‹ Le méchantChapitre 21 sur 46 · FRONTIN, LISETTE · texte numérisé non relu

FRONTIN, LISETTE

frontin, fans voir Lifette.

I arbleu, je vais lui dire une bonne nouvelle ! On eft bien malheureux d'être né pour lervir : Travailler, ce n'eft rien; mais toujours obéir!

LISETTK

Comment, ce n'eft que vous? Moi, je cherchois Arifte.

Tiens, Lifette, finis, ne me rends pas plus trifte :

J'ai déjà trop ici de fujet d'enrager,

Sans que ton air fâché vienne encor m'afftiger :

II m'envoye à Paris, que dis-tu du meflage?

LISETTE

Rien.

FRONTIN

Comment rien? un mot pour le moins.

LISETTE

Bon voyage.

Partez, ou demeurez, cela m'eft fort égal.

FRONTIN

Comment! as-tu le cœur de me traiter fi mal? Je n'y puis plus tenir, ta gravité me tue, Il ne tiendra qu'à moi, fi cela continue, Oui... de mourir.

LISETTE

Mourez.

FRONTIN

Pour t'avoir refiftc Sur celui qui tantôt s'eft ici préfenté... Pour n'avoir pas voulu dire ce que j'ignore...

Vous le fçavez très-bien, je le répète encore : Vous aimez les fecrets : moi, chacun a fon goût, Je ne veux point d'amant qui ne me dife tout.

FRONTIN

Ah! comment accorder mon honneur & Lifette; Si je te le difois ?

LISETTE

Oh! la paix feroit faite :

Et pour nous marier tu n'aurois qu'à vouloir.

FRONTIN

Eh bien, l'homme, qu'ici vous ne deviez pas voir, Étoit un inconnu... dont je ne fçai pas l'âge... Qui pour nous confulter fur certain mariage D'une fille... non veuve... ou les deux : au furplus Tout va bien... M'entends-tu ?

LISETTE

Moi? non.

FRONTIN

Ni moi non plus :

Si bien que pour cacher & l'homme & l'avanture...

LISETTE

As-tu dit? A quoi bon te donner la torture? Va, mon pauvre Frontin, tu ne fçais pas mentir, Et je t'en aime mieux : moi, pour te fecourir,

cj6 LE MÉCHANT.

Et ménager l'honneur que tu mets à te taire, Je dirai, fi tu veux, qui c'étoit.

Qui?

LISETTE

Valere.

Il ne faut pas tant rougir, ni tant me regarder.

FRONTIN

Eh bien, fi tu le fçais, pourquoi le demander?

LISETTE

Comme je n'aime pas les demi-confidences, Il faudra m'éclaircir de tout ce que tu penfes De l'apparition de Valere en ces lieux, Et m'apprendre pourquoi cet air myftérieux; Mais je n'ai pas le tems d'en dire davantage, Voici mon dernier mot, je défends ton voyage; Tu m'aimes, obéis. Si tu pars, dès demain Toute promette eft nulle, & j'époufe Pafquin.

FRONTIN

Ma:s..

LISETTE

Point de mais... On vient. Va, fais cioire à

ton Maître Que tu pars : nous fçaurons te faire difparaître.

COMÉDIE. g7

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