‹ Le mécanisme des émotionsChapitre 8 sur 70 · CHAPITRE PREMIER ÉMOTIVITÉ ET ÉMOTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ÉMOTIVITÉ ET ÉMOTION

Sommaire. — Position du problème. — Vue générale de l'activité du système nerveux et du cerveau en particulier. — Rapports entre les éléments : excitation, sensation, mouvement, représentation, état moléculaire du cerveau. — Décharge diffuse d'énergie cérébrale et émotion. — Rapports de la décharge et de l'excitation. — L'émotivité conditionne l'émotion. — Action des différentes excitations sur le cerveau au point de vue de l'émotivité. — Modes de manifestation de Témotivité. — Conditions de l'émotivité. — Application des lois physiques au mécanisme de l'émotion : loi d'inertie, loi de réaction, périodicité, loi d'antagonisme, loi de cohésion. — Analogies entre les phénomènes émotionnels et les réactions mécaniques d'une machine en mouvement. — Émotion et travail effectif du cerveau.

L'émotion est un des phénomènes les plus importants de notre vie physique et morale. Elle joue un rôle capital dans toute notre évolution ; elle est hi source d'un grand nombre d'états pathologiques ; elle a enfin dans les rapports sociaux une importance qui n'a pas été suffisamment mise en relief encore.

Pour toutes ces raisons elle a fait l'objet de tout temps de travaux et de recherches. Considérée surtout autrefois dans ses diverses modalités psychologiques, eJle a commencé, avec Descartes, Spinosa,Malebranche, à ôlre envisagée au point de vue de sa nature et du rapport qui existait entre son aspect moral et son expression physiologique. Depuis vingt ans c'est à établir ce rapport entre

SoLLisR. — Émotions. i

ÉMOTIYITÉ ET ÉMOTION les différents élémonlsconstitulifs de l'émolion, et la priorité ou la suprématiu de tel ou tel l'IiSment, que l'on s'est surtout attaché.

C'est pour répondre h cette préoccupation qu'ont été émises les théories de Lange et de William James. Mais comme le remarquent fort bien Th. Ribot, et surtout G. Dumas, ces diverses théories sont toutes imparfaites et ne peuvent sulfire à expliquer toutes les émotions. Elles ne laissent pas non plus que de présenter des contradictions avec elles-mêmes.

Si la théorie intellectualiste laisse trop de cùté les phénomènes organiques de l'émotion, la théorie physiologique ou périphérique néglige les émotions cérébrales, pour s'occuper trop exclusivement de ces phénomènes. Quand on examine impartialement les choses, on constate que ces deux théories, qui se partagent les psychologues, ont chacune une grande part de vérité, font mieux comprendre l'une que l'autre tantôt certains faits, tantôt certains antres, et que, comme toujours, la divergence vient, non seulement de l'absolutisme du principe initial, mais encore de l'oubli de certains facteurs capables de concilier les deux.

Comme presque toujours aussi la question a été mal posée, ou, si l'on veut, elle est incomplètement et trop sommairement posée. On a laissé de côté certains phénomènes communs â toutes les émotions, ou, pour mieux dire, faisant partie do l'histoire naturelle de l'émotion, soit qu'on ne les ait pas remarqués, soit plutôt qu'on ne leur ait pas donné la valeur qu'ils méritent, et on a continué à discuter sur certains côtés seulement du problème. G. Dumas a le mieux aperçu certaines de ces lacunes, mais il les a plus signalées que comblées. Je citerai par exemple la cénesthésie cérébrale, question

POSITION DU PROBLÈME capitale dans l'espèce, surlaquolie cependant \V. James et Lango glissent sans y insister, étant d'ailleurs d'avis opposé sur son existence, et dont Dumas a parfaitement compris l'importance sans chercher davantage ■toutefois à la résoudre ou à l'éclaircir. ' '>\ '1

P On a eu le grand tort surtout de ne considérer guère que les émotions une fois constituées, arrivées à leur complet développement, tantôt en les analysant au point de vue presque exclusivement psychologique, tantôt dans leur expression physiologique d'une façon non moins excessive. Or l'émotion a uneévolution qu'il est précisément indispensabled'étudier pour en comprendre la nature. Il est enfin remarquable qu'on ait presque complètement négligé d'étudier le substralum m(^me de l'émotion, c'est-à-dire les conditions qui permettent & l'émotion de naître, à savoir l'émotivité. A quoi tientelle, en quoi consiste-t-elle, c'est ce dont on s'est à peine préoccupé et ce que nous aurons à examiner longuement tout à l'heure.

Il s'est passé ici ce que nous avons vu se produire en microbiologie. On a accordé toute son attention au microbe et aux lésions qu'il produisait, Jusqu'à ce qu'on se soit avisé un jour que le terrain sur lequel il évoluait pouvait bien avoir aussi son importance. L'émotion est à l'émotivité ce que le microbe, ou pour mieux dire la lésion qu'il provoque, est à la réceptivité, et plus encore.

11 m'a semblé qu'il y avait quelque intérêt à reprendre l'étude du mécanisme des émotions à un point de vue qui, bien qu'indiqué par certains auteurs qui s'en sont ■ servis incidemment, a été cependant presque complètement laissé de côté, celui do la dynamique cérébrale, i ramener aux lois générales de la tué-

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canique le phénomène de Témotion comme j'ai cherché à y ramener celui de la mémoire.

La biologie n'a accentué ses progrès que du jour où elle a appliqué aux phénomènes qui font Tobjet de son étude les principes généraux de la physique. Je pense que la psychologie, qui n'est qu'une branche de la physiologie, et par là de la biologie, doit bénéficier aussi de l'application des principes de la physique générale à la compréhension des phénomènes qu'elle étudie. En agissant ainsi je ne fais qu'obéir à cette tendance à Tunité qui est au fond même de toutes les sciences, et que chercher à ramener sous les lois naturelles des phénomènes qu'on a soustraits à leur action sans qu'on pût justifier en quoi que ce soit cette dérogation.

En examinant le mécanisme de Témotion sous cet aspect, je ferai le plus possible abstraction des connaissances traditionnelles qu'on a sur la question, et des théories plus ou moins séduisantes qu'on a émises, n'en tenant compte qu'en raison des faits sur lesquels elles s'appuient. Je me placerai en face des faits, et je chercherai dans l'étude de certains cas pathologiques, de certaines expériences, ou d'observations normales, la dissociation du phénomène. Du rapprochement des faits, des expériences et des théories, je tâcherai de dégager ce qui paraîtra se rapprocher le plus de la vérité.

Je ne m'efforcerai pasde tout ramener à un seul mécanisme. Plusieurs causes peuvent produire le même effet par une série de phénomènes différents intermédiaires. Et cette constatation, formulée en loi générale par Berthelot pour s'appliquer aux phénomènes physiques, trouve ici son emploi et montre en même temps que c'est en s'appuyant sur les lois mécaniques que

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