‹ Le méchantChapitre 22 sur 46 · ARISTE, GÉRONTE, CLÉON · texte numérisé non relu

ARISTE, GÉRONTE, CLÉON

ue fait donc ta Maîtrefle? Où chercher maintenant?

Je cours... j'appelle...

LISETTE

Elle eft dans fon appartement.

GÉRONTE

Cela peut être, mais elle ne répond guère.

LISETTE

Monfieur, elle a fi mal pafie la nuit dernière...

GÉRONTE

Oh! parbleu, tout ceci commence à m'ennuyer : Je fuis las des humeurs qu'il me faut efluyer : Comment? on ne peut plus être un feul jour tranquile? Je vois bien qu'elle boude, & je connois fon ilile : Oh bien, moi, les boudeurs font mon averfion, Et je n'en veux jamais fouffrir dans ma maifon : A mon exemple ici je prétends qu'on en ufe, Je tache d'amufer, & je veux qu'on m'amufe : Sans ceffe de l'aigreur, des fcènes, des refus, Et des maux éternels aufquels je ne crois plus, Cela m'excède enfin. Je veux que tout le monde Se porte bien chez moi, que perfonne n'y gronde, Et qu'avec moi chacun aime à fe rejouir, Ceux qui s'y trouvent mal, ma foi, peuvent partir.

c8 I.E MECHANT.

ARISTE

Florife a de l'efprit : avec cet avantage

On a de la reffource, & je crois bien plus fage

Que vous la rameniez par raifon, par douceur,

Que d'aller oppofer la colère à l'humeur :

Ces nuages légers fe diffipent d'eux-mêmes :

D'ailleurs je ne fuis point pour les partis extrêmes;

Vous vous aimez tous deux.

GÉRONTE

Et qu'en penfe Cléon ?

CLÉON

Que vous n'avez pas tort, & qu'Arifte a raifon,

GÉRONTE

Mais encor, quel confeil...

CLÉON

Que voulez-vous qu'on dife!

Vous fçavez mieux que nous comment mener

Florife:

S'il faut fe déclarer pourtant de bonne foi,

Je voudrois, comme vous, être maître chez moi :

D'autre part, fe brouiller... A propos de querelle,

Il faut que je vous parle : En caufant avec elle,

Je crois avoir furpris un projet dangereux,

Et que je vous dirai pour le bien de tous deux,

Car vous voir bien enfemble eft ce que je defire.

Allons ! chemin faifant, vous pourrez me le dire. Je vais la retrouver : venez-y : je verrai, Quand vous m'aurez parlé, ce que je lui dirai.

Arifte, permettez qu'un moment je vous quitte,

Je vais, avec Cléon, voir ce qu'elle médite,

Et la déterminer à vous bien recevoir,

Car de façon ou d'autre... Enfin, nous allons voir.

Page 1