‹ Le Mécénat et l'organisation du crédit intellectuelChapitre 9 sur 61 · NES · texte numérisé non relu

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lui permettrait en outre de faire imprimer et vendre ses feuilles par qui bon lui semblerait. La corporation des imprimeurs parisiens protesta; il y eut procès et le conseil du Roi évoqua l'affaire, pour le plus grand intérêt de Théophraste Renaudot.

La Gazette se vendit d’ailleurs fort bien. À la reproduction des nouvelles s’ajoutèrent bientôt des articles d'excellents écrivains, ‘amis du Cardinal, tels que Mézeray, Voiture, La Calprenède. Le premier ministre et le Roi eux-mêmes ne dédaignèrent pas d'y collaborer (11).

L'influence que Richelieu exerçait sur l'esprit de Renaudot était donc nécessairement très grande. La Gazette fut une publication plus discrète et plus répandue que tous les pamphlets des amis du Cardinal. Les événements politiques y étaient relatés et interprétés d’une manière toute spéciale. Cela s’explique aisément puisque les informations étaient fournies à Renaudot « par l’ordre des ministres qui savent distinguer les choses qui doivent y être tues de celle qu'il faut donner au public » (12). Et Renaudot lui-même, dans sa dédicace au Roi indique bien dans quel esprit sera rédigé son journal lorsqu'il écrit : « C’est au reste le journal des Rois et des puissances de la terre; tout y est par eux et pour eux qui en font le capital; les autres personnages ne leur servent que « d’accessoire » (13). Un exemple

(11) Hatin. Ouvrage cité, p. 149.

(12) Cité par Gilles de la Tourette, Ouvrage cité p. 96

et suivantes. Voir aussi Fagniez, L'opinion publique et la po-

lémique au temps de Richelieu, p. 5.

(13) Recueil des Gazettes de l'année 10631, dédié au Roy.

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entre beaucoup d’autres nous montrera que Richelieu fut bien servi. « Le ministre comprit donc vite la puissance du moyen que lui offrait Renaudot et dès ce moment, comme nous le verrons, sa collaboration fut acquise aux gazettes quand elle ne fut pas imposée. Le fait suivant le prouve surabondamment. Richelieu qui, au début de sa vie politique, avait semblé faire cause commune avec l'Espagne, s’éloionait alors de plus en plus de celle-ci et pactisait avec les protestants d'Allemagne : parallèlement, Renaudot, dans ses gazettes, va tout de suite devenir l'ennemi juré des Espagnols et les attaquer avec véhémence » (14).

L'on voit que La Gazette était, sinon un journal officiel, tout au moins un organe que nous qualifierons aujourd'hui d’ « inspiré ». Car les successeurs

de Richelieu — sans posséder toujours son clair génie d'homme d'action — n'ont pas manqué de

suivre son exemple.

Ainsi, Richelieu ne s’est pas borné à favoriser les poètes et les auteurs dramatiques. Il a compris qu'avec le journalisme naissait un nouveau mode d'expression de la pensée humaine; et, en venant en aide à ses interprètes, il se forgeait un riouvel et puissant instrument de règne.

(14) Gilles de la Tourette. Ouvrage cité, p. 76.

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