‹ Le mécanisme du toucherChapitre 4 sur 17 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

et des diversifications de contacts et d'attouchements.

Les idées émises ici sont le complément expérimental de celles exposées dans notre ouvrage La musique et la psycho-physiologie. Nous nous sommes contentée d'indiquer certaines questions, quoique nouvelles, très sommairement, parce que nous les avions traitées déjà dans l'exposé gé- - néral de nos théories sur l'art et sur l'enseignement.

LE

Les papilles el les lignes papillaires : les empreintes du loucliei-. — La disposition des expériences. — L'inHuence exercée par l'agencement des contacts sur la sonorité; la crispation des doigts; la souplesse des mouvements. — Les rapports des lignes papillaires dan.i la préhension, — Les diversifications de la sonorité sur les différentes régions des pulpes.

L'élutle (kl [)iaiio, rédiiile à loti ù iio li'avuil iiiacliiiial qui développe riuconscience des mouvements, peut se ramener, grâce à des ressources nouvelles, à une véritable science du mouvement. I*ar l'analyse expérimentale du mécanisme du toucher, on reconnaîtra que dans l'exécution d'une œuvre musicale, la beauté idéale est acquise par le perfectionnement physiologi([ue des mouvements, .\insi l'art se déplacera graduellement du domaine de l'idéal iudéliuissable dans le domaine

accessible de rintelligence, au grand profit de sou développement.

Ce qui entrave le plus le progrès des mouvements dans l'étude artistique, c'est Tignorance des ressources organiques de notre appareil tactile, que nous approprions mal à la recherche des résultats que nous voulons atteindre. Cette lacune de notre éducation musicale n'a pas été remarquée, parce que chacun apj)reud à voir et à entendre sans être renseigné sur le fonctionnement du mécanisme de l'œil ou de l'oreille; mais il n'en est pas de même pour le toucher. On ne peut progresser qu'à condition d'acquérir des mouvements souples, et ces mouvements sont basés sur un agencement spécial des contacts qui nous est révélé par la connaissance des dispositions caractéristiques des dix pulpes.

Les pulpes ne sont point semblables à un plan régulier, leur surface est subdivisible « en une multitude de petits compartiments de chacun desquels s'élève une petite saillie semblable à une sorte de petit doigt microscopique : et ces petits doigts se multiplient en foule dans tous les points où le toucher est le plus délicat et le plus subtil » '.

Ces petites saillies qui consistent en parcelles si intimes qu'elles ne sont visibles qu'au microscope, portent le nom de papilles. Coordonnées en lignes papillaires elles prennent des dispositions variées et caractéristiques sur la pulpe des doigts, dont la fig. 1 nous otfre une repro-

i. Gratiolet, De la pJtysionomie et des mouvements d'expression.

diiction agrandie. Généralement chaque papille contient un petit corpuscule ovoïde (fig. 2), « une liiirille nerveuse

Fig. 1-

Fig. 2.

s'approche de ce corpuscule, Tenloure de quelques lours de spire el s'y perd. La fibre nerveuse qui se termine dans la peau forme jusqu'à sou origine dans le cerveau ou la moelle, un filament long, délicat et ininterrompu. Nous pouvons donc admettre qu'il existe des liaisons isolées entre chaque point de la peau et les centres nerveux, liaisons comparables jusqu'à un certain point à des lils télégraphiques qui se réunissent en une station centrale... »

« Le cerveau peut donc être considéré comme la station terminale de ces voies nerveuses, qui reçoit les dépêches qu'elles lui amènent et qui les présente à la perception... Comme dans un bureau où aboutissent beaucoup de fils, l'employé du télégraphe sait par expérience de quelle direction proviennent les nouvelles que chaque fil lui apporte, de même aussi le cerveau sait parfaitement par l'expérience acquise d'où provient une irritation lorsqu'une fibre nerveuse déterminée la lui a amenée, et il attribue pour ce motif toute la sensation au point de la peau qui a été irrité *. »

11 n'est pas sans intérêt de noter que la complexité des dispositions papillaires est en rapport avec le développement de l'activité cérébrale. Au pourtour de la pulpe des doigts, les lignes papillaires ont une disposition uniforme. C'est dans l'interstice enire les lettres A, P, R,C (voir fig. 3), que se montrent les différences individuelles des lignes papillaires.

\. Benislein, L?s Sens, p. 17..

Parmi les ouvrages scientiliques consacrés à rétiide des papilles, les plus remarquables sont ceux de Purl^inje ', d'Alix-, de Gallon \ de M. Cli. Féré '.

La diversification des dispositions centrales des papilles est considérée comme un signe de perfectionnement de l'appareil tactile. Par ses observations, M. Cli. Féré a établi : 1° que ces dispositions sont plus variées dans le pouce et l'index, qui sont précisément les doigts dont l'adresse est la plus développée; 2" que la tendance à la

Fig. 3.

variation morphologique de l'appareil tactile diminue en principe du pouce au petit doigt comme généralement l'énergie et la rapidité des mouvements décroit du pouce au petit doigl; 3" que les dispositions papillaires de la main droite sont plus variées que celles de la main gauche, dont l'habileté est moindre.

1. Piirkinje, Commenlatio de examine plnjsiolo(jico orr/ani visùs cl sijslemalis cutaneis: lireslau, 1823.

2. Alix, Rec/ierches sur la disposition des lignes papillaires de la main et du pied, précédées de considérations sur la forme et les fondions de ces deux organes (Annales des Sciences naturelles, 1SG8, t. VHI, p. 2y.j, l. IX, p. 5).

3. F. Gallon, T/ie pallern in Ihumb and finger or iheir arrangement intonaluralhj distinct classe-: (PliilosopJdcal transacioiis, 1891.)

4. Ch. Féré, Les empreintes des doif/ts et des orteils. (Journal de Vanatomie et de la pligs., 1S'J3, l. Xl.X, p. 229.)

En ce qui concerne la sensibilité de la pulpe, M. Cli. Féré a établi : 1" que les contacts des deux pointes d'un compas sont moins aisément différenciés si les papilles toucbées appartiennent à la même ligue papillaire que si elles appartiennent à des lignes pnpillaires plus écartées; 2" que les pointes d'un compas placées successivement sur diverses régions de la pulpe sont constamment mieux distinguées dans la région opposable, c'est-à-dire du côté radial pour les quatre derniers doigts et du côté cubital pour le pouce \

Ces différenciations de la sensibilité exercent une grande influence sur l'exécution, car c'est avec le contact réalisé sur la région la plus sensible que nous obtenons la sonorité la plus forte, la plus vibrante; et le caractère du timbre se modifie selon la région sur laquelle le toucher -J est réalisé. Afin d'utiliser ces ressources multiples des contacts, la nécessité d'appliquer diverses positions de main s'impose. En général la sonorité augmente sur chacune des pulpes à mesure que nous localisons les attaques de la région la moins sensible jusqu'à la région la plus sensible. Il s'effectue donc dans les quatre derniers doigts de la main droite la même augmentation d'énergie transmise que nous avons indiquée par un signe de crescendo dans la reproduction de la pulpe de l'index (voir l'empreinte fig. 4, n" 2). Le crescendo est disposé en sens inverse pour indiquer la région la plus sensible

1. Ch. Féré, Note sur la sensibilité de la pulpe des doigts. {C. R. Soc. de Biologie, 1895, p. 6o7.) — La main, la préhension et le toucher. {Rev. philos., 1896, t. XLI, p. 621.)

(lu pouce (le la main droite (voir Fempreinte fig. 4, n° I i .

Quanl à la modilicatioii de sensibilité de ce dernier doigt, elle nous fait reconnaître que nous sommes forcés d'employer le pouce anti-pliysiologiquement , puisque nous faisons Tattaque sur la région opposée à celle de sa plus forte sensibilité. Celte particularité semble coïncider avec le fait que son emploi s'est introduit si tardivement. J. S. Bach est le premier qui ait fait usage du pouce dans l'exécution.

Fig. i. — Empi-einles papillaires du pouce el de l'index de la main droite.

[jU autre fait nous frappe, c'est que Liszt, grâce à la position de main créée par lui, a trouvé moyen de poser la partie la plus sensible de la pulpe des quatre derniers doigts sur les touches. Lorsque cette position atteint, dans certains cas, ses dernières limites, quand elle devient presque verticale, les contacts des pouces euxmêmes peuvent se faire sur la région la plus sensible de

la j)iilpe. Ce changement instinctif créé par Liszt a donc à la l'ois une justesse physiologique et une justesse esthétique,

La tradition de cette position de main s'est perpétuée en principe, mais tandis que Liszt atteignait vraiment par elle le maximum de la sensibilité dans la pose des doigts, ceux auxquels sa force d'instinct faisait défaut, s'en servaient pour arriver à une approximation. Cette insuftisance de l'instinct musical peut être compensée parla connaissance précise du but à atteindre. Ce but, les empreintes des contacts aideront à le fixer pour les mains les plus différentes, avec une égale exactitude. Chacun pourra contrôler dans quelle mesure il l'atteint ou le manque.

Vérifier le toucher du pianiste par la reproduction expérimentale des contacts réalisés sur les touches, est une tentative nouvelle qui met en lumière un fait insoupçonné, la corrélation étroite de l'agencement physiologique des contacts et de l'esthétique musicale.

Cette étude analytique du toucher, qui se fait au moyen des empreintes des contacts, donne les renseignements les plus précis sur les progrès à réaliser en vue de rendre le jeu de plus en plus harmonieux et musical. Voici comment on procède pour faire ces empreintes.

Après avoir étalé un peu d'encre d'imprimerie sur un petit tampon, on y appuie les pulpes des doigts en veillant qu'elles se colorent ni trop ni trop peu afin de ne pas entraver la netteté de la reproduction du toucher réalisé.

On peut h volonté se servir de l'encre d'imprimei'ie noire ou rouge. Avec l'encre rouge, les empreintes peu-

vent se faire directement sur les touclies puisque la couleur rouge est visible à la l'ois sur les louches noires et sur les touches blanches. Les empreintes une fois examinées, on a l'avantage de pouvoir, à l'aide d'un tissu un peu humide, les effacer, ce qui permet de renouveler rapidement les expériences.

Chaque fois qu'on voudra conserver les empreintes il faudra poser des carions sur le clavier. On procédera (hius ce cas selon les indications suivantes, et on se servira de préférence de l'encre noire, qui donne plus de relief aux dispositions papillaires des contacts.

Après avoir fait, avec du papier transparent, des calques reproduisant dans toute leur longueur les surfaces d'une touche noire et des deux formes de touches blanches, on découpera bien exactement d'après ces calques une certaine quantité de cartons blancs très minces, qui serviront à couvrir les touches sur lesquelles on doit faire les empreintes. On ôlera le couvercle qui recouvre le clavier et on soulèvera les touches qui doivent servir aux expériences afin de les entourer aux extrémités de deux élastiques sous lesquels on passera les cartons. Ces élasli({ues doivent être assez minces et assez étroits pour n'entraver en rien la sublililé du fonctionnement du clavier. Une fois fixés, il est superflu de les ôter, car si on a soin de les avancer au delà des touches, sur la partie interne du bois qui se trouve cachée pnr le couvercle du clavier, ils ne gêneront nullement l'exécutant qui veut jouer sans faire des expériences.

Pour faire des expériences avec profit, chaque succès-

sion d'empreinles devra être reproduite au moins trois fois afin d'offrir des points de comparaison entre les contacts respectifs. Donc après avoir numéroté et doigté chaque empreinte, on aura soin de les classer par groupes alin de pouvoir ensuite les comparer.

Après chaque série d'empreintes réalisée, les carions doivent naturellement être remplacés.

Les expériences que nous avons faites d'après ces procédés, ont donné des résultats inattendus qui nous ont permis d'établir les conclusions suivantes :

Dans les combinaisons des attaques successives ou simultanées, les dispositions papillaires des contacts jouent un rùle important, car elles semblent, selon le caractère de leurs rapports, intercepter les vibrations de la sonorité ou les propager, — mais la souplesse du toucher, basée sur le mouvement glissé de l'attaque, est le complément inséparable de ces phénomènes.

La recherche de la cause de ces rapports nous a amené à faire les observations suivantes :

L — Chaque fois que nous faisons sans effort un glissé dans un sens quelconque avec l'extrémité de l'index, nous posons automatiquement le doigt de façon à ce que la dii'ection des lignes papillaires du contact soit conforme à la direction du mouvement. Les mouvements glissés prennent par cette coïncidence une légèreté remarquable.

IL — Nous agissons par une combinaison différente aussitôt que nous voulons frotter ou gratter une surface. Dans ce cas nous disposons automatiquement les cou-

tacts de manière à produire un croisement entre la direction des lignes papillaiies et le mouYement.

Sous l'influence de ces convergences ou de ces divergences, le mouvement suscite des sensations nettement diversifiées. Posées en travers des mouvements, les lignes papillaires semblent Tentraver; au contraire, si elles sont disposées parallèlement, le mouvement prend une allure si aisée que les doigts semblent entraînés par leurs dispositions appropriées.

Notre tendance à employer les procédés qui nous coûtent le moins d'effort trouve une nouvelle confirmation dans cet automatisme subtil. Au point de vue de l'exécution musicale, ce l'ait a une importance particulière, car si nous attaquons fortement ou faiblement une touche en utilisant successivement les deux procédés ci-dessus signalés, c'est par celui qui nous coûte le moins d'effort que nous produirons le son le plus vibrant.

L'influence exercée par l'agencement des contacts sur l'ensemble de la sonorité et sur le style est si considérable qu'elle fait présumer que tous ceux qui ont naturellement une très belle sonorité possèdent une discrimination inconsciente de la coordination de leurs contacts. Tandis que de mauvais exécutants, en faisant trois attaques successives, poseront leurs doigts de façon à produire, par exemple, des empreintes trop uniformes pour coïncider avec des attaques très souples (voir fig. 5), ou des empreintes incohérentes qui, lorsqu'elles sont réalisées, coïncident avec une espèce de crispation des doigts (voir fig. 6), les bons exécutants agenceront leurs

contacls de manière ù leur communiquer une analogie avec les empreintes graduées, représentées par fig. 7, qui sont un indice caractéristique de la souplesse des mouvements d'attaque des doigts.

Nous revenons ici au fait démontré par Gratiolet, en vcriu duquel Timmobilité du toucher atténue sa sensibilité, parce que nous ne discernons vraiment le caractère d'une surface qu'en la frôlant de façon à renouveler les impressions tactiles.

Fie. 5.

Fis. C.

Fis. '.

Dans ce renouvellement des impressions que se passe-t-il?

L'orientation est produite par les papilles qui diversifient les sensations, et les lignes papillaires qui les unifient. La nature a disposé, sur chacune de nos pulpes, cet ensemble d'appareils dans les meilleures conditions possibles. Si par le frôlement d'une surface nous éveillons des sensations plus vives et plus justes que par l'attouchement simple, comment ne pas supposer que

dans le mécanisme complexe du langage musical, les rapports des attouchements jouent un rôle important? Les attaques successives ou simultanées des doigts exigent une certaine coordination des contacts. C'est précisément par cette identification entre les dispositions de l'outil et son adaptation que l'artiste réalise le toucher le plus pariait : et ce toucher lui assurera à la fois la beauté de la sonorité et la beauté du style.

Les empreintes des contacts nous fournissent en raison de leurs rapports avec l'esthétique musicale, la preuve la plus palpable du fuit que, grâce à l'élude du toucher, la musicalité peut être acquise.

La pulpe du doigt, ainsi analysée, présente une série de claviers d'une merveilleuse subtilité dont nous pouvons apprendre le mécanisme de façon à établir les influences les plus précises sur l'action exercée par ces touches minuscules. Comme chacun le sait, il est indispensable de connaître le clavier de l'instrument afin de ne pas prendre de fausses touches; on peut admettre qu'il est encore bien plus indispensable de connaître les lignes papillaires qui forment les claviers de la pulpe des doigts, alin de ne pas agencer leurs touches de manière à briser leur unité physiologique. Car c'est par leur harmonie physiologique qu'ils produisent l'harmonie esthétique.

Le clavier de l'instrument sert à produire les sons, mais c'est par les claviers de ses pulpes que l'exécutant communique aux sons la vie et la beauté.

Cette science du mouvement paraîtra sans doute au premier abord inaccessible aux non initiés.

li LE MÉCANISME DU TOUCHER

Coordonner dans l'exécution des attaques successives ou simultanées les dispositions des contacts par la diversilication de la pose des doigts; coordonner les mouvements glissés en les faisant correspondre aux dispositions des contacts, sont des problèmes nouveaux qui peuvent sembler insolubles.

On ne s'imagine guère que notre conscience elle-même est transformée par le caractère scientillque de l'étude : nous arrivons à percevoir avec précision les pliénomènes les plus divers par le fait de les déduire les uns des autres. Aussitôt que nous communiquons aux contacts la même direction qu'aux mouvements, la route à suivre devient très aisée; nous glissons sur les rails minuscules dont la nature a muni les doigts, et rendons par ce moyen nos mouvements glissés plus conscients, et nos sensations tactiles plus intenses.

Pour conserver aux doigts certaines poses déterminées, nous devons subordonner noire action au mécanisme physiologique qui régit leurs mouvements. Dans l'étude du piano, l'essentiel est d'établir cette même subordination; nous ne pouvons faire l'aire aux doigts ce que nous voulons qu'en cherchant d'abord comment ils veulent agir, c'est-à-dire en apprenant à connaître les mouvements qui leur coûtent le moins d efforts.

L'exécutant doit apprendre la topographie de ses pulpes; la faculté de se représenter mentalement les dispositions des lignes papillaires par lesquelles chaque toucher est réalisé est une des conditions les plus essentielles du progrès. Chacune des pulpes nous permet de

varier la sonorité selon la région où nous effectuons les contacts, et dans chaque groupement des doigts, pour des attaques simultanées ou successives, la localisation respective des contacts joue un rôle non moins prédominant. Le principe initial de cette localisation a des rapports étroits avec l'attitude de préhension de la main.

Les causes de la vivacité des impressions tactiles dans la préhension, nous sont révélées par les diversifications des dispositions papillaires obtciuies dans les deux empreintes, fig. 8. Ces empreintes ont été réalisées

index pouce

Fig. 8. — Contacts de l'alLitiule de préhension.

en serrant un papier plié en deux entre le pouce et riudex inclinés sur leur région la plus sensible. De la superposition de ces deu^ contacts résulte un croisement des lignes papillaires qui, en raison du rap|)rochement effectué entre les papilles aj)partenant à des lignes difîéreutes, augmente l'intensité de notre discrimination du toucher (voir hg. 9).

Dans l'exécution d'un accord ou d'un grou])c de notes successives, la beauté de notre toucher peut être établie par des corrélations analogues. On peut (ulmettre que nous lirons une sonorité harmonieuse du clavier, chaque

fois que les conlacts sont coordonnés de façon à ce que en superposant les empreintes pour constituer un schéma de noire toucher, nous obtenons des croisements réguliers.

pouce et

index Fig. 9. — Croisement des lignes papillaires dans l'attitude de préhension.

La diversification de la sonorité sur les différentes régions de chacune des pulpes est elle-même ramenée à des rapports similaires, car en faisant par exemple trois attaques consécutives avec l'index de la main droite, nous produirons l'empreinte n" 1, fig, 10, si nous inclinons la pulpe du côté gauche; Tempreinte n° 2, si nous

jouons sur la région moyenne; Tcmpreinte n" 3, si nous inclinons la pul|)e du côté droit.

Puisque nous évoquons eu princi})e par l'empreinte

n° l, uuc sonorité plus vil)i'aiile ; par l'empreinte n° 2, une sonorité moyenne; par l'empreinte n° 3, une sonorité plus faible, nous constatons que la diminution de la sonorité est moindre si Ton fait deux attaques successives par des contacts conjoints comme n"' 1 et 2, n"" 2 et 3. Et pour la discrimination de noire toucher, ces deux contacts produisent des croisements de lignes moins diversifiées que les lignes des contacts n''" 1 et 3 qui nous offrent aussi une plus grande diversification de la sonol'ilé.

Chacun pourra, en attaquant consécutivement une touche sur les trois différentes régions de la pulpe de l'index, se rendre compte de ces modifications de la sonorité. Non seulement la position de la pulpe du doigt se transforme par la substitution d'un contact à l'autre, mais la position de la main subit une transformation non moins importante.

Il est à remarquer que les contacts sur la région la plus sensible ont une localisation mieux conditionnée si l'on s'assied plus haut qu'il est coutume de le faire.

Ces diversifications du toucher étant symétriques dans les deux mains, c'est de droite à gauche qu'il faudrait enchaîner la succession des contacts pour élablir le même phénomène dans la main gauche.

Aux exécutants qui ont acquis à ce sujet quelque expérience pratique, cette diversification des contacts paraîtra aussi élémentaire que si on voulait leur apprendre à distinguer les trois couleurs fondamentales. On peut, en effet, agir sur la rétine, et évoquer par les mélanges

variés de ces trois couleurs non seulement la vision de toutes les couleurs du spectre, mais de toutes les nuances possibles. On peut de même arriver à reconnaître des diversifications de toucher et de sonorité si multiples par l'emploi de ces trois contacts, qu'ils semblent évoquer l'infinie beauté de l'harmonie musicale sous la forme de l'infinie diversification des sensations tactiles.

Les rapports do la sensibilité et de l'étendue des mouvements; les f.vpéricnce.s do l'anneau. — ■ Les rapports des lignes papillaires et les représentations visuelles. — Les différences de sensibilité des deux mains. — Los dimensions attribuées à nos membres. — Les lois de la différenciation des contacts et les lois de la perspective. — La base de notre première éducation artistique; le sontimont, c'est un mécanisme de rouages perfectionnés. — Le poids et la souplesse.

Les pulpes des dix doigts peuvent offrir des sujets d'éUides innombrables par l'influence que la diversification subtile de leur sensibilité exerce sur le caractère des mouvements et sur les représentations visuelles qu'ils évoquent.

Si, en appuyant l'extrémité du cinquième doigt de la main droite sur une table polie, on trace par le déplacement très léger du doigt une série de mouvements circulaires de petite dimension, ces mouvements paraîtront relativement grands, comparés à ceux qu'on tracerait avec l'index. Les dimensions des mouvements circulaires se réduiraient en etTet graduellement du cinquième à l'index. Ce pbénomène provient de ce que notre activité tactile est dilïerente dans les différents doigts.

Sans points de repère, ces diversifications des touchers

écliappout à l'observa lion, car aussitôt que nous traçons avec cliacun des doigls successivement une petite ligne parallèle, ces mouvements nous paraîtront également légers et d'une égale rapidité; il n'en existe pas moins entre eux des différences notables qui deviennent particulièrement apparentes à l'aide des représentations visuelles évoquées par les attouchements.

On peut réaliser ces attouchements en se servant d'un anneau en bois très mince ayant 3 centimètres de diamètre et 1 centimètre et demi de largeur. Destiné à communiquer des sensations tactiles très vives, cet anneau devra avoir les bords très effilés et être fixé à un manche afin que l'expérimentateur puisse le maintenir à volonté verticalement ou horizontalement. Nous faisons observer que les représentations visuelles des attouchements ne peuvent se former que les yeux fermés.

Si, par un mouvement léger et peu rapide, on parcourt à différentes reprises avec la région la plus sensible de l'index droit la surface de l'anneau posé sur une table et à immobilisé par la main gauche, les dimensions des représentations visuelles évoquées par ce glissement du doigt peuvent prendre les trois variétés suivantes :

Plus la sensibilité sera forte, plus les dimensions attribuées à l'anneau seront inférieures à celles qu'il a réellement; sous l'influence d'une sensibilité moyenne, les dimensions perçues seront plus conformes aux dimensions réelles; sous lintluence d'ime sensibilité très faible, les dimensions s'agrandiront et dépasseront celles de l'objet réel.

Quel que soit le résultat de cette première expérience, si l'on parcourt ensuite à diverses reprises ce même anneau avec la région la moins sensible de l'index par un mouvement léger et peu rapide, les représentations visuelles seront si agrandies qu'on concevra aussitôt combien les mouvements des deux régions sont diiïérents.

Le phénomène de ces différences apparaîtra plus complètement si, en parcourant un certain nombre de fois le bord de l'anneau, on modilie successivement la localisation du contact. Dans ce cas, on fera les premiers tracés sur la région la plus sensible du doigt, on inclinera ensuite pendant la continuation des tracés, graduellement le doigt vers la région la moins sensible, pour finalement faire les derniers parcours uniquement sur cette région. Si Texpérience est faite exactement, les dimensions paraîtront graduellement agrandies par la modification des contacts du doigt.

Afin d'élucider les causes de cet agrandissement nous avons analysé le caractère des contacts réalisés en déplaçant à trois reprises, par six attouchements consécutifs, notre doigt autour de l'anneau préalablement recouvert de papier blanc.

Voici le nombre des lignes papillaires marquées dans ces trois séries d'empreintes :

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