émotion. Peu importe que, suivant les individus, suivant leur éraotivilé constitutionnelle ou acquise, ce soit tel ou tel ordre de phénomène qui provoipie la diffusion, de l'énergie cérébrale.
Ce qui nous importe, c'est de relever la subordination de ces manifestations émotionnelles aux lois mécaniques générales, et de constater qu'il ne s'agit en réalité que de jeu de forces, lesquelles ont pour origine l'énergie cérébraie libérée sous l'inlluence des excitants apportés aux différents centres, et pour manifestations les réactions dites émotionnelles en raison du sentiment dont elles s'accompagnent.
Mais ce n'est pas lout de considérer Pinteraction des émotions constitut'cs. Il est un autre phénomène non moins important et cependant très néglige', c'est celui de leur évolution. Une émotion n'arrive pas d'emblée h son état complet, de même qu'elle ne disparait pas instuntanémenl avec la cause qui l'a fait naître. U y a là, entre l'émotion et l'idée, une différence radicale. Une idée peut apparaître et disparaître instantanément, au moins en apparence ; une émotion se développe plus ou moins rapidement, persisie plus ou moins longtemps, cesse plus ou moins lentement.
Unepremière remarque àfaire, c'est que l'émotion peut naître d'une façon très brusque, tandis qu'elle ne cesse jamais de même. Aucune considération psychologique ne me parait capable d'expliquer cela. Au contraire, le point de vue mécanique et dynamique permet de l'interpréter facilement. Il ne se passe, en effet, rien de différent de ce que nous voyons à tout instant dans les transformations d'énergie à travers les machines. Sous l'influence d'un choc, d'une excitation appropriée, une décharge d'énergie se produit — ici c'est de l'énergie cérébrale. Cette décharge se produit d'uu'e façon plus ou moins brusque et quelquefois instantanée. C'est ce que noua voyons dans l'émotion, oii on la sent se produire en soi, avant qu'aucune manifestation en soit apparue. Cette énergie cérébrale ainsi libérée, nous avons vu qu'elle rencontrait une résistance plus ou moins grande pour se répandre dans le cerveau, suivantl'émotivité des individus. Mais, quelle que soil la facilité avec laquelle la propagation se fait, quelle que soit la faiblesse de cette résistance organique, celle-ci existe cependant, et demande un certain temps pour 6tre vaincue. Quand l'énergie s'écoule librement, avec intensité et débit
ADDITION DES KMOTIONS 89
maximum, alors r(5motion est à son apogée. C'est ordinairement sous cette forme qu'on l'étudio. On ne saurait trop faire remarquer que ce n'est là qu'une pliase de son évolution, la plus importante sans doute, puisqu'elle se montre sous sa forme la plus complète dans l'eapace, mais sous un aspect éphémère dans le temps.
L'évolution progressive d'une émotion peut être enrayée, ou s'arrêter spontanément avant son complet épanouissement. Cela, tient à diverses causes. Ou l'excitation a été iosufQsante pour déterminer une déflagration complète, ou elle n'a mis en liberté qu'une quantité d'énergie accumulée trop petite, ou cette énergie a rencontré des résistances trop grandes provenant de courants de sens opposés, traversant déjà la substance cérébrale.
Et ce qui vient à l'appui de cette conception purement mécanique, ce sont les phénomènes à.' addition que nous rencontrons encore ici au point de vue de l'excitation, comme nous les avons vus tout à l'heure à propos des émotions coexistantes de môme sens. C'est un fait bien établi que la possibilité de déterminer une réaction nerveuse en répétant sur le nerf des excitations, dont chacune séparément est incapable de la provoquer. C'est d'ailleurs un phénomène d'ordre purement physique et qui s'observe, par exemple, avec les métaux qui se brisent sous l'influence de la répétition de petits chocs. Or, des causes insuffisantes pour provoquer une émotion arrivent, en se répétant, à la déterminer. Les exemples sont tellement courants que chacun peut en trouver dans ses souvenirs ou autour de lui. Mais il est un point sur lequel je croîs devoir insister. C'est le suivant ; non seulement des causes répé-
es sont de^H eiles sont ^|
90 KvniXTiox m: i;kmotion
tées peuvent provoquer une émotion, si elles même genre, mais encore elle permettent, de genres diltércats, l'éclosîon d'une émotioa quelconque d'ime façon disproportionnée avec sa cause apparcnlc cl immédiate. Je m'explique. Quelqu'un me fournil J'ori^asinn de me uietlre en colère; ta cause est futile cl la colore ne se produit pas ; je n'éprouve qu'un sentiment il'agace aient, d'impalienco, qui en est le début. Mais cette personne me fournit bientôt d'autres motifs de colère, tout aussi peu importants. Je n'en finis pas moins, au bout d'un certain nombre, et quoique le dernier motif puisse être extrêmement futile, par me mettre violemment en colère et d'une façon disproportionnée avec ce dernier motif. Nous voyons la cbose se produire à tout instant, et si noHS constatons ainsi une colère disproportionnée avec sa cause immédiatement apparente, nous nous l'expliquons facilement, dès qu'on nous dit qu'il y a eu auparavant une série de motifs semblables qui ne l'ont pas provoquée. C'est un simple phénomène d'addition, et il n'y a pas lieu d'en être surpris. Il n'en prouve pas umins que le cerveau se comporte exactement comme le nerf, et comme la matière soumise aux lois physiques générales.
Mais ce qui se passe lorsque, des excitations faibles d'ordre divers ayant atteint le cerveau sans y provoquer d'émotions, une violente émotion éclate tout à coup sous l'induence d'une excitation aussi faible que les précédentes, prouve que la loi de la sommation des excitations n'est pas seulement valable pour l'émotion, mais pour l'émotivité elle-même, et que l'émotion n'esl pas le fait d'une décharge locale, mais d'une décharge générale de l'énergie cérébrale. Le fait auquel je fais allusion est bien connu de tout le monde :
AOrilTION DES OOTIO.NS
on a eu un ennui quuloonque qui aurait pu provoquer de la colère et qu'on a facilement surmonté ; un autre survient qui vous donnerait de la tristesse et on passe oiilre; un incident se présente qui provoque une surprise plus ou moins forle, sans conséquences toutefois. Mais, coup sur coup, ces divers événements ont interrompu votre travail, ont ébranlé votre système nerveux. L'équilibre parait rétabli, quand survient un nouvel incident quelconque, désagréable. En soi, il ne comporte rien de bien pénible, mais vous le prenez au tragique, et vous en éprouvez une émotion exagérée, qui déconcerte les personnes qui en sont témoins alors et ne comprennent pas la disproportion entre l'intensité de cette émotion et sa cause. Que de fois n'entend-on pas alors les gens se disculper en disant : « J'ai été dérangé toute la journée, j'étais énervé, et je me rends compte que c'est absurde de m'éniouvoir ainsi, maie cet ennui venait par-dessus trop d'autres choses, h On constate ainsi soi-même celte loi d'addition des excitations, qui ne s'applique pas seulement aux excitations de même ordre, mais à des excitations d'ordres différents, et qui, en développant momentanément l'émotivité, permet à une émotion quelconque de prendre une intensité n'ayant aucun rapport avec la cause immédiate. Cela nous prouve bien que l'émotion tient à la décharge de l'énergie cérébrale, que celte déebarge ne s'applique pas seulement à l'énergie accumulée sur un point déterminé du cerveau, mais dans le cerveau tout entier, et qu'enfin la quantité d'énergie ainsi libérée n'est pas proportionnelle à l'excitation, cause dernière de la détlagration, mais à l'excitation totale d'une part, et à la résistance à la diffusion de l'énergie libérée de l'autre. Si la som-
M fcVOLL'TION DE LÊMOTION-
matioD des escitations provoque en effet ia décharge, ces rxcilalionssi'partîmertt causent un ébranlement cérébral ijui affaiblit la résistance aux courants de l'énergie libérée. Ainsi seulement peut 8'expli(|uer qu'une cause, en apparence insigni liante, déterrainf une violente émolion dans certains cas.
Passons maintenant à la décroissance et à la disparition des émotions. J'ai dit plus haut que, si l'émotion se développait d'une façon brusque et rapide, elle ne cessait jamais de la mi^rae fa(,'on. Quel que soit, en effet, le mode de progression d'une émotion, sa diminution et sa disparition se font toujoiirs d'une façon lente, quand on considère une émotion isolée. Car nous avons vu que, s'il y a coexistence d'émotions diverses, il se produit des oscillations on des interférences entre elles, c'est-à-dire entre les forces dont ia mise en jeu les provoque et les représente.
Cette lenteur de la disparition des émotions est un phénomène très compréhensible avec la conception mécanique de l'émotivilé. Le cerveau ébranlé dans toutes les directions ne peut pas plus reprendre d'un seul coup son équilibre moléculaire, que la cloche qui a été mise en vibration. Chez elle aussi on peut provoquer le son par un choc brusque, ou progressivement par de petits chocs successifs, mais, une fois mise en vibration, celle-ci s'atténue d'une fagon plus ou moins lenle.
On peut cependant enrayer celte vibration dans une certaine mesure, en lui opposant une résistance générale ou locale, en la plongeant dans un autre milieu, ou en interceptant la propagation de ses ondes. On peut agir exactement de naèrao avec l'émolivité céré-
DÉCROISSANCE DES lÏMOTlOXS brale et l'émoUun. El toule la llK^rapeiilique des états émotionnels est basée sur ce principe tlu changement de milieu, de l'impossibilité do donner libre cours à son émotiviti! dans une certaine direction, de l'obligation de subir d'autres impressions qui s'interfèreni avec l'éfal émolionnel à combattre. C'est ce que l'on fait dans les états mélancoliques, dans certaines manifestations hystériques ayant un caractère d'émotivilé spécial, dans lin grand nombre de délires émotifs.
On peut donc volonlairement enrayer une émotion. Mais, d'elle-même, elle s'atténue ordinairement, l'ébranlement cérébral cessant spontanément d'une part, et, d'autre pari, toutes les impressions que nous sommes obliges de subir venant peu à peu, parles forces qu'elles mettent en jeu, combattre celles qui constituent l'état émotionnel. Le cerveau a, d'ailleurs, comme tout corps tiré de sa position d'équilibre, tendance à reprendre cet équilibre. Lclangage populaire traduit fort bien cet élat de l'homme peu émotif, quand il le traite 4^ pondéré, d'équilibré, et l'homme trop émotif de détraqué, de déséquilibré.
Il y a aussi une raison pour que l'émotion cesse toujoiu-s d'une façon progressive et plus ou moins lente. C'est que, pliysiologiqueraent, les phénomènes organiques, viscéraux, vaso-moteurs, etc., qui constituent le cûté périphérique de l'émotion, et sont la conséquence de l'état cérébral, ne peuvent cesser brusquement. Or, nous avons vu dans le premier chapitre la corrélation et la réciprocité d'action et d'influence des piiénomf?nes cérébraux et périphériques.
De quelque eôlé qu'on envisage la décroissance de l'émotion, on la voit toujours liée aux phénomènes physiques du fonctionnement cérébral ou organique, sans
ei É\OLL'TIOX IIK L'KMOTKiN
que les considL^ralîona psychologiques interviennent eu] aucune Façon. De ce point de vue, il y a lieu enfin de considérer que, l'émotion étant provoquée par une ,1 décharge diffuse d'énergie cérébrale, celle-ci finit par s'épuiser tout naturellement, et ne peut plus, dès lors, entretenir l'état moléculaire qu'elle a d'abord déterminé, i et qui consLituc l'émolion. O'itii le sentiment d'épuisement qui suit les émotions violentes, agréables ou désagréables. Nous aurons plus tard l'occasion de montrer qu'il faut distinguer la tristesse et la joie des émoliona agréables ou désagréables, et considérer avant tout' les émotions, comme le fail Féré, au point de vue dynamogène ou inhibiteur.
Or, nous voyons, à ce dernier point de vue, que les émotions dynamogénes, quel que soit leur caractère agréable ou désagréable, cessent toujours par épuisemenl, et sont alors suivies de fatigue et de tristesse — excès de boisson, excès vénériens, etc. — , tandis que ■ les émotions inhibitrices s'accompagnent d'un sentiment de bien-Clre, de joie, de délivrance, d'augmentation de tout l'élre, quand elles cessent. Cela tient à ce , que, dans le premier cas, il y a une dépense considéraLle d'énergie, qui a besoin de se reconstituer eri , réserve, ce qui demande un certain temps pendant lequel l'aclivilé du cerveau ne peut plu.s Être à son taux ' normal, et que, dans le second cas, il n'y a pas eu dé- ' pense d'énergie, mais au contraire arrêt, d'oii incapacité d'activité cérébrale d'abord, et possibilité de la retrouver intacte ensuite.
La distinction des émotions dyiiamogènes et inhibitrices, en dehors de toute considération du sentiment moral qui les accompagne, nous permet de comprendre, par le mécanisme que nous venons de voir, que les
t'niolions intiibitrices puissent cusscr beaucoup plus
rapidement que les dynamogènes- L'énergie qui retrouve
ses issues peut, en effet, passer d'une façon brusque
ou [rès rapide de l'inerlio à l'activité, comme elle
I If fait d'une manière explosive dans l'éinolion en
I passant de l'activité restreinte et ri^gliV à l'activité
diffuse, tandis que l'énergie qui s'est dépensée exige
forcément un cerlain temps pour se reronstilner h
l'état de réserve.
Remarquons encore à l'appui de notre conception mécanique de l'éniotion, et de son siège cérébral, que les effets des émotions dynamogènes sont beaucoup plus courts que ceux des émotions inliibilrices. Et, en eiTel, !a durée d'une émotion dynamogène est limitée par la quantité d'énergie dégagée, tandis que l'émotion inhibitrice peut être aussi prolongée que l'arrêt luîiiiéfue, lequel est quelquefois permanent. Nous allons d'ailleurs étudier celle question tout à l'beure.
k Examinons, pour en terminer avec révolution de émotion, non pins l'atténuation d'une émotion donnée, c'est-à-dire sa phase et son mode de décroissance, mais l'émoussemetU des émotions chez un même individu. 11 y a lieu de considérer deux cboses : rad'aiblissement de l'émotivité et l'émousseraent proprement dit des émotions, le premier amenant le second, mais le second n'ayant pas pour seule cause le premier. La meilleure preuve, c'est que l'on peut rencontrer l'émoussement d'un certain genre d'émotion chez un individu dont l'émotivité générale n'est pasmodiiiée: le médecin, par exemple, qui n'est plus impressionné par la vue du sang.
I L'émotivité varie avec l'âge, avee les conditions pby-
ÉVOLCnOX DE L^MOTION siûlogiques ou pathologiques. C'est là une notion vulgaire sur laquelle je ne veux pas insister. Sous l'iufluence de la sénilité, par exemple, le cerveau se modilie, son activité, son pouvoir de léactiori, sa réflecUviti!, s'atl<^nuent par suite des changements de structure des cellules céràhrales, des modirications d'irrigation sanguine et par conséquent de sa nu— i trition. C'est un accumulateur usé qui n'emmagui sine plus l'énergie, qui ne peut en fournir par cnn-^ séquent beaucoup, et dont la résistance des élémenls conslituanls a augmenté. C'est la machine aux rouages usés et encrassés — et ce n'est pas Iji une ligure, mais une réalité — qui fonctionne péniblemenl, et ne rend pas de force, parce qu'elle n'est plus en état de transformer l'énergie qu'on lui fournit. La transmission des organes inlérieurs de la machine se fait difficilement dans ces oondilions, tant par suite des ehanj nienls dnns leurs rapports normaux, que de l'inertîi de la diminution du pouvoir absorbant d'énergie extérieure: res all^raliûns se traduisent de mt^me dans le cerveau par une sorte d'inertie, d'où amoindrissement de son activité f^oénile et diminution de l'émotivilt^. LViuolivil<5 est bien essentiel lement un phénomj^ii« (vr»'lir»K et purt^ment physique, car c'est la ronsttlation inMxe tle U substance «rébrale qui la v>vntlititwtt<>.
Kl ce qui iH>ttx le iM\i«lrv bien, c'est que cette tlimiuutt^^^ vie ré*tt»»liviV «'exisle pas thet tous les \-«hII«tiiH« e* «'*** (VIS le t»»t <ie 1» i^nilité seule, «Mt» 4m «IUMMt*>vH9 t,vr>'4wraW^ <fw «vcompa^ent la »^ilil\^. Nv^« \»\xw» f« elM^ 1 v<Mf «le Tt<^l*nls însen- «iMe» ^ KwW ewx^>t>M^ 4>MttT<^< ^ fik««nal cwi sVmeaw** »*** U iiii»iMi*4re wtftweKKv, \-vi«iiÉ* 4es enfants.
im-
ÉUOUSSEMEKT DES ÉMOTIONS 97
5 ra^tn? que la forme de leur émotion ait aucun orl avec sa cause. Tout éljranleraent physique ou moral provoque chez eux une émolion. Leur émotivilé esldonc en apparence très augmentée, ce qui parait en I Gonlradiction avec ce que je dis plus haut. Mair), si on vregarde les choses de plus près, on conslato que, dans lees cas, on n'a plus alTaire à l'étal cérébral purement ■sénile, mais à une désagrégation des cellules cérébrales. C'est un état de dislocation complète des rouages de hmachine, qui s'entre-choquent au moindre heurt, ms qu'il y ait même le moindre dégagement d'éner- , 11 semble que cette désagrégation cérébrale s'ac- Btompagne de vibrations moléculaires analogues à celles Ijde l'émotion, et qui, diffuses elles aussi, entretiennent K'état émotionnel, corroborant ainsi ce que je dis plus baut sur le rôle de la diffusion des changements moléculaires cérébraux dans laconstilutioD de l'émotion.
Il nous reste à parler maintenant de Vémoussemenl des émotions sous l'inQuence de leur répétition. W. James' |iréteud qu'elles s'émoussent plus rapidement par la répétition que toute autre espèce de sensation. « La cause en est, d'après lui, non seulement dans la loi générale d' a accommodation » au stimulus qui s'applique & toutes les sensations, sans exception aucune, mais aussi dans ce f«it que la «vague diffuse » d'effets réflexes tend toujours à se resserrer. On dirait qu'il y fliàun arrangementessenliellement provisoire perraellanl à des réactions précises et déterminées de se produire. Plus nous nous exerçons à une chose, moins nous employons de muscles. De même, l'idée que nous nous faisons d'un objet et de notre manière d'agir à son égard se précisent d'autant plus quo nous le voyons I. /.Il lh^.j.if ^h i;:«,oUon. CFiris, F. Alcan. TrailiiiL (k,i' ti. Oumas. SuLLiEK. — Émotions. 7
M ÉV01XT[0X HK LÉSIOTKIS "
plus souvent, cl le (rouble oi^anïque qu'il rlélermine devient il'uulant moindre... Celte tendaoce à Téconomie dans les voies nerveuses par lesquelles dos seusalions el nos îdé«s se déchargent, est ta base de tout progrès sous le rapport de IVflîcaeité, de la promptitude et de l'habileté. >>
Cette manière de voir parait au premier abord absolument juste. Je ferai seulement remarquer le rùle des repr^senttttions dans l'émotion, l'oie très complexe sur lequel nous aurons à revenir. Plus les représentations d'un phénomène sont nettes, plus les réactions sont précises, déterminées et adéquates, et plus l'émotion est Faible; voilà ce qui semble ressortir de ce qui se passe dans l'émoussement des émotions sous l'influence de la répétition. Mais, d'autre part, nous sommes obligés de constater que les représentations très nettes de certains événements et de leurs conséquences amènent au contraire des émotions ti*ès vives. S'il peut y avoir une telle opposition dans le râle des représentations vis-à-vis de l'émotion, il est vraisemblable de supposer qu'il faut chercher, pour expliquer cette contradiction apparente dans les faits, un caractère spécial des représentations dans les deux cas. La différence me semble résider, non dans la netteté des représentations, mais dans leur multiplicité et dans leur intensité. Prenons un exemple : Je vois un acrobate faire un tour très périlleux sans que je sois prévenu. Je le vois tomber, je me le représente brisé, tué peut-^tre, et je suis ému. J'ai eu une représentation très nette de tout ce qui pouvait se produire, c'est-à-dire une fonle de représentations des diverses conséquences d'un accident de ce genre. Mais je constate que ce n'est qu'un tour d'acrobatie. Lorsque je le revois faire, mes représentations de ce