CONCLUSION
La pensée n'est qu'un éclair au milieu d'une longue nuit. Mais c’est cet éclair qui est tout,
Henri Poincaré.
La Valeur de la Science.
Sommes-nous maintenant en mesure de répondre aux questions qui ont été posées au début de ce livre? La pratique du mécénat et l’organisation du crédit intellectuel pourront-elles véritablement sauver l’Intelligence menacée? La décadence intellectuelle de notre civilisation sera-t-elle évitée et nos descendants pourront-ils faire l’économie d’une Renaissance ?
Points d'interrogation multiples qu'il est malheureusement impossible d'effacer à l'heure actuelle. Les bouleversements politiques et économiques se succèdent trop rapidement pour nous permettre de prévoir les soubresauts qui agiteront de nouveau Île corps fiévreux et exsangue de l'Europe d'aprèsguerre.
Pourtant, il existe quelques principes qui contribueront peut-être à organiser pratiquement la défense des intellectuels contre l'impérialisme finan-
cier. Essayons de les mettre en lumière, tels que les révèle l'étude impartiale des faits. |
ro
re |
Le mécénat, secours irrégulier, dépendant du caprice ou de l'arbitraire du protecteur, n'a jamais été qu’un pis aller. Courtisans ou partisans, c’est ainsi que la plupart des écrivains, des artistes et des savants protégés ont été Considérés par les mécènes de l'Antiquité et des temps modernes jusqu'à la veille de la Révolution française.
Cette conception est encore celle qui régit l’octroi de la plupart des bourses d'enseignement dans la France contemporaine, sous un régime qui — comme tous les régimes politiques — réserve les faveurs de l'Etat à ses courtisans ou tout au moins à ses partisans. Qu'il s'agisse du développement ou de l'acquisition de là connaissance, le mécénat, tel qu'il a été conçu jusqu'à ces dernières années, n’échapperait d’ailleurs au reproche d’injustice qué pour succomber sous l'accusation de parcimoñie et d’inorganisation. |
Voici pourtant que semblé se dessiner depuis quelque temps une lente évolution. La faveur ne s'affiche plus avec là même impudèence; elle existe toujours, mais elle ne s’avoue plus. Et parfoïs mème elle tend à disparaître. Certaines idées neuves prennent leur vol; quelques-unes commencent d'être réalisées. L'on parle par exemple de réorganiser l'enseignement public en faisant disparaître la sé-
lection des élèves à raison de leur fortune pour lui substituer la sélection par le mérite. L'on établit un système de coefficients mathématiques pour procé-
der impartialement à la distribution de certaines
bourses; et l’on remplace ainsi l’irrégulière bienveillance d’un préfet ou d’un ministre par l’insensible rigueur des chiffres. Les Académies distribuent quelques rares prix à des auteurs dont l'anonymat est en principe respecté jusqu’à la fin du concours. Certains jurys littéraires admettent qu’un représentant des candidats siège parmi eux; et dans un autre domaine, c'est aux techniciens seuls qu'il appartient d'apprécier si un savant aura droit aux subventions de la Caïsse des Recherches scientifiques ou de l’Office des Inventions.
Telles sont nos raisons d'espérer qu’un jour viendra où le ci-devant mécénat sera considéré comme un service public que les gouvernants seront juridiquement tenus d’assurer. Mais le fonctionnement de ce service devra être conçu de manière à respecter l'indépendance des intellectuels. L'Etat se contentera de poser les principes de l’organisation indispensable, il accordera son appui matériel, mais il aura soin de laisser les intellectuels s’administrer eux-mêmes en faisant appel au concours de leurs organisations professionnelles.
Le syndicalisme est en effet l'arme la plus puissante dont les travailleurs de l'esprit puissent dis-
poser au couts de la lutte économique qui se pour-
TE
suit à l’heure présente. L’intellectuel est en train de suivre l'exemple que lui donnent depuis près d’un demi-siècle les travailleurs manuels. Rien ne s'y oppose et ceux qui se plaisent aux rapprochements historiques se souviendront de l'époque où l'artiste était en même temps artisan et où les plus grands peintres ou sculpteurs du Moyen Age et de la Renaissance ne rougissaient pas d'être maçons ou « tailleurs d’imaiges ».
C’est surtout le contrôle des diverses associations professionnelles qui permettra d'assurer le mieux possible la répartition des subventions que l'Etat doit à ceux dont la profession consiste à développer la connaissance acquise. Ce sont les diverses orsanisations coopératives qui devront s’opposer aux inévitables abus. Elles sauront. écarter ceux qui, sous prétexte de se livrer à des travaux intellectuels, ne chercheraient en réalité qu'à vivre aux dépens de la collectivité. Parfois d’ailleurs, au lieu d'attribuer des subventions en espèces, elles se borneront à donner aux savants les instruments de travail qui leur sont nécessaires pour procéder à des expériences scientifiques. Le contrôle des techniciens est celui qui donne les plus grandes garanties d'impartialité: il ne sera sans doute pas parfait; des injustices seront peut-être commises de temps à autre. Mais dans l’ensemble, celles-ci seront sans doute moins nombreuses que sous le régime du mécénat politique, où l'Etat distribue irrégulièrement quelques subsides.
La proposition de loi de M. Pierre Rameiïl nous
. semble donc être celle qui permet de parer au plus pressé. Il faut constituer le plus tôt possible une Caïsse nationale des lettres, des arts et des sciences, alimentée par le produit d’un droit minime (2 o/o par exemple) perçu sur les livres tombés dans le domaine public. Cette caïsse, établissement public, doté de l'autonomie financière et de la personnalité morale, pourrait en outre recevoir les dons et legs des mécènes qui ne verraient aucun inconvénient à se passer du contrôle académique ou universitaire. Le conseil d'administration de la Caïsse, chargé de statuer sur les demandes de subventions serait composé de délégués élus par les associations, sociétés ou syndicats littéraires, artistiques et scientifiques. Cependant, et c'est ici que nous nous séparons de M. Rameil, les intellectuels qui n’appartiennent pas à une organisation professionnelle doivent également avoir le droit d’être représentés au conseil d'administration de la Caisse; s’ils justifient exercer réellement des professions dont la Caisse assure l'exercice normal, ils ont le droit d’élire des déléœués. Le syndicalisme intellectuel ne sera donc pas rendu obligatoire; et ceux qui préfèrent rester hors de toute organisation professionnelle auront égales ment le droit et la possibilité de recevoir les subventions de la Caisse nationale, gérée par les intellectuels eux-mêmes. C’est ainsi que nous comprenons la réalisation d’un mécénat véritablement démocratique et socialiste.
telligence doit 6e Sauver elleh même, da | donner les efforts ns les lravailleurs tn
dition de tout crédit. Et surtout, les ane md sous lesquelles peut se manifester l'esprit ne
solides he garanties pui Le. pe | leur “intellectüel ne me dE est de SOI
pese Ne pen Il mettra à nn. Le puissance formidable que confère l'organi: on professionnelle ; ainsi que le conseillait En [n en 1869; ïe s'en PA ROUE FÉES
denis
Le œ
mien efficace, mais | discrète doi L'Etat, U
uera pas; et ot ion fervente montrera une fois A 56 Q À , Q 4 de plus que pour pouvoir édifier une œuvre de l’es-